LIVRE 111, CHAI». VI
en avoit un véritablement sous ses habits. On lui cria de secouer son manteau et sa robe; ce qu'il fît : et, comme il ne se trouva rien dessous , les applaudissements se renouvelèrent avec plus de fureur dans l'assemblée. TJn paysan, qui étoit du nombre des spectateurs, fut choqué de ces témoignages d'admiration. Messieurs, s'écria-t-il , vous avez tort d'être charmés de ce bouffon ; il n'est pas si bon acteur que vous le croyez. Je sais mieux faire que lui le cochon de lait; et, si vous en doutez, vous n'avez qu'à revenir ici demain à la même heure. Le peuple, prévenu en faveur du pantomime, se rassembla le jour suivant en plus grand nombre, et plutôt pour siffler le paysan que pour voir ce qu'il savoit faire. Les deux rivaux parurent sur le théâtre. Le bouffon commença , et fut encore plus applaudi que le jour précédent. Alors le villageois, s'étant baissé à son tour et enveloppé de son manteau , tira l'oreille à un véritable cochon qu'il tenoit sous. son bras, et lui fit pousser des cris perçants. Cependant l'assistance ne laissa pas de donner le prix au pantomime, et chargea de huées le paysan, qui, montrant tout-à-coup le cochon de lait aux spectateurs : Messieurs , leur dit-il, ce n'est pas moi que vous sifflez, c'est le cochon lui-même. Voyez quels juges vous êtes '!
Cousin, dit don Alexo, ta fable est un peu vive! Néanmoins, malgré ton cochon de lait, nous n'en démordrons pas. Changeons de matière , poursuivit-il ; celle-ci m'ennuie. Tu pars donc demain, quelque envie
• Tout le monde connoit cette fable de l'iièdie. Elle n'a jamais été rendue en fiançais avec plus de précision et de vérité que dans ce passage de Gil blas.
GlI- HLAS.
(|ue j aie de te posséder plus long-temps? Je voudrois, repondit son parent, pouvoir faire ici un plus long séjour; mais je ne le puis, je vous l'ai déjà dit ; je suis venu à la cour d'Espagne pour une affaire d'état. Je parlai hier, en arrivant, au premier ministre; je dois le voir encore demain matin , et je partirai un moment après pour m'en retourner à Varsovie. Te voilà devenu Pfdonais, répliqua Segiar, et, selon toutes les apparences, tu ne reviendras point demeurer à Madrid! Je crois que non , repartit don Pompeyo ; j'ai le bonheur d'être aimé du roi de Pologne; j'ai beaucoup d'agréments à sa cour. Quelque bonté pourtant qu'il ait pour moi, croiriez-vous que j'ai été sur le point de sortir pour jamais de ses états ."^ Eh! par quelle aventure? dit le marquis. Contez-nous cela, je vous prie. Très- volontiers, répondit don Pompeyo; et c'est en même temps mon histoire dont je vais vous faire le récit.