LIVRE I, CHAI'. XV. H
n'en ont pas. Je suis donc davis que vous alliez à Madrid ; mais il ne faut pas que vous y paroissiez sans suite. On juge là, comme ailleurs, sur les apparences; et vous n'y serez considéré qu'à proportion de la figure ({u'on vous verra faire. Je veux vous donner un valet , un domestique fidèle, un garçon sage , en un mot, un homme de ma main. Achetez deux mules , l'une pour vous, l'autre pour lui; et partez le plus tôt qu'il vous sera possible.
Ce conseil étoit trop de mon goût pour ne pas le suivre. Dès le lendemain j'achetai deux belles mules , et j'arrêtai le valet dont on m'avoit parlé. C'étoit un garçon de trente ans , qui avoit l'air simple et dévot. 11 me dit qu'il étoit du royaume de Galice, et qu'il se nommoit Ambroise de Lamela. Ce qui me parut, singulier , c'est qu'au lieu de ressembler aux autres domestiques , qui sont ordinairement fort intéressés , celui-ci ne se soucioit point de gagner de bons gages; il me témoigna même qu'il étoit homme à se contenter de ce que je voudrois bien avoir la bonté de lui donner. J'achetai aussi des bottines , avec une valise pour serrer mon linge et mes ducats. Ensuite je satisfis mon hôte ; et le jour suivant je partis deBurgos avant laurore pour aller à Madrid.