SOIR D'EMPIRE
Parfois la Mort passant devant l'auberge infâme Cogne; et la peur gargouille au ventre des laquais... Les grands vaisseaux d'Orgueil pourrissent près des quais. Et nous n'attendons plus le Dieu né d'une femme.
Orphelins du passé, nous avons tous dans l'âme, Désertes au soleil, de mornes Palanqués. Sur l'eau morte des cœurs fiévreux et compliqués D'étranges feux follets font sautiller leur flamme.
Et seule, idole antique aux seins nus parfumés, Enigmatique avec ses yeux demi fermés, La Volupté, qui couve une funèbre joie,
Sourit, câline et sombre, au monde qui descend, Et crispe avec langueur sur les coussins de soie, Dans la tristesse d'or d'un parfum trop puissant,
Ses mains pâles parmi des roses et du sang.
Son rêve fastueux, seul, lui donnait des fêtes; Il avait son orgueil intime pour ami.
Grave, pour dérider un peu son front blêmi, Il regardait ses fleurs et caressait ses bêtes.
Soumis à ses grands yeux étranges de prophète, De beaux Désirs pareils à des tigres parmi Les jungles de ses sens s'étiraient à demi. Il vivait seul avec son âme pour conquête.
Dans ie palais silencieux qu'était son cœur, Des femmes, que gardait secrètes son humeur, Languissaient, comme des sultanes, près des urnes.
Lui, pâle, par les soirs délirants de jasmins S'agenouillait, des larmes chaudes sur les mains; Et parfois, sœur aimante, aux terrasses nocturnes
La Mort venait baiser ses lèvres taciturnes.