‹ uvres de Albert Samain (volume 2)Chapitre 34 sur 72 · FAUST · texte numérisé non relu

FAUST

0 Faust, ta lampe blême expire de sommeil; La page où tu lis tourne au vent frais de l'aurore. Lève le front, regarde... Au chant du coq sonore La face du Seigneur monte dans le soleil.

Pendant qu'au pavé nu tu crispes ton orteil,

Vois, le monde tressaille, heureux d'un jour encore.

Ta vie est un serpent maudit qui se dévore.

Ton âme? — Ta science affreuse Ta tuée.

Ta raison? — Laisse là cette prostituée

Qui s'est donnée à tous, et qui n'a point conçu.

Mais Hélène aux bras blancs passe au loin sur la grève, Et ton cœur, ton vieux cœur à la fin se soulève, Devant le corps divin voilé d'un long tissu,

Vers le seul rêve humain qui n'ait jamais déçu.

ÊMERAUDE

Vision de forêts dans l'eau glauque — Êmeraude. Étangs luisant dans les jardins comme des yeux, Beaux yeux cruels pareils aux bois mystérieux Où la panthère d'or, Amour, ondule et rôde.

Printemps de la couleur. Rêve sentimental De feuillée en fraîcheur mirée à la rivière Et d'âme rebaignée en la candeur première De la verdure peinte en un vierge cristal.

Et mauvais rêve aussi de la femme mauvaise Dont le lourd regard vert, brûlant comme la braise, Au cœur ensorcelé distille le poison.

Mers vertes — vision de naufrages tragiques... Émeraudes. Grands yeux fascinants et magiques Du vieux sphinx allongé — fatal — à l'horizon.

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