LES VIERGES AU CRÉPUSCULE
— Naïs, je ne vois plus la couleur de tes bagues...
— Lydé, je ne vois plus les cygnes sur les vagues... ■ — Naïs, n'entends-tu pas la flûte des bergers?
— Lydé, ne sens-tu pas l'odeur des orangers?
— D'où vient qu'en moi, Naïs, monte un frisson amer A regarder mourir le soleil sur la mer?
— D'où vient'ainsi, Lydé, qu'en frémissant, j'écoute Le bruit lointain des chars qui rentrent sur la route? Et Naïs et Lydé, les vierges de quinze ans,
Seules sur la terrasse aux parfums épuisants,
Sentent leur cœur trop lourd fondre en larmes obscures, Et, sous leurs fronts penchés mêlant leurs chevelures, D'une étreinte où la bouche à la bouche s'unit, Sanglotent doucement dans le soir infini...
MYRTIL ET PALÉMONE
Myrtil et Palémone, enfants chers aux bergers, Se poursuivent dans l'herbe épaisse des vergers, Et font fuir devant eux, en de bruyantes joies, La file solennelle et stupide des oies. Or Myrtil a vaincu Palémone en ses jeux; Comme il l'étreint, rieuse, entre ses bras fougueux, ,, Il frémit de sentir, sous les toiles légères, Palpiter tout à coup des formes étrangères; Et la double rondeur naissante des seins nus Jaillit comme un beau fruit sous ses doigts ingénus. Le jeu cesse... Un mystère en son cœur vient d'éclore, Et, grave, il les caresse et les caresse encore.