NYZA CHANTE
La famille nombreuse, et par les dieux comblée, Tout autour de la table est encor rassemblée; Elyone au long col, Lydie aux seins naissants, Nyza dont la voix triste a de si purs accents; Myrte agile et robuste; Ixène douce et blanche. La mère aux lourds bandeaux sur les petits se penche; Myrte rit aux éclats; Ixène jette un cri; Et le père accoudé sur la table sourit... Le jour fut accablant; par la fenêtre ouverte Un peu de brise vient de la route déserte; La campagne s'endort dans l'or des soirs d'été. Et le mystère monte avec l'obscurité...
L'âme pensive au lent adieu de la lumière : Chante, dit à Nyza la voix grave du père;
Et, regardant là-bas briller les derniers feux, Il baise avec lenteur l'enfant sur ses cheveux. Entre ses sœurs Nyza de son père est chérie; Sa voix semble toujours pleurer une patrie. Elle a treize ans; un soir d'amour, la Volupté De nuit et de lumière a pétri sa beauté. Son petit front de marbre a l'horreur des servages, Et, douce, elle sourit avec des yeux sauvages. Elle chante; ce sont des rondes d'anciens jours, Des airs simples appris, le soir, dans les faubourgs. Sa bouche exquise semble un calice qui s'ouvre; Et sa voix, que toujours un peu de brume couvre, Monte et s'exhale ainsi qu'un triste et pur soupir Au fond du grand silence où le jour va mourir 1 Elyone et Lydie, aux limpides pensées, Se tiennent doucement par la taille enlacées; Le petit Myrte dort, la tête sur son bras; Et le père, sachant qu'on ne îe verra pas, Faisant tourner un verre avec sa main distraite, Laisse errer dans ses yeux une larme secrète... Sur le seuil, la servante, oubliant ses travaux, N'a point encore à table apporté les flambeaux. Tout est noir; le grand ciel brille de feux sans nombre; Par instants, sur la route, un pas sonne, dans l'ombre...
LA TOURTERELLE D'AMYMONE
Amymone en ses bras a pris sa tourterelle, Et la serrant toujours plus doucement contre elle, Se plaît à voir l'oiseau, docile à son désir, Entre ses jeunes seins roucouler de plaisir. Même elle veut encor que son bec moins farouche Cueille les grains posés sur le bord de sa bouche, Puis, inclinant la joue au plumage neigeux, Et, toujours plus câline et plus tendre en ses jeux, Elle caresse au long des plumes son visage, Et sourit, en frôlant son épaule au passage, De sentir, rougissant chaque fois d'y penser, Son épaule plus douce encore à caresser.
DAMŒTAS ET METHYMNE
Damœtas le poète, et Methymne le sage,
Dans l'agreste douceur d'un calme paysage
Où brille une eau courante, où paissent des troupeaux,
Assis près de la ruche, alternent leurs propos.
Methymne gravement dit l'essence des choses,
L'air, l'eau, le feu, la terre et les métamorphoses;
Quelle grande âme unique en ses modes divers
Transforme incessamment l'éternel univers,
Et se révèle, égale, en sa raison profonde,
Dans le vol d'un insecte ou l'orbite d'un monde.
Damœtas à son tour : quelle Nécessité
Mène à travers l'amour la vie à la beauté :
Quelle identique loi, passant l'art des orfèvres,
A découpé le lys et ciselé les lèvres;
Et quels souffles du ciel agitent en tout temps
Les bois, la vaste mer aux flots retentissants,
Et, venus jusqu'à nous des étoiles lointaines,
Propagent d'onde en onde, au bleu des nuits sereine::,
Le son mélodieux de l'éther musical
Où tournent doucement les sphères de cristal...
Ainsi vont s'enlaçant leurs nobles rêveries.
Des vaches, çà et là, beuglent dans les prairies.