‹ uvres de Albert Samain (volume 3)Chapitre 11 sur 58 · MUSIQUE CONFIDENTIELLE · texte numérisé non relu

MUSIQUE CONFIDENTIELLE

Au cartel d'or, Qui s'endort, La lyre du pendule à peine se balance.

Sans avirons, Nous errons, Au vague, sur le lac enchanté du Silence.

L'accord dernier Du clavier Au long des fils vibrants se prolonge et se pâme,

52 AU JAftfiîN DE L'INFANTE

Et d'un remous Lent et doux En ondes de langueur s'élargit dans notre âme.

Sur les tapis Assoupis Une rose blessée et penchante agonise;

Et le désir De mourir Comme une extase en nous monte et se divinise.

D'ombre noyé, Déployé, Comme un dais triomphal, pour des pompes célèbres,

Le lit massif, Dieu pensif, Médite obscurément nos baisers des ténèbres.

AU JARDIN DE i/lNFANTE 53

L'air amolli S'est empli De ton parfum subtil, obsesseur et complexe,

Philtre ambigu, Suraigu, Fleur tiède épanouie au soleil de ton sexe.

Tes yeux mourants, Transparents, M'ouvrent les profondeurs des verts mélancoliques,

Et les charbons Moribonds Font trembler tout au fond des flammes symboliques.

Je t'aime ainsi, Sans souci De l'heure disparue, et du mal et des peines,

54 AU JARDIN DE i/lNFANTE

Que par nos doigts Plus étroits Notre amour se pénètre au plus fin de nos veines.

Restons perdus, Suspendus Au-dessus de la terre ironique et brutale,

Sans rien savoir, Sans rien voir, Révélés à la Vie Unique et Musicale...

Ne parle pas, Ou si bas Que ce soit un secret vaporeux qu'on devine,

Et qui se meurt Dans le cœur Comme une haleine d'ange en un duvet d'hermine.

A PAUL MORISSB

Musicienne du Silence.

Stéphane Mallarmé.

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