KEEPSAKE
Sa robe était de tulle avec des roses pâles, Et rose-pâle était sa lèvre, et ses yeux froids, Froids et bleus comme l'eau qui rêve au fond des bois, La mer Tyrrhénienne aux langueurs amicales
Berçait sa vie éparse en suaves pétales. Très douce elle mourait, ses petits pieds en croix; Et, quand elle chantait, le cristal de sa voix Faisait saigner au cœur ses blessures natales.
66 AU JARDIN DE L'iNFANTE
Toujours à son poing maigre un bracelet de fer, Où son nom de blancheur était gravé a Stéphane », Semblait l'anneau rivé de l'exil très amer.
Dans un parfum d'héliotrope diaphane Elle mourait, fixant les voiles sur la mer, Elle mourait parmi l'automne... vers l'hiver.
Et c'était comme une musique qui se fane...
AU JARDIN DE i/lNFANTE C7
Je rêve de vers doux et d'intimes ramages, De vers à frôler l'âme ainsi que des plumages,
De vers blonds où le sens fluide se délie, Comme sous l'eau la chevelure d'Ophélie,
De vers silencieux, el sans rythme et sans trame, Où la rime sans bruit glisse comme une rame,
De vers d'une ancienne étoffe, exténuée, Impalpable comme le son et la nuée,
68 AU JARDIN DE L'iNFANTE
De vers de soirs d'automne ensorcelant les heures Au rite féminin des syllabes mineures,
De vers de soirs d'amour énervés de verveine, Où l'âme sente, exquise, une caresse à peine,
Et qui au long des nerfs baignés d'ondes câlines
Meurent à l'infini en pâmoisons félines,
Comme un parfum dissous parmi des tiédeurs closes,
Violes d'or, et pianissim'amorose...
Je rêve de vers doux mourant comme des roses.
AU JARDIN DE L'iNFANTE 69