HEURES D'ÉTÉ
Apporte les cristaux dorés, Et les verres couleur de songe; Et que notre amour se prolonge Dans les parfums exaspérés.
Des roses ! Des roses encor !
Je les adore à la souffrance.
Elles ont la sombre attirance Des choses qui donnent la mort.
14 AU JARDIN DE i/lNFANTE
L'été d'or croule dans les coupes; Le jus des pêches que tu coupes Éclabousse ton sein neigeux.
Le parc est sombre comme un gouffre..
Et c'est dans mon cœur orageux Comme un mal de douceur qui souffre.
Frêle comme un harmonica, L'eau pure des vasques soupire; La même étoile en feu se mire Dans nos verres de vieux muscat.
Ton col superbe et délicat De Clorinde ou de Lindamire Sort tout entier, pour qu'on l'admire, D'un brocart de pontificat.
16 AU JARDIN DE L'iNFANTE
Dans le soir de magnificence, Les richesses de ta présence Évoquent l'âge Florentin;
Et vers le ciel fin de turquoise Monte des coupes du festin, Suave, un songe ae framboise.
Lune de cuivre — Parfums lourds...; Comme des lampes sous un dôme Les astres brûlent; l'heure embaume Les fleurs dorment dans le velours.
L'âme en langueur des jardins sourds Exhale d'étouffants arômes.
L'eau des porphyres polychromes Dans les bassins pleure, toujours.
18 AU JARDIN DE L'iNFANTE
Nulle ombre de feuille qui bouge.
Seule, ta lèvre éclate, rouge, A la flamme du haut flambeau;
Et tu semblés, dans l'air nocturne, Dure et fatale comme l'urne Impénétrable d'un tombeau.
AU JARDIN DE l/lNFANTE 10
Les grands Jasmins épanouis Vibrent dans les chaudes ténèbres...
Seuls, les Parfums régnent, funèbres, Sur les jardins évanouis.
La phalène en silence vers
La flamme d'or se précipite.
Dans l'obscurité qui palpite
Tes yeux verts rêvent, grands ouverts.
20 AU JARDIN DE L'iNFANTE
Tes yeux verts, ô ma Bien-Aimée, Rêvent dans l'ombre parfumée D'affreux supplices pour les cœurs;
Et ton nez irrité respire Dans l'étoufïement des odeurs Des fêtes sanglantes d'empire !
AU JARDIN DE L'iNFANTE 21
Ton menton pose dans ta main; Tes lèvres songent, évasives; Tes prunelles dorment, pensives, Sur une branche de jasmin...
La bouche brûlant de carmin, Sous tes parures excessives Tu prends, dans les ombres massives, L'air fabuleux et surhumain.
22 AU JARDIN DE i/lNFANTE
Et mon amour qui s'exacerbe
Devant ton silence superbe
Cherche en vain, sans trouver la paix,
Ce je ne sais quoi de ton âme,
De ton cœur, de tes sens, ô femme,
Qu'il ne possédera jamais.
AU JARDIN DE i/lNFANTE 23
Il pleut des pétales de fleurs.
La flamme se courbe au vent tiède; De mes deux yeux je te possède, Et mes yeux ont besoin de pleurs.
Vieille argile faite aux douleurs, Quel goût de souffrir sans remède Harcèle ainsi le cœur qui cède...
Il pleut des pétales de Heurs.
24 AU JARDIN DE i/lNFANTE
Les roses meurent, chaque et toutes.
Je ne dis rien, et tu m'écoutes Sous tes immobiles cheveux.
L'amour est lourd — Mon âme est lasse. Quelle est donc, Chère, sur nous deux, Cette aile en silence qui passe?
AU JARDIN DE i/lNFANTE 25