‹ uvres de Albert Samain (volume 3)Chapitre 27 sur 58 · LA COUPE · texte numérisé non relu

LA COUPE

Au temps des Immortels, fils de la vie en fête,

Où la Lyre élevait les assises des tours,

Un artisan sacré modela mes contours

Sur le sein d'une vierge, entre ses sœurs parfaite.

Des siècles je régnai, splendide et satisfaite,

Et les yeux m'adoraient... Quand, vers la fin des jours,

De mes félicités le sort rompit le cours,

Et je fus emportée au vent de la défaite.

104 AU JARDIN DE i/lNFANTE

Vieille à présent, je vis; mais, fixe en mon destin, Je vis, toujours debout sur un socle hautain, Dans l'empyrée, où l'Art divin me transfigure.

Je suis la Coupe d'or, fille du temps païen;

Et depuis deux mille ans je garde, à jamais pure,

L'incorruptible orgueil de ne servir à rien.

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