CHANSON VIOLETTE
Et ce soir-là, je ne sais,
Ma douce, à quoi tu pensais,
Toute triste, Et voilée en ta pâleur, Au bord, de l'étang couleur
D'améthyste.
102 AU JARDIN DE i/lNFANTE
Tes yeux ne me voyaient point; Ils étaient enfuis loin, loin
De la terre; Et je sentais, malgré toi, Que tu marchais près de moi,
Solitaire.
Le bois était triste aussi, Et du feuillage obscurci,
Goutte à goutte, La tristesse de la nuit, Dans nos cœurs noyés d'ennui,
Tombait toute...
Dans la brume un cor sonna; Ton âme alors frissonna,
Et, sans crise, Ton cœur défaillit, mourant, Comme un flacon odorant
Qui se brise.
AU JARDIN DE i/lNFANTE 103
Et, lentement, de tes yeux De grands pleurs silencieux,
Taciturnes, Tombèrent comme le flot Qui tombe, éternel sanglot,
Dans les urnes.
Nous revînmes à pas lents.
Les crapauds chantaient, dolents,
Sous l'eau morte; Et j'avais le cœur en deuil, En t'embrassant sur le seuil
De ta porte.
Depuis, je n'ai point cherché Le secret encor caché
De ta peine...
Il est des soirs de rancœur Où la fontaine du cœur
Est si pleine I
1U4 AU JARDIN DE i/lNFANT^
Fleur sauvage entre les fleurs, Va, garde au fond de tes pleurs
Ton mystère; Il faut au lis de l'amour L'eau des yeux pour vivre un jour
Sur la terre.