‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 122 sur 221 · ACTE iy SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE iy SCÈNE V

MAITRE BERNARD

Qu'il n'y a rien d'aussi charmant que toi. Ainsi ta ruse eût été inutile. Hélas! ma bonne Carmo^ sine, qu'il y a longtemps que je ne t'ai vue sourire !

Oui, je suis toute gaie, toute légère, je ne sais pourquoi... C'est que j'ai fait un rêve. Vous sou-* venez-vous de Perillo ?

MAITRE BERNARD

Assurément. Que veux- tu dire ?

A part.

C'est singulier; jamais elle ne parlait de lui.

J'ai rêvé que j'étais sur le pas de notre porte. 0» célébrait une grande fête. Je voyais les personnes de la ville passer devant moi. vêtues de leurs plus beaux habits, les grandes dames, les cavaliers... Non, je me trompe, c'étaient des gens comme nous, tous, nos voisins d'abord, et nos amis, puis uQe foule, une foule innombrable qui descendait par Id Grande. Rue, et qui se renouvelait sans cesse ; plus le flot s'écoulait, plus il' grossissait, et tout ce monde se dirigeait vers l'église, qui resplendissait de lumières* J'entendais de loin le bruit des orgues, les chants sacrés, et une musique céleste formée de l'accord des harpes et de .voix si douces, que jamais pareil son n'a frappé mon oreille. La foule paraissait impatiente d'arriver le plus tôt possible à l'église, comme si quelque grand tnystère, unique^ impos* V. 50

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sîble à revoir une seconde fois, s'accomplissait. Pendant que je regardais tout cela, une inquiétude étrange me saisissait aussi, mais je n'avais point envie de suivre les passants. An fond de l'horizon, dans une vaste plaine entourée de montagnes, j'apercevais un voyageur marchant péniblement dans la poussière. Il se hâtait de toutes ses forces ; mais il n'avançait qu'à grand'peine, et je voyais très-clairement qu'il désirait venir à moi. De mon côté, je l'attendais ; il me semblait que c'était lui qui devait me conduire à cette fête. Je sentais- son désir et je le partageais ; j'ignorais quels obstacles l'arrêtaient, mais, dans ma pensée, j'unissais mes efforts aux siens ; mon cœur battait avec violence, et pourtant je restais immobile, sans pouvoir &ire un pas vers lui. Combien de temps dura cette vision, je n'en sais rien, peut-être une minute, mais, dans mon rêve, c'étaient des années. Enfin, il approcha et me prit la main ; aussitôt la force irrésistible qui m'attachait à la même place cessa tout à coup et je pus marcher. Une joie inexprimable s'empara de moi; j'avais brisé mes liens, j'étais libre. Pendant que nous partions tous deux avec la rapidité d'une flèche, je me retournai vers mon fantôme, et je reconnus Perillo.

MAITRE BERNARD

Et c'est là ce qui t'a donné cette gaieté inattendue ?

3ans doute. Jugez de ma surprise lorsqu'on

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