ACT^ .1, SCÈNE^ V. 2J
je t'affligerais? Ce pauvre Perilio était venu... Non, je veux dire... Enfin, c'était toi qui m'en avais parlé la première.
Assez, assez, au nom du ciel ! il n'y a point de votre faute. Vous ne saviez pas... vous ne pouviez pas savoir... Ce songe qui me semblait heureux, j'y vois clair maintenant, il me fait horreur !
MAITRE. BERNARD
Carmosine, ma fille bien-aimée ! par quelle fatalité inconcevable...
Perilio écarte h tapisserie sans être vu de Carmosine; il fait
un signe d'adieu à Bernard et sort doucement.
Que regardez-vous donc, mon père?
MAITRE BERNARD
, Qu'as-tu, toi-même? Tu pâlis j tu frissonnes; qu'éprouves-tu? Écoute-moi:. il y a dans ta pensée un secret que je ne connais pas, et ce secret cause ta soufifrance; je ne voudrais pas te le demander; mais, tant que je l'ignorerai, je ne puis te guérir, et je ne peux pas te laisser .mourir. Qu'as-tu dans le cœur? Explique-toi;
' Cela me fait beaucoup de mal, lorsque vous me parlez ainsi;
Que veux-tu? Je te le ré|5ète, je ne peux pas te laisser mourir. Toi si jeune, si forte, si belle! Doutes-tu de ton père? Ne diras-fu . rien ? T'en
aj8 CARMOSINB.
iras-tu comme cela? Nous sommes riches, mon enfant; si tu a» quelques désirs,... les jeunes filles sont parfois bien folles, qu'importe? il te faut un mot, rien de plus, un mot dit à l'oreille de ton père. Le mal dont tu souffres n'est pas naturel ; ces faux espoirs que tu nous donnes, ces moments de bien-être que tu ressens, pour nous rejeter ensuite dans des craintes plus graves ; toutes ces contradictions dans tes paroles, tous ces changements inexplicables, sont un supplice ! Tu te meurs, mon enfant, je deviendrai fou! — Veux-tu faire mourir aussi de douleur ton paUvre père qui te supplie? // se met d genoux.
GARMOSINE.
Vous me brisez, vous me brisez le cœur !
MAITRE BERNARD
Je ne puis pas me taire, il faut que tu le saches. Ta mère dit que tu es malade d'amour,... elle a été jusqu'à nommer quelqu'un...
GARMOSINE.
Prenez pitié de moi !
Elle ^évanouit,
Ah! misérable, tu assassines ta fille! ta fille unique, bourreau que tu es ! Holà, Michel ! holà ma femme ! Elle se meurt, je l'ai tuée, voilà mon enfant morte!