SCÈNE VI
Voilà mon bal. — Ce feu me fait un plaisir ! je me
sens renaître !
Elle ôte sa fourrure. Mathilde sonne, et un domestique entre.
Le thé!
Le domestique sort.
MADAME DE L^RY
Monsieur de Chavigny est donc parti ?
MATHILDE
Oui , je pense quMl va à ce bal , et il sera plus obstiné que vous. '
MADAME DE LÉRY
Je crois qu'il ne m'^me guère , soit dit entre nous!
MATHILDE
Vous vous trompez , je vous assure : il m'a dit cent fois qu'à ses yeux vous étiez une des plus jolies femmes de Paris.
MADAME DE LÉRT.
Vraiment? c'est très- poli de sa part'; mais je le mérite, car je le trouve fort bien. Voulez-vous me prêter ime épingle ?
MATHILDE
Vous en avez à côté de vous.
MADAME DE L^RY
Cette Palmire vous fait des robes ! on ne se sent pas des épaules ; on croit toujours que tout Va tomber. Est-ce elle qui vous fait ces manches-là? '
MATHILDE
Oui.
26 UN CAPRICB.
MADAME DE LÉRY
Trè«-jolie8, très-bien, très-jolies ! Décidément il n'y a que les manches plates; mais j'ai été longtemps à m'y faire ; et puis je trouve qu'il ne faut pas être trop grasse pour les porter, parce que sans cela on a Tair d'une cigala, avec un gros corps et de petites pattes.
MATHILDE
J'aime assez la comparaison.
On apporte le thé.
MADAME DE lÉRT.
N'esKe pas? Regardez mademoiselle Saint-Ange. Il ne faut pourtant pas être trop maigre non plus, parce qu'alors il ne reste plus rien. On se récrie sur la marquise d'Ermont; moi,je trouve qu'elle a l'air d'une potence. C'«8t une belle tête,,8i vous voulez, mais c'est une madone au bout d'un bâton.
MATHILDE, riant.
Voulez-vous que je vous serve, ma ctièrc?-
MADAME DB L^AY
Rien que de l'eau chaude, avec un ôoupçon de thé et un nuage de lait.
MATHILDE, versant U thé.
Allez-vous demain chez madame d'Égly? Je vous prendrai, si vous voulez.
MADAME DE LERT.
Ah! madame d'Égly! en voilà une autre ! avec sa frisure et ses jambes, elle me fait l'effet de ces grands balais pour épousseter les araignées.