‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 23 sur 221 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

CHAVICNY.

Cest bon.

Le domestique sort, MADAME DE L^RT.

J'espère qu'on vous gâte, monsieur de ChavigHy. Si vous laissez tomber votre argent, ce ne sera pas la faute de ces dames.

CHAVIGNY

Je veux être pendu si j'y comprends rien.

MADAME DE LÉRT.

Laissez donc ! vous faites l'enfant.

CHAVIGNY

Non; je vous donne ma parole d'honneur que je ne devine pas. Ce ne peut être qu'une méprise.

MADAME DE XÉRY.

Est-ce que l'adresse n'est pas dessus?

Ma foi! si, vous avez raison. C'est singulier; je connais l'écriture.

MADAME DE LÉRY

Peut-on voir?

CHAVIGNY

C'est peut-être une indiscrétion à moi de voui la montrer ; mais tant pis pour qui s'y expose. Tenez. J'ai certainement vu de cette écriture-là quelque part.

MADAME DE LÉRY

Et moi aussi, très-certainement.

CHAVICNT.

Attendez donc... Non, je me trompe. Est-ce en bâtarde ou en coulée?

w MADAME DE L^RY.

Fi donc ! c'est une anglaise pur sang. Regardez-» moi comme ces lettres-là sont fines. Oh ! la dame est bien élevée.

CHAVIONT.

Vous avez l'air de la connaître.

MADAME DE lÉrt, avtc une confusion feinte.

Moi ! pas du tout.

Chavigny, étonné, la regarde, puis continue â se promener.

OÙ en étions-nous donc de notre conversation ? — Eh mais ! il me semble que nous parlions caprice. Ce petit poulet rouge arrive à propos,

CHAVIGNY

Vous êtes dans le secret, convenez-en.

MADAME DE LÉRT.

Il y a des gens qui ne savent rien faire; si j'étais de vous, j'aurais déjà deviné.

CHAVIGNY

Voyons ! soyez franche ; dites-moi qui c'est.

MADAME DE LERY

Je croirais assez que c'est madame de Blainville,

CHAVIGNY

Vous êtes impitoyable, madame ; savez-vous bien que nous nous brouillerons?

scfeiiB VIII. 45

MADAME DE LÛRY.

Je Tespère bien^ mais pas cette fois-cî.

CHAVICNT.

Vous ne voulez pas m'aider à trouver l'énigme ?

MADAME DE l£rT.

Belle occupation! Laissez donc cela; on dirait que vous n'y êtes pas fait. Vous ruminerez lorsque vous serez couché^ quand ce ne serait que par politesse.

CHAVIGl^T.

Il n'y a donc plus de thé? J'ai envie d'en prendre.

MADAME DE LÉRV.

Je vais vous en faire ; dites donc que je ne suis pas bonne!

Un silence.

CHAVIONY, se promenant toujours.

Plus Je cherche, moins je trouve.

MADAME DE LéllT.

Ah çà, dites donc, est-ce un parti pHs de ne penser qu'à cette bourse? Je vais vous laisser à vos rêveries.

CltAVlONT.

C'est qu'en vérité je tombe des nues.

MADAME DE léRT.

Je vous dis que c'est madame de Blainville. Elle a réfléchi sur la couleur de sa bourse, et elle vous en envoie une autre par repentir. Ou mieux encore : elle veut vous tenter, et voir si vous porterez pelle-çi o\\ 1» sienne.

-CHAVICNY.

Je porterai celle-ci sans aucun doute. C'est le seul moyen de savoir qui l'a faite.

MADAME DE LÉRY

Je ne comprends pas ; c'est trop profond pour moi.

CKAVI.GNY.

Je suppose que la personne qui me l'a envoyée me la voie demain entre les inains : croyez-vous que je m'y tromperais?

MADAME DE lÉry, éclatant de rire.

Ah ! c'est trop fort ; je n'y tiens pas.

CHAVICNY.

Est-cé quexe serait voué, par hasard?

Un silence.

MADAME DE LÉRY

Voilà votre thé, fait de ma blanche main, et il sera meilleur que celui que vous m'avez fabriqué tout à l'heure! Mais finissez donc dé me regarder. Est-ce que vous me prenez potir une lettre ânonynie ?

CHAVICNY.

C'est vous, c'est quelque plaisanterie. ïl y a un complot là-dessous.

C'est un petit complot assez bien tricoté.

CHAVICNY.

Avouez d^nc que vous en êtes.

MADAME DE LÉRY

Non.

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