SCÈNE V. l8S
rence. C'est une faculté qui m'est refusée. On me montre des châteaux, des bois, des rivières, des églises surtout... Ah, Dieu! les églises, les églises gothiques, il y fait un froid ! c'est un rhume de tous les jours. Je me souviens encore de mes réveils, quand j'étais le matin dans un lit bien chaud, brisée par un voyage en poste, et que monsieur de Vernon entrait dans ma chambre avec la perspective d'une cathédrale!
Oui, cela doit être fort pénible.
LA COMTESSE
A se faire Turc, pour rester chez soi. Et notez bien que ce n'était pas assez d'essuyer les caveaux humides, de se tordre le cou pour voir des rosaces. Le triomphe de mon mari était de monter dans les flèches, et l'on me hissait après lui. Connaissezvous ce travail-là? On grimpe en rond autour d'un pilier, dans une tourelle qui vous suffoque, et l'on s'en va montant et tournant toujours, comme avec un tire-bouchon dans la tête, jusqu'à ce que le mal de mer vous prenne, et qu'on ferme les yeux pour ne pas tomber. C'est alors que votre cornac tire de sa poche une lorgnette pour vous faire admirer le pays. Voilà comme j'ai vu l'Allemagne.
C'est pourtant cette route-là , sans doute , que nous allons prendre avec le baron.
LA COMTESSE
Est-ce qu'il est ici, le baron?
l86 ON NE SAURAIT PENSER A TOUT.
Oui, madame, il vient d'arriver* Il est venu de Paris ce matin, par ce grand orage ; — c'est là ce qui a dérangé le temps, sûrement,
LA COMTESSE, riant.
L'arrivée du baron ! ali ! vous êtes délicieux !
LE MARq^UIS.
Comment ! ne parliez- vous pas de lui?
LA COMTESSE, riant»
Si fait, si fait, c'est à merveille.
Je le croyais. Je me trompe quelquefois^ et c'est insupportable.
LA COMTESSE
Non, non. — Je vous trouve charmant comme cela.
Elle cherche quelque chose,
Qu'est-ce que vous voulez? Du tabac? fai en ai de fort bon.
Il ouvre sa tabatière.
Ah ! j'oubliais ! bien !
LA COMTESSE
Quoi?
Vous voyez ce papier-là. Devinez.
LA COMTESSE
Je ne sais pas .deviner, dites-moi tout de suite.
LE MARq^UIS.
C'est que si vous voulez vous remarier...