‹ uvres de Bernard, ornées d'une gravure d'après PrudhonChapitre 20 sur 116 · JUPITER, POLLUX · texte numérisé non relu

JUPITER, POLLUX

POLLUX, aux pieds de Jupiter.

Ma voix, puissant maître du inonde, S'élève, en tremblant, jusqu'à toi :

D'un seul de tes regards dissipe mon effroi, Et calme ma douleur profonde.

O mon père, écoute mes vœux!

L'immortalité qui m'enchaîne Pour ton fils désormais n'est qu'un supplice affreux. Castor n'est plus, et ma vengeance est vaine, Si ta voix souveraine Ne lui rend des jours plus heureux.

O mon père, écoute mes vœux !

JUPITER

Que son retour, mon fils, auroit pour moi de charmes?

Qu'il me seroit doux d'y penser!

Mais l'enfer a des lois que je ne puis forcer; Et le sort me défend de répondre à tes larmes.

i48 CASTOR ET POLLUX.

POLLUX

Ah! laisse-moi percer jusques aux sombres bords. J'ouvrirai sous mes pas les antres de la terre : J'irai braver Pluton, j'irai chercher les morts

A la lueur de ton tonnerre :

J'enchaînerai Cerbère; et, plus digne des cieux, Je reverrai Castor, et mon père, et les dieux.

JUPITER

J'ai voulu te cacher le sort qui te menace. D'un frère infortuné tu peux briser les fers,

Si tu descends dans les enfers; Mais il est ordonné, pour prix de ton audace, Que tu prennes sa place.

Tes jours éternels, tes beaux jours Sont trop dignes d'envie.

POLLUX

Non, je ne puis souffrir la vie, Si Castor avec moi n'en partage le cours. Je reverrai mon frère, il verra Télaïre : Il est aimé, c'est à lui d être heureux.

Chaque instant qu'ici je respire Est un bien que j'enlève à son cœur amoureux.

JUPITER

Avant que de céder au zèle qui t inspire, Vois ce que tu perds dans les cieux.

Enfants du ciel, charmes de mon empire.

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