L'AMOUR, ADONIS
l'amour.
Vous qui connoissez ce séjour, De mes pas égarés daignez être le guide. En quels lieux sommes-nous?
Diane ici préside, Et ces bois mènent à sa cour.
l'amour.
Dans ces lieux écartés n'a-t-on point vu l'Amour?
L'Amour! Qui? ce monstre terrible, Ce fatal ennemi du repos des humains?
Ah! qu'il éprouveroit un châtiment horrible
S'il tomboit dans nos mains!
l'amour.
Le dieu qui fait aimer, le dieu qui rend aimable,
Est-il un monstre redoutable?
Hélas! peut-on le craindre? Il est fait comme vous. Dans un âge si tendre, avec des traits si doux.
Le dieu qui fait aimer, le dieu qui rend aimable , Est-il un monstre redoutable?
Il est armé de feux vengeurs...
l'amour.
Ses feux sont de douces ardeurs Qui brillent dans les yeux, qui coulent dans les veines.
Il mêle à ses plaisirs des rigueurs inhumaines. l'amour.
Jugez du prix de ses faveurs, Puisqu'il fait adorer ses peines.
Il ne se nourrit que de pleurs.
l'amour.
Il est le dieu des ris.
Ses liens sont des chaînes.
l'amour.
Ses chaînes sont des fleurs.
Mais c'est un enchanteur... Ah! je l'éprouve même Au charme dangereux que vous tenez de lui.
l'amour.
S'il enchantoit vos sens, s'il charmoit votre ennui?
Non : ma frayeur seroit extrême !
l'amour.
Je vous entendois soupirer Quand vous rêviez sous cet ombrage :
C'est le réveil d'un cœur qui cherche à s éclairer. Le vôtre enfin commence à murmurer D'un trop long esclavage.
Si l'on connoît son cœur par ses désirs, Je l'avouerai, le mien se fait déjà connoitre.
l'amour.
Allons chercher l'Amour; il vous dira peut-être
D'où naissent vos premiers soupirs...
Que sa mère , Adonis , vous f eroit mieux entendre
D'ADONIS. i83
Un mystère si tendre !...
Que vous lui trouveriez d'attraits !
Son nom n'est point eneor connu dans ces forêts.
l'amour.
Diane a mille appas, et la cour qui l'adore
Offre les objets les plus doux :
Vénus d'un seul regard les effaceroit tous. Sur le char du matin vous avez vu l'Aurore;
Et Vénus est plus belle encore.
Plus belle! O ciel! que dites-vous?...
De mes transports je ne suis plus le maître. Allons chercher l'Amour. . .
l'amour.
Adonis, tu le vois, Et Vénus va paroître.
Au trouble de mon ame, au charme de sa voix, Pouvois-je, ô ciel! le méconnoître?
(L'arrivée de Vénus est annoncée par une symphonie agréable, et par la danse des Grâces qui la précédent. Elles environnent Adonis qui ne sait d'abord laquelle adorer. Vénus paroît et fixe ses regards.)