XXVJ INTRODUCTION
» profession ouverte de se dépouiller de tous les intérêts » communs, ce qui est fort de leur goût; et c'est par là » même qu'il a trouvé le moyen de convaincre qu'il n'y » a rien de plus contraire à la raison que de vouloir que » la dissolution de notre corps, qui n'est autre chose que » le dérangement de quelque partie de la matière, soit » l'extinction de notre âme. Et comment a-t-il trouvé » cela? En établissant , par des principes clairs , que ce qui » pense et ce qui est étendu sont deux substances totale- » ment distinctes; en sorte qu'on ne peut concevoir ni que » l'étendue soit une modification de la substance pensante, » ni la pensée une modification de la substance étendue. »
Le siècle qui a pris son nom du règne de Louis XIV, devroit être nommé plutôt le siècle de Descartes , parce que ce fut l'influence de ce grand philosophe qui changea tout à coup la marche de l'esprit humain. Tous les grands écrivains de ce temps mémorable furent formés à son école. Tous, imbus des mêmes principes, laïcs et ecclésiastiques, catholiques et protestants , ont produit plusieurs bons ouvrages en faveur de la religion chrétienne j et c'est avec un juste orgueil que nous mettons au rang des chefs-d'œuvre de notre langue , consacrés spécialement à la défense de cette grande cause :
i°. Les Pensées de Pascal , publiées en 1669.
20. Le Discours sur l'Histoire universelle , de Bossuet % en 1682.
3°. Les Quatre Dialogues sur l'immortalité de Fdme , sur l'Existence de Dieu , sur la Providence et sur la Religion , de Dangeau, en 1684-
4°. Le rFraité de la Vérité de la Religion chrétienne , d'Abbadie , en 1684 et 1688.
5°. Les Dissertations sur l'Existence de Dieu, de Jaquelo t, en 1697.
6°. La Démonstration* de l'Existence de Dieu , tirée de la nature, etc. , par Fénelon, en 1712, et ses Lettres sur
AUX PENSÉES DE PASCAL. XXVlj
divers sujets concernant la Religion et la Métaphysique , en 1718.
Outre ces livres expressément écrits pour la défense de la religion chrétienne, il n'y a presque aucun de nos bons auteurs de cette époque qui n'ait au moins protesté contre l'impiété , et qui n'ait rendu hommage à la sublimité de l'Évangile, dans quelque partie de ses ouvrages. Bornonsnous à citer , dans ce genre , les Caractères de La Bruyère , où il y a tant de passages religieux justement estimés; et rappelons encore ce qui est moins connu , c'est que dans le Traité du Beau, par Crousaz , en 1724 , il y a un admirable chapitre du Beau considéré dans la religion chrétienne. Mais avant tous ces ouvrages avoit paru celui qui nous occupe.
Pascal est donc à la tête de ceux de nos excellents écrivains qui ont voulu raffermir la foi chrétienne , combattue dans tous les temps , mais ébranlée surtout du seizième au dix-septième siècle. Et cette noble tâche , Pascal Ta remplie d'une manière qui lui est particulière. Son génie , naturellement creuseur et méthodique , ne se seroit pas contenté de se traîner sur les traces des autres. Voici en quoi il se distingue de tous les apologistes du christianisme. Presque tous commencent par l'exposition de la religion naturellt et le fait merveilleux de la propagation de l'Évangile. Hugues Grotius y ajoute une comparaison savante de la morale de l'Évangile avec celle des païens , des hébreux, des mahométans; il démontre la supériorité des préceptes de Jésus-Christ , concernant le culte d'amour que nous devons à Dieu ; les offices d'humanité qui nous sont commandés envers le prochain , même quand il les oublie à notre égard ; la sainteté du mariage , article qui a surtout intéressé et attaché les femmes au christianisme ; le bon usage des biens temporels; les obligations respectives des magistrats et des citoyens, des pères et des enfants, des maîtres et des serviteurs , etc. etc. La prédication perpétuelle
XXVlij INTRODUCTION
de cette pure morale est un attribut distinctif de la religion chrétienne. C'est ce qu'avoit déjà fait valoir , en assez beaux vers, un poète latin du quatrième siècle, publié par Muratori , et dont le début peut se rendre à peu près de cette manière :
J'ai des Peuples divers interrogé les Sages;
J'ai des Cultes nombreux comparé les usages ;
De secte en secte , hélas ! j'ai trop long-temps erré ;
Les Juifs et les Gentils ne m'ont point éclairé.
La foi seule du Christ , digne d'être suivie ,
Peut fixer ma croyance et diriger ma vie ;
Sa lumière immortelle a dessillé mes yeux ,
Et dans le monde entier je n'ai rien vu de mieux (*).
C'est en effet par sa morale que le christianisme a pu être qualifié de la plus excellente de toutes les philosophies. L'ouvrage de Grotius , composé dans cet esprit , est écrit en latin , et assez court ; mais si fort estimé , qu'on l'a traduit dans toutes les langues , et que des pères l'ont fait apprendre par cœur à leurs enfants (**). Il n'y a rien de plus remarquable en ce genre , lorsque Pascal songe à parcourir cte nouveau la même carrière. Il a entendu retentir les arguments des incrédules; il a été ému des larmes du père Mersenne , sur le grand nombre des athées dont ce savant ami de notre philosophe gémissoit de voir l'univers presque entièrement gangrené (***). Il veut détruire leurs erreurs et dissiper leurs doutes. Comment s'y prendra-t-il?
(*) Discussi f fateor , sectas Antoniits omnes ,
Plurima quœsiui, per singula quœque cucurri, Sed nihil inverti melius quam credere Chjisto.
Antonîi carmen adversus gcntes.
(**) Mézeray avoit traduit, ce Traité de Grotius en françois , d'une manière assez commune , en i644* Cette édition eut pourtant beaucoup de vogue , par le mérite de l'ouvrage et par la singularité de l'impression en caractères de Pierre Moreau , imitant l'écriture bâ larde.
(***) Bone De us , quis lacrymas conlinere poterit , si fere totum mundum in Athéismo versari consideret?\*. Quaestio adversiis Athcos.
Se bornera- t-il à développer dans notre langue , et à revêtir des couleurs de son éloquence , l'esquisse sommaire de Grotius ? Cela lui seroit facile ; mais Pascal est un génie original. Les chemins battus ne lui conviennent point. Que £ut— il donc ? Il se fraie une route où personne n'a passé avant lui. Il part de l'étude de l'homme , de la considération de sa misère et de son excellence, et du contraste qu'il rencontre en lui-même. Aucune école philosophique , aucune autre religion connue ne lui paroît expliquer l'état de l'homme , les causes de son malheur et ses remèdes. Il ne trouve le mot de cette énigme que dans la sainte Écriture et la religion chrétienne.
Les plus éclairés d'entre les modernes sont convenus de l'insuffisance de la raison , pour expliquer à l'homme les mystères incompréhensibles qui le frappent en lui et hors ^e lui. Voltaire s'écrie : Pourquoi existons-nous ? pourquoi y a-t-il quelque chose?. .. (*). Par ces questions , le philosophe irrite notre curiosité ; . mais il la désespère , en laissant ces questions sans réponse. On s'arrête malgré soi , et on pose avec chagrin un livre d'ailleurs si agréable à lire.
Montaigne nous avoit plongés dans la même incertitude, arec son terrible Que sais -je? traduit plus positivement par ces trois autres petits mots que Charron , son disciple , «voit fait inscrire sur la porte de sa maison , à Gondom : Ie ne sçay.
Les anciens avoient été encore plus tourmentés de cette idée de la misère et de l'ignorance de notre pauvre espèce humaine. On sait ce que pensoient , à cet égard , les philosophes grecs. L'auteur à'Anacharsis récapitule leurs opinions dans son vingt-huitième chapitre , et il exprime avec énergie le désespoir que ces doctrines causoient à son voyageur. « C'étoit donc, s'écrie-t-il , c'étoit donc pour acquérir > des lumières si odieuses que j'avois quitté mon pays et
(*) Questions sur F Encyclopédie , article des Pourquoi.
XXX IJSTBODUCTION
» mes parents. Tous les efforts de l'esprit humain ne servent » donc qu'à montrer que nous sommes les plus miséra- » blés des êtres ! Mais d'où vient qu'ils existent, d'où vient » qu'ils périssent , ces êtres ? Que signifient ces changements » périodiques qu'on amène éternellement sur le théâtre » du monde? A qui destin e-t-on un spectacle si triste? Est-ce » aux dieux , qui n'en ont aucun besoin ? est-ce aux hommes » qui en sont les victimes ? Et moi-même , sur ce théâtre $ » pourquoi m'a-t-on forcé de prendre un rôle? pourquoi » me tirer du néant sans mon aveu, et me rendre mal- » heureux sans me demander si je consentois à l'être , etc. ?» On voit que ceci nous ramène aux fâcheux Pourquoi de Voltaire.
Ce que les philosophes ne disoient qu'en prose , les poètes l'exagéroient encore dans leurs vers. A cette interrogation y « Qu'est-ce que l'homme ? » l'un d'eux répondoit ce qu'on peut rendre ainsi :
Des dieax c'est le jouet mobile , La dépouille du temps , le miroir du malheur ; En un mot , de l'orgueil , joint à de la douleur ,
De la pituite et de la bile.
D'autres s attachaient à cette pensée affligeante et paradoxale , que parmi les hommes nul ne voudroit renaître homme. Un de nos anciens poètes a fait là-dessus les stances suivantes , naïvement imitées de l'anthologie grecque :
Ami , si quelque Prométhée Avec la puissance arrêtée Par le conseil de tous les dieux , De tels mots venoit me poursuivre :
. « Quand seras mort , te faut revivre : » Telle est la volonté des cieux !
» Et quand tu viendras à renaître , ,4> Tu seras lequel voudras être , » Bouc , ou bélier', ou chat , ou chien , » Homme , ou cheval , ou autre beste ; » Choisis-la sans plus , et farrestc ; J> Et tel que tu voudras , revien !
AUX PENSEES DE PASCAL. xxxj
» Tu n'en pourras être délivre ; » Car de rechef, il te faut vivre j n C'est du destin la dure loi ; » Choisis donc ce que tu veux être ! » Ma foi , je lui dirois : « Mon maistre, » Tout , pourveu qu'homme je ne soi ! » ( Poëme de J. A, de JSaïf. )
Ces déclamations plaintives , renouvelées des Grecs , ont été répétées comme à l'envi par les poètes , même sous le christianisme. Nos enfants apprennent par cœur les stances de Rousseau , sur l'homme , dont l'épiphonème est ce vers , a triste et si connu :
C'ëtoit bien la peine de naître !
On cite l'épitaphe encore plus morose que se fît à luimême un savant du quinzième siècle , et dont voici le sens :
Porter le joug honteux des superstitions ; Souffrir des uns l'orgueil , et des autres l'envie ; Voir périr les objets de ses affections; Tels sont tous les reliefs du banquet de la vie ! (*)
Telle étoit l'opinion des sages de la Grèce ! les Romains ont abondé dans le même sens. Sénèque va jusqu'à dire que si Ton y regarde de près, la vie est uYie espèce de châtiment (**) j mais de quel crime? Cicéron dit aussi que les Hiérophantes . expliquant aux initiés les plus secrets mystères du temple d'Eleusis, rendoient une raison divine de nos maux et de sot erreurs , en établissant pour maxime que les hommes sont nés exprès pour expier dans cette vie des fautes com-
(*) Servire superbis dominis ,
Ferre jugum superstitionis , Quos habes charos sepelire , Condimenta vitœ sunt.
JoviAir-PowTÀirus.
{**) Si velis credere altiiis veritatem intuentibus , omnis vita tuppùùun est. Ad Polyb. 28.
XXXlj 1NTROIHJGTJOK
luises dans une vie précédente (*) ; mais quelle a été cette vie? quelles ont été ces fautes? Les manichéens avoient cru résoudre ce problème, en admettant les deux principes. Boëce a renfermé l'argument de ces dualistes dans un dilçmnie d'une ligne , source d'un vers latin , dont la précision ne peut se rendre en notre langue , mais dont voici la double idée :
Les maux , s'il est un Dieu, d'où sont-ils émanes ? Les biens , si Dieu n'est pas , qui nous les a donnes ? Quis mala , si Drus est ? si non est , quis bonajecit ?
Ce vers a échappé à Rayle , qui , s'il l'avoit connu , n'eut pas manqué de s'eu servir. Bayle couvient du moins qu'on ne peut se tirer de toutes ces difficultés que par la rêvé» lation (**). C'est ce que Pascal avoit voulu démontrer avec
(*) Exquibns huma nte vit** eiroribus atque œrumnisfît rit intenlim vetrrrs ilti Vates, sive in sncris Initiisqu* tnuhnths tlwin* mentis inter* piYtes* qui nos , o/> aliqua scrlera su scruta in vitd superior* , jHvnaruM fucnrfarumcausd natos essedirerunt , *iliquùivUlis$*videuntur} etc. etc. Ex Hortensio, apud AUGUSTIN U M.
(**) On a dit trop de mol de Bayle, en dénaturant, suivant lui , tes véritables sentiments. Pour le juger, il faut, l'entendre. Or , lui-même s'est résume*; il réduit toute sa doctrine a ces trois proposition» :
«r I. La lumière naturelle et la religion nous apprennent clairement » qu'il n y a qu'un Principe de toutes choses , et que ce Principe est » infiniment parfait.
» I L La manière d'accorder le mal moral et le mal physique de l'homme » avec tous les attributs de ce seul Principe de toutes choses , infini- » ment parfait, surpasse les lumières philosophiques; de sorte que » les objections des manichéens laissent des difficultés que la raiaoa » humaine ne peut résoudre.
» III. Nonobstant cela , il faut croire fermement ce que la lumière » naturelle et la re*vt'lalion nous apprennent de l'unité* «t de l'infinie » perfection de Dieu, comme nous croyons par la foi et par notre » soumission a l'autorité* divine , le mystère de la Trinité* , celui de » l'Incarnation , etc. » (Œuvres de Baykt tome III, in-folio 9 pages 99*-îK>3. Tome IV, page 17. )
l'exactitude de son esprit géométrique, et avec l'énergie particulière de son éloquence.
Qu'il est à regretter que ce grand écrivain n'ait pu exécuter son plan ! Il se proposoit d'aller à l'esprit par le cœur, et de prouver Dieu en Je faisant sentir, ce qui est la meilleure manière de le connoître. La foi parfaite , ditil , c'est Difu sensible au coeur. Paroles admirables, et qui auraient dû mettre un peu plus d'onction dans le beau poème que Racine le fils avoue avoir conduit sur cette autre pensée de Pascal : « A ceux qui ont de la répugnance pour » lai religion , il faut commencer par leur montrer qu'elle
• n'est point contraire à leur raison; ensuite, qu'elle est
* vénérable : après la rendre aimable , faire souhaiter » qu'elle soit vraie ; et puis montrer , par des preuves in- » contestables , qu'elle est vraie , et enfin qu'elle est aimable, » parce qu'elle promet le vrai bonheur. »
Ce plan vraiment sublime ne peut qu'augmenter nos regrets. Il est aisé de voir qu'il manque beaucoup de parties au grand ouvrage dont Pascal s'étoit fait cette noble idée j mais lès théologiens eux-mêmes ne pensent pas qu'on puisse jamais aller au-delà de ses méditations sur le but des figures de l'ancienne loi, sur la personne de Jésus- Christ , et sur l'autorité des miracles joints à la doctrine. On peut d'ailleurs contester ou critiquer quelques-unes de les Pensées, et c'est ce que Voltaire et Condorcet ont fait à l'envi l'un de l'autre ; mais malgré l'état d'imperfection et de désordre dans lequel ces Pensées nous sont parveloes, leur efi'et total est frappant. Elles invitent , elles forcent à la réflexion , et leur lecture laisse des traces profondes.
$. IV. Influence de Pascal sur les écrivains qui Font suivi*
Les esprits réagissent les uns sur les autres , et l'on aime
a observer les effets de cette attraction des intelligences.
Voltaire prétend qu'une des plus belles Pensées de Pascal
est tirée presque littéralement de ces deux vers de Corneille :
Pensées. c
XXXIV INTRODTTCTION
Nature , que me veut ton murmure imparfait? . Ne me dis rien du tout, ou parle tout-à-fait (*).
Mais s'il est vraisemblable que notre auteur ait eu cette obligation au grand Corneille , dont il a pu voir représenter la pièce, en 1647 (**)> en revanche il a souvent influé à son tour sur les poètes qui sont venus après lui. Les vers de la Satire de l'Equivoque, ouvrage de la vieillesse de Boileau, ne sont que des glanures ramassées après la riche moisson de la prose des Provinciales. Le savant doctrinaire , Pierre Grenan , avoit pris une tournure plus piquante , dans son Apologie ironique de r Equivoque , pièce ingénieuse , que l'on auroit dû annexer à celle de Despréaux (***). Ces deux ■ — ■— — ■ ' — ^^
(*) Commentaire sur l'Héraclius de Corneille.
(**) Pascal avoit alors vingt-quatre ans , et il alloit encore dans le monde. Sa haute dévotion et sa retraite absolue , fruits des conseils . pieux de sa sœur , ne datent guère que de i65a , ou i653.
Cette sœur de Pascal, religieuse à Port -Royal, avoit obtenu de son frère une méthode' simple pour apprendre à lire aux enfants; il en est question dans les Lettres d'Arnauld (tome Ir, page 102 ); mais -, nous n'avons pas cet ouvrage. Je l'ai recherché vainement lorsque j'ai composé mon Histoire de la lecture , imprimée chez M. Didot l'aîné, en 1800.
(***) Les jésuites avoient eu le crédit àe faire retrancher la Satire de l'Equivoque des Œuvres de Despréaux , du vivant même de ce V grand poète , qui emporta ce chagrin dans la tombe. L1 Apologie ék ti ï Équivoque , par Grenan , ne put alors être imprimée à Paris. Elle % tomba dans les mains de Dusauzet , libraire d'Amsterdam , qui l'inséra dans la Bibliotliéque francoise , tome II , in-S°. 1723. Sans ces journaux ^ de Hollande , et sans les travaux des réfugiés , nous ne connottrions ; pas la moitié de la littérature du siècle de Louis XIV, étouffée par lé t despotisme exercé alors sur la pensée. Les jésuites avoient même éU au moment de s'emparer de l'exercice exclusif de la presse , ou du moins de priver absolument leurs adversaires de toute imprimerie en France. .
Les jésuites et leurs partisans firent aussi des sonnets, des épftrei et d'autres réponses rimées , qu'ils tâchèrent d'opposer à la Satire de Despréaux. Le septième volume des Nouveaux Mémoires de Vabbé d'Artigny, publié en 1728, contient, le recueil de toutes ces pièces , qui sont très-foi blés. Elles avoient été imprimées séparément, en 1706 , sous ce titre : Boileau aux prises avec Us jésuites.
satires , quelles qu'elles soient , sont des fruits qui appartiennent à Pascal , puisqu'ils sont crûs sur son terrain , et qu'ils se réunissent à ses lettres éloquentes dans le dessein , à jamais louable , de confondre ces docteurs à deux faces , ces héros de l'amphibologie ,
Qui trouvèrent jadis, pour sortir d'embarras, L'art de mentir tout haut en disant vrai tout bas (*),
L'inspiration des Pensées a été plus heureuse encore et plus féconde que celle des Provinciales.
Le Poëme de la Religion , par Louis Racine , composition élégante , quoiqu'elle soit un peu austère , est , à beaucoup d'égards , une émanation des Pensées de Pascal et du Discours de Bossue t sur Y Histoire universelle, Pascal et Bossue t y sont suivis et copiés à toutes les pages. On peut être surpris que le nom même de Fénelon ne s'y trouve jamais; cependant on ne peut nier que ce ne soit Fénelon qui ait le mieux réalisé le projet de Pascal, et qui ait réussi à rendre la religion plus aimable.
Racine cite aussi Pascal, et l'associe à Bourdaloue, dans le Poëme de la Grâce 9 ouvrage de sa jeunesse, sur une matière obscure, trop voisine de l'écueil du Prédestinatianisme. Le jésuite Bourdaloue se trouve presque janséîiste sous la plume >de Louis Racine, parce que ce jésuite a fait un sermon très-rigide sur le petit nombre des élus. Le Poëme de la Grâce , composé par Louis Racine , dans le temps qu'il étoit à l'Oratoire , offre quelques morceaux fan grand talent ; mais le sujet épineux semble justifier la décision de Boileau :
De la foi des chrétiens les mystères terribles D'ornements égayés ne sont pas susceptibles.
Deux cardinaux françois ont pourtant voulu élever aussi des Monuments poétiques à la gloire de la religion. Le cardinal
(*) Boileau , Sat. XII , vers 295*296.