PREMIÈRE PARTIE, ART. XI
Mais il faut qu'ils se brisent et s'anéantissent pour faire place à la vérité de la révélation. C'est elle qui accorde les contrariétés les plus formelles par un art tout divin. Unissant tout ce qui est de vrai , chassant tout ce qu'il y a de feux , elle enseigne avec une sagesse véritablement céleste le point où s'accordent les principes opposés, qui paroissent incompatibles dans les doctrines purement humaines. En voici la raison : les sages du monde ont placé les contrariétés dans un même sujet; l'un attribuoit la force à la nature , l'autre la foiblesse à cette même nature , ce qui ne peut subsister : au lieu tjue la foi nous apprend à les mettre en des sujets différents ; toute l'infirmité appartient à la nature, toute la puissance au secours de Dieu. Voilà l'union étonnante et nouvelle qu'un Dieu seul pouvoit enseigner , que lui seul pouvoit faire, et qui n'est qu'une image et qu'un effet de l'union ineffable des deux natures dans la seule personne d'un Homme-Dieu. C'est ainsi que la philosophie conduit insensiblement à la théologie : et il est difficile de ne pas y entrer, quelque vérité que l'on traite , parce qu'elle est le centre de toutes les vérités ; ce qui paroît ici parfaitement, puisqu'elle renferme si visiblement ce qu'il y a de vrai dans ces opinions contraires. Aussi on ne voit pas comment aucun d'eux pourroit refuser de la suivre. S'ils sont
pleins de la grandeur de l'homme, qu'en ont-ils imaginé qui ne cède aux promesses de l'Évangile , lesquelles ne sont autre chose que le digne prix de la mort d'un Dieu ? Et s'ils se plaisent à voir l'infirmité de la nature, leur idée n'égale point celle de la véritable foiblesse du péché, dont la même mort a été le remède. Chaque parti y trouve plus qu'il ne désire; et, ce qui est admirable , y trouve une union solide : eux qui ne pouvoient s'allier dans un degré infiniment inférieur !
Les chrétiens ont, en général , peu de besoin de ces lectures philosophiques. Néanmoins Épictète a un art admirable pour troubler le repos ! de ceux qui le cherchent dans les choses ex té- : rieures, et pour les forcer à reconnoître qu'ils ■. sont de véritables esclaves et de misérables » aveugles; qu'il est impossible d'éviter l'erreur ^ et la douleur qu'ils fuient , s'ils ne se donnent sans réserve à Dieu seul. Montaigne est incom- : parable pour confondre l'orgueil de ceux qui, sans la foi, se piquent d'une véritable justice; pour désabuser ceux qui s'attachent à leur opi- nion, et qui croient, indépendamment de l'existence et des perfections de Dieu, trouver dans les sciences des vérités inébranlables ; et pour convaincre si bien la raison de son peu de lumière et de ses égarements, qu'il est difficile après cela d'être tenté de rejeter les mystères,