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» mon sein , point de salut! Entre tant de partis qui s'ana- » thématisent tous mutuellement, malheureux que je suis! » lequel croire , et auquel entendre? (*) »
Cependant , il est vrai de dire que ces scandales de tous les temps , et ces contradictions perpétuelles n'ont pas empêché la religion chrétienne de s'affermir et de s'étendre.
u La marque péculière de nostre vérité debvroit estre » nostre vertu. Pourtant eut raison nostre bon saint Louis, >» quand ce roitartare qui s'estoit faict chrestien , desseignoit » de venir à Lyon baiser les pieds au Pape , et y reconnoistre » la sanctimonie qu'il espéroit trouver en nos mœurs, de l'en » détourner instamment, de peur qu'au contraire , nostre m débordée façon de vivre ne le dégoustât d'une si sainte » créance. » ( Montaigne , Essais , L. 1 1 , c. XII. )
Il en fut autrement d'un certain Juif, dont parle Bocace (**)• Ce Juif s'étoit rendu à Rome pour se faire baptiser. Il fut d'abord frappé du contraste énorme qu'il trouvoit entre la sévérité de l'Évangile , et le faste et les mœurs corrompues du clergé romain de ce temps-là. Ce spectacle sembloit devoir le détourner de son projet) mais ce fut au contraire ce qui l'y fit persévérer , parce qu'il jugea qu'une religion qui , malgré ces obstacles nés dans son sein même, n'avoit pas laissé de subsister , ne pouvoit , en effet , jamais être détruite (***).
(*) Unwersœ hœreses eo modo loquuntur : IVisi nobiscum communices, salvus non eris ! Quid ergo faciam ? miser nescio. Cotelerii monument* Ecclesiae Graecae , T. 1 1 , p. 35$.
(**) Décameron, nouv. 2. La narration en est tres-piquante.
(***) Ce conte de Bocace n'étoit que le cadre d'une satire ; mais notre Louis Racine en a fait un argument en forme. « Puisque c'est la foi qui » nous sauve , dit-il, nous devons marcher dans l'obscurité. Si les dons » du Saint-Esprit eussent toujours été visibles dans l'Église comme » dans sa naissance , si les miracles y eussent été aussi fréquents , si » chaque Pape eût été un saint Pierre , et chaque évoque un saint. » Paul , la présence de Jésus-Christ dans son église eût été si sensible, » que notre foi n'auroit eu aucun mérite. » ( La Religion, chant V,
AUX PENSÉES DE PASCAL. Xvij
Machiavel , comme Ton sait r a été plus loin que Bocace. Florence , sa patrie , avoit à se- plaindre de Rome. Dans son ressentiment , il charge l'Église et les Papes du reproche formel d'avoir détruit en Italie la religion et les mœurs (*) ; et il s'emporte jusqu'au point de regretter le paganisme.
Ces satires de l'Italie n'ont que trop convenu depuis à beaucoup d'autres contrées. L'Histoire , ce témoin inflexible et irrécusable , dépose qu'en France , nommément , la religion a souffert , dès que son intérêt a été confondu avec celui de ses ministres. Ici , les faits s'offrent en foule , et remontent à des époques déjà bien reculées. En 867, les chefs de l'Église gallicane tombent dans le piège tendu à leur ambition par l'obscur et hardi fabricateur des fausses Décrétâtes. Cette aberration des maximes de l'Évangile , reçue d'abord aveuglément , a , pendant plusieurs siècles , les suites les plus déplorables ; elle entraîne des innovations contre lesquelles on réclame , même dans les temps d'ignorance. Dès le douzième siècle , nous trouvons Y Hérésie des Prêtres, ouvrage d'Anselme Faydit, première pièce de théâtre écrite en notre langue. Baluze observe aussi que la papauté d'Avignon est une autre époque funeste où viennent, d'Italie en France, des abus et des vices jusque alors inconnus. Les querelles des deux puissances mettent partout le trouble et la confusion. Les usurpations des cours spirituelles ( cours de chrétienté, cours d'Église) doivent finir par absorber l'autorité judiciaire, sans la digue tardive que leur oppose
Bote rar le vers 35g. ) Cette preuve est si forte , qu'elle parott l'être à reicès. Elle mettrait un peu trop à l'aise la conscience des princes de l'Eglise , en leur persuadant que le scandale de leurs désordres seroit ai moyen d'augmenter le mcrite de la créance des fidèles.
Ce qui est singulier , c'est que madame de Se vigne se sert absolument èe la même raison pour raffermir la foi de M. de CouJanges , qui étoit à Borne , et « se trouvoit embarrassé dans sa religion » , d'après ce qui Kpassoit dans cette ville et au Conclave, en 1691. On peut voir la. lettre du 36 juillet de cette année.
-. (*) Discourt sur Titc-Lwe, I. 13.
Posées. b
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enfin Fappel • comme d'abus. Nos meilleurs rois, nos plus grands hommes, ne sont occupés fort long- temps qu'à chercher les moyens d'arrêter ce torrent, qui envahit tous les pouvoirs. Enfin , dans le seizième siècle , les controverses acharnées et les guerres religieuses déchirent le royaume: Le clergé n'eut jamais besoin d'être plus prudent et plus sage , et il ne manque pas d'avertissements sérieux qui doivent l'engager à rentrer en lui-même. En i56i , le chancelier de l'Hospital , la noblesse et le tiers-état , disent , d'une commune voix , aux ecclésiastiques , que leurs désordres sont la cause de tous les troubles de la France. Ces troubles vont toujours croissant. Loin de chercher à les cal* mer, on s'en fait des triomphes. En 157a, on frappe à Rome une médaille pour consacrer le souvenir de la nuit du 24 août de cette malheureuse année. La médaille représente un ange exterminateur , portantune croix de la main gauche et une épée de la droite , foulant aux pieds un grand nom"* bre de personnes égorgées , et autour, ces mots «pour légende: Hugonotorum strages (*). L'histoire numismatique des papes regarde le massacre éternisé par cette médaille comme un des événements les plus glorieux du pontificat de Grégoire XIII (**). En 1679, l'assemblée du clergé de France se refuse à payer des rentes dues à la ville de Paris , au risque d'exciter une sédition. En 1680, plusieurs évêquesse permettent de publier la bulle In cœnâDomini. Des conciles
(*) JVumismata Pontificum Romanorum , â P. Bonnanni , socielatis Jesu , in-fol. , 1699. Le clergé de France célébra de même la révocation de FÉdit de Nantes , en 168 5 II fit peindre au revers d'une médaille une hydre accablée sous des ruines , et une main qui fait tomber ces ruines , avec ces mots du chapitre 3 d'Isaïe : Ruina hac sub manu tuâl Menestricr , art des Devises , page 16.
(**)On voit aussi dans les Foyages de Montaigne , qu'il ne fut pas fort édifié de trouver , en deux endroits de l'église de Saint-Pierre de Rome , la rabrt'de l'amiral de Coligny, représentée comme une victoire de la religion ; et il faut observer que Montaigne se montre partout catholique sincère , et argumente même contre les protestants.
provinciaux s'assemblent sans aveu , et admettent furtivement le concile de Trente. En i585 , le clergé fait à Henri III une députation et une harangue qui révoltent ce prince , et soulèvent le peuple. Alors, tout Paris est en feu; le célèbre Jean de Mont-Luc s'étonne avec raison que ce pour éteindre » un incendie allumé aux bords de la Seine , on attende les j> eaux du Tibre ! » Ce mot , si plein de sens , parott l'avis d'un hérétique. Égarés par de faux principes, et conséquents dans leurs erreurs, les confesseurs abusent de leur ministère secret pour attiser la Ligue , malgré les plaintes de la cour aux évêques et au légat. Les maximes ultrambntaines aiguisent le poignard dont s'arment tour à tour Jacques Clément, en 1589; Pierre Barrière, en i5<j3$ Jean Chatel , en i5g^; François Ravaillac, en 161 o. Cette suite d'horreurs épouvantent PEurope et bouleversent le royaume j elles ne changent point alors l'esprit des ecclésiastiques. On les voit , plus ardents encore , aux états-généraux de 1614» séduisant la noblesse , résistant avec elle au vœu national , et rejetant l'article par lequel on vouloit lui faire reconnoî tre l'indépendance de nos rois. Faut-il donc s'étonner que cette conduite insensée ait aliéné les esprits , et qu'elle ait induit tant de gens à penser * qu'un arbre chargé de fruits amers et venimeux , n'étoit pas un arbre de vie ? Ces gens raisonnoient mal; mais ils jugeoient sur l'apparence. Étoit-ce donc leur faute? et ce qui se passoit alors ne sembloit-il pas de nature non-seulement à excuser, mais à faire des incrédules? Il auroit suffi , pour cela , de ces argumentations sur les bancs de l'école , où l'on mettoit tout en problème. En 1573 , Jodelle finissoit un sonnet par ce vers , devenu proverbe:
Plus de Dieu l'on dispute , et moins on en fait croire.
Montaigne avoit été frappé de tous ces inconvénients qu'il èscosoit très-bien , lorsqu'il disoit à sa manière : <* Il faut » considérer le presche à part , et le prescheur à part. Ceulx- » là se sont donné beau jeu en nostre temps , qui ont essayé