PENSÉES MORALES DÉTACHÉES
1 outes les bonnes maximes sont dans le monde : ou ne manque qu'à les appliquer. Par exemple , on ne doute pas qu'il ne faille exposer sa vie pour défendre le bien public, et plusieurs le font; mais presque personne ne le fait pour la religion. Il est nécessaire qu'il y ait de l'inégalité parmi les hommes ; mais cela étant accordé , ïoilà la porte ouverte , non-seulement à la plus
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haute domination, mais à la plus haute tyrannie. Il est nécessaire de relâcher un peu l'esprit; mais cela ouvre la porte aux plus grands débordements. Qu'on en marque les limites; il n'y a point de bornes dans les choses : les lois veulent y en mettre , et l'esprit ne peut le souffrir.
La raison nous commande bien plus impérieusement qu'un maître : car, en désobéissant à l'un, on est malheureux; et en désobéissant à l'autre , on est un sot.
Pourquoi me tuez-vous? Eh , quoi ! ne demeurez-vous pas de l'autre côté de l'eau ? Mon ami, si vous demeuriez de ce côté , je serois un assassin , cela seroit injuste de vous tuer de la sorte; mais puisque vous demeurez de l'autre côté, je suis un brave, et cela est juste (¥).
Ceux qui sont dans le dérèglement disent à ceux qui sont dans l'ordre que ce sont eux qui s'éloignent de la nature , et ils croient la suivre: comme ceux qui sont dans un vaisseau croient que ceux qui sont au bord s'éloignent. Le langage est pareil de tous côtés. Il faut avoir un
(*) Pour l'intelligence de cette pensée, voyez part. i> art. 6, §. 9. ( Note de l'Éditeur. )