‹ Œuvres de Blaise PascalChapitre 98 sur 143 · PREMIERE PARTIE, ART. XI · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE, ART. XI

qu'il doute, il se trahit, en assurant au moins qu'il doute; ce qui étant formellement contre son intention, il est réduit à s'expliquer par interrogation ; de sorte que ne voulant pas dire, Je ne sais, il dit, Que sais- je? De quoi il a fait sa devise, en la mettant sous les bassins d'une balance, lesquels pesant les contradictoires, se trouvent dans un parfait équilibre. En un mot, . il est pur Pyrrhonien. Tous ses discours , tous ses essais roulent sur ce principe ; et c'est la seule chose qu'il prétend bien établir. Il détruit insensiblement tout ce qui passe pour le plus cer-' tain parmi les hommes , non pas pour établir le contraire , avec une certitude de laquelle seule il est ennemi ; mais pour faire voir seulement que, les apparences étant égales de part et d'autre, on ne sait où asseoir sa croyance.

Dans cet esprit, il se moque de toutes les assurances; il combat, par exemple, ceux qui ont pensé établir un grand remède contre les procès, par la multitude et la prétendue justesse des lois : comme si an pou voit couper la racine des doutes , d'où naissent les procès ! comme s'il y avoit des digues qui pussent arrêter le torrent de l'incertitude , et captiver les conjectures! Il dit , à cette occasion , qu'il vaudroit autant sou* mettre sa cause au premier passant qu'à des juges armés de ce nombre d'ordonnances. Il n'a pas l'ambition de changer l'ordre de l'état; il ne prétend pas que son avis soit meilleur, il n'en croit aucun bon. Il veut seulement prouver la

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vanité des opinions les plus reçues : montran t que l'exclusion de toutes lois diminueroit plutôt le nombre des différends, que cette multitude de lois, qui ne sert qu'à l'augmenter, parce que les difficultés croissent à mesure qu'on les pèse, les obscurités se multiplient par les commentaires ; et que le plus sûr moyen d'entendre le sens d'un discours , est de ne pas l'examiner, de le prendre sur la première apparence : car si peu qu'on l'observe, toute sa clarté se dissipe. Sur ce modèle, il juge à l'aventure de toutes les actions des hommes et des points d'histoire, tantôt d'une manière, tantôt d'une autre; suivant librement sa première vue, et sans contraindre sa pensée sous les règles de la raison, qui n'a , selon lui , que de fausses mesures. Ravi de montrer, par son exemple, les contrariétés d'ua même esprit dans ce génie tout libre, il lui est également bon de s'emporter ou non dans les disputes, ayant toujours, par l'un ou l'autre exemple, un moyen de faire voir la foiblesse des opinions : étant porté avee tant d'avantage dans ce doute universel , qu'il s'y fortifie également par son' triomphe et par sa défaite.

C'est dans cette assiette , toute flottante et toute chancelante qu'elle est, qu'il combat avec une fermeté invincible les hérétiques de son temps, sur ce qu'ils assuroient connoître seul* le véritable sens de l'Écriture ; et c'est de là encore qu'il foudroie l'impiété horrible de ceux qui osent dire que Dieu n'est point. Il les entre-

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