POUR LE MÊME JOUR
Nécessité des souffrances. Opposition que nous avons à la croix : en quoi consiste celte croix. Moyens qui doivent nous soutenir dans nos afflictions. Combien la patience et la soumission dans nos maux nous sont salutaires.
O stulti et tardi corde ad credendum in omnibus quae locuti sunt proplietae ! nonne haec oportuit pati Christum , et ita intrare in gloriam suam ?
0 insensés, dont le cœur est tardif à croire tout ce que les prophètes ont dit! ne fallait-il pas que le Christ souffrit toutes ces choses, et qu'il entrât ainsi dans sa gloire ? Luc, xxiv, 25 , 26.
Cette vérité combien inculquée par l'Église dans ce saint temps. Cet évangile se lira demain ; mardi, l'évangile selon saint Luc où il est dit à la fin : Quoniam sic scriptum est, et sic oportebat Christum pati^ : « C'est ainsi qu'il est écrit , « et c'est ainsi qu'il fallait que le Christ souffrît ; » et le mercredi dans l'épître : Deus autem , quœ prœnuntiavitper os omnium prophetarum, pati Christum suum, sic implevit^ : « Mais Dieu a ac- « compli de cette sorte ce qu'il avait prédit par « la bouche de tous ses prophètes, que le Christ « souffrirait la mort. » Quoi donc , encore la passion? Oui, la passion; mais comme chemin à la gloire. Trois vérités : 1° passer par la croix ; 2" en quoi consiste cette croix; 3" les moyens.
La nécessité de passer par la croix. Jésus-Christ [dit] : Si gnis vultpost me venire... tollat crucem suam : « Si quelqu'un veut venir après moi, « qu'il porte sa croix : » ad omnes, » il parlait à « tous : » guotidie ^, « qu'il la porte tous les jours. » Et saint Paul , [parcourant les différentes villes où il avait prêché l'Évangile , confirmait les fidèles dans la foi en leur montrant que « c'est par « beaucoup de peines et d'afflictions que nous « devons entrer dans le royaume de Dieu : « ] Quoniam per multas tribulationes oportet nos
' Luc. XXIV, 46.
> Acl. III , 18.
» Luc. IX , 23.
DES SOUFFRANCES
intrare in regnum Dei'. L'exemple de Jésus- Christ, qui voulait par là : 1" expier le péché; 2" montrer son amour : nous de même.
Combien important , combien difficile , d'entendre cette vérité. Les apôtres [ne pouvaient] point entendre les souffrances de Jésus-Christ ; il leur déclare qu'il faut « que le Fils de l'homme « souffre beaucoup , qu'il soit rejeté des sénateurs, « des princes des prêtres et des scribes, et mis à « mort ^ » Voyez-en la suite : « Il disait aussi à « tout le monde : Si quelqu'un veut venir après « moi , qu'il se renonce soi-même , qu'il porte sa « croix tous les jours , et qu'il me suive : » Dicebat autem ad omnes : Si guis vultpost me venire, abnegel semetipsum, ettollat crucemsuam quotidie , etsequatur me ^. Pierre se fait appeler Satan , [parce qu'il ose le reprendre , en lui disant : « Ah ! Seigneur, cela ne vous arrivera point : » ] Absit, absita te y Domine, non erit tibi hoc ^. Oui, son royaume : « Ordonnez , lui dit la mère des « enfants de Zébédée, que mes deux fils que voici « soient assis dans votre royaume : l'un à votre « droite, et l'autre à votre gauche : » Dicutsedeant hi duofilii mei, unus ad dextram tuam, et unus adsinistram, in regno tuo *. Mais lui [ leur répond : ] « Pouvez-vous boire le calice que « je dois boire? » Potestis bibere calicem guem ego bibiturus sum^'î Ouvrons donc les yeux à cette grande vérité : « Si l'on traite de la sorte le « bois vert , comment le bois sec sera-t-il traité? » Si in viridi ligno hœc faciunt, in arido quid net 11
Mais que devons-nous souffrir? Je pourrais vous dire , maladies , disgrâces , pauvretés , perte de biens , etc. ; mais autre chose : Abneget semetipsum^. Croix inévitable, renoncer à soi-même : combattre ses mauvais désirs, son avarice, sa mollesse , sa paresse , sa lenteur, son inquiétude , son ambition , ses attachements , ses commerces , en un mot ses sens , ses plaisirs , son goût , qui mène à d'autres goûts ; ses inimitiés , son indocilité , son arrogance , ses vengeances , son immodestie et cet amour des parures, sa vanité. Combat continuel : s'arracher [ à soi-même et à tous les objets de ses passions par un effort] sanglant , [en se faisant à soi-même une dure] violence ; parce que « le royaume des cieux se prend « par violence , et que ce ne sont que les violents « qui l'emportent : » Regnum cœlorum vim
' Act. XIV, 21.
- Lv£. IX , 22.
' Ibid. 23.
* Matth. XVI, 22, 23.
* Ibid. XX, 21- 6 Ibid. 22.
' Luc. XXIII, 31.
» Ibid. IX , 23.
BOSSUET. — T. n.
patitur, et violenti rapiunt illud'; [supporter patiemment [les injures;] consentir à beaucoup souffrir avec Jésus-Christ, et à se voir rejeté comme lui , s'il le faut , par le monde entier : ] Mulfa paii et reprobari a generatione hac * ; [réprimer] dans les maladies ces murmures [ qui nous rendent coupables] d'ingratitude envers ceux qui nous soulagent : on se prend à eux de son mal.
Les moyens : l'exemple de Jésus-Christ; [consentir] avec lui, « au lieu de la vie tranquille et « heureuse dont on pourrait jouir, à souffrir la « croix , en méprisant la honte et l'ignominie : » Proposito sibigaudio sustinuit crucem, confusione contempta ^ ; se consoler et se soutenir dans cette espérance que : « Dieu essuiera toutes les « larmes des yeux de ceux qui auront ainsi souf- « fert : » Absterget Deus omnem lacnjmam ab oculis eorum ". « Lorsqu'une femme enfante elle « est dans la douleur, parce que son heure est « venue; mais après qu'elle a enfanté un fils elle « ne se souvient plus de ses maux , dans la joie « qu'elle a d'avoir mis au monde un homme : » Mulier cum parii tristitiam habet, quia venit hora ejus; cum autem peperitpuerum , jam non meminit pressurœ propter gaudium , quia natus est homo in mundum ^.
Deux tableaux : le juste souffrant, le méchant souffrant. Le juste souffrant ; Job , Jérémie , Daniel , saint Etienne. Le méchant souffrant ; ceux qui, dans l'Apocalypse, au lieu de faire pénitence , blasphèment le nom de Dieu qui les frappe. Pourquoi [ s'irrite-t-on ] contre Dieu ? On sent que tout vient de Dieu ; on s'emporte contre lui. Il y a une espèce de religion dans le blasphème : on reconnaît que c'est Dieu [qui est auteur du châtiment dont on se plaint. Mais en se révoltant contre] sa justice, en soulagent-ils leurs maux? Au contraire, « ils se mordent la langue dans « l'excès de leur douleur : » Commanducaverunt linguas suas prœ dolore ^ ; leur rage , leur dépit augmentent leurs maux , les aigrissent, commencent leur enfer. Et les autres, ils louent, ils bénissent , ils pardonnent. Les méchants s'emportent contre ceux qui les soulagent. Saint Etienne [prie] pour ceux qui le font mourir. Ce malade impatient , pourquoi s'en prend-il à sa femme et à ses enfants? On ne veut pas avoir besoin, on ne veut pas dépendre : [tout cela vient d'un] fond d'orgueil. En toutes manières, ceux qui souffrent mal [mettent] un venin dans leur plaie;
' Matth. XI, 12.
' Luc. XVII , 25.
^ Hebr. xil, 2.
* Apoc. vii", 17.
* Joan. XVI, 21.
« Apoc. XVI, 10, II.