LE TROISIÈME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE
Évangile du lépreux et du centenier. Matth. nn , I. Marc. 1,40. iMC. V, 12.
Deux sacrements : dans la guérison du lépreux, l'expiation du péché par la pénitence; dans le centenier, la préparation à l'eucharistie.
Jésus en descendant de la montagne, où il vient de publier tous les préceptes de la loi évangélique , nous apprend la rémission des péchés. Après le précepte, la prévarication ; et par grâce , la rémission. Il ne souvient [guère] de songer aux bonnes œuvres qui sont à faire , aux péchés qui sont à expier. « Nous devons cependant « travailler chaque jour à la rémission des péchés « que nous commettons sans cesse : » Siib quoti-
' Lib. IV, adv, Marcion, n" 21, ' Uehr. X, I.
SUR LA LÈPRE DU PÉCHÉ , etc.
diana peccatorum remissione vwamm\ Dé- j nombrement des péchés. Toute notre vie, inutilité : non-seulement paroles oiseuses ; mais tout oiseux : nous sommes l'oisiveté même. Je confesse vos péchés et les miens , ceux que la plupart du monde ne confesse pas. Venez donc à Jésus ; [dites-lui] : « Si vous voulez, vous pouvez me « guérir : » Si vis, potes me mundare. [Il vous répondra] : « Je le veux , soyez guéris : » Volo, « mundare \ Quand le prêtre parle, Jésus parle : c'est lui qui dit : « Je le veux , soyez guéris : » Volo, mundare.
Il lui défend de parler, 11 l'envoie aux prêtres « pour leur servir de témoignage : » In testimonium illis ^ Ce n'est pas qu'il veuille que le peuple ignore ses merveilles et sa mission ; il veut qu'il les apprenne par la voie ordinaire établie de Dieu.
La cure du lépreux. La lèpre est une impureté : elle signifie le péché. « [Le pécheur ainsi » que le lépreux] doit être condamné comme « impur : » Immunditiœ condemnabitur^. On ne traite pas de même tous les lépreux. La lèpre nouvelle et la lèpre invétérée. Les pécheurs ne doivent pas s'étonner si [on les traite] diversement. Médecins qui ne discernent pas. Il faut savoir discerner entre la lèpre et la lèpre. Les clefs pour fermer et pour ouvrir. La communion avec discrétion : Et dixit Athersatha eis ut non comederent de sancto sanctorum, donec surgeret sacerdos doctus atqueperfecius^ : « Legouver- « neur leur dit de ne point manger de viandes « sacrées, jusqu'à ce qu'il s'élevât un pontife « docte et parfait. » « Un malade , dit saint Au- « gustin , reçoit d'autres préceptes pour traiter « sa maladie, que ceux qu'on lui donne en santé : » Secunda prœcepta œger accepit ^.
« Tout homme Infecté de la lèpre , qui avait '< été séparé des autres par le jugement du prê- « tre, devait avoir ses vêtements décousus, la « tête nue , le visage couvert de son vêtement , ■< et devait crier qu'il était impur et souillé. Il « était obligé de demeurer seul hors du camp , « pendant tout le temps qu'il était lépreux et « impur : » Quicumque maculatusfuerit lepra, et separatus est ad arbitrium sacerdotis, habebit vestimenta dissuta, caputnudum, os veste contectum, eontaminatum ae sordidumse clamabit : solus habitabit extra castra"^. Le pécheur doit être séparé de peur de la contagion :
' s. Aug. Serm. lviii , n" 6, t. v, col. 339. 2 Matth.\m,2.
^ Ibid. 4.
* Levit. XIII , 8.
' I. Esdr. II , 63.
« Serm. Lxxxviii , n" 7, t. v, col. 473. Serm. CCLXXVII , n" 2 , col 1124.
' Levit. XIII, 44, 45, 46.
c'est pourquoi la victime pour le péché [s'immolait ] « hors du camp ; » Extra castra ' ; et Notre-Seigneur [a été crucifié] « hors des portes « de Jérusalem : » Extra portam^ : excommunication que Jésus-Christ a soufferte.
Offeres munus quodprœcepit Motjses ^ : « Vous « offrirez le don que Moïse a prescrit, « deux passereaux. On en immole l'un; on délivre l'autre , on le lâche en liberté , après avoir été trempé au sang de l'autre^. Jésus-Christ immolé; toute la nature vivante : elle est délivrée; mais il faut qu'elle soit trempée au sang de Jésus-Christ par la mortification. Là vie délicieuse ne souffre pas qu'on soit trempé dans ce sang. Celle qui vit « dans les délices est morte , quoiqu'elle paraisse « vivante : « Vivens, mortua est^.
Le lépreux était obligé de couper tous les poils, ses cheveux, sa barbe, ses sourcils. La lèpre s'attachait principalement aux cheveux et aux poils. « L'homme de la tête de qui les che- « veux tombent , est chauve et pur : » Vir de cujus capite capilli fluunt , calvus et mundus est^ : c'était une marque. [Les poils sont] un superflu : le superflu retranché; c'est là que les péchés s'attachent. Ne demandez pas ce qu'il faut retrancher : retranchez quelque chose , la lumière vous viendra pour retrancher toujours davantage. Retranchez par l'aumône ; retranchez tous les jours quelque chose à la vanité. On objecte toujours la bienséance : il faut couper même les sourcils et la barbe : il n'importe pas quand le visage sera un peu défiguré. Personne plus obligé aux aumônes que les lépreux purifiés , les pécheurs guéris.
Deux raisons pourquoi l'aumône ôte les péchés : 1° Le péché naturellement demande d'être puni par la privation de tout bien. Qui est ingrat et rebelle envers Dieu, mérite la soustraction de tous ses dons , et ne doit rien avoir dans son empire : il a abusé de tout. Si l'on n'est pas effectivement privé, il faut compatir à ceux qui le sont, souffrir avec eux : « Exer- « cer la patience à l'égard des uns, et la misé- « ricorde envers les autres : » Alios per patientiam , alios per misericordiam 7.
2" Par l'aumône on empêche les péchés des autres, une infinité de péchés où la pauvreté engage; péchés inconnus, incestes pour n'avoir point de lits, et autres abominations. Rien de meilleur pour expier nos péchés commis , que
' Levit. rv, 21.
' Hebr. xill , 12.
3 Matth.ym, 4.
* Levit. XIV, 4, 5, 6^ 7.
5 I. Tim. V, 6 ,
* Levit. xill . 40.
' S. Léo.