APRÈS L'EPIPHANIE
Jérusalem etB«bylone, leur esprit et leur caractère. Raisons de la conduite de Dieu dans le mélange des bons avec les méchants : comment ils sont séparés dès à présent : suites de la dernière séparation.
Sinite utraque crescere usque ad messem.
Laissez croître l'un etl'autrejusqu'àla moisson. Malll- XIII, 30.
Tout autant que nous sommes de chrétiens , nous sommes de pauvres bannis , qui , étant relégués bien loin de notre chère patrie , sommes contraints de passer cette vie mortelle dans un pèlerinage continuel , déplorant sans cesse la misère de notre péché qui nous a fait perdre la douceur et la liberté de notre air natal , seul capable de réparer nos forces perdues et de rétablir notre santé presque désespérée. Cependant , mes trèschères sœurs , ce qui adoucit les ennuis et les incommodités de notre exil , ce sont les lettres que nous recevons de notre bienheureuse patrie: vous entendez bien que c'est du ciel que je parle. Ces lettres , ce sont les Écritures divines que notre Père céleste nous adresse par le ministère de ses saints prophètes et de ses apôtres , et même par son cher Fils, qu'il a envoyé sur la terre pour nous apporter ici-bas des nouvelles de notre pays , et nous donner l'espérance d'un prompt et heureux retour. De sorte que si nous désirons ardemment de voir cette glorieuse cité dont nous devons être les habitants, nous sommes vivement touchés de l'amour de notre patrie , où notre bon Père nous conserve un grand et éternel héritage : toute notre consolation doit être de lire ces lettres : nous en devons baiser mille et mille fois les sacrés caractères , et surtout nous en devons nuit et jour ruminer le sens. C'est pourquoi le prophète David
' 1. Petr.iy,9.
chantait à son Dieu , parmi des soupirs amoureux : « 0 Seigneur, voyez que je suis étranger sur « la terre : du moins ne me refusez pas cette unique « consolation de méditer vôtre sainte parole : » Incola ego sum in terra, non abscondas à me mandata tua\ Ainsi je ne m'étonne pas, mes très-chères sœurs , si vous avez une telle avidité d'entendre la parole de Dieu. C'est un effet de ce pieux gémissement que le Saint-Esprit inspire en vos âmes , les sollicitant par de saints désirs. Je m'estimerais bienheureux si je pouvais contribuer quelque chose à satisfaire ces pieux désirs. Écoutez, écoutez, mes sœurs, les paroles du saint Evangile; et si je vous semble peu de chose, comme en effet je ne suis rien , songez que c'est la voix de votre Époux que vous entendez par ma bouche.
« Le royaume des cieux, nous dit Jésus-Christ % « est semblable à un homme qui avait semé de bon « grain dans son champ. Mais pendant que les « hommes dormaient , son ennemi vint, et sema «de l'ivraie au milieu du blé, et s'en alla. « L'herbe ayant donc poussé , et étant montée en « épi , Fivraie commença aussi à paraître. Alors '< les serviteurs du Père de famille vinrent lui « dire : Seigneur, n'avez- vous pas semé de bon « grain dans votre champ? d'où vient donc qu'il « y a de l'ivraie ? Il leur répondit : C'est l'homme « ennemi qui l'y a semée. Et ses serviteurs lui « dirent: Voulez- vous que nous allions l'arracher? « Non , leur répondit-il , de peur qu'en arrachant « l'ivraie , vous ne déraciniez en même temps le « bon grain. »
Le grand Père de famille , c'est Dieu qui a répandu de tous côtés sur les hommes ses vérités, comme une semence céleste qui devait fructifier en bonnes œuvres pour la vie éternelle. Il avait commencé à jeter cette précieuse semence dans l'esprit de l'homme , l'introduisant dans ce paradis de délices , où tout ce qui se présentait à ses yeux ne lui parlait que de son Créateur. Mais pendant qu'il s'endormait dans la considération de ses propres dons, oubliant insensiblement son auteur , auquel seul il doit veiller, et « déçu de la « douceur de sa charmante liberté, » Sua in œternum libertate deceptus ^ ; le serpent frauduleux qui lui parlait au dehors, fit couler intérieurement dans son cœur le venin subtil et délicat de la vaine gloire. Animé de ce bon succès, il n'a cessé de jeter autant qu'il a pu les semences du vice et du désordre, partout où il a vu que la munificence divine répandait celles de ses grâces. Si bien que.
' Ps. CXVIII, 19.
^ Malth. XIII, 24 et suiv.
^ Innocent. I. Ep. xxtv, ad Conc. Carth. Lab. t II , col. IS!?5.