ET DU
BossueT, t. 11.
Pendant que je m’ occupois à découvrir les erreurs des critiques judaisants, je sentois mon esprit ému en soi-même, en voyant des chrétiens, et des chrétiens savants qui sembloient même zélés pour la religion, au lieu de travailler, comme ils le devoient, à l’édification de la foi, employ er toute leur subtilité à éluder les prophéties sur lesquelles elle est appuyée ; et plus dangereux que les rabbins, leur fournir des armes pour combattre les apôtres et Jésus-Christ mème. Les sociniens avoient ouvert cette dispute, et la licence augmentoït tous les jours. Il me paroissoit qu’une courte interprétation de quelques anciennes prophéties pouvoit être un remède aussi abrégé qu’eflicace contre un si grand mal : et alors il arriva qu’un de mes amis m’ayant proposé ses difficultés sur la prédiction d’Isaïie, où l’enfantement d’une vierge étoit expliqué, j’avois tâché d'y répondre avec toute la netteté et toute la précision possible, et néanmoins en faisant sentir la force des preuves de la mission de Jésus-Christ, et un caractère certain de sa divinité.
En même temps je me souvenois d’avoir prèché, il y a deux ans, une Explication du Psaume xxx, où j’avois démontré d’une manière sensible à toute ame fidèle, la passion, le crucifiement, la résurrection de notre Sauveur, et sa gloire qui devoit paroître dans la conversion des Gentils.
Je me sentois aussi sollicité, durant une convalescence qui ne me permettoit pas tout à fait l’usage de mes réflexions, d’entretenir mon esprit de saintes pensées, capables de le soutenir ; et c’est ce qui a produit ces petits écrits.
Dieu ayant mis dans le cœur de plusieurs personnes pieuses d’en demander des copies, on a eu plutôt fait de les imprimer , et les voilà tels qu’ils sont sortis d’une étude qui n’a rien eu de pénible. Qui sait si Dieu ne voudra pas se servir de cet exemple, pour exciter des mains plus habiles à donner de pareils ouvrages à l’édification publique, et apprendre aux chrétiens, non pas à disputer contre les Juifs, ce qui ne produit que de sèches altercations, mais à poser solidement les principes de la foi ; afin que la tentation venant peut-être dans la suite à s’élever par les discours des libertins, aussi remplis d’ignorance que d’inconsidération, elle se trouve heureusement prévenue par une doctrine établie sur la pierre, qui empêche non-seulement les orages et les tempêtes, mais encore qui déracine jusqu'aux moindres doutes ; et que nous marchions d’un pas ferme, comme ont fait nos pères, sur le fondement des apôtres et des prophètes ?