CHAPITRE XVIII
24. Et on a trouvé dans cette ville le sang des prophètes et des saints, et de tous ceux qui ont été tués sur la terre.
EXPLICATION DU CHAPITRE XVIIIe
Chute et désolation de Rome sous Alaric.
1. Je vis un ange. ayant une grande puissance ; et la terre fut éclairée. C'est celui qui va annoncer le grand ouvrage de la vengeance prochaine, qui éclatera comme le s0leil par toute la terre.
2. Elle est tombée la grande Babylone ; tiré d'Isaïe, xxr. 9, et de Jérémie, Lr. 8.
Elle est devenue la demeure des démons. Dans le style de l'Écriture, les lieux désolés sont représentés comme abandonnés, non-seulement aux oiseaux de mauvais augure, mais encore aux spectres et aux démons, Jérém. LI. 37. Isa. x. 21, 22, xxx1v. 44, qui sont façons de parler, tirées du langage populaire.
On dira que Rome ne fut pas si entièrement désolée par Alarice, qu’on ne la voie réparée bientôt après; mais Babvlone elle-même, qui est choisie par le Saint-Esprit pour nous représenter la chute de Rome, aussi bien que son impiété et son orgueil, n’a pas été détruite d’ùne autre sorte. Après sa prise et son pillage sous Cyrus, on la voit encore subsister jusqu’au temps d'Alexandre avec quelque sorte de gloire, mais qui n’étoit pas comparable avec celle qu’elle avoit eue auparayant..Ce qui fait que les prophètes la regardent comme détruite, c'est à cause qu’elle fut en effet saccagée, et qu'il n’y eut jamais aucune ressource à la perte qu’elle fit de son empire. Rome a été poussée bien plus loin, puisqu'en perdant son empire, elle est devenue le jouet des nations qu’elle avoit vaincues, le rebut de ses propres princes, et la proie du premier venu, comme on a vu, Hist. abr. 14, 16.
Ilest bon aussi de se souvenir combien grand fut le désastre de Rome ravagée par Alaric. Outre tout ce qu’on en a rapporté de saint Augustin, de Paul Orose, et de saint Jérôme, ce dernier nous la représente comme devenue le sépulcre de ses enfants; comme réduite par la famine à des aliments abominables, et ravagée par la faim, avant que de
l'être par l'épée; de sorte qu'il ne lui restoit qu'un petit nombre de ses citoyens, et que les plus riches, réduits à la mendicité, ne trouvèrent de soulagement que bien loin de deur patrie dans la charité de leurs frères, Epist. xvr. ad Princip. Proœm. Comm. in Ezech. lib. x1. vi, ete. Voyez Préf. n. 40, et sur le chap. xvir. 16.
3. Toutes les nations ont bu du vin de la colère de sa prostitution. Hébraïsme : c’est-à-dire, du vin de sa prostitution digne d’un châtiment rigoureux.
Ont bu du vin : ci-dessus, xvrt, 2. Le vice et l'erreur enivrent comme un vin fumeux qui fait perdre la raison.
Les marchands de la terre se sont enrichis de l'excès de son luxe. Ce n’est pas seulement l'idolâtrie de Rome que Dieu punit, c’est son luxe et son orgueil.
4. Sortez de Babylone, mon peuple. Ainsi dans Jérémie : Fuyez du milieu de Babylone, et que chacun sauve son ame , Jér. zr. 6. Tout cela ne signifie autre chose, sinon qu'il falloit sortir de Rome, ainsi qu’autrefois de Babylone, comme d’une ville pleine d’impiété, et qui enfin alloit périr. De peur que vous n'ayez part à ses péchés; c’est-à-dire, à la peine de ses péchés, ou, si l’on veut, à sa corruption, à son luxe, à ses idolâtries, où elle tâchoit d'attirer tous ses habitants, comme on a vu, Hist. abr. n. 13, 14.
Et que vous ne soyez enveloppés dans ses plaies. I falloit que les anciens Juifs sortissent de Babylone, pour n’être pas enveloppés dans son supplice. Saint Jean applique à Rome cette parole, comme les autres qui ont été dites pour Babylone.
Dieu en fit sortir son peuple en plusieurs manières. Premièrement, en retirant de cette vie ceux à qui il vouloit épargner la douleur de voir périr une telle ville. Ainsi saint Jérôme a dit du pape saint Anastase, que Rome ne le put posséder longtemps, et que Dieu l’avoit enlevé du monde, de peur que la capitale de l'univers ne füt abattue sous un si grand évêque. Hier. Ep. xvr. . 4
Secondement, dans les approches de la prise de Rome, une secrète Providence en éloigna plusieurs gens de bien, et entre autres le pape Innocent, qu’elle fit sortir, comme au-