CHAPITRE VI
17. Parce que le grand jour de leur colère est arrivé : et qui pourra subsister ? EXPLICATION DU CHAPITRE VI, Le cri des saints dans le ciel, ce que c’est : la volonté de Dieu leur est révélée.
4. Et je vis que l'Agneau avoit ouvert... et j'entendis l’un des quatre animaux... Remarquez que ce sont les auteurs sacrés, et surtout les évangélistes, qui nous font ouvrir les yeux aux objets qui se présentent, et nous y rendent attentifs : c’est-à-dire, qu'il faut entendre toute l'exécution des secrets conseils de Dieu , selon les règles qui sont proposées par Jésus-Christ dans l'Evangile,
2. Et je vis un cheval blanc, tel qu’en avoient les vainqueurs aux jours de leur entrée et de leur triomphe.
Et ceiui qui étoit monté dessus. C'est Jésus-Christ victorieux, voyez Apoc. x1x. 11, 13, où celui qui est sur le cheval blane, s'appelle le Verbe de Dieu. Ici on lui donne un arc, pour marquer qu'il atteint de loin. Les prophéties l'arment tout ensemble et de l'épée pour frapper de près, et de flèches pour atteindre de loin. Ps. xz1v. 4, 6. Voilà donc ce qui paroît d'abord et à l'ouverture du premier sceau : Jésus- Christ vainqueur. On va faire marcher à sa suite les trois fléaux de la colère de Dieu, comme ils furent présentés à David, IT. Reg. xx1v. 13, la guerre, la famine et la peste.
A. Il partit aussitôt un autre cheval qui étoit roux. D'une couleur approchante du sang , c’est manifestement la guerre, comme les caractères qu’on lui donne le font assez voir.
5. Et je vis un cheval noir... C’est la famine marquée par la couleur noire : tous les visages seront noirs comme des chaudrons noircis au feu : Joël, dans la description d'une famine. 11. 6.
6. Le litron de blé : petite mesure. On donne le pain à la mesure : la mesure est petite : et on l’achète bien cher. Ne gâtez point le vin et l'huile : Conservez-les avec soin, car on en aura besoin. On ne pouvoit pas peindre la famine avec de plus vives couleurs , ni la rendre plus sensible. Mais voici
158 L'APOCABYPSE,
la mortalité et la peste aussi bien dépeintes à l'ouverture du quatrième sceau.
8. Et je vis un cheval pâle... C'est la peste et la mortaiité. Et l'enfer le suivoit : c’est en général le lieu des morts. Et on lui donna puissance : ainsi lisent les anciens. Le grec est plus clair: Et on leur donna puissance, c’'est-àdire, à ces trois-eavaliers, de frapper les hommes par ces trois fléaux. On peut entendre aussi, on lui a donné, en le rapportant au vainqueur dont il est parlé, ÿ. 2, et que les trois fléaux de Dieu, la guerre, la famine et la peste suivent pour partir à son ordre. Sur les quatre parties de la terre. Le grec dit sur la quatrième partie. é
9. À l'ouverture du cinquième sceau. Après que le juge a paru avec ses trois fléaux, il restoit à voir qui il frapperoit. Les ames des martyrs semblent le déterminer à venger leur mort sur leurs persécuteurs : mais on leur ordonne d’attendre, comme on va voir.
Je vis sous l'autel les ames de ceux... L’autel représente Jésus-Christ‘, où notre vie est cachée jusqu'à ce qu'il apparoisse, Coloss. 111. 3, 4. Et c'est ainsi que l'entend l'Eglise aussi bien que tous les anciens.
10. Jusqu'à quand différez-vous..….. Remarquez que les ames saintes savoient bien que Dieu n’avoit pas encore vengé leur sang, contre ceux qui les veulent comprendre dans la loi générale des morts, dont il est écrit qu’ils ne savent pas ce qui se passe sur la terre:
A venger notre sang. Les saints desirent la manifestation de la justice de Dieu, afin qu’on le craigne, et qu’on se convertisse. C’est là, dit saint Augustin, la juste et miséricordieuse vengeance des martyrs, que le règne du péché qui leur a été si rigoureux, soit détruit.
44. Une robe blanche : c'est la gloire des saintes ames, en attendant la résurrection. Par le blanc est représentée la gloire de Jésus-Christ ; et il dit lui-même des bienheureux , qu’ils marcheront avec lui revêtus de blanc, parce qu'ils en sont dignes. Apoc. 1x1. 4.
Qu'ils attendissent en repos encore un peu de temps.
2 Pontif. in admonit, ad Subd.
CITAPIFRE VI. 159
Dieu fait connoître trois choses à ses saints : le délai de la vengeance , la brièveté de ce délai, et les raisons de son conseil éternel. |
Jusqu'à ce que le nombre... fût accompli... Les peuples persécuteurs étoient nécessaires pour accomplir le nombre prédestiné des martyrs : c’est pourquoi Dieu les épargne en attendant que ce nombre soit parfait; joint qu’en détruisant les infidèles, avant qu'on en eût tiré tous les saints qui étoient encore renfermés parmi eux, on auroit empêché l’œuvre de Dieu.
12. À l'ouverture du sixième sceau, je vis. Ce qui suit c’est la vengeance divine, dernière et irrévocable; premièrement, sur les Juifs, et ensuite sur l'empire persécuteur : mais c’est la vengeance encore représentée en confusion et en général. Les grandes calamités publiques sont décrites dans les prophètes, comme si c’étoit un renversement de toute la nature; la terre tremble, le soleil s’obscurcit, la lune paroît toute sanglante, les étoiles tombent du ciel : c’est qu’il semble que tout périt pour ceux qui périssent. Les images dont se sert ici notre apôtre, sont tirées de divers endroits des prophètes, et surtout d’Isaie, xxx1v. 4.
43. Les étoiles tombèrent du ciel en terre comme lorsque le fiquier.…. avec la même abondance, avec la même facilité. Dieu secoue toute la nature aussi aisément qu’un grand vent secoue un arbre.
44. Et toutes les montagnes et les îles... ce qui étoit de plus ferme sur la terre, et tout ensemble ce qui en étoit le plus séparé par les eaux, tout fut ébranlé.
45. Les rois de la terre, les princes, les officiers de guerre. C'est ce qu'il avoit figuré auparavant par les étoiles qui tomboient, ÿ. 13. Tout l’univers fut effrayé d’une si grande vengeance que Dieu tiroit de ses ennemis, et du renversement d’un si grand empire.
46. Aux montagnes et aux rochers, tombez sur nous. Ges paroles sont prises d'Osée, x. 8 : et notre Seigneur les applique à la désolation envoyée aux Juifs en vengeance de sa passion. Luc. xxr11, 30. On en peut faire encore l'application à la chute de l'empire romain. Mais, et ces paroles,
et tout le reste qu’on vient de voir, regardent aussi le dernier jugement que le Saint-Esprit joint souvent aux grandes calamités qui en sont l’image, comme a fait notre Seigneur, lorsqu'il mêle ce dernier et terrible jugement ‘avec la ruine de Jérusalem, qui en étoit la figure. Matth. xx1v, etc.