‹ Œuvres de Bossuet (volume 5)Chapitre 50 sur 85 · NAT DUT · texte numérisé non relu

NAT DUT

L'importunité dont il faut se servir envers Dieu, c’est cette manière pressante dont il a été parlé ci-devant.

Songez à ce cri des élus, qui s'élève nuit et jour devant Dieu. Il faut être persuadé que nos injustices, nos scandales, tout ce que nous faisons qui édifie mal les saints, et qui les fait souffrir, crie Vengeance nuit et jour contre nous; et que nous ne pouvons apaiser ce cri que par un cri continuel de pénitence. Miséricorde , mon Dieu, miséricorde. C'est ce qu'il faut crier nuit et jour; c’est ce que notre besoin crie sans cesse.

Songez au triste état de ce juge, «qui ne se soucie ni de » Dieu, ni des hommes * ». Quand rien ne retient, il n'y à plus d'espérance. Quand on a quelque frein, et qu'en ne craignant point Dieu, on est-du moins un peu retenu par la crainte des hommes; on peut espérer, et les passions souffrent quelque-sorte-de modération.

XLIII Jour. Motifs d'espérance dans la prière. (Matth. vri. 11.)

Le fondement assuré de cette foi que Jésus-Christ exige pour prier et pour obtenir, c’est de bien comprendre que

PS CxLIT. 6. — 2 Lnc.ax VIII. 4.

Dieu est un père. Combien plutôt, dit-il, « votre Père céleste » sera-t-il libéral envers vous! »?

« Si vous donnez, vous qui êtes mauvais * »; combien plus Dieu qui est la bonté même? Si vous donnez ce qui vous a été donné, et que vous n'ayez que par emprunt; combien plutôt Dieu donnera-t-il, lui qui est la source du bien; et dont la nature est, pour ainsi parler, de donner?

« Si vous qui êtes mauvais » ‘Mais est-on mauvais, « même » à ses enfants » ? Le Fils de Dieu nous veut faire entendre que l’homme est mauvais, même à ses enfants. L'expérience ne le fait que trop voir, et qu'on se regarde soi-même plutôt qu'eux dans les biens qu'on leur procure. Il n°y a que Dieu, qui étant la bonté même et le bien par essence, ne peut donner que du bien à ceux qui ont recours à lui.

Disons-nous toujours à nous-mêmes : OÜn peut tout espérer d'un père. Disons encore avec Jésus-Christ : Qu'est-ce qu’un corbeau? Notre Père céleste le nourrit. Qui nourrit les serviteurs, laissera-t-il les enfants sans secours? Mais qui nourrit les animaux, sera-t-il insensible au besoin de ses enfants? On peut donc tout demander; et on doit espérer de tout obtenir dès qu’on demande à un père.

XLIV® Jour. Demander par Jésus-Christ : Qualité d’une parfaite prière. (Joan. xviI. 23. 37.)

il faut apprendre à demander par Jésus-Christ. Demander par Jésus-Christ, c'est demander ce qu'il commande; c’est demander sa gloire; c'est interposer le nom du Sauveur; c’est mettre sa confiance en sesbontés, et aux mérites infinis de son sang. Ce qu’on demande par le Sauveur doit regarder principalement le salut; et le reste comme un accessoire. En demandant en un tel nom, auquel le Père ne peut rien refaser, on est assuré d'obtenir; car Jésus-Christ l'a promis : et douter, c’est faire Jésus-Christ menteur. « En vérité, en » vérité je vous le dis, si vous demandez quelque chose à » mon Père en mon nom, il vous le donnera * ».

Quand donc on n'obtient pas, il faut tenir pour assuré qu’on

Ÿ Matth.=vrr. 7. — ? Ib, — % Joan. xvL. 23.

a mal prié, selon ce que dit saint Jacques! : « Vous deman- » déz, et n’obtenez pas, parce que vous demandez mal, pour » avoir de quoi satisfaire vos mauvais desirs ».

Demander mal, c’est demander sans foi, comme dit le même saint Jacques *: « Si vous avez besoin de la sagesse, » demandez-la; mais demandez-la avec foi : sans hésiter», sans craindre, en croyant certainement que vous obtiendrez si vous demandez bien, si vous demandez avez foi, si vous demandez avee persévérance.

Le Sauveur ne nous donne pas ce que nous demandons contre nofre salut. Demandons notre conversion : attachonsnous à cela, nous l'obtiendrons.

Ame religieuse! le fruit de la doctrine de Jésus-Christ sur la prière , doit être principalement d'être fidèle aux heures qu'on y consacre. Fussiez-vous distraite au dedans, si vous gémissez de l'être, si vous souhaitez seulement de ne l'être pas, et que vous demeuriez fidèle, humble et recueillie au dehors; l'obéissanee que ‘vous y rendez à Dieu, à l'Église, et à la règle, en conservant les génuflexions, les inclinations, et tout le reste de l’extérieur de la piété, conserve l'esprit de prière. On prie alors par état, par disposition, par volonté; mais surtout, si on s’hamilie de ses sécheresses et de ses distractions. Oh! que cette prière est agréable à Dieu! Qu'elle mortifie le corps et l'âme! Qu'elle obtient de grâces, et qu'elle expie de péchés!

XLV: Jour. Abrégé de la morale chrétienne, et à quoi elle se termine. (Matth. vis. 12. 20)

« Faites comme vous voulez qu'on vous fasse ». Rien de plus simple que ce principe ; rien de plus étendu dans la pratique, toute la société humaine y est renfermée. La nature même nous enseigne cette règle. Mais Jésus-Christ l'élève en ajoutant : « C’est ici la loi et les prophètes *». C'en est le préeis, et l’abrégé de toute justice. La racine en est dans ce précepte : « Vous aimerez votre prochain comme vousmême ‘».

ET LOS 00. — 20Natth. Fil. 12,.—,° Ji, #xs1. 39

« Efforcez-vous ‘ ». Le salut ne doit pas être entrepris avec mollesse. « La porte est étroite» par la mortification, la pauvreté, et la pénitence. « Le chemin est large »dans la licence. Le grand nombre, le petit nombre; sujet infini de méditer, et inépuisable consolation pour les humbles.

« Un bon arbre porte de bons fruits: un mauvais arbre » en porte de mauvais ‘». C’est ce qui fait discerner la bonne pénitence d'avec la mauvaise.

Etrange état d’une créature raisonnable, qui faute de porter de bons fruits, n’est plus propre que pour le feu.

« Vous connoîtrez les bons arbres par leurs fruits», et non par leurs feuilles ; c’est-à-dire, par leurs œuvres, non par leurs paroles. Le figuier que Jésus-Christ maudit avoit des feuilles ; mais parce qu'il n’avoit pas de fruits, Jésus-Christ le rendit sec. «Que jamais fruit ne naisse de toi‘». Par punition d’être infructueux, il le devient encore davantage. Si on ne produit des fruits dans le temps, et lorsque le maître en attend, il vient un temps qu’on n’en peut produire aucun.

Un sage confesseur doit demander à son pénitent du fruit et non des feuilles. Il ne faut pas se contenter de l’apparence d'un bon arbre dans ses feuilles, ni des fruits commencés dans la fleur. Il faut de vrais fruits ; autrement il a raison de douter que la pénitence soit sincère.

XLVI: Jour. En quoi consiste la vraie vertu. ( Matth. vii. 21.)

Jésus-Christ vient de parler des arbres qui n’ont point de fruits; en voici une mauvaise espèce. C’est le chrétien, qui n’a que l'apparence du bien, et qui en effet ne porte rien de bon: celui qui parle beaucoup et ne fait rien : «Seigneur, Seigneur », dit-il, il vaudroit bien mieux ne pas tant répéter qu'il est le Seigneur, et faire ce qu'il dit.

I y en à qui ne résistent à rien: tout ce que vous leur proposez ils l'entreprennent. Oui, je le ferai, je parlerai, je prierai, j’assisterai à tout; mais quand il faut venir à l’exécution, tout demeure. Les juifs étoient de ceux qui disent beau-

» Matth. wir 13 1421 17. M8 19" b 90 "Ib xx.

coup, et Jésus leur dit: « Les femmes de mauvaise vie et les publicains font mieux que vous! ». Votre piété toute extérieure, vous entretient dans une fausse opinion de vertu. Ceux qui sont manifestement mauvais, ont honte d'euxmêmes, et se convertiront à la fin plutôt que vous.

Considérez ces deux jeunes hommes de laparabole *. L'un a honte de désobéir ouvertement à son père, en lui disant : « Je » ne veux pas », et après lui avoir dit, Je le veux, il suit pourtant son penchant, et «il ne fait rien ». L'autre dit ouvertement: « Je n’en ferairien» : et ila honte de son insolence, et «il obéit». L'un a la présomption de vouloir passer pour vertueux, et il ne l'est qu’en paroles : c’est pourquoi il tombe. L'autre à horreur de sa témérité, et il s’en repent.

I ne faut donc ni trop déférer aux discours présomptueux de ceux qui promettent tout, ni désespérer de ceux qui semblent tout refuser. Les grands crimes mènent plutôt à la pénitence, que la fade et inefficace pudeur, qui fait tout promettre sans avoir un véritable desir de l'exécution ; ou que la fausse piété, qui ne consiste qu’en paroles, où l’on croit avoir tout fait quand on parle bien de la loi et de la vertu, comme faisoient les juifs.

Ame fidèle, évertuez-vous. Avez-vous promis quelque chose ? Quelque grande qu’elle soit, faites plus encore. Avezvous refusé? Ayez-en honte, et faites ce que vous aviez dit que vous ne vouliez ou ne pouviez pas.

Celui qui écoute et qui fait, en qui la vertu se tourne en habitude par la pratique, «c’est l'homme sage qui bâtit sur la pierre». Les tentations viennent, les maladies accablent ; les afflictions fondent sur cette âme; elle se soutient. Ceux qui ne font qu'écouter, qui se délectent de la beauté ou de la vérité de la sainte parole, sans en venir aux effets, ou qui n'y viennent qu'imparfaitement, « ont bâti sur le sable ; ils tom- » bent à la première occasion, et leur ruine est grande ».

1Matth. xx 31. 92: — 2Ib. xxr. 28. 29, 30. — * Ib. vit. 24. 2526.27.

XLVIT. Jour. Admirables effets , et invincible puissance de la doctrine de Jésus-Christ. (Matth. vir. 28. 29.)

Considérez la doctrine de Jésus-Christ ; elle est si belle et si solide, qu’elle cause de l'admiration à tout le peuple. Car qui n’en admireroit la pureté, la sublimité, FPefficace? Elle à converti le monde; elle a peuplé les déserts : elle a fait prodiguer à des millions de martyrs de toute condition, de tout âge et de tout sexe, jusqu’à leur sang. Elle à rendu les richesses et les plaisirs méprisables; les honneurs du monde ont perdu tout leur éclat. L'homme est devenu un ange ; etil s’est porté à se proposer pour modèle Dieu même. Quine l’admireroit donc, cette belle, celte ravissante doctrine? Mais ce n’est pas tout de l’'admirer. «Jésus enseigne comme » ayant puissance » ; il faut que tout cède, et que tout orgueil humain baisse la tête.

Dieu vous préserve d’un docteur timide, qui n'ose vous dire vos vérités, où qui vous flatte dans vos défauts, à la manière des seribes et des pharisiens, qui ne songeoient qu'à s’attacher le peuple, et non à le corriger. Demandez à Dieu un docteur qui vous parle avec efficace et avec puissance, sans vous épargner dans vos vices. C’est à celui-là que votre conversion est réservée. Amen, amen.

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