‹ uvres de BossuetChapitre 13 sur 140 · CONTRAT DE MARIAGE · texte numérisé non relu

CONTRAT DE MARIAGE

ItE PHIUPPE, LANDGRAVE DE HESSE, AVEC MARGDERITE. DE SAAL.

Au NOM DE Dieu. Ainsi soit-il.

Que tous ceux , tant en général qu'en particulier , qui verront, entendront ou liront cette convention publique, sachent qu'en l'année 1540, le mercredi, quatrième jour du mois de mars , à deux heures ou environ après midi , la treizième année de l'indiclion, et la vingt-unième du règne du très-puissant et très-victorieux empereur Charles-Quint, notre très-clément seigneur, sont comparus devant moi notaire et témoin soussigné, dans la ville de Rotembourg, au château de la même ville , le sérénissime prince et seigneur Philippe, landgrave de Hesse , comte de Calznelenbogen , de Dietz, de Ziengenhain, et de Nidda , assisté de quelques conseillers de son altesse, d'une part : et honnête et vertueuse tille, Marguerite de Saal, assistée de quelques-uns de ses parents, de l'autre part; dans l'intention et la volonté déclarée publiquement devant moi notaire et témoin public , de s'unir par mariage : et ensuite mon très-clément seigneur et prince landgrave a fait proposer ceci par le révérend Denis Melander, prédicateur de son altesse. Comme l'œil de Dieu pénètre toutes choses, et qu'il en échappe peu à la connaissance des hommes , son altesse déclare qu'elle veut épouser la même tille Marguerite de Saal , quoique la princesse sa femme soit encore vivante ; et pour empêcher que l'on nimpute cette action à inconstance ou à curiosité , pour éviter le scandale , et conserver l'honneur à la mémelille, et la réputation de sa pare»té , son altesse jure ici devant Dieu , et sur son âme »t sa conscience , qu'elle ne la prend à femme ni par légèreté , ai par curiosité, ni par aucun mépris du droit ou des supé-

sione juris aut superiofuin ; sed urgeri aliquibus gravibus necessitatibus conscientiae et corporis; adeo ut impossibile sit sine alia superinducta légitima conj uge corpus suum et animam salvare. Quam multiplicem caasam etiam sua celsitudo multis praedoctis , piis, prudentibus et christianis praedicatoribus antehac indicavit ; qui etiam , consideratis inevitabilibuscausis, id ipsum suaserunt, ad suae celsitudinis animae et conscientiae consulendum.Quae causa et nécessitas etiam serenissimam principem Christianam, ducissam Saxonise, suœ celsitudinis primam legitimam conjugem, utpote alta principali prudentia et pia mente prœditam, movit, ut suae celsitudinis, tanquam dilectissimi mariti animae et corpori serviret, et honor Dei promoveretur, ad gratiose consentiendum ; quemadmodum suœ celsitudinis hœc super relata syngraphatestatur: etne cui scandalum detur eo quod duas conjuges habere moderne tempore sit insolitum ; etsi in hoc casu christianum et licitum sit , non vult sua celsitudo publiée coram pluribus consuetas cœremonias usurpare, et palam nuptias celebrare cum memorata virgine Margareta de Saal ; sed hicMn privato et silentio , in prœsentia subscriptorum testium,volunt invicem jungi matrimonio. Finito hoc sermone, nominati Philippus et Margareta sunt matrimonio juncti, et unaquœque persona alteram sibi desponsam agnovit et acceptavit, adjuncta mutuœ fidelitatis promissione in Domine Domini. Et antememoratus princeps ac dominus, ante huncactum, me infra scriptum notarium requisivit, ut desuper unum aut plura instrumenta conficerem , et mihi etiam tanquam personœ publicœ verbo ac fide principis addixitet promisit, se omnia hœc inviolabiliter semper ac firmiter ser-

rieurs ; mais qu'elle y est obligée par de certaines nécessités importantes et inévitables de corps et de conscience ; en sorte qu'il lui est impossible de sauver sa vie et de vivre selon Dieu , à moins que d'ajouter une seconde femme à la première. Que son altesse s'en est expliquée à beaucoup de prédicateurs doctes , dévots, prudents et chrétiens, et qu'elle les a là-dessus consultés. Que ces grands personnages , après avoir examiné les motifs qui leur avaient été représentés, ont conseillé à son altesse de mettre son âme et sa conscience en repos par un double mariage. Que la même cause et la même nécessité ont obligé la sérénissime princesse Christine , duchesse de Saxe, première femme légitime de son altesse, par la haute prudence et par la dévotion sincère qui la rendent si recommandable, à consentir de bonne grâce qu'on lui donne une compagne, alin que l'âme et le corps de son très-cher époux ne courent plus de risque , et que la gloire de Dieu en soit augmentée, comme le billet écrit de la propre main de cette princesse le témoigne suftisamnient. Et de peur que l'on n'en prenne occasion de scandale , sur ce que ce n'est pas la coutume d'avoir deux femmes , quoique cela soit chrétien et permis dans le cas dont il s'agit , son altesse ne veut pas célébrer les présentes noces à la mode ordinaire , c'està-dire pul)liquement , devant plusieurs personnes et avec les cérémonies accoutumées, avec la même Marguerite de Saal; mais l'un et l'autre veulent ici se joindre par mariage en secret et en silence , sans qu'aucun autre en ait connaissance que les témoins ci-dessous signés. Après que Melander a eu achevé de parler, le même Philippe et la même Marguerite se sont acceptés pour époux et pour épouse, et se sont promis une tidéiité réciproque , au nom de Dieu. Le même prince a demandé à moi notaire soussigné, que je lui lisse une ou plusieurs copies collationnées du présent contrat, et a aussi promis , en parole et foi de prince , à moi personne publique , de l'observer inviolablement, toujours et sans altération , en présence des révérends et très-doctes maîtres Philippe Me-

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iustoirp:

vaturum, in praesentia rfeverendorum praedoctorum doininoruin M. Philippi Melaiichtonis, M. Martini Buceri, Dionysii Melandri; etiam in praesentia strenuorum ac prœstantium Eberhardi de Than, electoralis consiliarii , Hermauni de Hundelsliausen , domini Joannis Fegg, Cancellarise, Rodolphi Sclienck , ac honestœ ac virtuosao dominae Annae natae de Miltiz, viduae defuncti Joannis de Saal , inemoratae sponsaî trimas , tanquam ad hune actum requisitorum testium.

Et ego , Ealthasar Rand de Fulda, potestate Cae- Sâris notarius publicus, qui huic sermoni, instructioni, efmatrimoniali sponsioni, et copulationi eu m supra menioratis testibus interfui, et hacc omnia et singula audivi et vidi, et tanquam notarius publicus requisitus fui, hoc instrumentum pubUcum meamanu scripsi et subscripsi , et consueto sigillo munivi in fidem et testinioniuni. Balthasae RAnd.

lanchton , Martin Bucer, Denis Melander ; et aussi en présence des illustres et vaillants Ebehard de Than, conseiller de son altesse électorale de Saxe, Herman deMaIsberg, Herman de Hundelshausen , le seigneur Jean Fegg de la Chancellerie , Rodolphe Schenck ; et aussi en présence de très-honnéte et très-vertueuse dame Anne, de la maison de Miltitz, veuve de feu Jean de Saal, et mère de Fépouse; tous en qualité de témoins recherchés pour la validité du présent acte.

Et moi Balthasar Rand de Fulde, notaire public impérial, qui ai assisté au discours, à l'instruction, au mariage, aux épousailles, et à l'Union dont il s'agit, avec les mêmes témoins, et qui ai écouté et vu tout ce qui s'y est passé; j'ai signé le présent contrat, à la requête qui m'en a été faite, et j'y ai apposé le sceau ordinaire, pour servir de foi et de témoignage au public. Balthasar Rand.

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