‹ uvres de BossuetChapitre 76 sur 140 · Exod. XXIV · texte numérisé non relu

Exod. XXIV

Nous devons donc regarder les mystères de Jésus-Christ avec une sainte et religieuse horreur , en y respectant le caractère de mort , et encore d'une mort sanglante, en témoignage de la violence qu'il se faut faire à soi-même, à l'exemple de Jésus-Christ, pour avoir part à la grâce de la nouvelle alliance , et à l'héritage des enfants de Dieu.

Personne que le seul pontife ne pouvait entrer dans le Saint des saints où était l'arche , et il 7i'y entrait qu'une fois l'année : mais c'était en vertu du sang de la victime égorgée , dans lequel il trempait ses doigts pour en jeter contre le propitiatoire , et expier le sanctuaire des impuretés qu'il contractait au milieu d'unpeuple prévaricateur « . Ainsi ce qu'il y avait de plus saint dans la loi , qui était l'arche et le sanctuaire, contractait quelque immondice au milieu du peuple , et il fallait le purifier une fois l'année , mais le purifier par le sang. Purifions donc par le sang de Jésus-Christ le vrai sanctuaire , qui n'est pas fait de main d'homme, c'est-à-dire notre conscience; la vraie arche du Testament , et le vrai temple de Dieu , c'est-à-dire notre corps et notre âme : et ne croyons point pouvoir avoir part au sang de Jésus , si nous-même>} nous ne répandons en quelque sorte notre sang par la mortification , et par les larmes de la pénitence.

Jésus , à qui le ciel était dû comme son héritage par le titre de sa naissance , étant établi, comme dit saint Paul , l'héritier de toutes choses », il y a voulu entrer pour nous comme pour lui. S'il n'avait à y entrer que pour lui-même, il n'aurait pas eu besoin d'y entrer par le sang d'un sacrifice : mais afin d'y entrer pour nous qui étions pécheurs , il a fallu nous purifier , et expier nos péchés par une victime innocente, qui était lui-même.

Il était donc tout ensemble le pontife qui nous devait introduire dans le sanctuaire, et la victime qui devait expier nos fautes : c'est pourquoi il n'est pas entré dansle sanctuaire par un sang étranger, mais par son propre sang^. Pontife saint qui n'avait point à prier , comme celui de la loi , pour lui-même , pour ses ignorances et pour ses péchés , mais seulement pœir les nôtres et ceux du peuple^ ; il nous a ouvert la porte : victime innocente et pure , il a pacifié par son sang le ciel et la terre ^ ; et pénétrant dxins le ciel '» , il nous en a laissé l'entrée libre.

Entrons donc avec confiance dans cet héritage céleste : et nous souvenant de ce qu'il en a coûté à Jésus pour nous en ouvrir la porte , que nos péchés nous avaient fermée , ne nous plaignons pas de ce qu'il nous en doit coûter à nous-mêmes.

C'était à ce jour solennel où le pontife entrait dans le sanctuaire , qu'on offrait ces deux boucs , dont l'un était immolé pour le péché , et l'autre qu'on appelait le bouc émissaire. Après que le pontife avait mis les mains sur lui , et en même temps confessé avec exécration et imprécation sur la tête de cet animal les péchés de tout le peuple , il était

• Ex. XXX, 10. Levit. xvi, 2, 3, i4, 16. Heh. ix, 7. — » Heb. I, 2. — ' Ibid. IX, Il , 12, 14, 24, 25. — * Heb. vii , 2C, 27. — ' Çoloss. I, 20. — « Jlub. IV, 14.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

envoyé dans le désert ' , comme pour y être la proie des bêtes sauvages. Ces deux ligures représentaient notre Seigneur , en qui Dieu a mis les iniquités de nous tous'. Chargé donc de tant d'abominations, il a été séquestré du peuple, et, comme remarque saint Paul , // a souj/ert hors de la porte de Jérusalem 3 , comme excommunié de la cité sainte à cause de nos péchés qu'il portait. Mais c'était nous qui étions les véritables excommuniés , et l'anathème de Dieu. Sortons en humilité de la société sainte; et, pour nous délivrer de la maléd ?tion qui nous poursuit , unissons-nous à celle de Jésus-Christ, qui a été fait anathème et tnalédiction pour nous; comme dit saint Paul * , conformément à cette parole : Maudit celui qui a été pendu à une croix ^ ! Reconnaissons-nous exclus de tout bien et de toute la société humaine par nos péchés : la croix, une mort douloureuse , et l'ignominie d'un honteux supplice, est notre partage. Quoi! en cet état nous pourrions nous plaindre d'être pauvres , méprisés , outragés, sans songer de quoi nos péchés nous ont rendus dignes .'Nous sommes dignes de tout opprobre, de toute misère, pour avoir péché contre le ciel , et avoir été rebelles contre Dieu. Ne nous plaignons donc jamais des misères que Dieu nous envoie : mais sortons hors du camp avec Jésus ; et allons nous unira lai portant ses opprobres^ : assurés que ce n'est qu'en nous unissant à ses peines , à ses ignominies , à son anathème, à sa malédiction, que nous serons délivrés de la nôtre.

X" ÉLÉVATION

Le campement et la patrie.

Une des plus bellescirconstances de la délivrance des Israélites , c'est qu'on ne logeait point dans les déserts où ils furent conduits; on y campait, on y était sous des pavillons 7; et sans cesse on enveloppait et on transportait ces maisons branlantes. Figure du christianisme, où tout fidèle est voyageur. Gardons-nous bien de nous arrêtera quoi que ce soit : passons par dessus : et toujours prêts à partir , toujours aussi prêts à combattre, veillons comme dans un camp. Qu'on y soit toujours en sentinelle. Dans les camps vulgaires il y a plusieurs sentinelles disposées , afin que , toujours prêts à s'éveiller au premier signal , les soldats dorment un court spmme, sans se plonger tout à fait dans le sommeil. Il y a plus, dans le campement de la vie chrétienne, chacun doit toujours veiller : chacun , en sentinelle sur soi-même , doit toujours être sur ses gardes contre un ennemi qui ne clôt point l'œil , et qui toujours rôde autour de nous pour nous dévorer 8, Ne nous fions point au repos qu'il semble quelquefois nous donner : avec lui il n'y a ni paix, ni trêve, ni aucune sûreté que dans une veille perpétuelle.

Ainsi donc campait Israël. Il supportait ce travail , pour enfin arriver à cette terre coulante de miel et de lait 9^ tant de fois promise à leurs pères.

' Lev. XVI, 2, 5, 7. — ^ Is. LUI, 6. — ^ Heb. xm, 12. - * Gai. m, 13 — 4 Deut. XXI, 23. — « Heb. xm, 13. - ' rfunt. i, 52. II, 31. — » I. Pet. V, 8. — 9 Aum. xiii, 28.

C'était pour y introduire ce peuple que Moïse l'avait tiré de l' Egypte, et lui avait fait passer la mer Rouge. Mais, ô merveille de la divine sagesse! aucun de ceux qui s'étaient mis en'marche sous Moïse pour arrivera cette terre, n'y entra , excepté deux'. Moïse même ne la salua que de loin , et Dieu lui dit : Tu l'as vue de tes yeux, et tu n'y entreras pas : et Moïse mourut à l'instant , par le commandement du Seigneur '. Afin qu'on entre dans la terre promise , il faut que Moïse expire , et que la loi soit enterrée avec lui dans un sépulcre inconnu aux hommes ; afin q\i' on n'y retourne jamais, et que jamais on ne se soumette à ses ordonnances. L'ancien peuple qui a passé la mer Rouge, et qui a vécu sous la loi, n'entre pas dans I» céleste patrie : la loi est trop faible pour y introduire les hommes.

Ce n'est point Moïse , c'est Josué , c'est Jésus (carces deat noms n'en sont qu'un) qui doit entrer dans la terre, et y assigner l'héritage au peuple de Dieu 3. Qu'avait Josué de si excellent , pour introduire le peuple à cette terre bénie, plutôt que Moïse? Ce n'était que son disciple , son serviteur , son inférieur, en toutes manières : il n'a pour lui que le nom de Jésus ; et c'est en la figure de Jésus qu'il nous introduitdans la patrie. Entrons donc , puisque nous avons Jésus à notre tête; entrons à la faveur de son nom dans la bienheureuse terre des vivants : Je vais, dit-il < , vous préparer le lieu .- j 'assignerai à chacun le partage qui lui a été destiné: il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Jésus , notre avant-coureur, est entré pour nous 5 ; et l'entrée nous est ouverte par son sang. Dépêchons-nous donc d'entrer dans ce repos éternel 6 : dépêchons-nous , n'ayons rien de lent. La voie qui nous est ouverte , dit saint Augustin , ne souffre point de gens qui reculent, ne souffre point de gens qui se détournent, ne souffre point de gens qui s'arrêtent ; et si l'on n'avance toujours dans un si roide sentier sans faire de continuels efforts , on retombe de son propre poids.

Xe SEMAINE.

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