XX« SEMAINE
LÀ VIEC4CHÉE DE JÉSUS, JUSQU'A SON BAPTéME.
PREMIÈRE ÉLÉVATION
L'accroissement de l'enfant , sa sagesse et sa grâce.
V enfant croissait et se fortifiait , rempli de sagesse , et la grâce de Dieu était en lui ». Il y en a qui voudraient que tout se fit en Jésus-Christ par des coups extraordinaires et miraculeux. Mais par là Dieu aurait détruit son propre ouvrage ; et , comme dit saint Augustin: S'il faisait tout par miracle , il effacerait ce qu'il a /ait par miséricorde : Dum omnia mirabiliter facit, deleret quod misericorditer Jecit. Ainsi il fallait que , comme les autres enfants , il sentît le progrès de l'âge. La sagesse même dont il était plein se déclarait par degrés , comme l'évangéliste nous le dira bientôt. Cependant, dès le berceau et dès le sein de sa mère, il était rempli de sagesse. Sa sainte âme , dès sa conception unie à la sagesse éternelle en unité de personne, en était intimement dirigée, et en reçut d'abord un don de sagesse éminent au-dessus de tout, comme étant l'âme du Verbe divin , une âme qu'il s'était rendue propre : en sorte que , selon l'humanité même, « tous les trésors de sagesse et de science « étaient cachés en lui ^. » Ils y étaient donc , mais cachés, pour se déclarer dans leur temps. « Et la « grâce de Dieu était en lui.» Qui en doute, puisqu'il était si étroitement uni à la source de la sainteté et de la grâce? Mais le saint évangéliste veut dire , qu'à mesure que l'Enfant croissait , et commençait à agir par lui-même, il reluisait dans tout
« /*. X, 22. XI, 5. Rom. IX , 27, XI, 5. — » Luc. Il , 40. — ' Coloss. II, I.
son extérieur je ne sais quoi qui faisait rentrer en soi-même, et qui attirait les âmes à Dieu; tant tout était simple, mesuré, réglé dans ses actions et dans ses paroles !
Aimable Enfant! heureux ceux qui vous ont vu hors de vos langes développer vos bras, étendre vos petites mains, caresser votre sainte M ère et le saint vieillard qui vous avait adopté, ou à qui plutôt vous vous étiez donné pour Fils ; faire , soutenu de lui, vos premiers pas; dénouer votre langue, et bégayer les louanges de Dieu votre Père ! Je vous adore , cher enfant , dans tous les progrès de votre âge , soit que vous suciez la mamelle, soit que par vos cris enfantins vous appeliez celle qui vous nourrissait; soit que vous vous reposiez sur son sein et entre ses bras. J'adore votre silence ; mais commencez, il est temps , à faire entendre votre voix. Qui me donnera la grâce de recueillir votre première parole.!* Tout était en vous plein de grâce; et n'eussiez-vous fait que demander votre nourriture, j'adore les nécessités où vous vous mettez pour nous. La grâce de Dieu est en vous; et je la veu.\ ramasser de toutes vos actions. Encore un coup, faites-moi enfant en simplicité et en innocence!
lY ÉLÉVATION.
Jésas suit ses parents à Jérusalem , et célèbre la Pàque.
Jésus-Christ en venant au monde , sans se mettre en peine de naître dans une maison opulente, ni de se choisir des parents illustres par leurs richesses ou par leur savoir , se contente de leur piété. Réjouissons-nous à son exemple , non point de l'éclat de notre famille, mais qu'elle ait été pleine d'édification et de bons exemples, et enfin une vraie école de religion , où l'on apprît à servir Dieu , et à vivre dans sa crainte.
Joseph et Marie , selon le précepte de la loi , ne manquaient pas tous les ans À' aller célébrer la Pâque dans le temple de Jérusalem^. Ils y menaient leur cher Fils, qui se laissait avertir de cette sainte observance , et peut-être instruire du mystère de cette fête. Il y était avant que d'y être : il en faisait le fond , puisqu'il était le vrai Agneau qui devait être immolé et mangé en mémoire de notre passage à la vie future. Mais Jésus , toujours soumis à ses parents mortels durant son enfance , fit connaître un jour que sa soumission ne venait pas de l'infirmité et de l'incapacité d'un âge ignorant , mais d'un ordre plus profond.
11 choisit , pour accomplir ce mystère , l'âge de douze ans, où l'on commence à être capable de raisonnement et de réflexions plus solides , afin de ne point paraître vouloir forcer la nature, mais plutôt en suivre le cours et les progrès.
nie ÉLÉVATION.
Le saint enfant échappe à saint Joseph et A la sainte Vierge.
Jésus a divers moyens de nous échapper. L'un est quand il retire sa grâce dans le fond; ce qu'il
• Luc. Il, 41
ne fait jamais que par punition , et pour quelque péché précédent : l'autre, quand il retire non pas le fond de la grâce, mais quelques grâces singulières, ou qu'il en retire le sentiment , pour nous exercer et accroître en nous ses faveurs , par le soin que nous prendrons à le rechercher.
La soustraction de Jésus qui échappe à sa sainte mère et à saint Joseph, n'est pas une punition, mais un exercice. On ne lit point qu'ils soient accusés de l'avoir perdu par négligence , ou par quelque faute; c'est donc une humiliation et un exercice.
Jésus s'échappe quand il lui plaît; son esprit va et vient : et l'on ne sait ni d'où il vient ni où ilva^. Il passe, quand il lui plaît, au milieu de ceux qui le cherchent^ sans qu'ils l'aperçoivent. Apparemment il n'eut pas besoin de se servir de cette puissance pour échapper à Marie et à Joseph. Quoi qu'il en soit , le saint Enfant disparut : et les voilà premièrement dans l'inquiétude, et ensuite dans la douleur ; parce qu'?7s ne le trouvèrent pas parmi leurs parents et leurs amis , avec lesquels ils le crurent^. Combien de fois, s'il est permis de conjecturer, combien de fois le saint vieillard se reprocha-t-il à lui-même le peu de soin qu'il avait eu du dépôt céleste! Qui ne s'affligerait avec lui , et avec la plus tendre mère , comme la meilleure épouse qui fût jamais?
Les charmes du saint Enfant étaient merveilleux : il est à croire que tout le monde le voulait avoir; et ni Marie ni Joseph n'eurent peine à croire qu'il fût dans quelque troupe des voyageurs : car les gens de même contrée allant à Jérusalem dans les jours de fête, faisaient des troupes pour aller de compagnie. Ainsi Jésus échappa facilement : et ses parents marchèrent un jour sans s'apercevoir de leur perte.
Retournez à Jérusalem : ce n'est point dans la parenté ni parmi les hommes qu'on doit retrouver Jésus-Christ , c'est dans la sainte cité; c'est dans le temple qu'on le trouvera occupé des affaires de son Père. En effet, après trois jours de recherche laborieuse , quand il eut été assez pleuré , assez recherché , le saint Enfant se laissa enfin trouver dans le temple^.
IVe ÉLÉVATION.
Jésus trouvé dans le temple parmi les docteurs , et ce qu'il y faisait.
Il était assis au milieu des docteurs : illes écoutait, et il les interrogeait; et tous ceux qui t'écoutaient étaient étonnés de sa prudence et de ses réponses^. Le voilà donc d'un côté assis avec les docteurs, comme étant docteur lui-même, et né pour les enseigner; et de l'autre, nous ne voyons pas qu'il y fasse (;pmrae dans la suite des leçons expresses. Il écoutait, il interrogeait ceux qui étaient reconnus pour maîtres en Israël , non pas juridiquement , pour ainsi parler , ni de cette manière au-
» Joan. III, 8. — ' Lvc. iv, 30. — ' Lue. îi, 43, ^^. -
* Jhid. 44, 4r. , 4r>. — ' Ibid. 46. 47.
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
thentique dont il usa lorsqu'il disait : «. De qui est « cette image et cette inscription'? ou, De qui « était le baptême de Jean » .? ou : Si David est le « père du Christ, comment l'appel le-t-il son Sei- « gneur^? » Ce n'était point en cette manière qu'il interrogeait; mais, si je l'ose dire, c'était en enfant, et comme s'il eût voulu être instruit. C'est pour cela qu'il estdit qu'il écoutait, et répondait àson tour aux docteurs qui l'interrogeaient ; « et on admi- « rait ses réponses , » comme d'un enfant modeste, doux et bien instruit; en y ressentant pourtant, comme il était juste , quelque chose de supérieur , en sorte qu'on lui laissait prendre sa place parmi les'maîtres.
Admirons comme Jésus par une sage économie sait ménager toutes choses ; et comme il laisse éclater quelque chose de ce qu'il était, sans vouloir perdre entièrement le caractère de l'enfance. Allez au temple, enfants chrétiens ; allez consulter les docteurs ; interrogez-les ; répondez-leur ; reconnaissez dans ce mystère le commencement du catéchisme et de l'école chrétienne. Et vous , parents chrétiens , pendant que l'Enfant Jésus ne dédaigne pas d'interroger, de répondre et d'écouter, comment pouvezvous soustraire vos enfants au catéchisme et à l'instruction pastorale !
Admirons aussi avec tous les autres la prudence de Jésus ; une prudence non-seulement au-dessus de son âge , mais encore tout à fait au-dessus de l'homme, au-dessus de la chair et du sang; une prudence de l'esprit. Nous pourrions ici regretter quelques-unes de ces réponses de Jésus , qui firent admirer sa prudence : mais en voici une qui nous fera assez connaître la nature et la hauteur de toutes les autres
ye ÉLÉVATION.
Plainte des parents de Jésus , et sa réponse.
Ses parents furent étonnés de le trouver parmi les docteurs^, dont il faisait l'admiration. Ce qui marque qu'ils ne voyaient rien en lui d'extraordinaire dans le commun de la vie; car tout était comme enveloppé sous le voile de l'enfance; et Marie , qui était la première à sentir la perte d'un si cher fils , fut aussi la première à se plaindre de son absence. Et, << Mon fils, » dit-elle s, « pourquoi nous « avez-nous fait ce traitement.? Votre père et moi « affligés vous cherchions. « Remarquez : « votre père « et moi» :ellerappellesonpère,caril l'était, comme on a vu, à sa manière : père, non-seulement par l'adoption du saint Enfant ; mais encore vraiment père par le sentiment , par le soin , par la douleur : ce qui fait dire à Marie , votre père et moi affligés : pareils dans l'affliction ; puisque , sans avoir part dans votre naissance, il n'en partage pas moins avec moi la joie de vous posséder et la douleur de vous perdre. Cependant, femme obéissante et respectueuse, elle nomme Joseph le premier : votre père et moi, et
' Matth. XXII, 20.