‹ uvres de BossuetChapitre 93 sur 140 · I. De Dieu , et du culte qui lui est dû · texte numérisé non relu

I. De Dieu , et du culte qui lui est dû

Autant que nous sommes purs, autant pouvonsnous imaginer Dieu : autant que nous nous le représentons , autant devons-nous l'aimer : autant (jue nous l'aimons, autant ensuite nous l'entendons

En cette vie, il faut en partie que Dieu descende à nous; c'est ce qu'il fait par la révélation. Il faut aussi que nous montions à lui ; c'est ce que nous taisons par la foi. Sans cela, nous n'aurions jamais

* Joan. m, 24.

de société avec Dieu : cette bonté inestimable demeurerait comme resserrée en elle-même ; et l'homme resterait éternellement dans son indigence.

Porro unum est necessarium • : « Une seule « chose est nécessaire. » Toute multiplicité est ici foudroyée : il faut que tout soit ravagé , pour nous ramener à cette heureuse unité qui fait notre santé et notre bonheur.

Dieu nous cherche quand nous le cherchons : Trahe me; post te curremus » : « Entraînez- « moi ; nous courrons après vous. * Il ne nous quitte jamais le premier; mais il faut faire effort pour le retenir : autrement il se retire , et nous tombons dans l'abîme; « nous nous égarons dans un pays « fort éloigné, » in regionem longinquam ^.

Si nous avons sincèrement cherché notre Dieu , disons donc : Tenui eum , nec dimittam ■* : « Je « l'ai arrêté, et je ne lelaisserai point aller. » Qu'est-ce que ce Tenui? Cq sont les bons mouvements, les attraits de la grâce, les instructions, tout ce qui nous parle de Jésus-Christ : s'en souvenir, en converser, se renouveler dans l'amour des vérités saintes , dans le désir d'y conformer ses sentiments et sa conduite; se tenir ainsi toujours inviolablement attaché à Jésus-Christ , afin qu'après avoir dit avec vérité durant le cours du voyage : Non dimittam , nous le disions avec assurance dans la gloire.

Parce que nous connaissons Dieu , nous l'aimons ; parce que nous ne le comprenons pas, nous l'adorons.

Ce n'est pas Dieu mais nous qui croissons par le culte que nous lui rendons mous venons, non pour le faire descendre à nous , mais pour nous élever à lui : il ne rebute pas toujours quand il diffère; mais il aime la persévérance, et lui donne tout.

yeri adoratores adorabunt Patrem in spirilu et veritate * : « Les vrais adorateurs adoreront le « Père en esprit et en vérité. » Il faut éviter trois faux cultes : l'erreur, l'hypocrisie, la superstition. L'erreur n'adore pas Dieu tel qu'il est : il n'est tel que dans l'Église catholique. L'hypocrisie ne montre pas l'homme tel qu'il est. La superstition mêle l'un et l'autre, et en est un monstrueux assemblage; c'est ce que saint Paulin exprime très-bien par ces paroles : Superstitioni religiosa, religioni profana^.

Non in manufactis templis habitat 7 : « Dieu « n'habite point dans les temples bàlis par les hom- « mes. » liCs temples ne sont pas élevés comme pour y renfermer la divinité, mais afin de recueillir nous-mêmes nos esprits en Dieu. Ce Dieu qui est immense , les hommes s'imaginaient pouvoir le ramasser en un temple bu dans des statues ; au lieu qu'il fallait songer à recueillir en lui leur esprit dissipé.

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