‹ Œuvres de BoufflersChapitre 40 sur 74 · LA BERGERE · texte numérisé non relu

LA BERGERE

Ain : du mol poar rire.

Dans de riches appartements.

On a vingt meubles difiërents,

Un seul m'est nécessaire.

Mieux qu'avec un sopha doré Mon petit réduit est paré

D'une simple bergère.

L'étoffe en est d'un blanc salin :

Elle a de la fleur du matin

La fi*aicheur printanière.

Le lustre en est aussi parfait Que le même jour que j*ai fait

L'essai de ma bergère.

Dans des contours bien arrondis, Entre deux coussins rebondis.

Mon bonheur se resserre ; J*aime à m'y sentir à Fétroit, Et chaudement, quand il fait froid.

Je suis dans ma bergère.

Le jour, la nuit, sans embarras, Joyeux, je goûte dans ses bras,

Un repos salutaire.

Avec délices je m'étends :

Ah ! quel plaisir quand je me sens

Au fond de ma bergère !

Je n'en sors qu'avec des regrets ; Souvent j'y rentre, et j'y voudrais

Rester ma vie entière.

Je lui sais plus d*un amateur, Mais c'est moi seul qui, par bonheur.

Me sers de ma bergère.

Air : Que ne suls-je la fougère.

Quand le bon Dieu fit la terre, Fit le ciel, enfin, fit tout, Il montra dans celte affaire Beaucoup d'esprit et de goût.

CnANSONS. 259

Par sa science profonde,

A peine eut-il fait le jour

Que, pour mieux peupler le monde,

Il imagina TAmour.

Bientôt il fit la Sagesse, Qu'il tira de son cerveau ; Elle était d'une tristesse !

C'était l'Ennui peint en beau ; Lorsqu'un jour cette déesse ( Ce fut par oubli, dit-on ) Voit l'Amour et le caresse ; Ah ! quelle distraction !

Dieu, qui sentit la méprise, Craint que sa divinité Ne fasse quelque sottise, Qui l'eut fort déconcerté :

Par prudence ou par finesse.

Peut-être aussi par pitié, Pour occuper la Sagesse^ Il inventa l'Amitié.

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