‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 54 sur 99 · SERMON POUR LA FÉTË D£ SA11NT BENOIT · texte numérisé non relu

SERMON POUR LA FÉTË D£ SA11NT BENOIT

formé une muliitude innombrable de religieux ! Encore une fois» ne iaut-il pas reconnoitre que le doigt de Dieu éioit là?

Voulez-vous doDCy Mesdames, une juste idée des bénëdictions dont le eiel combla votre saiut instituteur ? Rappelez le souvenir d'Abrabam. Dieu dit à ce patriarche de l'ancienne loi : Quitte» votre pays^ votre famille y la maison de votre père^ et retirez-vous iUrns la terre que je vous montrerai {Genes,y 12 )• Ce ne sera pas en vain que Vbus obéirez au commandement que je vous fais : car, poursaivoit le Seigneur, je ferai sortir de vous un grand peuple; je vous rendnn votre nom ce' lèbre^ et vous serez béni \ Voilà comment Dieu parloit. Or, de toutes 'Ces paroles y en a-t-il une qui ne convienne parfaitement a saint Benoît, et qui ne se soit accomplie dans sa personne ?JNous Tavons vu, fidèle à la grâce qui Finspirôit, s'arracher d'entre les bras de ses proches , rompre tous les liens du sang et delà nature, sacrifier de grandes espérances^ et se dépouiller de tous ses droits à d'amples héritages. Vous le vîtes. Seigneur, dans les ombres d'une affreuse caverne où votre divine vocation l'avoit conduit, s'ensevelir tout vivant, y demeurer obscur^ inconnu, parmi les bétes farouches, et sans nulle consolation humaine. Mais de là enfin comment le vit-on sortir ? Gomme l'astre du jour, lorsque, perçant un nuage épais qui l'enveloppoit, il sort plus lumineux que jamais, et se montre dans toute sa splendeur. Quel concours auprès de ce nouveau patriarche, dès qu'il a levé, pour ainsi dire, l'étendard de sa règle! On accourt à lui de toutes parts , on y vient en foule. Ce n'est point par une ferveur passagère : elle se soutient, et d'année en année c'est toujours le même feu. Des rois descendent du trône, et ne croient pas se dégrader en déposant Tautorité souveraine, et serangeant sous l'obéissance du saint législateur. De son école et d'entre ses disciples , combien fournit-il à l'Ëglise de prélats » remplis de son esprit et dressés par ses leçons? combien de pontifes au siège apostoUilue ; et au ciel, combien de Saints couronnés dans la gloire et révérés sur la terre?

Tout ceci est grand. Mesdames; mais sans m'y arrêter davantage, ni le mettre dans tojut son lustre, je conclus par une courte instruction qui me parott importante , et qui vous le paroitra comme à moi. Car si le père honore les enfants , c'est aux enfants, par un dévoir indispensable et par un retour bien légitime , d'honorer le père. Vous êtes filles de saint Benoit : qualité dont il vous est permis de vous glorifier ; mais comment? Vous me le demandez, et je ne puis mieux sur cela vous répondre qiie par la belle morale de saint Paul instruisant les Juifs, qui furent le peuple de Dieu. Mes Frères, leur disoit l'Apôtre , vous êtes tous les descendants dlsraël ; mais il ne s'ensuit pas que vous soyez tous Israélites. Vous ne l'êtes ni ne ij^ouvez l'être qu'autant que vous agissez, que vous parlez, que vous pensez en

m SERBfOf^ POUR LA FÊTE ElE SAÎNT BËNOlt.

lâraéliies*. Vous tîpez tous d* Abraham votre orighié, reprenoît le même apôtre ; mais ce n'est pas une conséquence que vous soyez tous enfants d* Abraham : car il n'y a de vrais enfants d'Abraham , que ceux qui imitent la foi de ce père des croyants. L'application , Mesdames , se présente d'abord , et chacune peut se la faire aiséinent à sôi-mém^. Fille de saint Benoit selon l'habit et selon le nomi, le suisje en effet et dans là pratique? Et si je ne le suis dans la pratique et en effet , quel avantage seroit-ce pour, moi de l'étrç et selon le nooi et selon l'habit? Or je ne le serai jamais eri effet, ni jamais ne pourrai l'être, qu'autant que je serai animée du même zèle que saint Befaott pour mon avancement et ma perfection ; qu'autant que je pratiquerai les mêmes vertus, ou que je travaillerai à les acquérir ; qu'autant que j*auraila mên^e charité dans le cœur, la même humilité dans l'esprit, la même soumission dans les s(entiments,laniéme fidélité dans totis les exercices qui me sont ordonnés par la règle, ité ! que m'importe qu'elle soit $i sainte,' cette règle ,«t si sanctifiante par la grâce qu'il a f)lu à Dieu d'y attacher, si elle ne me sanctifie pas ^ ou si je ne nie sanctifie pas avec elle? Que m'impoi*te qu'elle ait eu dans les autres de si grands succès, si elle ne les a pas dans moi? Solide considération, Mesdames,, que je n'ai pas craintde vous înettre devant les yeiix , tout persuadé qiie je suis du bon ordre et de la régulante <)ui régnent dans celte maison. Puissiez-vous ne déchoir jamais de Thcureux état où le Seigneur, par une protection toute spéciale, vous a conservées jusquesà ce joui! Que l'espirit de religion, et d*uàè religion pure , vous éclaire toujours , vous dirigé toujours , vous conduise toujours, et qu'il nous fabse enfin parvenir au terme où votre saint inâtituieur vous a précédées , et où vous aspirez après lui !

* ^impnuiesgui ex ItrmUMwnl, H nmt liraiHtm; milite qui ùmen smt Jbrahœ , 4fmnes filiU Rom., 9. ' «

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