SERMON POUR LE QUINZIÈME DIMANCHE APRÈS
LA PENTECOTE.
CAm apprùpênfuarêt portœ eMUUis , ecee deftmeêus effêrébaUÊit fUim tmituê matrU suœ ; et hœe vid^ia erat , et turba eioiUUii muUa eum iltd. Quam cian tidUset Domi' nus , n^urieordid moiut tuper eam , éUxU itti : Ifoli flere,
Lonqne Jé«i»>Clirist étoit près de la ville , on portoit en terre un mortl, flli imkiiie d*iiBe femme veuve ; et cette f eimne étoit accompagnée d'une grande quantité de penonnea de la ville. Jeans rayant vue, tt en fat tottché, et lui dit : Ne pleurez point. Skim Luc, cfaap. vu.
Entre bien des sujets qui touchèrent le Sauveur des hommes h la vue de ce funèbre appareil qu'il aperçoit devant ses yeux, savez-vous. Chrétiens, à quoi son cœur est plus sensible et ce qui lui parott plus digne de sa compassion? Ce sont les imperfections et les foiblesses qu'il remarque dans cette mère qui pleur^ la perte de son fils, que la mort vient de lui ravir. Il a pitié de son attachement excessif à la personne de ce fils unique; il a pitié du peu de soumission qu'elle témoigne aux ordres delà Providence; il a pitié de son infidélité, qui lui foit envisager la mort avec des sentiments tout naturels et tout humains ; il a pitié non seulement d'elle , mais de nous tous , qui ne vivons pas dans cette disposition parfaite où doit être une ame fidèle au regard de la mort , et qui , par une l&che timidité, nous en faisons un objet d'horreur , lorsque nous en pourrions faire la matière de nos pins grandes vertus et le couronnement de notre vie. Voilà ce que Jésus-Christ déplore : Misericordia motus super eam. Or c'est à cette compassion du Filsde Dieu que je m'arrête aujourd'hui. J'entreprends de la jrstifier, et de vous montrer que rien en effet n'est plus déplorable que la préparation d'esprit et de cœur où se trouvent la plupart des chrétiens à l'égard de la mort. Nous sommes foibles en tout, et notre misère en tout se découvre; mais on peut dire qu'elle esc extrême sur ce point. La seule image de la mort nous contriste et nous effraie ; nous n'y pensons presque jamais sans douleur, et nous n'en pouvons entendre parler sans peine. Au moindre danger qui nous menace, aux premières attaques d'une maladie qui peut nous conduire à ce terme, nous nous alarmons, nous nous troublons, nous nous désolons; et moi j^ veux, mes Frères, vous rassurer contre ces alarmes ; je veux vous prémunir contre ces troubles et ces désolations : comment? en vous faisant concevoir de la mort des idées plus conformes an christianisme que vous professez; en vous la représen- B. 5. 1 ^
tant sous irae figure beaucoup tuoms odieuse que vous ne ràvèz jusques à présent considérée; en combattant, ou du moiiis en réglant cette crainte sans bornes et sans mesure , qui vous porte quelquefois à de si pitoyables extrémités. Vierge sainte, c'est vous que Dieu a établie notre protectrice au moment de la mort , et c'est en cette qualité que l'Église tous les jours vous salue. Obtenez-nous dès maintenant , par votre paissante médiation , les mêmes secours que nous attendons à cette dernière heure , et recevez l'hommage que nous vous présentons en vous disant : Ave.
Pour vous proposer d'abord moil dessein , je distingue trois sortes de personnes qui craignent la mort. Les premiers la craignent par un esprit d'infidélité , et ce sont les libertins et les athées : les seconds la craignent par une trop grande passion pour les biens de la vie présente , et ce sont les mondains ou ambitieux , ou intéressés , ou voluptueux; les troisièmes la craignent par un sentiment de la nature, et ce sont généralement tous les hommes , sans en excepter môme les sages ni les chrétiens. Trois principes tout différents, 1 infidélité, l'attachement au monde , le sentiment de la nature; mais principes qui tous agissant sur lès âmes foibles, y produisent les mêmes effets, et y font naître, quoiqu'en diverses manières et par divers motifs, les mêmes frayeurs de la mort.
Ceux qui la craignent par infidélité ou par une trop grande passion pour les biens de la vie sont les plus criminels ; ceux qui la craignent par une aversion naturelle sont les plus excusables ; mais les uns et les autres sont toujours à plaindre dans leur condition , et ent de quoi exciter la compassion de Jésus-Christ et la nôtre. Les libertins et les athées craignent la mort , parceque , ne reconnoissant point d'autre vie que celle-ci , ils se persuadent que tout mourra pour eux du moment qu'ils mourront eux-mêmes; et c'est une infidélité qu'il faut délester. Les mondains craignent la mort parcequ'ils aiment le monde, et qu'ils savent que la mort les en séparera; et c'est une passion pour le monde dont il faut se détacher. Tous les hommes en général craignent la mort, parceque la nature d'elle-même répugne à cette violente division de Tame et du corps ; et c'est un sentiment humain que la relijjion doit corriger. Or écoutez trois propositions qui vont partager ce discours. Rien de plus funeste que l'état de l'impie et du libertin qui craint la mort parcequ'il est tombé dans le désordre de l'infidélité; c'est la première partie. Rien de plus déplorable que l'état du mondain qui craint la mort parcequ'il est attaché au monde ; c'est la seconde partie. Rien de plus déraisonnable que l'état de tout homme , je dis en particulier de tout hoDfime chrétien^ qui craint la mort parcequ'il ne fait pour s'affermir contre cette crainte naturelle nul usage de sa religion; c'est la troisième partie. De là j'aurai lieu de parler, en concluant , à ceux mêmes qui (craignent la mort par une trop vive
SUR LA CRAINTE DE LA MORT. s
appréhension des jagements de Dieu , et je leur apprendrai à r^Ier sur cela leur foi. Je n'oublierai rien pour tous instruire sur tous ces points, et il ne tiendra qu'à vous d'en profiter.
PBEMIÈaE PARTIE.
TertoUien » parlant des impies , que l'Écriture appelle insensés » parceqne » malgré leur raison même , ils disent dans leur cœur qu'il n'y a point de Dieu, Dixit imipietu in corde 9Uo^ Non en Deuê {Psatm. iSj ; ce grand homme, dis-je, fait une remarque bien judicieuse , et que l'expérience du siècle vérifie parfaitement : savoir, que personne n'est jamais tombé dans cette erreur, de crdre qu'il n'y eût point de premier être ni de divinité , sinon ceux à qui il seroit expédient qu'il n'y en eût point en efFet , et qui trouveroient leur avantage dans le système de cet athéisme : Nemo Deum non eue crédit , ntri Ctti non eut txpedxt (Tertcll.). Je dis de même de ceux qui , ne jugeant des choses que par les sens , et prévenus des fausses maximes du libertinage, ou ne croient pas une vie future , ou ne la croient qu'à demi. Car je soutiens que personne n'en a jamais douté , que c^ui qui avoit intérêt et à qui il étoit avantageux d'en douter ; c'est-à-dire que celui dont la vie déréglée et corrompue lui devoit faire souhaiter qu'il n'y en eût jamafe d'autre que celle-ci , et que toutes nos espérances se terminassent à la mort. Mais après tout , Chrétiens , ce genre d'infidélité , quelque endurcissement de cœur ou quelque fbrce d'esprit prétendue qui l'accompagne, ne délivre point les hommes de la crainte de mourir, puisqu^au contraire ils craignent de mourir parcequ'ils ne reconnoissent point d'autre vie que la vie présente; et qu'ils le craignent d'autant plus que leur infidélité , en leur foisant rejeter la créance de l'autre vie , n'exclut point de leur esprit cette cruelle incertitude qui leur reste, s'il y a une autre vie, ou s'il n'y en a pas.
Or, dans l'un et dans l'autre état , je prétends qu'ils sont dignes de coùipsssion , mais d'une compassion, dit saint Jérôme , mélëe d'indignation, n'y ayant rien de plus déplorable que la crainte delà mort fondée sur une pareille incrédulité. Supposons-les tels qu'il nous plaira, du moment qu'ils n'ont plus la foi d'une autre vie, il est impossible qu'ils ne regardent la mort avec horreur : pourquoi? parcequ'îls ne trouvent plus rien qui leur puisse servir de ressource, et qu'ils ne l'envisagent plus comme un passage au royaume de Dieu et à la bienheureuse immortalité, mais comme une destruction entière d'euxmêmes, comme un anéantissement total , soit de l'ame , soit du corps, et par conséquent comme la privation de tous les biens et le souverain de tous les maux.
Et c'est ce que l'Écriture nous fait entendre au chapitre troisième dn livre de la Sagesse , où elle parle de la mort des Justes et des amis de Dieu. Car voici en quels termes elle s'exprime : Les Justes ont semblé mourir aux yeux des impies : Vhi mnt ocults insipieniium mort
{Sap., 5). Prenez garde , s'il vous plaît, à œUe expression, vlsi sunt^ ils oDt semblé. Car ils ne sont pas , en effet , morts de la manière que se le figurent les libertins et les infidèles. Et quelle est sur cela Tidée des infidèles et des libertins? C'est qu'ils se persuadent, ajoute le Saint-Esprit, que la mort, qui n'est qu'une sortie hors de cemonde, et qu'un voyage qui conduit les Justes à leur éternelle félicité , est le comble de la désolation et la ruine de tout Thomme : Et œstimata est afflicùo exitûs iUmSy et quod à nobis est iter, extermmium (Ibid.). Voyez-vous, Chrétiens, le caractère de rincrédule? II conçoit la mort, qui est, pour ainsi dire, le retour de nous-mêmes à cette sainte patrie que nous cherchons comme un retour dans notre néant : Et quod à nobis lier, exterminium. D'où il s'ensuit qu'il l'envisage comme l'objet le plus eiffrayant, et comme le dernier malheur. Or, encore une fois , il est évident qu'il n'y a point de condition plus misérable que celle-là , et les libertins eux-mêmes sont obligés d'en convenir.
Car quelle douleur » ou plutôt quel supplice à un homme de se pouvoir dire continuellement : Bientôt je cesserai d*étre tout-à-fait , ou je commencerai pour jamais à être malheureux : et il m'est incertain si ce sera l'un ou l'autre. Dans peu de temps je ne serai plus rien de ce que je suis , ou je serai ce que je voudrai éternellement , mais inutilement, n'être pas. Toute ma destinée sur la terre est réduite à un petit nombre de jours, qui s'écoulent malgré moi, et après lesquels ou il n'y aura plus rien pour moi, ou il n'y aura plus qu'un mal infini et inévitable! Peut-on rien s'imaginer de plus affligeant? Or il n'y a que l'homme , je dis que l'homme impie et sans religion , qui se trouve dans cette misère. Les anges (excellente remarque de saint Ambroise, et qui mérite votre attention), les anges , qui ont un entendement pour se connoitre, savent qu'ils sont naturellement incorruptibles; et ainsi ils n'ont point de vue ni d'inquiétude de la mort. Les bêtes sont sujettes à la mort ; mais elles ne se connoissent pas ellesmêmes, et, ne faisant nulle réflexion, elles n'ont nulle appréhension de mourir. Les Jastes , qui selon le corps doivent mourir comme les bêtes, et qui se connoissent comme les anges, se soutiennent dans Tattente d'une vie immortelle. Mais le libertin n'a aucun de ces avantages; il doit jnourir; et il nerigooré pas; il a une ame immortelle, et il ne le croit pas. La connoissance qu'il a de sa mort l'afflige; et rignorance de son immortalité lui ôte le remède qui pourroit le consoler dans son affliction; il n'a une raison que pour se troubler ou pour se désespérer ; et il ne se connoit soi-même que pour se rendre malheureux. Car voilà l'état où Taveuglement de l'impiété conduit enfin les hommes : et cela par un juste châtiment de Dieu, afin que leur libertinage même leur tienne lieu de tourment, et qu'ils n'en retirent point d'autre fruit que de vivre dans une confusion de pensées qui leur représentent déjà et qui leur avancent les plus douloureuses peines de l'enfer.
Mais 9 dites*vous , l'impie dont riniquité esc consommée , et qnî, se* Ion la parole de Salomon, est descendu dans le fond de rabîme, ne doit pins craindre la mort , puisqu'il ne croit plus rien après la mort. Et moi je réponds : Peut-être jouiroit-ii de cette paix, quoique fausse et criminelle, s'il pouvoit trouver un point fixe dans son erreur, et si la même impiété qui le fait douter de tout poutoit le rendre sûr de quelque chose. Encore même, dit saint Augustin, ne laisseroi't-il pas de craindre alors la mort pour l'intérêt de la vie qu'il aime , et dont il se verroit toujours à la veille d'être privé , sans rien apercevoir dans le futur, ni du cdté de Dieu, ni du côté de la créature, qui le dédommageât de cette perte. Mais le malheur de sa condition va bien encore plus avant ; car ne pouvant même s'assurer de ce néant chimérique et imaginaire qu'il se promet après la mort , et n'en ayant tout au plus qu'une foible opinion, combattue de mille doutes et de nuUe préjugés contraires, vivant dans le hasard du oui ou du non , et, ma^ë son infidélité , courant tout le risque d'une éternité afireuse , il iisiut nécessairement qu'il craigne même ce qu'il ne croit pas. (Concevez bien celte pensée , qui est du chancelier Gerson ; il faut, dis-je, qu'il craigne même ce qu'il ne croit pas; et cette crainte, dans un sens , est encore plus terrible pour lui que celle qui lui vîendroii de la certitude des jugements de Dieu.
Mais son libertinage , répliquerez*vou8 , peut le rendre insensible à tout cela. Je le veux , Chrétiens , que sou libertinage puisse aller jusques à ce point d'insensibilité , c'est-à-dire jusqu'à l'état des bêtes dont il envie peut-être le sort, et auxqudles il ambitionne d'être semblaUe : Hcmo cim in honore esset^ non intellexiu Comparatus ettjur mentis insipientibus , et simiiis foetus est iUks [Psalm. 48). Hais il faudroit examiner si ce seroit là un avantage pour lui, et si le parti de Pinsensibilité, dans un danger d'une telle conséquence , le rendroit moins digne de compassion que les alarmes d'une juste crainte qu'il auroit à soutenir. Je dis dans un danger que lui-même il reconnoit tout au moins être danger, et auquel il avoue que son insensibilité ne remédie pas. Mais , quoi qu'il en soit, il est toujours vrai que tandis qu'il aura quelque sentiment^ bien qu'il ne croie pas les suites de la mort, il les craindra. Or je prétends que ce sentiment ne s'éteindra jamais en lui , non plus que sa raison , et que dans les plus grands emportements, ou , pour mieux dire , dans la plus grande corruption de son esprit, il portera toujours au-dedans de soi un ver, une pensée fâcheuse et importune, qui lui représentera intérieurement : Mais si tu te trompes; mais si cette mort sensible et passagère qui détruit le corps est suivie d'une autre mort qui fasse la réprobation de l'ame; mais si ce qu'en ont cru tous les Saints et tous les sages du christia* nisme se trouvoit véritable ; mais si la passion à laquàle tu t'en rapportes t'aveugloit et te séduisoit, où en serois-tu? Pensée qui le troublera pendant la vie , mais qui fera encore sur lui des impressions bien
plus vives aux approches de la mort ; car c'est alors que Timpiélé la plus fière et la plus résolue commence à s'ébranler et à se démentir; c*est alors que nous voyons ces braves , ces intrépides » ces hommes qui ne tenoient nul compte ni de la mort ni de l'enfer^ et qui, dans la vigueur d'une santé parfaite» s'estimoient assez forts pour ne pas s' inquiéter de Dieu et de ses jugements ; c'est alors que nous les voyons marquer des JEoiblesses pitoyables , être saisis de frayeur, tomber dans le désespoir, détester le passé , s'alarmer du présent , avoir horreur de l'avenir, mais une horreur, dit saint Ghrysostome , pareille k celle des démons et des réprouvés , qui ne sert qu'à augmenter leur peine , et qui fait même une partie de leur damnation.
Ah ! mes Frères, écrivoit saint Paul aux Thessaloniciens, souvenes&vous d'une importante maxime, et qu'elle demeure éternellement gra« vëe dans vos cœurs; car nous ne voulons pas que vous ignoriez ce que vous devez savoir touchant Tétat de ceux qui meurent , ou plutôt qui dorment du sommeil de la mort, afin que vous ne vous en attris* tiez pas comme tous ceux qui n'ont point la même espérance que nous : NoLvmus vos ignorare,FratreSy de dormieniibus, ut non conlri$^ temini, sicut et cœteriqui spem non habent (1. Thess./i). C'est à vom» mes chers auditeurs, que j'adresse aujourd'hui ces belles paroles. Observez, s'il vous plait , le sens de l'Apôtre; il ne nous défend pas de craindre la mort, ni d'être touchés de la mort de nos amis et de nos proches; mais il nous défend de nous affliger et de craindre, comme ceux qui , vivant sans religion, vivent sans espérance des biens éter« nds, skut et cœteri qui spem non habent; pourquoi? parceque cette crainte et cette tristesse procédant alors d*un principe d'infidélité, ce n'est pas un moindre crime devant Dieu que Tinfidélité même. En ef* fet, il m'est permis de craindre la mort, mais il ne m'est pas permis de la craindre par toutes sortes de motifs, et je suis prévaricateur si je la crains d'une manière qui soit opposée à la pureté de ma foi. Cependant, Chrétiens, c'est un des désordres qui régnent parmi nous. On voit des hommes dans le christianisme qui craignent la mort , non pas en fidèles, mais en païens; des chrétiens de profession, mais qui» n'en ayant que le nom et que l'apparence, raisonnent sur l'autre vie comme des épicuriens ; car vous diriez qu'il y a encore parmi nous des partisans de cette secte, et Dieu veuille que la réflexion que je fais ne convienne à personne de ceux qui m'écoutent !
Vous me demandez le moyen de se préserver d'une si damnable et si malheureuse disposition d'esprit et de cœur. Le voici, tiré d'un des plus illustres exemples que nous fournisse l'Écriture. C'est de lEaire dans la vue de la mort ce que fidsoit le patriarche Job au milieu de ses souffrances, lorsque, accablé de calamités, il se voyoit languir et mourir; c'est de renouveler comme lui cette confession de fioi, qui soutendt sa patience et sa persévérance, quand il disoit : Scio quod Redçmpuir meus vîvii, et m navissimo (iie (te tenâ surrecturus lum, et
iftcamemeâ viUeto Deum salvatorêM meum. lUpodiaett hmc ipe$ m sùm rneo (Job, 19). Je sais que j'ai un Rédempteur vivant dans le ciel, et que je ressusciterai du sein de la terre. Je sais que je verrai dans ma propre chair et de mes yeux ce Dieu mon Sauveur. Je sais que la mort n'est pour moi qu'un changement d'état, qu'un passage pour mon ame , et qu'un sommeil pour mon corps ; qu'elle ne me va dépouiller que pour me revêtir; et qu'en m'ôtant une vie fragile et périssable, elle doit me mettre en possession d'une vie qui ne finira jamais. Oui f je le sais, et cette espérance que Dieu me laisse comme un précieux dépôt est ce qui me console dans mes misère:^, ce qjii me fortifia dans mes dé&illances, ce qui m'attache à mes devoirs, ce qui me ren^ invincible dans mes tentations, ce qui m'empêche de succomber à 1;^ violence des persécutions. Sans cette espéranœ, toute ma force m'a* bandonneroit en mille rencontres , et jp céderois aux révoltes de la nature; mais cette espérance est mon support, et voilà pourquoi je la conserve dans mon cœur : Reposita est hœc $pes in sinu meo.
Ah! Seigneur, s'écrioit David (autre sentiment bien capable d'affermir en nous la grâce de la foi) , il est vrai. Seigneur, vous nous avez humiliés dans ce séjour d'affliction et de larmes, en nous rendant sujets à la mort ; mais la mort à laquelle vous nous avez condamnés n'est point une véritable mort, ce n'est qu'une ombre de la mort, don,t vous nous avez couverts, pour nous faire porter les maraues de votre justice, et pour nous faire sentir en même temps les effets de votr^ miséricorde : Humiliasti nos in loco afflictionis, et cooperuit no^ umbra mortis {Psalm. 43)» Non , dit saint ^mbroise expliquant ce passage du Psaume, la mort du corps n'est qu'une ombre et une représentation de la mort : Mors carnisy unibra mortis (Ahbr.). Et c'est ia pensée dont se doivent armer et munir noh seulement les pécheurs qui , par l'excès de leurs crimes, auroient en quelque sorte perdu le don de la foi, mais les Justes mêmes et les amis de Dieu, dont la foi, par une conduite particulière de la Providence, ne laisse pas souvent d'être ébranlée sur le sujet de la mort : car combien d'ames saintes et prédestinées ont souffeia là-dessus les mêmes attaques que les plus déclarés impies ! à combien de rudes épreuves Dieu n'a-t-il pas pris plaisir, pour faire triompher sa grâce, d'exposer leur religion ! et combien de fois un chrétien, au milieu même de ses ferveurs, n'a-t-il pas pu dire, aussi bien que David : Mei autem penè moti sunt pedes^ penè effusi sunt gressus mei/ A la vue de cet affreux chaos de l'éternité que j'attends, j'ai presque détourné mes pas de la voie où je marchois, et mes pieds ont été sur le point de glisser; car la foi qui devoit être mon unique appui, est devenue comme chancelante dans mo^ cœur. Combien , dis je, ne trouve-t-on pas d'ames élues qui tiennent ce langage ? Il est donc nécessaire qu'elles se mettent en garde contre cet esprit d'infidélité, qui seroit pour elles une pierre de scandale et m écueil où eUes iroient échouer. lAm avançons> et voyons main-
tenant l'ëtàt da roondain, qai crafflt la mon parcequ'il est attaché au inonde. Antre espèce de crainte dont nous avons à nous préserver : c'est le sujet de la seconde partie.