‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 27 sur 72 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

iartruire <et amBIcnri de leur reijgioo; ^ Ib n'en peoTeat wotr qtt'niie connoitiance très imparftite, siToii ne prend soin de leor en expHqnerlei premiers prindpei et lei Téritét fondunentales, qoi sont tes mystères.

Anmilieudeeesdeaxeitrémités«U ye on tempérament dont le Père Boordslone ne s'est goèreëewté. Il donne à on mystère tout l'ëdaireissenient oonTensble; mais il y ioint ensuite une morale toute fondée sur le mystère même ; et par le parlait rapponrt quil sait trouver entre l'un et l'antre, il les assortit si bien ensemble, qne le mystère sert de preuve à lamorale^ et que la morale est la plus juste oonséquenoe du myalère. Il Mtirius : cuire la première division de son discours, tantôt en deux et tantdl en trois propositions générales, souvent il subdivise enoore ehaque partie j et eea subdiviaioos, qui sont autant de dreonstances du mystère; s'étendent également et sur le mystère et sur la morale : d'où il arrive qu'au même temps qu'il développe par ordre tout son mystère, il eipoee dans le même ordre et développe toute la morale qui y répond»

On a pQ TOir, par quelques uns des sermons de cet exeellent prédicateur qoi ont déjà paru, comment il entroit dans le véritable esprit des mystères* et sons quels traits il les savoit représenter : mi|is on le Terra enoore mieux ici. Il est difficile d'en conce- Tolr des idées plus Justes, et d'en faire de plus grandes images* Non qu'il nse pour cela de termst pompeox et d'amplifications, ni qu'il ait besoin de ces ornements que l'art fournit I l'orateur comme des secours pour le soutenir atonie sa grandeur est dans les cbttMs mêmes qu'il dit, et qu'il tire de son si^et Sans s'arrêter à certainea penséea, ou toutes mystiques, ou seulement pieuses, et sans les rejeter aussi, ni les affiolblir en aucune manière, il n'avance rien qui ne lui paroisse solidement établi dans la religion. C'est li qu'il se renferme, et qu'en prédicateur babile et maître de ion exprasnon et de ses tours, il acaoramode, par un don qoi lui étdt particulier, au style et à la dignité de l'éloqnence chrétienne ce que la tbéologie a de plos profond sur noa mystères, et ce qu'elle exprime même dans le langage le plus obsour, et li on t'ose dire, le lÂua barbare. La fin de chaque mystère, les desseins que Dieu s'y est proposés, ces adorables perfections qu'on y découvre, les avantages qui nous en reviennent, les dispositions néceisahres pour le célébrer dignement et utilement, enfin les efTels de graoe et de saint qu'il doit opérer en nous, voilà sur quoi roole tout son discours, mais avec nue adiidilé qui convainc, et avec une majesté qui kspîre de la vénération pour

notre foi.

L'écrit, prévenu de la sorte, n'a plus de peine à se rendre ; et le cœur, pénétre de ce sentiment de respect pour le mystère de Dieu, se porte de lui-même aux conséquences où le prédicateur le veut conduire. C'est ce qu'on éprouvera en lisant ces ser-

soîn de proportionner même d'asses remarquable, c'est qu'il ne parle presque jamais en particulier à ceux que la Providence a distingués ou par leur naissance, ou par leur rang, sans adresser ensuite ta parole aux autres que Dieu n'a pas ainsi élevés; et que, par une merveilleuse divenité de vues, il trouve tout à la fois dans le même mystère, et pour les grands, et pour les petits, selon leurs situations différentes, des i^es de conduite et des moUb de sanctification.

Cm qui ne liit pas moins connoitre l'étendue et la fécondité de son génie, ce sont les divers discours qu'il a composés sur les mêmes sujets. Il y en a sur certains mystèrea jnsques à quatre ; et sur les autres, communément deux ou trois : tous si complets, qn'à prendre chacnn séparément. Il semble qu'il y ait épuisé toute sa matière. Ce n'est pas, au reste, qu'il ne fût quelquefois obligé de rentrer dans les mêmes pensées, car les sujets ne sont pas infinis : mais ces pensées, mises sous d'antres jours, et diversement exprimées , sans avoir le dégoût de la répétition, ont, an contraire, une force et une grâce toujours nouvelle.

n dut, après tout, convenir que, sur le mystère de l'Ascension de Notre Seigneur, le Vèn Bonrdalone n'a pas tout-à-toit observé la méthode qn'U s'étoit prescrite. Ce sermon est tout moral ; et, hors l'exorde et quelques endroits très courts qui regardent le mystèie, il n'y est parié que de la gloire du dd, et du mérite requis pour l'ob-

a08 SUR LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST,

imATé llaii qb det wuftlkrm ofc lei pridkateunse donaentpliis aiséiMot Oitte Hbertéf cfati, ee Miablt, ceiiil-ei.r L'anditmr y eit anei aecoatomé i et nul à i^etta fèt» n'iesl forpris qu'on l'entretienne dn soiiVeraia bonhenr où Jésus-Ghriit nous a préoédér, d qui 4tt la ternie de notre espéraooe. Qnoi qa'it en aoit, nn teal disooarf» quelque beau qa'il pniiM être, ni on eieauple pirtienHer, ne peut préraloir cootre une jnaiiaae géniale.

On doit dire à pen prèi la même chote da second lermon de TAssomption de la Vierge : et parceqo'il a rapport à nn fait doQt tont le monde n'est pas instruit, on dont la mémoire corameiice peat-étre à s'effiscer, il est bon, pour rendre le sermon pine iotaHigible, d'afooter à quelle ooeasion le Père Bonrdaloue le oomposH. Il y » plusieurs années qu'il panit un petit ouvrage inUinlé Avis salutûirB de ta bienlieiiretue Vierge à ses dévots indiscrets, afee ces paroles de saint Paul au bas du titre : Que votre culte soit raisonnable. Il sembloil que l'auteur n'eAt en fn vue que dérégler le cnlte de la Vierge : mais ce libelle tendoit à le détruire. C'est ce qu'aperçurent d^ft* liord toutes les personnes lilea intentionnées qui prirent soin de Peiaminer, et ee qui alluma le sèle des Trais catholiques en France, en Italie, en Allemagne^ en £spa(pie et aillenrs. L'ouvrage donc, très injurieux à la Hère de Dieu, et capable de troubler la piété des fidèles, fat déféréde tontes parts au Saint-Siège, et authentiquementoondamnéb Le Père Bonrdaloue entreprit de le combattre dans nn sermon «ur la dérotion à ht Vierge, qui est celui même dont il s'agit. Ge n'est ni une controverse de réoole, ni une longue déclamation de la chaire, mais nn «Msconrs solide, où ces avis prétendus saln^ taires sont réfutés avec autant de modération et de brièveté, que d'oirdre et de pré^ cision.

On a délibéré si l'on mettroit le sermon du lundi de Pflqnes au rang des aulves» par* eeqù'il est imparfiit ; mais on a condu qu'il ne fiedloit pal l'omettre ni le déplacer : et l'on a jugé même que le public seroit bien aise d'avoir cette preuve de la fldéiilé avec laquelle on lui donne les sermons du Père Bonrdaloue.

SERMON SUR LA NATIVITÉ DE JÉSUS^GHRtST.

Et hoe vobis sigwum : invenietis infaniem pannis vmoiulwm, et fosUuan in prœsepio. Yoid la marque à quoi vous connoftrez |e Sauveur qai tous est né : c'est que tous trouve*rez un enfant emmaillotté et couché dans une crèche, saint Luc, chap. ir.

Sire »

Est-il donc vrai que le Dieu destiné ponr nous sauver , que le médiateur des hommes , que le Fils unique du Père , feisant son eotrée daa$ le oigiiule , y dût être reconnu par des langes et par une crèche? Est-il vrai que ce dévoient être là les marques de sa venues, et que ce Messie , dont les prophètes âvoient si magnifiquement parié , que ce Messie envoyé de Dieu pour un si important dessein y ne devoit être distingué dans sa naissance que par Thumilité et la pauvreté? Voilà» mes Fràres, dit saint Augustin » ce qui a causé le scandale des Juifs. Ils attendoient un Sauveur : mais ils supposoient que ce Sauveur viendfoit dans récîat de la majesté; qu'il seroit riche, puissant » heureu^L ;. qu'il réiabliroit visiblement sur la terre le royaume d'Israël, qu'il combleroit ses sujets de biens et de prospérités. Prévenus qu'ils étoient de ces espérances , on leujr a annoncé que ce Sauveur étoit né

sua LA NATlVlTtr DB J£9US*GI1RI8T. MS

daB6 robsQurité d'une étable , et c*e$t oe qoi les a aeo seideomit troublés » luaia choqués , mais rîévoUés* Ce «caudale a passé jusque dans le christiaoisme : renfance et la crèche d*un Dieu, voilà par ou acomnoimoé parmi les chrétiens l'iufidélité de rbérésie. OteE-moii disoit» au rapport de Tertullien , l'impie Mapcîon , ôtec^uioi ces langes honteux, et cette crèche indigne du Dieu que j'adore : Àufer à noini pannoM et dura prœsefÂa (Tertul.). Ain^i parloit cet hérésiarque* si injustement et si faussement préoccupé contre les bassesses apparent tes de Jésus*Christ naissant* Or ce qui fi scandalisé, les Juifs, ce qui a servi de fond à Terreur des premiers hérétiques , c'est ce qui nous trouble encore aujourd'hui. Car c'^st là le signe que notre orgueil combat intérieurement , le signe qui blesse notre ameur-prop» , et contre lequel il s'élève; le signe que notre raison môme a bien de la peine à ne pas condamner; en nu mot , le signe qui devoit être, set- Ion le Prophète, et qui sievtk toujours pour le m(wde un sujet de con«tradiotion : Sigmm eut conirëdiceiur (Luc, S). Cependant, Chr^ tiens, c'est à ce signe qu'est attaché notre salut, et c'est de là que dépendent les fruits de grâce que nous devons retirer de ce mystère. 11 est donc de mon devoir de justifier, si j'ose parler de ki sorte, ce signe adorable ; et c'est ce que je vais faire, après que nous aurons rendu à Marie l'hommage ordinaire. Ave Maria.

Dieui parlant au roi d'Israël, lui dit : Demaudes auSeigDemr votre Dieu qu'il vous fasse voir un signe de sa teute^issance,. Peia Hbl iignum à Domino Deo luo (Isii^ 7); et sur le refus que fit Aehaz de denoiinder ce signe à Dieu , paroequ'il ne vouloit pas tenter le Sei* gneur» le Seigiieur lui-knAme lui donna» sans qu'il le voulût, un signe qu'il ne demandoit pas : Propter hoe doHt Domimu tpse vobis si jfiittm (IUd«)« C'est ainsi » Chrétiens, que Dieu dans ce mystère en use à no* tre ^ard. Pour nous faire entendre que le Messie est né, il nous donne un signe, mais un signe que nous ne demandions pas, un signe que nous n'attendions pas , un signe auquel nous ne pensions pas ; je dis plus , un signe que nous ne vouUons pas , et contre lequel il pré* voyoit bien que le monde se révolteroit. Cependant, c'est lui-même qui BOUS le donne, lui-même qui le choisit pour nous : Propter koo da* bit Dominus ipte vobis signum. Et il, est question de savoir si nous avons droit de le rejeter, et si le choix qu'a fait Dieu de ce signe doit trouver tant de contradictiott dans nos esprits. Or je prétends que ja* mais contradiction n'a été plus mal fondée : pourquoi? Paroeque ja* mais signe n'a été pins raisonnable, plus saini , plus divin , ni par con* séquent plus digne et du choix de Dieu , et de l'approbation des hommes, que celui de la panvreté et de l'humilité de Jésa»*Cbrist» Écoutez-en (a preuve, qui va faire le partage de cedisoMirs. La signe que l'ange donne aux pasteurs^ en leur annonçant la naissanoe de Jë« 8iis<lbr«st » est k^ aîgne du Dieu Sauveur \ Naaa eu nobiskoéè Suit'

a04 SUR LA NATIVITÉ ÛË JÉSUS-CHRIST.

t«lor> ei hoc voUs signum (Luc^ 3} : H vous est ne un Sauveur, et voici la marque à quoi vous pourrez le reconnoltre. C'est donc par rapport à loffice du Sauveur que nous devons considérer ce signe. D'où je conclus d'abord que c'est de tous les signes que Dieu ait jamais donnés aux hommes le plus admirable : pourquoi ? Parceque c'est le signe le plus naturel, et en même temps le plus efficace que Dieu ait jamais employé pour découvrir aux hommes les richesses de sa grâce , et pour leur faire sentir les effets de sa miséricorde. Deux qualités qui distinguent ce signe, signe le plus naturel , et signe le plus efficace : le plus naturel , c'es^à^dire le plus propre à marquer et à bien faire connaître la chose qu'il signifie; le plus efficace, c'est-à-dire le plus propre à opérer même ce qu'il signifie. Non , Chrétiens , Dieu avec toute sa sagesse ne pouvoit aujourd'hui nous donner un signe, ni plus naturel , puisqu'il nous marque parfaitement^ que le Sauveur est né, et pourquoi il est né; première partie: ni plus efficace, puisqu'il commence déjà à produire dans les esprits et dans les cœurs les merveilleux effets pour lesquels le Sauveur est né ; seconde partie. Conformité de ce signe avec la qualité de Sauveur, vertu de ce signe dans les miracles qu'il a opérés dès la naissance du Sauveur : c'est tout mon dessein.

PREHIÈRÊ PARTIE.'

Il est vrai , Chrétiens , le saint et glorieux enfant dont nous célébrons la naissance avoit été promis au monde en qualité de Sauveur. Mais, selon les principes de la foi, il ne devoit l'être et môme dans Tordre de la justice il ne pouvoit l'être qu'à deux conditions : l'une , d'expier le péché , et l'autre , de ï*éforffler l'homme pécheur. Car Dieu vouloit être satisfsdt ; et tandis que Thomme demeuroit dans la corruption et le désordre où l'avoit réduit le péché , il n'y avoit point de salut pour lui. Il falloitdonc que Jésus-Ohrist, pour opérer ce salut et pour faire l'office de Sauveur, c'est-à-dire de médiateur entre Dieu et l'homme , donnât à Dieu, d'une part, toute la satisfaction qui lui étoit due, en. portant la peine du péché; et de l'autre, corrigeât dans l'homme les déréglenàents du péché. Or, pour nous marquer qu'il étoit prêt d'accomplir ces deux conditions, et que déjà même il les accomplissoit, je prétends, et vous l'allez voir, qu'il ne pouvoit choisir un signe plus naturel que la pauvreté et l'humilité de sa naissance. Transeamus usque Bethléem, et videamus hoc verbum quod faC" um ett (Luc, S). Passons en esprit jusqu'à Bethléem ; et, à l'exemple des pasteurs, contemplant avec les yeux de la foi ce que nous y voyons aujourd'hui , et ce que Dieu nous y fait connoltre, tâchons à nous former l'idée d'un des pins grands mystères de notre religion.

Comme Sauveur, le Fils de Marie devoit expier le péché, et être la victime du péché. Pouvoit-il pour cela se produire au monde dans un état plus convenable que celui où la Providence l'a fait naître ;

SUR LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST. aOS

disons mieox , que cdai où, par son propre choix, il a yooIu Battre? Ce fat là , ce fat dans retable de Betblëem , que, brûlé de zèle pour les intérêts de Dieu, il termina les anciens sacrifices , et , comme souverain prêtre de la loi de grâce , il en établit un nouveau : là que , la crèche lui servant d'autel, il fit à Dieu pour la première fois Toblatioa solennelle de sa personne : là, comme porte le texte sacré, que son humanité lui tenant lieu de tabernacle , d'un tabernacle vivant, qui n'avoit point été fait par les mains des hommes, mais qui étoit l'ouvrage du Saint-Esprit , il parut non plus avec le sang des boucs et des taureaux, mais avec son propre sang; et, pour parler en termes plus simples, là qu'il se mit en devoir d'être déjà l'agneau de Dieu, cet agneau sans tache qui devoit satisfaire à la justice divine par luimême , et aux dépens de lui-même. Dieu ne vouloit plus de tontes les autres victimes; mais ce corps tendre et délicat , dont il avoit revêtu son Fils unique , étoit Ja vraie hostie qu'il attendoit depuis tant de siècles. Or la voilà enfin cette hostie pure, sainte, digne de Dieu, la Toilà qui commence à être immolée. Ainsi les Pères de l'Église l'ont-ils conçu , et ainsi Tertullien s'en expliquoit-il , quand il nous donnoit cette excellente idée de Jésus-Christ : A pariii virgineo effec^ tus hosiia (Tertdl.) ; un Sauveur aussitôt sacrifié qu'il est né, aussitôt offert à son Père qu'il est. sorti du sein de sa mère. Car ne vous imaginez pas, dit saint Chrysostome, que l'immolation de cet agneau de Dieu ait été la dernière action de sa vie, ou du moins qu'elle n'ait été que la dernière. Si c'est par-là qu'il voulut finir, ce fut aussi parlà qu'il voulut commencer ; c'est-à-dire , s'il acheva son sacrifice sur la croix, il en consacra les prémices dans la crèche.

Oui, mes Frères, ce fut dans sa sainte nativité que ce Verbe fait chair commença le sacrifice qu'il devoit consommer au Calvaire. Il ressentoit déjà ces divins empressements dont il donna dans la suite de si sensibles témoignages à ses disciples,-quaDd il leur disoit : Bapiitmo habeo baptixari; et quomodà coarcior tisquedvm perfidatur (Luc, 43) : Je dois être baptisé d'un baptême (c'étoit le baptême douloureux de sa passion et de sa mort) ; et que je me sens pressé jusqu'à ce qu'il s'accomplisse ! Ce terme eoaretor^ selon la belle remarque de saint Ambroise , ne pouvoit mieux s'appliquer ni mieux se rapporter qu'au mystère de la crèche , oii toute la majesté de Dieu étoit comme resserrée dans la petitesse d'un enfant , et où tout le zèle de Jésus- Christ, ce zèlejimmense, se trouva en quelque sorte contraint et gêné, parceque le temps n'étoit pas encore venu de le faire paroitre, et de le déployer dans toute son étendue : Et quomodà eoarctor usquedum perfidatur? Il les ressentoit, dis-je, ces saints empressements , et il n attendit pas queson sang fût entièrement formé dans ses veines, pour se livrer comme une victime. A quoi donc ce Dieu nouvellement né pensa -t-il dès le moment de sa naissance? à quoi s'occupa cette grande ame renfermée dans un si petit corps ? Appliquez- vous, mes

â06 ^R U NATIVITÉ DE IÊâtIS-(!iHRIST.

chem ftilditenrs , à une vérité A tonchante. Que faisoit Jésus-Christ dans la erèehe ? Il réparoit par ses humiliations tous les ootrafrei que l'orgueil des hommes avoit déjà faits ou devoit faire encore à Dieu; il rétablissoit l'empire de Dieu ; il rendoit à Dieu toute la gloire que le pécibé loi avoit ravie. Que faisoit Jésus-Ghrist dans la crèche ? Il apuitoit Dieu , il désarmpit la colère de Dieu ; il attiroit sur les hommes la plénittide des miséricordes de Dieu. Disons quelque chose de plus pUrticulier. Que faieoit lésus-Christ dans la crèche ? Il exploit tous les crimes dont les hommes étoient alors , et dont nous-mêmes noos devions être un jour chargés devant Dieu : nos révoltes contre Dieu , taos désobéissances à la loi de Dieu , nos résistances opiniâtres adl inspirations de Dieu ^ nos ingratitudes envers Dieu , nos froideurs » nos r^chements dans le culte de Dieu. Il payoit le dettes infinies dont nous devions être comptables à la justice de Dieu : et voilà ce qu'il nom annonce par le signe de sa pauvreté, par le signe de son humilité, par ie signe de sa mortification : El hoc vobis gîgnum.

En effet t que nous apprend autre chose cet état pautre où il se réduit, cet état humble oh il parolt , cet état souffrant où 3 naît, sinon qu'il vient faire pénitence ponr nous , et nous apprendre à la feire ? Ecoutez ceci , Chrétiens. Je dis nous apprendre à la faire , car c'e^ aujourd'hui que Dieu veut que nous concevions une haute idée , une idée juste de cette sainte vertu ; en voici le signe , en voici la mesure et le modèle. Un Dieu humilié et anéanti , un Dieu pleurant et versant des larmes , un Dieu souffrant. Oui , dit saint Chrysostome » couché dans la crèche, il faisoit pénitence pour nous, parcequ'll savoit que nous étions incapables delà faire sans lui ; et que notre pénitence, sans la sienne , nous eût été absolument inutile, puisqu'elle eût été indigne de Dieu. Et il nous apprenoit à la faire, parcequ'il vouloit que nous connussions l'indispensable nécessité où nous sommes d'être pénitents comme lui , et qu'il savoit que sa pénitence sans la nôtre, quelque mérite qu'elle pût avoir, ne nous seroit jamais appliquée, ni jamais, par rapport à nous, ne seroit acceptéede Dieu. C'est là, dis-je, ce qu'il nous enseigne ; et la crèche n'en est-elle pas la marque la pins convaincante? Mais comment encore nous l'enseigne-t-il , cette pénitence? Ah! Chrétiens, élevez vos esprits au-dessus des bassesses apparentes de ce mystère. 11 pkurenos péchés, que nous ne pleurons pas nous-mêmes ; et il les [deure doublement , parôec(ue nous ne les pleurons pas nous-mêmes. Mystère adorable, et capable d'exciter dans nos cœurs les sentiments de la plus vive contrition. Car prenez garde, mes Frères, c'est la remarque de saint Bernard : si Jésus-Christ naissant pleure dans |la crèche, il ne pleure pas comme les autres enfants, ni par le même principe que les autres enfants : PloriU quippc CkristnSy sed non ut cœierïy aut certè non quare cœteri (Bern.). Les autres enfants pleurent par foi blesse, et celui-ci pleure par raison, pleure par amour- et par compassion ; les autres pleurent leurs pro-

SUR LA NATITITÉ DB 1ÉS1ISM3IIIIET. lOt

près DMsàres, et oelui-ci pkmre les iiAtres; les autres pleurent pan»qu'Hs portent la peine du péché » et o^h» parcequ'il tient délmire le péché t et L'effitoer par ses larmes. Or ces larmes d'un Dieu , ajouté le même Père , me oanseut tout à la' fois et de la doirieur et de la honte : P&rrd laerymœ i$tœ , Frmtres^et dotairmn milA pamM, et fmdonm (BniN.). De la honte, quand je considère que le Fils unique de Dieu a compati à mes maux , qu'il en a é(é si tivement touché ^ et que j*y suis moi-même si insensflUe ; quand je Cris réflexion qu'un Dieu a pleuré sur ukh , et que je ne pleure pas sur moi-même ; au contraire, que je soutiens avec t»e affreuse indolence, a?ec ude tranquillilé et un endurcissement monstrueux , le souvenir de mou péché, dont je devrais fsdre la matière éterneHe de mon repentir et de mes pleurs. De la douleur^ quand je fMUse' qu'après avoir luit pleurer Jésu8«Ghrist dès son berceau, je lui en donne encore tous les jours de nouveaux sujets; qae, pouvant le consoler par la réformation de ma vie, j'insulle, pour ainsi dire, à ses larmes par mes désordres; et qu'au lien qull a prétendu détruire le péché et l^néantir , je le fois revivre dans moi]et régner avec jAm d'empire que jamais. Sur quoi ce ^and Saint s'éerioit : 0 duritta eordu mei (Ibid.) I O dureté de mon cœur ! jusqu'à quand résisteras^^tu à If charité d'un Dieu, à la pénitence d'un Dieu , au zèle d'an Dieu, et au zèle d'un Dieu pour toi-même ? Cœur de pierre ! quand t'amolliras-tu , et quand deviendras-tu ce cœur dé chair que Dieu promettoit à ses serviteurs , c'est-à-dire ce cœur tendre pour ton Dieu , ce cœur sensible aux impressions de son amour, aux mouvements de sa grâce et aux intérêts de sa {][loire? Car voilà , Chrétiens , les sentiments dont saint Bernard étoit pénétré en contemplant la crèche de Bethléem. C'étoit un homme séparé du monde, crucifié au monde , mort an mondé, c'étoit un Saint. Si donc il parMt de la sorte, et s'il le pensoit, nous, bien éloignés de la sainteté de sa vie et des ferveurs de sa pénitence , que devoos-nous dire , et surtout que devons-nous penser?

Il y a plus encore. Après avoir expié le péché , Jésns-Christ devoit sauver et réformer l'homme pécheur , ou plutôt il devoit sauver l'homme pécheltr et le réformer, en expiant notre péché et en satisfaisant à Dieu : Quia natus est vôbts hodie Satrmtor (Luc, 3). Ne regardons point cet enfant enveloppé de langes comme la splendeur de la gloire du Père , comme le créafenr de l'univers , comme le seigneur de toute la terre, comme le roi des siècles , et comme le juge des vivants et des morts. Il est tout cela; mais ce n'est sous aucune de ces qualités qu'il vient de naître. Envisageons-le comme sauveur et comme réformateur de l'homme , et voyons si le signe qn1l choisit pour nous ahnoncer sa venue n'est pas* de tous les signes le plus convenable et le plus conforme au dessetù qu'il s'est proposé; C'est un ]>i^né poiir nous sauver; et ce qui nous perdoit, Chrétiens, ou iMvtdt ce qaii nous perd encore' tou^ les jours , vous le savez , c'est un

aOB SUR LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST.

atuchemoit criminel aux 'honneurs du siàde« aux ridiesses dii siède, aux plaisirs du siède , trois sources de corruption , trois principes de la réprobation des hommes. Or que fait Jésus-Christ? il vient an inonde avec le signe de Thumilité , avec le signe de la pauvreté, avec le signe de la mortification. Prenez garde : je dis avec le signe d'une humilité sans bornes; pourquoi? pourFopposer à cette ambition démesurée qui nous fait rechercher les honneurs du siècle» et qui est une de nos passions les plus dominantes. Je dis avec le signe d'une pauvreté volontaire ; pourquoi ? pour l'opposer à ce désir insatiable des biens de la terre et des richesses du siècle, dont nous sommes possédés. Je dis avec le signe d'une entière mortification; pourquoi? pour l'opposer à cette mollesse qui nous corrompt et qui nous rend esclaves de nos sens. Peut-il mieux nous marquer qu'il est ce Sauveur par excellence qui doit délivrer son peuple de la servitude de Tenfer et de la tyrannie du péché ? Conduite adorable de notre Dieu ! Si ce Dieu Sauveur avoit paru au mpnde avec des signes tout contraires à ceux qu'il a pris pOur nous déclarer sa naissance , nous eùt*il jamais persuadé ces grandes vérités , à quoi , de notre propre aveu y notre salut est attaché ? Je m'explique. S'il eût pris pour signe de sa venue , au lieu de l'obscurité de Tétable et delà pauvreté de la crèche , l'édat et la gloire , l'opulence et les aises de la vie , nous eût-H jamais persuadé l'humilité de cœur , la pauvreté de coeur, le détadiement et la haine de nous-mêmes ? Et d'ailleurs » sans nous persuader tout cela , nous eût-il sauvés? Le voyant riche et dans l'abondance, le voyant sur le trône et dans la grandeur, le voyant dans le foste , dans la pompe , aurions-nous été touchés des maximes de son Évangile*, de cet Évangile qui devoit condamner notre amour-propre? Quelques leçons qu'il nous eût faites touchant le mépris du mondeetle renoncement au monde, l'en aurions-nous cru? Quelque assurance qu'il nous eût donnée du bonheur de ceux qui souffrentet qui pleurent, nous en serionsnous tenus à sa parole ? De sa doctrine , n'en aurions^^ious pas appdé à son exemple? et quoique la conséquence de son exemple à sa doctrine ne fût pas juste par rapport à nous, eussions-nous ea assez d'équité pour ne nous en pas prévaloir? Vous annonçant aujourd'hui un tel Sauveur, et avec de telles marques , serois-je bien reçu à vous prêcher la sévérité chrétienne, et oserois-je m'élever contre votre luxe, contre vos délicatesses, contre tous les désordres d'une cupidité avare ou sensuelle ? Mais maintenant que je vous annonce un Sauveur né dans une crèche et réduit à une extrême misère ; mais maiatenant que je vous le présente, ce Sauveur, tel qu'il a voulu être et tel qu'il est en effet, sans secours , sans biens , sans autorité , saos crédit , sans nom , exposé dès sa naissance à toutes les injures d'une saison rigoureuse , à peine couvert de quelques misérables langes » n'ayant pour lit que la paille , et pour demeure qu'une vile retraite et uneétable; quels reproches n'ai-je pas droit de vous faire? queb

arrêts ne puis-je pas prononcer contre vous ? Je dis contrerons» mon» dains ambitieux et entêtés d'une vaine grandeur ; je dis contre vous, mondains avides et intéressés ; je dis contre vous» mondains amateurs de vous-mêmes et voluptueux.

Car enfin » mes chers auditeurs, raisonnons tant qu'il nous plaira ; ce signe de l'humilité d'un Dieu confond aujourd'hui malgré nous tout l'orgueil du monde ; et pour peu qu'il nous reste de religion , il est impossible qu'à la vue de la crèche nous soutenions l'énorme coiitradiction qui se trouve entre cet orgueil du mondé et notre foi. Qu'un iuif ou qu'un païen soit livré aux désirs d'une ambition déréglée, je ne m'en étonne pas ; c'est une suite naturelle de l'incrédulité de l'un et de la vanité de l'autre; mais qu'un chrétien qui fait profession d'a« dorer un Dieu humilié et anéanti ; disons mieux , qu'un chrétien qui , dans la personne de son Dieu, fait profession d'adorer l'humiliation même et l'anéantissement même, soit dans sa propre personne idolâtre des honneurs du monde, ne pense qu'à se les attirer, n'ait en vue que l'accroissement de sa fortune, ne puisse rien souffrir au-dessus de soi , se pique d'aspirer à tout, ne borne jamais ses prétentions, dise toujours dans son cœnvy Aicendatn (Isai., 14), Je n'en demeurerai pas là; se pousse par brigue et par intrigue là où il se défie que son mérite le puisse élever, et se plaigne de l'injustice du siècle, quand par lea voies les plus obliques il désespère d'y parvenir; ne regarde ce qu'il est déjà qu'avec indifférence et avec dégoût , et ce qu'il voudroit être qu'avec des impatiences qui le troublent , des inquiétudes quille dévorent; qu'un chrétien,, dis- je, avec la foi de ce grand mystère que nous célébrons , ait le cœur plein de ces sentiments , s'en fasse des règles de vie, et se croie sage et habile de les suivre : ah! mes chers auditeurs, ce sont des contradictions que je ne comprends pas* Mais d'où viennent- elles, ces contradictions, que d'une opposition secrète à ce signe vénérable de l'humilité d'un Dieu naissant?^Si ce signe trouvoit dans nos esprits toute la docilité que la foi dematfde, ces contradictions cesseroient , et notre ambition seroit pour jamais détruite. Or, du moment que ce signe détruit l'ambition dans nqus, nous ne pouvons plus douter que ce ne soit le signe du Dieu Sauveur.

Raisonnons tant qu ifnous plaira ; malgré tous nos raispnnemeuts» ce»signe de la pauvreté d'un Dieu confond l'aveugle cupidité des hommes ; et il n'y a point de riche mondain , pour peu qu'il ait encore de christianisme, qui ne soit aujourd'hui troublé, alarmé, consterné de cette pensée: Le Dieu que j'adore est venu me sauver par le renoncement aux richesses, et sa pauvreté est le signe qu'il m'a donné de mon salut. Il est vrai que le moade , sans égard à ce signe, ne laisse pas de persister dans ses maximes : qu'à quelque prix que ce soit il en faut avoir, que la grande science est d'en avoir, que la vraie sagesse est de s'appliquer à en avoir, (^ue tout est permis et honnête pour en avoir, qu'on ne peut jamais en avoir trop, ni même en avoir B. 5. 14

210 SUR LA NATIVITÉ DE JÉSOS^BMST:

assez ; que les hommes ne valent , ni ne sont estimes , qa*antant qa'ils en ont : mais il n'est pas moins vrai, répond saint Bernard , que dans tout cela le jugement du monde est réfute, est'renversé , est réprouvé par Jésus-Christ, Sed in his omnibw judîcium mundi arguitut^ iutverAtur, cùnfutatur (Bern.); et que le signe de sa crèche suffit pour donner de l'horreur de ces damnables maximes. Or ce signe peut-îl confondre des maximes aussi damnables que celleslii, et n^étre pas le signe du Rédempteur qui vient sauver le monde? Il est vrai que , malgré ce signe , les riches du siècle ne laissent pas de s^applaudir de leur prospérité , et d'en faire le sujet de leur vaine joflb ; mais aussi est-ce pour cela, ajoute saint Bernard, que Jésus-Christ dès son berceau leur dit anathème, et que de sa crèche j comme du tribunal de sa justice, il leur prononce aujourd'hui ces arrêts de condamnation : Vœ vobis divitibus ( Luc, 6)! Malheur à vouS; riches avares ; malheur à vous , riches injustes ; malheur à vous , riches orgueilleux; malheur à vous, riches insensibles et sans miséricorde! c'està-dire , malheur à la plupart de vous ; car c^est là que vous conduisent communément ces biens périssables que vous possédez , ou plutôt qui vous possèdent plus que vous ne les possédez vous-mêmes! Or, dans le dessein qu'avoit le Sauveur du monde de lancer un jour contre les riches ces formidables ânathèmes , par quel signe plus naturel pouvoit-il les y préparer, que par le signe de sa pauvreté ; et dès-là n'étoitK^e pas un signe de salut pour eux , * puisqu'en les préparant à ces ânathèmes , il leur apprenoit à s'en préserver ?

Raisonnons tant qu'il nous plaira , malgré toutes nos vues mondaines , ce signe de la mortification d'un Dieu confond aujourd'hui la mollesse du monde; et il n'y a point d'ame sensuelle, pour peu qu'elle soit encore susceptible des saintes impressions de la grâce , qui, s'appliquant ce signe et le considérant, ne rougisse de ses délicatasses, ou n'y renonce même pour jamais. Or, de là, j'ai droit de conclure que c'est donc un signe de rédemption. Car cecpii corrompt plus souvent une ame , et ce qui la rend esclave du péché , c'est rattachement à son corps , cette vie molle dont on se fait une habitude , cette condescendance éternelle aux désirs de la chair, cette attention à là flatter et à ne lui rien refuser, à lui accorder tout ce qu'elle demande et plus qu'elle ne demande; cette superfluité d'ajustemeifis, de parures, de propretés, de commodités; cette horreur de la souffrance, et ce soin excessif de prévenir et de fuir tout ce qui pourroit faire de la peine et mortifier : voilà ce qui entretient dans nous le règne de cette concupiscence charnelle qui souille les amcs. Or je défie Tame la plus asservie à ses sens, de pouvoir se présenter de« vaut la crèche du Sauveur sans avoir honte d'elle-même. On tdché à justifier tout cçla, ei^ s'en faire même une conscience; car qu'est-ce que la fausse conscience n'excuse pas? mais il est quesfion de savoir si l'on peut avec tout cela être conforme à ce Dieu , dont la chair in-

nicente et virginale doit être le modèle de la nôtre. Or le voici luimême » reprend saint Bernard , qui vient noas assurer du contraire; lui-même» qui est la sagesse de Dieu , vient nous détromper de toutes nos erreurs. Cette sa{][esâe que Dieu tenoit cacbée dans son sein, sei découvre pour cela visiblement à nous. Parceque nous étions charnels , et que nous ne comprenions rien que de charnel, elle veut bien s'accommoder à notre foiblesse, elle prend un c^rps, elle se fait chair ; et , revêtue qu'elle est de notre chair, elle nous prêche hautement et sensiblement que cette vie douce et commode est la voie infeyiible de la perdition , qu'il n'y a de salut que dans la pénitence p et qu'une partie essentielle de la pénitence est de mater sa chair et de la crucifier avec ses vices. Car voilà; mes Frères, ce que la Sagesse incarnée nous dit aujourd'hui; voilà ce que nous annoncent Tétable, la crèche, les langes, toutes les circonstances qui accompagnent la naissance de cet adorable enfant : Hoc prœdicat stabulunii hoc clamât prœsepe^ hoc lacrymœ evangelizant (Bern.). Ouij. Seigneur, c'est ce que vous nous faites entendre : et quand vous 'parlez , il est juste que vous soyez écouté ; il est juste que toute la sagesse du monde s'anéantisse , et rende hommage aux saintes vérités que vous nous révélez ; il est juste que , renonçant à ses lumières, elle avoue que ce signe de la crèche avoit pius de proportion que tout autre avec rx)fâce de sauveur que vous veniez exercer. Si vous aviez pris» 6 mon Dieu, ce signe pour vous, il pourroit ne pas convenir à l'idée que nous avons de votre sainteté et de votre suprême majesté; mais le prenant pour nous, nous reconnoissons que c'est le signe qu'il nous faUoit , puisque c'est par-là que tous les dérèglements ae notre esprit et tous les emportements de notre cœur dévoient être confondus. N'est-ce pas même ainsi que l'ange semble nous le déclarer par ces paroles : Et hoc vobis si^num (Luc, 2)? Comme s'il nous disoit: C'est un signe , mais un signe pour vous, et non pour lui ; un signe pour vous faire comprendre ce qui vous a jusqu'à présent perdus, et ce qui doit désormais vous sauver. Si vous étiez venu, ô mon Dieu, pour être le Sauveur des anges*, peut-être ce signe n'auroit-il pas été propre pour eux; mais il étoit propre pour des hommes superbes, pour des hommes remplis de l'amour d*eux-mêfnes, pour des hommes dominés et corrompus par l'avarice : Et hoc vobis signum. Ce signe de la crèche, reprenoitTertuIlien,par rapport à mon Dieu, paroit indigne de sa grandeur; mais ce qui me paroit indigne de lui est nécessaire pour moi; ce qui fait en apparence sa confusion est le remède de mes criminleles vanités; ce qui est le signe de son humiliaticm est le sacrement de mon salut : Tottim hocdedecus, sacramentum est meœ saluth (Tertull.). Et parceque le Dieu que j'adore iae veut être aujourd'hui ce qu'il est que pour mon salut; parcequ oubliant en quelque façon qu'il est le Dieu de tous les êtres, il se contente d'être le Dieu de mon salut ; parcequ'en vertu de ce mystère, Il semble que mon salut ne soit

pas tant pour sa gloire que sa gloire pour mon salut, poisqu il la ycrifie à mon salut, il veut bien prendre ce signe si salutaire et si nécessaire pour moi , tout humiliant qu'il peut être pour lui.

Ainsi, mes cliers auditeurs, malheur à nous, si nous rejetons ce signe ; malheur, si nous ne l'honorons qu'extériem*ement; malheur, si, Juifs encore d'esprit et de cœur, nous nous en scandalisons! Oprœ^ sepe iplendidum ! ô felices panni ( Ambr. ) ! Q glorieuse crèche ! s'é« crioit le grand saint Ambroise, et devons-nous nous écrier après lui : d heureux langes ! 6 précieuses marques de la venue de mon Sauveur, et du dessein qu'il a de me sauver! signe le plus naturel, maison même temps signe le plus efficace, puisqu'il commence déjà à produire les merveilleux effets pour lesquels le Sauveur est né , comme je vais vous le montrer dans la seconde partie.

Page 1