‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 48 sur 72 · SUR LA TRÈS SAINTE TRINITÉ. SB · texte numérisé non relu

SUR LA TRÈS SAINTE TRINITÉ. SB

Mppteod rien da nouveau , quoiqu'elle le lui apprenne mieux : elle augmente ses lumières et les perfectionne , mais elle les suppose en les perfectionnant : je crois ce que je savois dëja en partie. Mais qu'eii Dieu il y ait trois différentes personnes ; que la première s'appelle Père^ la seconde Verbe, et la troisième Saint-Esprit ; que le Fils soit engendré par la connoissance féconde que Dieu a de soi-même, et que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils par voie d'amour; ce soni des secrets dont je ne découvre aucun vestige dans l'univers, et dont tous les hommes n'auroient pu même former de conjectures» si Dieu ne les en avoit instruits. On dit qu'un philosophe païen en a eu autrefois quelque connoissance ; mais si cela est» sabt Augustin répond qu'elle lui éioit venue du commerce avec les Juifs. C'est donc à la foi seule que je suis obligé de m'en rapporter touchant ce mystère. Mais quand ce mystère m'est révélé de Dieu par la foi, puis-je raisonner, puis-je discourir, puis-je occuper mon esprit à le connottre et à en chercher les principes ? Non, Chrétiens , cela n'e^t point du ressort de ma rai* son. Dans le mystère de Tincamation, je le puis faire : supposé la foi que le Verbe se soit fait chair, mon esprit y trouve je ne sais combien de convenances admirables. Je dis qu'il n'y avoit qu'nn Dieu qui pAt satisfaire à Dieu pour le péché ; or ce Dieu ne pouvoit satisfaire , sans se f^ire homme : ainsi je raistyme alors sur la foi. Quoique la foi précède mon raisonnement, mon raisonnement ne laisse pas de venir ensuite au secours de la foi. Mais quand il s'agit de l'auguste mystère de la Trinité, d'une essence indivisible en plusieurs personnes , du Père qui n'est pas plus que le Fils , du Fils qui n'a nulle dépendance de son Père , du Saiut-Esprît qui est l'amour substantiel de l'un et de l'autre: c est là que notre raison demeure, qu'elle s'humilie, qu'elle se couvre de ses ailes , comme ces anges que vit le prophète; qu'elle s'interdit tout examen* toute réflexion, toute curiosité. Tout ce qu'elle fait, c'est de reconnoUre son ignorance : et cet aveu , dans la pensée d'un Père, est la seule confession véritable de la Trinité.

Ce qui met le comble au sacrifice que je fais à Dieu , en croyant la Trinité , c'est que je me soumets à croire un mystère qui paroit cho^ quer la raison même , et contredire toutes ses lumières. Car il faut que je croie que trois personnes divines, celle du Père, celle du Fils, et celle du Saint-Esprit, n'étant qu'une même chose avec lessencede Dieu, je dis une même chose indivisible , sans composition , sans parties, sont néMmoins distinguées entre elles. Voilà, si j'ose parier ainsi, la pierre de scandale pour l'homme ; voilà la plus apparente contradiction qui se rencontre dans tous nos mystères. Mais c'est de là même aussi que notre foi tire sa perfection, quand nous disons à Dieu : Oui, Seigneur, je crois tout ce que vous m'avez révélé de cet incompréhensible mystère; ma raison semble d'abord s'y opposer, mais je la désavoue , mais je la renonce , mais je vous l'immole aux giçds de vo» aiUQb&. Jie crois ^ nu» Dieu , votre unité et votre Trinité^

400 Sm lA TRËS SAINTE TRINITÉ.

toat ensemble , et je crois Tune et l'autre dans la même disposition de cœur que s*il falloit mourir. En vertu de cette foi, dont je fais id profession, je voudrois pour la défendre donner ma vie et verser mon sang : et conune vous êtes trois dans le del dont je reçois aujourd'hui le témoignage, le Père, le Verbe et le Saint-Esprit, aussi voudrois-je, Seigneur, être en jétat de vous rendre sur la terre les trois témoignages dont parle le bien aimé disciple , le tànoignage de l'esprit , le témoignage de l'eau, et le témoignage du sang.Yoilà ce que nous disons. Chrétiens ; mais savez-vous ce que Dieu nous répond ? 11 est important que je vous le fosse entendre. Non , non, nous dit-il, il ne s'agit plus de mourir, ni de perdre la vie : je voulois des martyrs autrefois pour fonder ma religion ; mais maintenant les choses ont changé : ce n'est plus dans la persécution, mais dans ki paix, qu'il feut prouver votre foi ; ce n'est plus sur des échaCauds, ni sur des roues, mais dans les pratiques d'une vie commune et ordinaire, qu'il faut faire paroltre ce que vous éies; ce n'est plus devant les juges et les tyrans qu'il faut me confesser, mais au milieu de vos proches et de vos amis ; ce n'est plus le témoignage du sang que je vous demande, mais le témoignage de l'esprit. Ne pensez donc point à ce que vous feriez, s'il y avoit encore des persécuteurs dans le monde : il n'y en a plus, il est permis de se déclarer, et commencez à le faire par la sainteté de votre vie, par l'innocence et la pureté de vos mœurs. En effet , Chrétiens , nous nous flattons , en formant ces résolutions imaginaires , de confesser notre foi à quelque prix que ce fAt, et en disant comme nous disons<quelquefois : Je souffrirois plutôt mille morts que de la trahir, cette foi : car nous la trahissons à toute heure; et ce qui est plus déplorable, nous la trahbsons pour un vil intérêt, pour un moment de plaisir, pour contenter un désir, une passion honteuse; et tout ce grand zèle n'est qu'en spéculation et en idée, n'est que sous des conditions chimériques, n'est que pour des occasions et des conjonctures où nous ne trouverons jamais rien de réel , ni rien de présent.

Ah ! Chrétiens, la belle parole que celle d*un saint évéque, en parlant des premiers martyrs : Us ne savoient pas disputer des choses de la foi, disoit Pacien, évéque de Barcelone; mais ils savoient bien souffrir et mourir pour la foi : Sciebant mori, et non sciebant disputare (Pacien.). Hais de nous , on peut dire à notre confusion tout le contraire : nous savons disputer des choses delà foi, mais nous ne savons ni mourir, ni vivre pour la foi. Jamais tant de raffinements, jamais tant de contestations ni tant de disputes , jamais tant de liberté qu'il y en a aujourd'hui à s'expliquer sur les mystères de la foi et de la religion, et néanmoins jamais si peu de foi et de religion : pourquoi? parcequ'il n'y a rien qui soit plus capable de détruire la religion et la foi que cette vanité dont on se pique, et ce préi^îdit mérite qu'on se t^ii d*en savoir raisonner. Ceux dont parle Paden se contentoient de siiToir deqx choses^ qui étoient de croire et de mourir. Ils bornoient

SOR lA TRÈS SAUTIE TRINITÉ. 401

U tome leur sdenoe ; et noos» noai savèns toutes choses hors ces deuxlà, ptrceqpie nous ne vouIods croire que ce qui nous pktt, et que nous ne voulons pes d'aiUaurft nous fiûre la noindhne violence pour pratiquer ce que nous croyons. Ceux-là savoient mourir pour la ftn : Sciebani mm; et nous, avec toute notre subtilitët nous n'avons pas encore appris à vivre selon la foi, car nons nous disons chrétiens, et nous vivons en païens ; et par cette alliance que nous faisons dans nous-mêmes d'un certain paganisme d'actions et de vie avec le christianisme de profession et de créance, nous formons un monstre pire que le paganisme même , puisqu'il ajoute à tous les désordres de ceiui->ci la profanation de Tautre.

Voilà, mes chers auditeurs, la réflexion que je vous prie de faire en la présence de Dieu. Souvenes-vons que vous adorez une Trinité dont le.caractère propre et essentiel est la sainteté ; et qu'il n'y a point de sainteté, quelque éminente qu'elle puisse être, à laquelle nous ne devions aspirer, pour nous reiûdre de dignes adorateurs de cette auguste Trinité. Pour l'adirer en esprit et en vérité, il fiint, par proportion, être saint comme elle ; car ce sont là les adorateurs que le Père demande : JVom et PdUer taies quœrit, qui adorent etim (Joan. , 4). Voilà ceux qu'il cherche, et il ne se tiendra jamais vraiment adoré par d'autres : Nom et Pater taks qwerit. C'est un Dieu saint , et il veut être servi par des Saints. Le premier:ange ne le fut pas : et ce Dieu de sainteté n*a pu souffrir qu'il f4t da nombre de ceux qui Tadorent , ec il aime mieux en être blasphémé dans l'enfer, que d'en être loué dans le ciel. Or il n'est pas probable qu'il en doive user autrement à T^rd des hommes. Avançons ; et après avoir vu comment la confession de la Trioilé est. le plus grand hommage de foi que la créature rende à son Dieu, voyons encore comment c'est le plus grand sujet de conf^noe qu'une oréaiture puisse avoir en. ce même Dieu : c'est la seconde partie.

Page 1