‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 113 sur 119 · LE CINQUIÈME DIUANCHE APRÈS PÂQUES · texte numérisé non relu

LE CINQUIÈME DIUANCHE APRÈS PÂQUES

SUR LÀ raiÉiB.

Sdjbt. Jésus parla de cette sorte à ses diseiptes : Je rom le dis en rériié, si rons demander que'Que chose à mon Père en mon nom, il vous V accordera. Vous n'avez encore rien demandé en mon nom ; demandez , et vous recevrez.

Voilà une promesse bien anthentique et bien éfendne : pdnrquoi n'en profitonsnous pm ? Est-ce qne nom n'avom point encore appris à demander et à prier ? Apprenons-le aujourd'hui.

Division. H y a deux sortm d'oraisons on de prières : l'oraison orflinaire,qni est celte du commun dm chrétiem ; et l'oraison extraordinaire, qui est celte de œrtainm arom plm éleTém.Llndispen8abte nécessité de l'oraiion ordinaire ftmdéesnr im principm de ta foi Im plm évidents , première partie. L'abus de l'oraison extraordinaire reconnu et découvert par les règles de la foi les plus solides, deuxième partie.

Paxaikaa partis. L'indispensable nécessité de la prière on de l'oraison ordinaire. Ceci regarde , en général , l'action commune de prier. Or cette nécessité de te prière est fondée sur la nécessité de la grâce. Point de saint sam la grâce; donc point de salut sam la prière, puisque hors la première grâce, qui estiodépendante de la prière parceqn'elle est le principe delà prière même, il est de la fol que te prière est le moyen elBmce et universel par où Dieu veut que nom obtenions ses grâces. Demandes , dit Jésus-Christ, et vom recevrez. Dieu ne nom doit rien par justim, et n*est-ll pm convenable que nom lui adressions au moim nm prières , pour attirer sur noua Im dom de M miséricorde et dm grâces si précieuses? Ce n'est pas qu'indépendamment de prièrm il ne connoissc nm besoins, mais il n'y yeut pourvoir qu'antekt qne nmia recours à lui.

1 . De là il s'ensuit que dans te cours de la vie chrétienne il nous peut arriver et qu'il nom arrive souvent de manquer, en effet , de cerfainm graom pour accomplir te bien auquel nom sonnnes obligés, et pour éviter le mal que te loi de Dieu nom défend^ sans que nous ayons droit d'alléguer notre impuismompoor excuw de nm désordres, sans que nom puissions prétexter devant Dieu nnlte impossltiilité d'obéir à sm commandements , et mm que sa loi, dans ces occasiom, nom devienne impratimMe : parcequc l'obligatioa que Dieu s'est faite de nous exaucer autant de fois que noua te

prierons ntHemMit et laintement pour le u\ni, est alon contre nous nne raison in-' fineilile qoi noas ferme la Imaobe et qui met à couvert sa pro? idenee. Noua aTons toa« joors la grâce de la prière : cela suffit.

S. n s'ensuit que le pins grand de tous les désordres et en même temps de tous les malheurs où puisse tomber l'homme chrétien, c'est d'abandonner la prière; pareequ» c'est renoncer au plus essentiel et au plus irréparable de tous les moyens du salut. La prière est la dernière ressource qoi nous reste : la quitter donc, c'est s'Ater à softmême toute renouroe. Tel est néanmoins le désordre du siècle.

5. li s'ensuit que le comble du malbeur pour un chrétien est de perdre absolument l'esprit de la prière, c'est-ànlire une certaine estime de la prière, un certain sentie ment intérieur du besoin que nous en avons, et un fonds de disposition à l'employer dans les rencontres. Car avoir perdu cette estime, cette confiance, ce sentiment, cette disposition secrète, Cest avoir perdu jusqu'aux principes les plus éloignés de la vie do l'ame.

Dboziéhb PAani. Abus de l'oraison extraordinaire. Ge n'est pas à dire qu'il n'y ait nne manière de prier, ou une oraison extraordinaire et propre des âmes élevées, qui ne soit très sainte et très louable : mais cette oraison est plus sujette aux abus , et en voici surtoat quatre dont nous avons à nous préserver.

1 . On confond l'oraison eitraordinsire avec des choses qui ne sont rien moins qu'oraison, et qoi sons ce nom spédenx déshonorent plutôt la religion. Car nous devons regarder comme oraison chimérique celle que Jésus-Ghrist et saint Paul ne nous ont poSnt enseignée ; ceUe qui , réduite aux principes , ne se trouve pas à l'épreuve d'uno exacte théologie ; celle qui choque le bon sens, et contre laquelle la droite raison se révolte d'abord ; celle dont les termes mêmes et les expressions semblent n'être propresqu'à décrier la piété et à bi faire tomber dans le mépris : enfin celle qui, de la manière dont on la propose, est absolument inintelligible. Or telles sont tant d'oraisons différentes qu'on a voulu tnn valoir dans ces derniers sièdes.

2. On préfère l'oraison extraordinaire à l'oraison commune ; et cependant l'oraison la plus commune eit celle dont Jésns-Gbrist nous a lui-même prescrit la forme; et cette oraison, quoique la|dus commune , est sana contredit la plus parfaite, et la plus capable de sanctifier les hommes et de le s rendre parfeits.

5. On entre dans la voie d'une oraison extraordinaire sans y êbre appelé de Dieu , et même contre l'ordre de Dieu. On s'adonne d'abord à cette oraison , on se remplit de spécieuses idées, et l'on s'occupe de belles imaginations, au lieu de travailler avant toute chose , avec le secours de l'oraison ordinaire et selon les vues de Dieu , à mortifier ses passions et à corriger ses défauts.

4. Sous prétexte d'oraison extraordinaire, on méprise et on néglige les règles dont le Saint-Esprit nous a £iit des préceptes indispensables pour le saint exercice de la prière. On se présente devant Dieu sans nulle préparaiion, et l'on y demeure sans rien demander à Dieu. La conclusion est de nous défier communément des routes particulières qu'on voudrait nous faire prendre, et de les bien examiner, afin de ne nous y pM égarer.

LE DIMANCHE DANS L'OCTAVE DE L'ASCENSION, soa LB jtkLÊ poca la obfbnsb pes intxbbts ob oibu.

Sdjbt. Quand il iera venu, ce conèûlateur que je vous enverrai du sein de mon Père, lui qui est l'esprit de vérité gui procède du Père « il rendra témoignage de moi : et vous aussi vous en rendrez témoignage.

Les apôtres ont rendu témoignage à Jésus-Christ en préchant sa loi ; et, sans être appelés an même ministère, nous devons tous rendreiémo^gosge t Dieu, en défendant sa cauie dans les rencontres, et ses intérêts.

Division. On abandonne les intérêts de Dieu , ou par une fiinsse prudence, on par une Idcbe foU>leise. Prudence réprouvée dans les uns, première partie. Foiblesse très préjudiciable dans les autres : deuxième partie.

PsEMJiaE PÀBTiB. Pmdei>ce réprouvée : car c'est une prudence dont Dieu te tient

déiboiMMé f qoo le monde même n'approuve pas, qui fait le scandale de la religkm, et qui autorise Timpiété.

f . Pnidenoe doat Dieu se tient déshonoré : car il est de sa grasdeor d'être servi par dei hommes qui fassent gloire d'être à lui , et que ses iutêrèts ne soient jamais baUneés par nul anUre intérêt. De là cette oUUgation iodispensable pour tout homme chrétien de professer sa foi ,-méme aux dépens de sa vie. Ainsi, par proportion , sommesnous obligés eu mille occasions de nous déclarer pour Dieu. Sans cela nous lui faisons injure, et là parole de Jésvs-Ghriit se vérifie en nous : Celui qui n'est pas pour njai est amtre noL Exemple de David.

2. Prudence que le monde même n'approuve pas. Un ami seroit regardé dsns le monde comme nn lâche > si dans une affaire il manquolt à son ami; un sojet seroit traité de rdielle, si dans une guerre il ne prenoit pas le parti de son prince. Jl ne faut donc que les règles du monde pour condamner nôtre indilTérence sur ce qui concerne la cause de Dieu.

9. Prudence qui fait le scandale de la religion ; parceque, dans ropinion oommone, cette inditliàrenoe pour la cause de Dieu est prise et interprétée comme une aliénation secrète des intérêts de Dieu. A peine démêle-t-on dsns te monde un homme indifférent poar Dieu, d'un libertin qui est formellement et expressément contre Dieu. La naison est que le liber;inoge n'osaut tout-à-fdit lever Ic^ masque , il ne se produit guère an-dehors qae par une telle indifférence; d'où les foibles tirent un sujet de scandale, Etc^est ce qui alluma autrefois le zèle du prophète Élie. Pourquoi déiihérez-.Tous? disoit-il aux Israélites. Si le Seigneur est votre Dieu , que ne pariez-voos pour lui ?

4. Prudence qui autorise Timpiété. I^e libertinage ne demande point précisément' d'être appiaucti ; mais c'est beaucoup pour lui d'être toléré. Avec cela il prend bientôt racine et se fortifie* Mais, dit-on , mon lèle ne servira qu'à irriter le mal : quand cela seroit, vous auries toujours fait votre devoir. Mais il faut user de discrétion : il est vrai« pourvu que ce soit une discrétion qui aille toujours au terme où le zèle doit tendre. Mais ce que je dirai fera de l'éclat et du bruit I ce n'est pas toujours prudence d'éviter l'éclat quand il est nécessaire; il y a une fausse paix plus dangereuse que le trouble. Mais ne faut- il pas ménager le prochain? point de ménagement lorsqu'il y va du service de Dieu. C'est ainsi que les apôtres ont raisonné.

DsuxiBMB PAUTJB. Foiblcsse très préjudiciable. Elle nous prive du plus grand honneur que nous puissions prétendre ; elle nous rend odieux et méprisables; elle se dément et se contredit dans nous d'une manière dont la conviction et le remords nous doit être insupportable dès cette vie; enfin elle oblige Dieu à retirer de nous ses graees, et à nous faire sentir les châtiments les plus sévères de sa justice.

1. Eile nous prive du plus grand honneur que nuus puissions prétendre , qui est d'être les défenseurs de la cause de Dieu. C'est par la défense de cette cause de Dieu que tant de grands hommes se sont rendus reconmiandables dans l'ancien Testament at dans le nouveau. Yons n'avez pas la même fermeté : Dieu ne se servira point de vous comme il s'est servi d'eux.

2. Elle nous rend odieux et méprisables : à qui ? I» aux gens de bien, qui ne voient notre infidélité qu'avec une juste indignation ; ^'^aux pédienrs mêmes et aux impies , qni découvrent le foible de notre conduite, et s'aperçoivent bien que notre indulgence pour eux n'est que timidité et petiteife d'esprit.

5. Elle se dément et se contredit eUe-mème d'une manière dont la conviction et te remords nous doit être insupportai^ dès cette vie. Nous ne manquons de fermeté que lorsqu'il faut en avoir pour les intérêts de Dieu ; et pour nos intérêts propres , nous ne péchons que par trop de fermeté. Pour peu que nous soyons équitables, pouvonsnous entendre sur cela le témoignage de notre cœur, et n'en pas roogir de confusion?

4. Elle oblige Dieu à retirer de nous, ses grâces, et à nous faire sentir les châtiments les plus sévères de sa justice. Aînaî traica-t-il Héli, et ahisi en traite-t-il bien d'autres.

LE DIMANCHE DANS L'OCTAVE DU SAINT-SACREMENt.

son LA PRiQlIBIlTB GOHHUIHON.

Sujet. Un homme fit un grand repas, et invita beaucoup de gens. Qtiand Vhewre du repas fiU venue , il envoya son serviteur dire aux conviés de venir : m^is ils commencèrent tous à s'excuser,

Voili comment on se comporte à Végard de lâ commmitoB , où Dlea nons intite, et dont on s'excnse par une humilité mal entendue. Je suis indigne , dit-on, de fréquenter le sacrement de Jé<u8-Cbriit, et mon cœur n'est pas assez pur. Vaîn prétexte qu'il faut combattre.

DrvisioN. La pareté de vie requise pour approcher du sacrement de Jésus-Chriit ne doit point être communément ni en soi un obstacle à la fréquente communion : première partie. La fréquente communion est môme un des moyéhs les plus efficaces pour acquérir une sainte pureté de vie : deuxième partie.

Pasuias pàhtie. La pureté de yîe requise pour approcher dn sacrement de Jésus- Christ n'est point communément ni en soi un obstacle à la fréquente communion; car l'intention du. Fils de Dieu a constamment été que les communions fussent fréquentes, puisqu'il nous a donné son sacrement comme une viande» comme un breuvage, comme un pain. Si donc d'ailleurs il nous.ordonne de ne nous présenter à sa table qu'avec une conscience nette et pure, cette pureté et cette condition, tout indispensable qu'elle est, ne peut être d'elle-même ua titre vatabie pour ne paa communier souvent. Est et à dire que, malgré l'état 4a péché , on doive * poor se conformer aux desseins de Jésus-Gbrist, venir à son autel et recevoir son sacrement? Non; mais c'est-à-dire que, pour fréquenter ce divin sacrement et pour entrer de la sorte dans les vues de Jésus- Christ, nous devons tcavaiUec à puriQer et à aaactifier notre vie« Si cette obligation nous est an obstacle à la fréquente communion, elle ne l'est que parceque nous le voulons, et noa point par elie-niôme; car il ne tient qu'à nons , avec le secours de la grâce , d'acquérir cette disposition oéoessafre. /

Mais pour l'acquérir, cette pureté , U faut dn temps : je le veux , pourvu que ce soit an temps qui n'aille pas à l'iafial , et qu'on ne cherche pas toi\)ours à le prolonger. Mais de se priver de la ijommu&ion « c'est une abstinence spirituelle qui tieut lieu de pénitence ; quelle pénitence , répond saint Ambroise, de se refuser le remède dont on doit attendra sa goérilon et son salut 1 Mais enfin on ne peut être trop parfait pour communier : il est vrai, mais on peut exiger d'abord trop de perfection de ceux qui OQmmanient , ou qni désirent cet avantage.

Poor mieux éelaireir oe point , il faut bien distinguer lès dispositions nécessaires et absolomont saffisantes, des dispositions de biepséaooe et de surérogation. Quoiqu'on eu paisse dfre , quiconque est actnellemeot en état de grâce et sans péché mortel , est dans la dispoeitioa de pureté qui suffit , selon la rigueur du précepte, pour communier. Si donc je sois souvent en éiat de grâce, j'ai dès-lors la pureté absolument suffisante pour eommanier souvent Ce qui nous trompe, c'est que nous ne comprenons pas assez le mérite que porte avec soi cet état de grâce, et ce qu'il en coûte pour s'y mettre ou pour y penévérer. Ce n'est pas, après tout, qu'il faille se contenter de cette exeaiption de péshé mortel poor approcher souvent de la sainte table. Outre cette préparation indiq>eossblement reqaise pour ne profaner pas le sacrement de Jf^sus- Christ , on doit encore rhooOrer par d'autres dispositions convenables à la dignité de ce divin mystère. Mais aussi en exhortant les fidèles à apporter ces disj^tious convenables , il ne fsot pas les leur proposer dans un degré de perfection ou ils ne puissent moralemeiit espérer de parvenir.

DEcxiBMgpàaTiB. La fréquente communion est on des moyens les plus efficaces pour acquérir nue sainte pureté de vie. Gomment cela? parceque le sacrement qu'on y reçoit contient l'auteur de la grâce et de toutes les grâces; et parceque ce sacrement est 000 viande toute divine , qui , par proportion , comme les autres viacdes , nous com- HMiniqoe ses qualités , sa pareté , sa sainteté , etc. Plus doue nous mangerons souvent cette viande céleste , plus elle nous purifiera et nous sanctfficra.

De plof , on ehrëtlen qui commaaie foayent se trouve par-là même engagé à mie plus grande figilanee et à nne plot graode attention lur lai-même , puisque nom De pouvons eommonément douter qa'il n*ait an moins assez dé religion ponr ne vonldr pas profaner et déshonorer le corps de Jésns-Ghrist.

Mais» dit-on , nons ne voyops point ces grands effets de la fréquente communion. Erreur : on les a vus , on les yoit encore; et là-dessus Yoici trois propositions certaines, et fondées sur l'expérience, i^ Les plus grands Saints de rÉglise de Dieu et les «mes les plus élerées par leur piété se sont fait et se font tous , ou presque tous, une règle de communier souvent ; et tout le bien qu'il y a eu en eux , tout ce qu'il y en a , ils l'ont attribué et l'attribuent particulièrement à cette pratique de la fréquente communion. 29 Tons ceux qui ont l'usage de la fréquente commnnion vivent ordinairement dans une plus grande innocence et une plus graode régularité. 3° Tout ce qu'il y a de gens vicieux « de libertins , de mondains et de mondaines» abandonnent la fréquente cooDunnnion. Or tout cela qu'est-ce autre chose que de sensibles préjugés en bveur de la communion fréquente? Ce n'est pas qu'elle nous rende tont d'un coup parfaits ; mais elle nous aide à le devenir. Prenons donc un nouveau zèle pour la oommnnion, et que les ministres de Jésus- Christ s'emploient à le rallumer dans le ebristianlame.

LE TROISIÉBIE DIMANGHE APRÈS LA PENTECOTE.

8CB Li SÉVÉBITÎ CHaÉTIBlfllB.

Sujet. Des puhlicatns et des pécheurs vetioient à Jésus pour Ventenàre ; «tais les pharisiens et les scribes en murmuroieiit • disant : Cet homme reçoit les pécheurs, et il mange avec eux.

Fanise sévérité des pharisiens, qui ne vouloient pas qne Jésns-Ghrist reçût lespédieurs. Voyons par rapport à chacun de nous les earactères de la vraie sévérité.

Division. La sévérité chrétienne consiste surtout en deux choses : dans la docilité de l'esprit pour en soumettre les jugements : première partie; et dans la mortificatioa dn eœnr pour en vaincre les passions : deuxième partie.

pREMièBE PÀBTiK. Dons la docilité de l'esprit pour en soumettre les jugements. Il n'y a rieo à quoi nons ayons plus de répugnance, et par cdnséquent il n'y a rien os nous nous fassions plus de violence, ni où nons soyons plus sévères envers nous-mêmes. Sévérité d'aot^int plus chrétienne qu'elle humilie plus l'homme; sévérité qui retient toujours l'homme dans les bornes de la religion ; sévérité qui arrête les contestations et qui entretient la charité. Ce n'est point ainsi qne les pharisiens étoîent sévères; mais an contraire leur sévérité n'étoit qu'une sévérité présomptueuse. An lieu de tant d'abstinences, déjeunes, d'aumônes, ilsanroieot été bien plus solidement séf ères, s'ils avoient appris à fléchir leur jugement propre , qui se roidissoit contre les vérités les plus claires et les plus saintes que leur annouçoit le Sauveur du monde.

Cependant de cette présomption « qu'on joint à nne faosse sévérité, suivent denx grands désordres: l'un, qu'abandonné à ses propres idées, on porte la sévérité jusqu'à l'erreur ; l'autre, qu'on se sert même de la sévérité pour accréditer et pour appuyer l'erreur.

1 . On porte la sévérité jnsqu'à l'erreur. La sévérité a ses bornes, mais ou va jusqu'à une sévérité outrée. Exemples de tant de sectes d'abstinents, de pénitents, de flagellants; mêmes exemples deTertullien,de8 pélagiens, des vandois. Voilà l'un des plus subtils stratagèaies de l'ennemi de notre salut. Il ne sait pas moins perrerlir les âmes par l'apparence de l'austértlé que par les charmes de la volupté , comme s'il vouloit avoir, parmi les chrétiens mêmes, ses confesseurs et ses martyrs. Or qui sont-ils , » ce ne sont pss ces esprits entiers et rebelles dont il est id question ?

2. On se sert même de la sévérité pour accréditer et ponr appuyer l'erreor. C'est le secret dont les hérétiques ont usé de tont temps, et e'est ce qu'on a vu dans l'hérésie du siècle passé, qui s'est introduite sous le nom spécieux de réfoime. Si ceux qoi se laissoient séduire par les apparences trompeuses de œtte préteodoa réfonne enaent

bien eiamiiié le caractère des feux réfonnatean qui la prèchoient, ne troorant dana eux que de ropioiâtrelé, ili auroient bientôt découfcrt Hllusion de leur aévérité. Soyons aévères; maif pour l'être lolidenient* loyons obéfaianta etionmif, surtout ans décisions de l'Église.

Diuxi&MB PÀRTiB. Dans la mortîQcatiOQ du cœur pour en yaincre les passions. JU séf érité que TÉTangUe nous demande est de renoooer à nous-mêmes. Or qu'est-ce que renoncer à soi-même, si ce n'est renoncer à ses passions, à ses inclinations, à asa atersionsf Car qu'est-ce que nous-mêmes dans le langage de l'Écriture, sinon toot cela?

Aussi, pour prendre la chose dans son fond, qui dit séfërité dit opposition à une voîontë propre, laquelle prétendrolt se satisfisire, et qu'on fiiit plier sous le joug d'une autre volontéquila contredit. £t foilà, selon saint Ghrysostome,ce qui nous dislingue et ce qui fait le mérite de noire religion. D y a en des religloDS aussi sévères et même pins sévères que la religion chrétienne sur ce qui regarde la morliflcation du corps ; maïs elles abandonnoient le cpsav à toutes les saillies de ses passions, au lieu que la Uâ éjangéliques'attacbe particulièrement à les dompter. En quoi elle <stt d'autant plus riffonreuse que cette victoire des passions est plus difficile.

De là nous ne devons point être surpris que le Fils de Dieu se soit tant dëelaré cootre la sévérité des pliarisiens, puisque sons ce voile de sévérité ils cacboient lee passions les plus animées et les plus violentes, et qu'ils employoieot même leur sévérité à les entretenir et à les contenter. Telle est encora la sévérité de bien des gens, qui croient même rendre en cela service à Dieu et à l'Église; mais TÉglise seroit sans doute mieux servie, si elle étoit mieux ^fiée ; et elle seroit beancoup mieux édifiée, si elle étoit remplie de chrétiens mortifiés dans le cœur et modérés dans leurs passions. Appliquons-nous ravertisiement du prophète t ne déchirons point nos babits, inais brisons nos ocBurs. Réprimons nos passions, toutes nos passions, surtout la pasaion qai domine en nous. C'est ainsi que nous marcherons dans la voie étroite du salut.

LE QUATRIÈME DIHÂISGHE APRÈS LA PENTECOTE.

sua LES oaovaxs db là poi.

Sujet, Piiirre lui répondit : Maitre , nous avons travaiUi toute la nuit, et nous n'utons rien pris : mais stur totre parole, je jetterai encore le fiUU •

Voulons-nous travailler utilement, appelons à nous Jésoa-Cbrist, et travaillons sous ses ordres et en son nom. Agissons selon la foi et par la foi.

Division. La foi se perd par le relAchemeot dans la pratique des bonnes œovres, première partie. Elle ae rétablit par la ferveur dans la pratique des bonnes œuvres, deuxième partie.

pHiMiàsB PARTIS. La foi se perd psr le relâchement dsni la pratique des bonnes œuvres. La perte de la foi ne peut venir que de deux principes, de Dieu et de noosmêmes. De nous-mêmes, qui ne conservons pas avec soin le précieux trésor de la fui. De Dieu, qui relira de nous les grâces et les lumières de la foi. Or l'un et l'autre n'arrive que par notre relâchement daos la pratique des bonnes œuvres, qui sont les fruits de la foi.

f . De nous-mêmes nous perdons la foi, parceqne nous n'en pratiquons pas les œuvres; car ce qoi la fait vivre, ce loot les œuvres. Quand donc les œuvres cessent, elle s'altère, elle devient languissaote, et, selon l'expreiiion de saint Jacques, elle meurt. Il est vrai qu'il n'y a que le péché d'infidélité qui puisse absolument la détruire ; mais on en vient peu à peu à ce péché. C::r dès que la foi n'agit plus en nous, mille ennemis commencent à b'élever dans nous-mêmes pour agir contre elle, nos pa«sion>, l'orgueil, l'amour de la liberté, le monde, la chair : et comment se défendra-t-elle, si elle n'a plus de mouvement ni d'action? Ce seroit une espèce de prodige, que, dans une «le déréglée, on conservât une foi saine et pure. Mais dépend-il de nous de croire et d'avoir la loi ? oui, Chrétiens, avec le secours de la grâce.

2. De la part de Dieu, nous perdons la foi, parceque, voyant que noos n*en prati-

qnons pai les osafret, Û relire de noas les grâces et les Inmîères de la foi. Rîende plus narqué dans rÉorltwe* Et n'ésMI pat bien natarel qne la fiai ne nous étirat doonëe 4|ne pour agir, Dien la laisse détruire lorsqu'elle n'opère rien en noua et qoe nous ne Maoos rien a?eo eHéf G'eat ainsi qoe des esprits aobltmes, des «sprUa forts^ pénétranli, édairés, selon le monde , sont tombés et tombent encore dans des ttrengtamenla qni

font borreof .

DBUiifcn pABT». La foi se rétablik par la ferrenr dans la pratique des bonnes œuvras; esr ^eit par les bonnes esurrea fidèlement et ainoèreaMotpratlqiiéea que l'on parvient à 4a pcrCsetionde la ibi. ll«Bt vrai que la foiau moin erannennéeest le principe nécessaire du bien qne nous faisons pour Dieu; mais il n'est pas moins vrai qus é>st le bien qne nous fiiisens pour Dieu qui noua ooiidnit èeette loi parfiile et achevée dont dépend notre sainteté. Ainsi le oentenler GorneBle , d'nne fal ebaeveet eontoB qn*lt «voit des mTstèrea de Dieu , parrint à cette foi daire et distincte qui loi fit a»nottre Jésns-Cbrisl, et embrasser sa loi. Dieu eut égard ans œuvres de piété et de miséricorde ob il s'eierçoit continnellement, selon qu'il estrapporté dana les Actes des apMres. De là vient que, dans le langage des Pères, ces bonnes OBuvrea sont appelées œuvres édifiantes. De là vient qne saint Paul eihortoit si fortement son diaolpIeTimotbëe à ressusciter dans lui-même, par de saintes ceqvres, la grâce qu'il ayolt nçœ, et c'est à quoi Ton ne peut trop exborter tant de chrétiens foiblea et chancelants. Pour trouver Dieu , il fiut le chercher; et pour lediersher, il faut agir.

Vous me direz que pour pratiquer ces bonnes œuvres, par où l'on parvient à Ui perfection de la foi , vons n'arez pas encore asses de foi. Faux préteste. En qœA^ne désordre que uoos puissions être, non seulement il noua reste asses de fof poor faire ces œuvres qui doirent rétablir notre f<^ , jnais nous ayons à craindre qu'il ne nona en reste trop pour servir à notre condamnation , si nous ne les foiaons pas. Quand •nous n'aurions que la foi d'un Dieu eCde ses adorables attributs , en fiudrolt-U davantage ponr nous norter à 4out le bien qu'on esige de nous? Gomttile le eenlemer en •eroit KdfaboPd une autre? Jésns-Gbrist dlsqit ans Juifs t Afardiex pendata 411e tons avez la lumière ; et leur foi néanmoins étoit alors dans son déclin. Un homme dn monde, un pécheur, quo'que sa foi soit presque éteinte, a toujours malgré ln\ certains retours intérieurs, certaines vueï dont il ne fient qu'à lui de profiter. Prière à Dieu.

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