SERMON POUR LE HUITIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE
SUR l'aumône.
Et ego dico w>bis : Facile vobis amieos de tnammona iniquitatts , ut cùm defeceritis, reeifiant vos in œUma tabemaetUa.
Et mol Je Tons dto de même t Faites-yons des amis de yos richesses , afin qae quand vous serez réduits à l'extrémité , ils tous reçoivent dans les demeures étemelles. Saint Loc» chap. XVI.
C'est la conclusion que tire aujourd'hui le Fils de Dieu de la parabole de l'Évangile , et c'est de tous les conseils de Jésus-Christ, oa plutôt de tous les préceptes de la sainte loi que ce Sauveur de nos âmes est venu nous enseigner, un des plus salutaires et des plus indispensables. Est-il rien de plus s^vantageux et de plus à souhaiter
pour nous que d'avoir de fidèles amis et de puissants intercesseurs qui prennent en main nos intérêts, qui défendent auprès de Dieu notre cause, qui fléchissent en notre faveur ce souverain juge , et qui » par l'efficace de leur médiation, nous ouvrent ce royaume céleste où nous aspirons, et nous fassent entrer avec eux dans la gloire? Mais afin de parvenir à cet heureux terme, et de nous en assurer la possession, est-il rien en même temps de plus nécessaire et d'une obligation plus étroite que de nous enrichir de mérites et de trésors spirituels , de nous purifier devant Dieu, d'acquitter nos dettes, et d*avoir même de quoi acheter cette terre promise qui doit être le centre de notre repos et notre éternelle béatitude ? Or c'est à cela, mes chers auditeurs, que vous peuvent servir ces biens temporels dont vous jouissez dans la vie ; voilà l'emploi que vous en devez faire. Ce sont des richesses d'iniquité, selon la parole de mon texte, c'est-à-dire des richesses qui nous rendent communément injustes : mammona iniquita-tis. Mais ces richesses d'iniquité et de damnation deviendront, par l'exercice de la charité chrétienne, des richesses de justice, si je puis parler de la sorte, des richesses de salut et de prédestination. Je viens donc , mes Frères , vous entretenir de l'aumône , matière , dit saint Ghrysostome, qu'un ministre évangélique ne peut omettre sans manquer à l'un des devoirs les plus essentiels de son ministère : et il est bien remarquable que de tant de prédications et d'exhortations que fit à son peuple ce saint évéque, il n'y en a presque pas une oii l'aumône ne soit expressément recommandée , comme si toute la morale du christianisme se réduisoit là , et que c'en fût le point capital. Je n'ai ni la pénétration ni l'éloquence de cet incomparable prédicateur; mais votre grâce , Seigneur, me soutiendra , et je la demande par l'intercession de Marie : Ave.
C'est une question dont tout homme chrétien peut être édifié , et qui parut autrefois à saint Ghrysostome assez importante pour en foire le sujet d'une de ses homélies, savoir, qui des deux est le plus redevaUe à la providence de Dieu de la conduite qu'elle a tenue en établissant le précepte de l'aumône, ou le riche qui est dans l'obligation de la donner, ou le pauvre qui est dans la nécessité de la recevoir. A en juger par les apparences, on croiroit d'abord, dit ce saint docteur, que cette loi de l'aumône est bien plus favorable au pauvre qu'au riche, puisqu'elle a pour fin de soulager la misère du pauvre, et qu'au contraire elle impose au riche un devoir onéreux dont il n« peut se dispenser. Mais d'ailleurs le riche tire de l'accomplissement même de cette loi de tels avantages qu'il y a raison de douter s'il n'est pas encore plus de son intérêt que de celui du pauvre qu'elle subsiste. Décidons cette question. Chrétiens; et, pour y obiserver quelque ordre, distinguons deux choses dans la matière que nous traitons , je veux dire le précepte de l'aumène , et l'efficace de Faomône. Le pré-
cepte de l'auinôoe peu connu, et Tefficace de l'aumône souvent très mal entendue ; le précepte que l'on néglige, et l'efficace dont on ne profite pas. Car de là, mes chers auditeurs, dépend l'éclaircissement de la question que je me suis proposée, et le voici : Je dis que, dans l'établissement de Taumône, la providence de notre Dieu 's*est montrée également bienfaisante envers le pauvre et envers le rich^. Bienfaisante envers le pauvre, d*avoir pourvu, par une loi particulière, au soulagement de sa pauvreté ; ce ser a la première partie. Bienfaisante envers le riche, de lui avoir donné un moyen aussi mfaillible que celui de Tauroône pour apaiser Dieu dans Tétat de son iniquité; ce sera la seconde partie. Érigeant Taumône en précepte, Dieu a considéré le pauvre ; et , en attribuant à l'aumône une vertu aussi souveraine qu'elle Ta, Dieu a eu égard au riche : deux points d'instruction que je vais développer selon les principes de la plus exacte théologie. Dans le premier, vous pourrez reconnoitre à quoi le devoir de l'aumône en- ~ gage un riche chrétien; et dans le second, je vous ferai voir de quelle ressource et de quelle consolation la pratique de l'aumône est pour un riche pécheur. L'un et l'autre méritent une attention toute particulière.