‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 172 sur 225 · JÉSUS-CHRIST CONVERSANT DANS L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST CONVERSANT DANS L'EUCHARISTIE

c'est en son nom que je vous y appelle. Je viens vous expliquer quel heureux commerce vous pouvez avoir avec Jésus-Christ , soit en Të- Goutanty fioit en lui répondant; et, pour vous proposer tout mon dessein en deux paroles, je veux vous apprendre comment Jésus-Christ nous parle dans son sacrement, premier point ; et comment nousmêmes, dans ce sacrement, nous devons parler à Jésus-Christ, second point. Matière dont peut-être vous n'avez point été jusques à présent assez instruits , et qui mérite par son importance tonte votre réflexion.

Premier point. Comment nous parle JlMuls-Cbrist dans son sacrement. II nous parle intérieurement, il nous parte affectueusement, il nous parle utilement, il nous parle à tous et en tout temps. J*aurois dans ces quatre articles de quoi fournir à nn discours entier. J'abrège, et je mécontente d'en tracer ici une idée générale.

1. Il nous parle intérieurement. II y a une voix de Dieu secrète et tout intérieure. Elle n'éclate point, elle ne fait snr les sens nulle impression; mais imperceptiblement et sans bruit, elle va jusques à Foreille du cœur, et se iait entendre à l'ame. Ainsi Dieu se faisoit-il entendre à Jérusalem : Je la comhùrai dam la iolitude^ et là jeJui parkrm au cœur (Osée. 2). Ainsi se faisoit-il entendre au Prophète royal, comme ce saint roi nous le marque lui-même : J'écouterai ce que le Seigneur me dit aU'dedan» de moi-même {Psalm. 34). Ainsi le bon Pasteur se foit-il entendre à ses brebis : Je les cannois, elles me connoissent, et elles entendent ma voix (Joan., 10). Or voilà comment Jésus-Christ nous parle dans son sacrement. Certaines lumières dont il éclaire Tesprit, certains sentiments quil excite dans le cœur : tel est son langage. Langage muet, mais qni, dans un moment, en dit plus mille fois et en apprend plus que toute Téloquence humaine n'en peut exprimer. Langage intelligible à Famé fidèle, recueillie, comme Madeleine , aux pieds de Jésus-Christ , et , selon la comparaison de rÉcriture, recevant en silence la divine parole comme une rosée qui découle sur elle et la pénètre. Vous ne l'entendez pas , mondains , ce langage, vous ne le comprenez pas : pourquoi ? parceque vous ne vous mettez jamais en disposition de Tentendre ni de le comprendre; parceque vous êtes tout répandus au-dehors et tout extérieurs; parceque, dans la maison même de Dieu, et jusque dans le sanctuaire, vous ne savez point rentrer en vous-mêmes, que vous ne le voulez point ; que, par mille pensées vaines et sans arrêt, par mille souvenirs, mille soins qui vous occupent, vous tenez tontes les avenues de votre cœur fermées à cette manne céleste. Mais ouvrez-le , autant qu'il est en votre pouvoir ; mais appliquez-vous, et prenez toutes les mesures convenables pour vous rappeler à vous-mêmes devant Tautel du Seigneur, et pour éloigner les obstacles qui vous rendent sourds à sa voix : ce ne sera point en vain : ce qui n'étoit pour vous qu'obscurité

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et qQe téoèbres se changera dans un plein jour; ce que vous traiûeai de repos oisif et d'Iieures inatilement consumëcis vous devieqdra un temps précieux ; vous ferez vos plus chères délices de ccvqui vous sembloit insipide ei sans goût, çt votre peine àlojs ne s^r:} plus ae demeurer en la présence du sacrement de Jésus-Christ, mais dé vous en retirer.

â. Il nous parle affectueusement, jl)ans ce sacremçnt d'at^our, peu|il parler autrement que par amèur et qu'avec amour? Il disoit à ses apÂtrès dans la dernière cène , et dans ce long et admirable discours qu'il leur tint \Jcne vota donnerai plus le nomdeseiyi^eursjtparcequelesarpi'' leur ne sait pas ceque fait son maitre: mais vous êtes mes amis^ et comme entre les amis il n*y a rien de cache, çesi pour cela auè jç vous ai dé' couvert tout ceque j'ai appris de mon Père (Joam., i8), Toiîîlî çë qii*ii dit encore aux amcs dévotes qui le vienneot visiter, et voilà comment il se coippor)e à leur é^^^ard. .En leur parlant^ il accompagne, et, pour m'exprimer de la sorte, il assaisonne ses paroles de ioute l'ôi^çtion de sa grâce. Qui peiit dire cjuéls sont les merveilleux effels de cette onction divine ? Est-il une ame si froide que tout-à-coup elle n*enflammcy une ame si dure qu'elle ne âécbisse et n'attendrisse, une ame si lente et si endormie qu'elle ne remue, et dènl êtle ne réveille toute Tactivilé ? David, à ta seule vue de l'arche d'alliance, sentoit son cœur tressaillir dune sainte joie « et ne la pouvoitméme tellement contenir dans le secret de son ame, qu'elle ne se comînuniqu&t iu$ques à sa chair et à tous ses sens. Du moment que Btarie , encemte de Jésus et le portant dans ses chastes flancs , salua Elisabeth , Jean- Baptiste, renfermé lui-même dans le sein de sa mère, ressentit ii présence de ce Messie, et fut rempli d'une subite allégresse. Impressions vives et pénétrantes qui ravissoient les Saints, qui les transpt^r* toient hors d'eux-mêmes, qui les plongeoient dans les plus protondes et les plus douces contemplations , qui quelquefois leur faisoient ver* ser des torrents de larmes, qui, sans fatigue, sans ennui , les atta* choient devant l'adorable sacrement pendant les heures et presque les journées entières. Que votre parole est touchante. Seigneur! qu'elle est insinuante! C'est ce que chante l'Église dans l'office de cette fêle. Mais , hélas! que sert-Il que Jësus-Christ nous parle, ou (|u'il soit ainsi disposé à nous parler, si nous n'allons à lui, si non§ né nous rendons assidus auprès de lui, si même nous le fuyons, bien loin de le rechercher, et si, par le plus injuste et le plus faiix de tous le9 préjugés, nous regardons comme une gêne de converser quelques moments avec lui ?

3. Il nous parle utilement, c'est pour notre bien* Ëi que nous dîtii en effet? de quoi nous entretient-il ? des voies où nous devons marcher, et qu'il nous enseigne; des écueils qu3 nous devons éviter , et qu'il nous découvre; des vaines opinions, pes errjt'urs dont nous ndiii laissons préoccuper, et dont il nous détrompe ; des degrés dé sain-

JÊSOS-CHRiST CONVERSANT DANS L'EUCHARISTIE, MS

te(é, de perfection où nous pouvons avec son secours nous élever, çt où nous sonnnes appelés. Il nous représente nos fautes» U nous re* proche nos refâchements et nos tiédeurs » it ranime notre ferveur et notre zêle. En quelque situation que nous nous trouvions, fl s'y confornne, et il y j(>roportionne ses grâces et ses inspirations. Manquons* nous de courage , it nous fortifie ; nous déhons-nous de nous-mêmes» 0 nous rassure ; dans nos délibérations, il nous dirige; danâ nos iocer^ tiiiïdes et ilos irrésofutions, il nous détermine ; si nous sommes asr. faillis delà tentation, il nous soutient; si nous sommes affligés , il prend part à nos peines et les adoucit : tout cela par les vues qu'il uôus donne , et les différentes considérations qu'il nous suggère. De sorte que lame , sans bien savoir comment , se trouve tout autre qu'elle n éioit. Elle apprend ce qu^elte doit faire, elle connott de quoi eue doit se préserver, elle revient de ses illosîons , elle gémit de seft chuteè passées, elle aspire à de nouveaux progrés ; son feu s6 rallume, ses forces renaissent, ses craintes, ses doutes se dissipent* Plus de difficultés oui l'étonnent, plus de troubles quîTagitent, pfus de chagrins qui t al>attent. Le calme règne dans cette ame ; tout y est en paix.

Que dirai-je même de ces faveurs plus particulières qu'elle reçoit quelquefois? Que diraî-jede ces élévations vers Dieu, de ces connoissance^ qu'elle acquiert de l'étrè de Dieu, des grandeurs de Dieu, des mystères, des conseils de Dieu? Car étant comme abîmée en iésus-Cbrist, ne Test-etle pas dans le sein de la tlivinité même, et que n*y voit-elle pas ? Ce sont là, j'en conviens, des dons extraordinaires : niais ces dons singuliers et si relevés , où les obtient-on , et ou doiton plutôt les obtenir, que devant le sacrement d'un Dieu qui en est le dispensateur?

4. Il nouÀ parte à tous et en tout temps. Que disoit Moïse aux Israélites, leur annonçant la loi du Seigneur | et voulant leur faire coniioitre la prééminence du peuple de Dieu au-dessus de tous les autres peuples? JVon, s'écrioit-il, il n'y a point de nation qtû tut des dietix aussi proche d'elle que notre Dieu [est de nous^ ni iun accès aussi fadle pour elles que fiotre Dieu test pour nous (Deut.^ 4). Le !(aint législateur ne faisoit parmi le peuple nulle distinction ni des grands, ni des petits, ni des riches, ni des pauvres; mais il leur donnoit à entendre que le Dieu d'Israël n'avoit acception de personne ; et cette admirable condescendanca, cette égalité , où parolt-eHe davantage que dans le sacrement de Tautel? C'est là qilè Jésus-Christ nous parle, et qu'il nous parle à tous sans exception : nul n'est excliî de^es salutaires entretiens. Grands du moncle, ce seroit, selon les vains sentiments de l'orgueil dont vous êtes enflés, déf^ënérer de votre grandeur et l'aviUr^ que de traiter avec le^ petits et avec les pauvres, ràrc^eque la Providence tes a réduits. (ïâns des état& au-dessous de vous, et qu'il lui a plu rfe voiis élever sur leurs têtes, a peine daignez-

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vous les favoriser d*ua regard , bien loin de les admettre auprès de ▼os personnes, et de vous familiariser avec eux. Prenez garde toutefois, et ne vous y trompez pas : l'entrée de vos palais lear est interdite, mais la maison de Dieu leur est ouverte ; ce n'est point à la porte de cette sainte demeure qu'ils doivent se tenir, ce n'est point aux derniers rangs que leurs places sont marquées : il leur est libre de s'avancer jusque dans le sanctuaire» et d'aller jusques aux pieds de Jésus- Christ : car il est toujours le Sauveur de tous les hommes, et ce qu'il disoit autrefois, il le dit encore : LaUêez ces petits venir à moi (Marc.i iO). Ce sont des pauvres; mais, ajoute-t-il, c'est aux pauvres que mon Pire m'a envoyé prêcher l* Évangile (Luc, 4). Il les reçoit donc, il leur dispense la parole du salut et de la vie éternelle : c'est même avec ces âmes simples et humbles qu'il aime spécialement à s'entretenir. Tellement qu*il semble que moins il les a avantagés selon l'ordre de la nature, plus il se montre libéral envers eux selon Tordre de la grâce, et que moins il leur a départi de biens temporels , plus il les enrichit de biens spirituels.

Vous me demandez s'il y a pour cela des heures privilégiées, et des temps plus favorables les uns que les autres. Ah! Chrétiens, void dans une dernière circonstance un nouveau trait de la bonté de notre Dieu et de son amour pour nous : comme Jésus-Christ nous parle i tous , il nous parle en tout temps. Les princes de la terre ont leurs heures et leurs moments, qu'il faut étudier avec soin, et souvent attendre avec une patience infatigable. Quelques paroles de leur bouche , voilà tout ce qui vous est accordé : il faut se retirer dans l'instant, pour ne se rendre point importun. Encore ne s'expliquent-ils pas communément par eux-mêmes , ils emploient des bouches étran-^ gères qui vous parlent en leur nom et vous déclarent leurs volontés, ifl n'y a qu'un maître aussi bon que vous. Seigneur, avec qui l'on n'ait point tant de mesures & garder, ni tant d'obstacles à vaincre. Car avant que de s'introduire auprès d'un grand du siècle, ou auprès de ceux qui le représentent par Tautorité dont il les a revêtus , combien Y a-t-il de barrières à franchir? Vous seul, aimable Sauveur, êtes toujours près de me parler, non seulement par vos ministres, mais immédiatement et par vous-même. La nuit, le jour, le matin, le soir, en quelque conjoncture que je me présente à vous , jamais voos ne refusez de vous communiquer à moi; ma présence ne vous lasse point , ne vous impoitune point , ne vous rebute point. Si la piété porte à prolonger le temps que je passe devant vous, quelque étendue que je lui donne, non seulement vous n'en êtes point oHensé, mais vous vous en faites un plaisir, et vous m'en faites un mérite. Henrj^pix sic'étoitlàruoique, on du moins le plus ordinaire exercice de ma vie !

Second point. Comment nous devons parler à Jésus-Christ dans son sacrement. Parlons-lui, 1. avec respect ; 2. avec amour; 5. avec

JÉSUS^HRIST GONVEBSAm DAMS L'EUCHARISTIE. 617

coDfiaoce; 4, avec persévëraDce. Quatre dispositions essentielles pour bien rendre à Jësus-Christ nos devoirs, et pour profiter de l'avantage que nous avons de le posséder dans le sacrement de l'autel» et de pouvoir l'y entretenir.

i. Avec respect. Le respect à Fégard des grands du monde va jusqu'à nous éloigner d*eux ; ou si Ton peut les approcher, du moins est-il du respect alors de se taire, et de ne leifr point adresser la parole qu'ils ne l'aient permis. Ce n'est point là le respect que Jésus-Christ exige de nous, puisqu'au contraire toutes les voies nous sont aplanies pour aller à lui, et qu'il nous est libre de lui parler , selon que nos propres intérêts et les sentiments de religion nous y engagent. Hais oe qu'il attend et ce qui lui est bien dû , c*est , outre la composition extérieure du corps, le recueillement intérieur et l'attention de l'esprit : l'un sert à l'édification, l'autre excite et nourrit 1^ dévotion. Car, sans insister précisément sur l'outrage fait à Jésus^hrist » de quelle édification peut-il être, que dis-jé! quel scandale n'est-ce pas de voir des chrétiens, des fidèles, dans des contenances et des postures indécentes au pied de l'autel où ils reconnoissent présent le Dieu qu ils adorent? Est-ce ainsi qu'on lui parle? est-ce ainsi même qu'on ose parler à un homme, à un prince de la terre? Ce n'est pas assez ; et d'ailleurs comment accorder avec cela, comment avoir et conserver ce recueillement, cette attention de l'esprit, celte dévoiion si nécessaire dans un commerce aussi étroit que Test celui de Jésus-Christ et del'ame chrétienne? On parle à ce Dieu Sauveur sans lui parler, c'est-à-dire qu'on lui parle sans penser à ce qu'on lui dit , et sans le savoir. On prononce des prières, on récite des offices : ces prières en soi , ces offices sont bons et saints : mais dès que la réflexion y manque , qu'est-ce autre chose que des paroles qui frappent l'air, comme les sons d'une cymbale retentissante? Si l'on se tient dans le silence et dans une espèce de méditation, c'est un silence paresseux et une méditation vague, oii l'esprit ne s'attache & rien, où il s'égare sans cesse, où il reçoit tous les objets qui se présentent, et perd de Tue Tunique objet dont il doit être occupé. 0 que ne sommes-nous pénétrés, autant que l'ëtoit Abraham, de la grandeur, et de la majesté du Dieu à qui nous parlons ! Je sais , disoit ce père des croyants, je sais à qui je parle ; je sais que c'est à mon Seigneur et à mon Dieu : et 9 en présence d'un tel inattre , que suis-je , moi , vil insecte , moi , cendre et poussière? Cette idée , fortement et profondément gravée dans nos esprits, nous arréteroit, nous fixeroit, nous absorberoit en Jésus-Christ.

2. Avec amour. H est bien juste de rendre à Jësus-Christ amour pour amour; et si nous ne sommes absolument insensibles , pouvonsnoâs lui parler sans amour dans un sacrement où il nous parle si affiectuèusement hn-méme? Peut-être cet amour n'est-il pas encore dans nos cceurs assez ardent ; mais faisons quelque effort pour l'y al-

m JÉSIJS-CHRIST CONVERSANT DAJNS L'EUCHAftISTlE.

lumer. Demandons à Jésus-Christ fldéme qu'il répande sur nous et ddns nous quelques élôicelles de ce feu divin qu'il est venu apporter sur la terre , et dont il veut qu'elle soit tout embrasée. Repassons dans notre Souvenir tant de motiGs capables de toucher les âmes les plus indifférentes, et d'en amollir toute hi dureté* Pensons ik la providence toute miséricordieuse et a la charité d un Dieu q^d habite parmi nous» qui s'associe en quelque manière avec nous» ^ui se donne â nous, qui n'a en vue que nous dans le sacrement q^u'il a institué, et qui n'y est que pour nous* £st-it on coeur .qui ne soit émi^ de ces réflexions t et dès que le cœur s'émeut et qu'il commence à aimer, combieh devieut-ll éloquent à s'expliquer ! On se plaint quelquefois dé la sécheresse où Ion se trouve dans les visites du saint-sacrement. Que fais-je là ? dit-on;, à peine y ai-je été quelque temps» que je taris tout d*iin côupy^t que |e n'ai plus rien à dire. La réponse est prompte et courte : Aîniez , ce seul mot cpmprend tout et satisfait à tout. Une àmè éprise a amour pour le divin époux ne mancjue point de senti* ments qui l'appliquent, qui la remplissent, qui raffeclionnent. Il n'y a pour elle ni ephui ni dégoAt à craindre» Plus elle parle à son Sei-

Sneur et à $on bien-aimé» plus elle veut lui parler; et les heures, ans ce saint exercice, passent comme des moments. Tout le mal est donc que nous n'aimons pas. Dé \h l'extrême froideur oii nous sommes , mais d'oii, avec Ja grâce de Jésus-Christ» avec plus de résolution et un peu plus de violence» il ne tient qu'à nous de sortir. Du reste, à mon Dieu , quel renversement, quelle honte qu'il nous laille des violences et des efforts pour vous aimer et pour vous témoigner notre amour!

o. Avec confiance. En qiioi nous conàerons-nous, si ce n'est en cetiîi qui, dans son sacrement, veut être le pasteur de nos âmes, notre alinient, notre soutien, notre guide» notre refuge» notre intercesseur auprès de son Père» notre sanctificateur,, notre ^cuilut? pr c'est sous toutes ces qualités que nous devons considérer Jésus-Cnrist dans les secrets entretiens que nous avons avec lui. Parlons-lui comme à notre pasteur : Je suis de votre troupeau » Seigneur, et c'est à ce troupeau chéri que vous avez dit : Ne craignez point , parcequil a pbt à voire Phre. céleste de vous destiner son royaume et de vous le donner (Luc. iSi» En vertu. Seigneur » de vos mérites » je l'attends, ce royaume où je vous verrai sans voile» et où vous ferez rejaillir sur moi le rayon de vôtre gloire. Parlons-lui comme à notre guide et à notre conducteur i EnsetgneX'tnoi vos voies, dirigez-moi^ SHgneur^ danslaroutequeje doiê itttvre (Ps. 24)» et qui me doit conduire à vous. Parlons-lni comme î notre sotiiien et à noire protecteur : Vous m avez appelé^ Seignçur^ à voire Eglise; vous m g avez placé comme dans un pâturage fertile et abondant. Vous avez préparé pour moi une table oiije prends des forcer contre tous les ennemis gui m'attaquent, vifWes et invisibles (Pi. Sa). Parlons-lui comme i notre médiateur : An ! Seigneur» j'ai péché , je

JÉSUS-CUÛlST CONVERSANT DANS L'ÉLCHARISTIE. 611)

pèche sans cesse; je tm une brekU égarée; daignex me rechercher {J^salm. 118), et me remettre eo grâce. Partoiis-lui comme 4 notre sanctificateur : G'és^ voire èarjrementi Seign(ur, c'est ce calice, ce vin saiutaire,qui fait les vierge», fiit fmt Ue oainU (Zagh.» 9} : quand sers^-je de ce nçipbrë? quand serai7Je de ce peuple ehoùi en çut vQUt n^ite* vos çemplmancetf tk youîoir parcourir ici tout çf qû*mspirê iuieçQii[âance chrétienne^ ce sf^roit, une matière inépui&aole« Chacup wi son ^lat, ses ipisères, ses be^oiqs , ce qu'il Yoadroit corriger^ ce qu'il ^Qudrok obteiijr ; et voilà ce que nou§ devons exposer à Jâus* phrjsi |. lu| (léyeioppant tous los plis et tous les replis de notre çceurti tut confiant tous nos desseins^ tpus nos projets, tous nos desiri^ toutes i^s répugnances, toutes nos inquiétudes, toutes nos peines^ Nonjpas qiie par lul-inéiiie il np conndisse tout cela; mais il aimé que nous liii ea parlions com^ne f u l'igooroit^ parcequ'il veut que nous lui marquions notre coûfiance. Ce ii]est point par ooe abondance de paroles que l'on s'cnohce; souvent ia bouche ne dit rien, maisl'ame sent : etqu'est«ce que ce ^ntipaent ? qu'il est tpudbant, qu'il est^consolaot, qu'il est éfâcàceé^ puissant! A l'exemple de ce disciple îavori qui reposa sut* le cœur de Jésus-Cdrist, on sendgrt tranqiiillement entre ses bras ei daiis son sein. Quel mysiçrieui sommeil ( quel repos I

.4.. Avec persévérance. On n'acquiert pas tout d'un coup upe çainté famtiWiié avec Jésus*Ghr/sl, U % eut pour le peuple a Israël des déà^rtsà jpâsser ayant que d'afHv^ à o^tte terre promise, où doiiloienl

ig.lâtt et le miel : il pour no^nte qiii veut se former aux eptretieû ntenéiirsavecleFils.de Di^u et aux fr^uentes visites de son dlvm sacrement , il y a d'abord, ainsi que je l'ai déjà remarqué, des aridités et tdek dëgoûit i somirBir. On n'est point cucore Adt à im exeroiee si sérieux; et |larceq«'tt feu eôAtè pour eela, on se rebute et on quitte tout. Mais si l'on persévéroit» si l'on avoit la même constance que cet ami dont il est dit dans l'Évangile que, malgré les refus de son ami, il se tenoit fOOjOtOT ft là pone î 11 ap|>«Aèit toujours et contiouçit de fr^^per, aloi 9> par une heureuse habitude,^ le goût succéderoit a icnnuî. Car l'usagé accoutume à tout « et mille expërienees tmi fcHf folf (}Qè l^f jp^ktlq^nes doât on s'âccofnmodoii te Moins, et

ii qubi l'on ne cirbyoit pas pouvoir Janiais s'assujettir, sont justement celles où Ton se porte dans la suite avec plus d'attrait. Mais , dès les brèihtèKéâ dffHcùtl<?à (ttit se hei)cotitrët]f , r^^^prit ^ef^volte; ôri deriteilhë ààn5i poursuivre ce (jtl'dH iltoit cbihiilencc , êi t'od ne H tiii bhts lôhi. ttéf ^orilbién dé cbnver^iiotls sdlltlebt-oh dans té thoÀdè, 4iil d^plâlsédt, qui ^rgttctit? On tè Fait })af hôitliêur, oh !è fait pÉb niie polttesse et uiië bieiSseâîibi^ Molidâlne .' StllheMéiît, ce î»ero1t aé^ iruirë ta Soct^té citltè, ce Se)*oit hé (jd^ sdvdir vivhè. Qâôl dohd! V^ Hb^à•t-ii (m'eii matière de p?été, et qb'i Ti^drd dé JéJuS-CHH^t, ëli'on li'ïtirir^fldHi point ù âe babtiveh âil ttlëiii^ {leildatit (ftieiqUè temp$ , St 4h'5fi Âilncliléra dé ffersëvéràncé?

m JÉSUS-CHRIST NOURRISSANT LES AIŒS, btc.

C'est à peu près le même reproche que fit le Sauveur du monde à ses apôtres : Vous navez pu veiller seulement une heure avec mot ( Hatth., 26 ). De là ( permettez cette expression ) de là , dis-je , cette affreuse solitude où nous le laissons. J'entre dans le lieu saint : et qu'est-ce à mes yeux que cette maison de Dieu? je le répète , c'est un désert , et le désert le plus abandonné. Je porte de tons c6ii» la vue, et nul ne se présente à moi. Personne en la compagnie de Jésns-Cbrist, personne qui rende ses devoirs à Jésus-Christ, personne qui s'entretienne avec Jésus-Christ. Dans la surprise où cela me jette » je me demande à moi-même : Oii est-ce que je suis ? est-ce ici le temple do Seigneur? est-ce là l'autel où il réside? est-ce là son sanctuaire, son tabernacle ? Si c'étoit le palais d'un roi , j'y verrois une cour nombreuse ; si c'étoit un lieu de spectacle , f y verrois une foule d'auditeurs et de spectateurs ; si c'étoit une académie de jeu » j'y verrob une multitude assanblée» et tout occopée d'un vain passe-temps : mais c'est la demeure du Dieu de l'univers , et je l'y trouve seul ! Qudie indignité! quel opprobre!

Quoi qu'il en soit, chrétiens Auditeurs, ne perdons pas un avantage aussi estimable qu'il Test de pouvoir converser avec Jésus-Christ. C'est un honneur que nous ne pourrions acheter trop cher. Quand donc il nous est accordé si libéralement, combien sommes-nous coupables de le négliger ! Allons écouter ce Dieu Sauveur et lui répondre ; il nous sera permis en même temps de lui faire nos demandes , et il. ne refusera point de nous honorer lui-même de ses réponses. Alors nous pourrons dire comme l'Aliôtre : Notre corwersaiion est dans le ciel (Philip. ^ 3), puisqu'elle est avec lejDiett du cid.

cmQinln joui. — Jénu-Ghrist m nmttipliaiit en qoèlqne nanière dans IXndiirMie »

et noorriiunt les âmes fidèlei.

SERMON

SUR LA FRÉQUENTE GOMMUinOIf .

Bgo ium panUvhui, quideeœlo detemài : H qiuUmandueweiU ex hoc pamis, tiiiHi t» miêmum , etftanUqtum ego dabo, earo mea est pro mundivUa»

Jesuiile'paliiTivaiit, qui mit desœada da del : al quelqu'un mange di) ce fMdn, n riwn éternellement ; et le pain que je donnerai , c*est ma cbair, pour la Tle du monde. Sahit Juii, èliap.vf.

De tous les miracles du Fils de Dieu , un des plus édatants , ce fut sans doute cette prodigieuse multiplication qu'il fit des pains en faveur d'une multitude de peuple qui l'avoit suivi dans le désert. De dnq pains , il nourrit jusques à cinq mille personnes : et des restes même il y eut encore de quoi remplir douze corbeilles. Image bien naturelle , disent les mterprètes et les docteurs , de cet auguste sacrement que le Seigneur nous fait distribuer à sa sainte table , et qu'il nous donne oonime un pain de vie pour la nourriture de nos âmes» C'est là qu'il se multiplie en quelque sorte , et que ses ministres t sans diviser ni

JÉSUS-CHRIST NOURRISSANT LES AMES , etc. 6!il

partager son sacré corps » le dispensent, par son ordre» à chaçun^es ûdHes qui le demandent » et qui viennent se présenter pour le recevoir. Divin et salutaire aliment , où nous participons par la communion, mais dont nous ne profitons point assez, paroeque nous n'en savons pas user selon qu'il le faut et que nous le pouvons, il est donc, mes cliers auditeurs, d'une conséquence infinie de vous apprendre l'usage que vous en devez faire , et de vous découvrir deux écueils que vous avez égalemrat à éviter : car je prétends ici traiter avec vous de borne foi ; je prétends , ^nr l'importante matière dont j'ai à vous parler, ne me laisser prévenir d'aucun des préjugés ordinaires. La vertu consiste c&ns un juste milieu , et elle ne se porte à nulle extrémité. .Or, examinant avec la balance du sanctuaire, et dans un esprit d'équité, notre conduite la plus commune touchant la fréquentation du sacrement de l'autel , je trouve deux excès i corriger : l'un , de communier trop aisément et trop souvent ; l'autre, de communier trop difBcilemciût.et trop rarement. Usage de la communion trop fréquent quelquefois dans les uns, premier point; usage de la communion trop rare dans les autres , second point. Sujet oh je poiurrois craindre de refroidir les âmes pieuses , et de ralentir leur ardeur pour la communion > si je ne prenois sur cela les précautions nécessaires. A Dieu ne plaise que j'autorise l'erreur de ces faux zélés , dont l'extrême sévérité ne tend qu'à éloigner des sacrements et en particulier de l'Eucbaristie! Ce n'M point là ce que je me propose, comme la suite vous en convaincra. Écoutez-moi , s'il vous platt , et commençons.

PaBiaBAPOiirr. Usage de la communion trop libre quelquefois dans les uns et trop fréquent. A le considérer en lui-môme , il ne peut être trop fréquent , puisque , selon l'expresse doctrine du concile de Trente, il seroit à souhaiter que tous les fidèles, assistant au divin sacrifice 4 fussent en état d'y participer chaque jour par la communion. Mais les dispositions que la communion demande, et que nous n'y apportons pas; mais les fruits que, la communion doit opérer diins nous, et qu'elle n'y produit pas , voilà par où Ton peut juger si quelques uns n'en approchent point trop aisément et trop souvent, te vais développer ma pensée , et il est important que vous vous appliquiez à la bien comprendre , afin qu'elle ne devienne pour personne un prétexte dangereux et une occasion de scandale.

i . Dispositions que demande la communion , surtout la communion fréquente, et qu'on n'y apporte pas. Je l'ai dit, et il est vrai: le caractère de l'erreur est de. porter toutes choses à des excès, ou de relâchement , ou de sévérité. C'est ce que nous pouvons observer au regard de la fréquente communion, où , par une rigueur sans mesure , on a cru ne devoir admettre que des âmes élevées aux degrés les plus éminents de la perfection chrétienne. De là le découragement du grand nombre de fidèles qui, dans le désespoir d'atteindre, au

tm JÉSUS-CHRIST NOURRISSANT LES AMES , etc.

moins si tdt , à ce point de sainteté , se sont retirés du sacrement de

Jësos^rist , et ont dit , comihe (es IsraéUtes ab sujet tfe la leite pro^

mise : Le moyen de parvenir là { Num., 13 li? Des aines très régàlières

du reste , Ses aines adonaées à ii prariqae dé tonïes lés bonhea œtf^

vres , ont passé des années €>ntSAreë sans paMrire fine Mis 1 h aiMle

table. Elles se sont ekcommriniéès éHesnnémes , liitlMdéès' pH* \ek

dîsoonrs qu'elles entetadoiént et par le^ taines ahf mes qu'on lei^

^ODuoit. On les a efatrètennés danè ces terreui^ ehlméric(b68 , et M

àdgnemait de la communion , qu'elles dévoient craindre comme iaà

mal très l^micieux et comme un des plus grands désordres, on 1^

leur a repîhésenté comme une vertu : car voHà tfe quoi nous ifotas en

et nous avons tous les fours tant d'exémi^es ; voHà ce qtiewr^ ^^nl

lois déploré en le voyant , et sur quoi je ne ceèsefat point de kAipK^

i]uer, tant qn^tl plaira au Seigneur de me confier lie ministère dé b divineparole. . • - . ,. . ,. ,:.: ,„ ..

Ge n'est donc point Ift le plan , ce n'est point Tidëe que je me forme des dispositions que requiert la cortmltiaion fihé^ente. Ja^Veux'Men avoir là-desstfs quelque égard à U frag^té bumatnè, et Int remettre quelque chose ; mafi d'aHleurs je ne dbts point oaMier la' dignité tin sacrement ni la révérence qui liii est due , et je ne puis approuver de fréquentes communions faites sans la préparation qui convient , c'est*^ à^Ure laites précipftainment et à ta blte, faites sans rêcneiMement et sans attention sur soi'^méme , Alites dans une dissipation haMtuélle^ volontaire , dans un mouvement d'afMres, d'i^rfgues, ok VùH^SÈMk s'ingérer, et dont en devroit se retirer ; foites dans un 'eut de tiëdèw, où l'on se néglige, où l'on se pardonne bien des foutes à quoi on ne prend pas garde et qu'on tnaîie de bagateHes , dû Ton e*éiaf^ la tiMiaoienee, sons oflrf>rede se garantir des sorupules; liùtes pareoMnne, quelquefois même par une espèce d'ostentâytioQ , quielquefail par une secrète émulation , par comparaison avec tMént et avec ceiie*!! , quelquefois par «ne crainte servile et une faussé coasidëraliata^ quelquefois par eniétemeat et obètinaiion. Quelle matière, si je repreMis article par article , et si j'étalois oe fonds de moririe dans iMte m étendue ! Ce n'est pas tout ; et que n'aurois-je point eicore à dire de ces communions faites par un vil intérêt! Ministres maroenâifel , e'eal i vous là*dessus que je pourrois m'adresser. Je ne oondadtte point un juste honoraire que rÉglise vous accorde , et je sab, selon In maxime de saint Paul et la pratique de tous les lempi , qua-eflhii qui sert à l'autel doit vivre de l'autel : mais de n'y alter que pour cela , mais ne consacrer le corps de Jésus-Cbriat que pour cda , mris de n'y participer tous les jours et de ne communier qu'en vue de eda , si bien que , cet avantage temporel ne s'y trouvant plus , on seroit'prèt d'abandonner et Tauiel et le ministère , je demande si l'on est ainsi disposé à la fréquentation du sacrement?

Quoi qu'il en soit , la fréquente communion est bonne , ponrvo

JÉSUS-CHRIST lyOURRISSANT L)ES A^ÏPS. pc. 63?

qu*elle soit réglée. Or la première et Fune des règles la plus essentielle , c'est ceRe de saint Paul : Que l*homme 9' éprouve (1. Cor.^ ïi ]. Faisons , avant toutes choses y un retour sur nous-méines ; sondoqs notre cœur ; yoyon$, sans qous flatter , qoel en est Tëtat, quellQ$ en sont les vues , fes intentions / les affections ; considérons , selon lé langage de rÊcriture , tontes nos voles ; (jucfle est notre manière db

Snser^ de converser, d*agtr; cornment nous nous comportons envicrt en , envers le prochain , à Tëg^rd de nous-mêmes ; en un mpt , i^cnoment i^ôqs remplissons tous nos devoirs : ^t sur cela Jugeons de nos dispositions à la communion. Que dis-je ! n'en soyons pas Juges nbns-mémes , parceque nous serions toujours elcposés , ou à nous condamner trop écruputeusement par une t»*ainte ezcessiye / ou à décîéet trop lé^rement en notre ^veur par une aveuj^Ie présomption ; mais ayonâ récQÛrs it un directeur édaîré ; ne Inj cachons rien dé nos foibiesses, ni rien même de ce qp^i! peut y avofr de bien en nous ; prenons ses conçeBs , soumettQns-nous à ses d^isionSi et suivons-tës ^vec confiance.

' 3. fruits que la communion fréquente doit opérer dans nous , et qu'elle n'y op^re pas. fou* lés connottrex par leurs œuvres (Matth., 7^ disott le Fils de Dieu parlant des faux prophètes ; et, selon la même r^gf^ » J6 <li^ qu^ nons-mêmçs pous contiottrons si noiis devops communier plus ou moins souvent*, par le profit 'que nous tirons de fà communion. Qu^un homme usant chaque jour de viandes solides dèp> meure toujours également ibible , que concIiions-nous ? Ce p'est point ux ah'ihents que nous attribuons |e mal , maià nous jugeons que \k corps li'est pas bien affecta , et qu'il v a quelque principe vîoiçmx qiij. arrête I9 vertu de la nourriture qu'il prend, pe là , quoique bonnç en elle-même , on la lui retranche , on ne la lui donne qu'avec précaution , qu'avec réserve. Appliquons cette figure : Taliment de votre ame 1^ pluii salutaire', c'est le sacrement de Jésus-Christ. Une communion peut Suffire pour vous sanctifier ; et quels effets produisent en vous tant de communions? quel changement, quel amendement, quel avancement? Il est donc à craindre que ce ne s(^ pour vous une notu^ riture trop forte , et que l'abondance ne vous devienpe plus dommageable que profitable.

Ce n'est point là une de ces morales vagues dont on ne voit que très peu d'exemples : plût au ciel qp'ils ne fussent pas si commiins ! On communie souvent; mais que remporte-t-on de l'autel? mêmes imperfections, mêmes défauts, mêmes habitudes, même système dé vie. On communie souvent, mais en est-on plus rempli de Dieu, pf us détacbé des intérêts ou des vains amusements du monde, plus zélé pour sa perfection, et moins négligent dans tous ses exercices? On communie souvent, mais en est-on plus circonspect dans ses démarches, plus discret dans ses paroles, plus charitable dans ses sentiments, moins délicat sur les plus légères offeiises , et plus facile |i les pardonner? Oq

624 JÉSUS-CHRIST NOURRISSANT LES AllES , etc.

communie souvent; mais quelles violeoces apprend-on à se faire? ea quoi se renonce-t-on ? sur quoi se mortifie-t-on? que oorrige-l-on dans ses caprices , dans ses hauteurs, dans ses contradictions perpétuelles, dans ses vivacités et ses impatiences? Je passe cent aatres points que je pourois marquer, et où Ton ne voit pas qoe la fréquente communion opère beaucoup, ni qu'elle fructifie auunt qu'elle devroit. Les premiers chrétiens commnnioient souvent; ils oommonioieiit même tous les jours ; mais, par la grâce du sacrement, qui les dégâtgeoit de tous les intérêts temporels, ils se dépouilloient de leurs biens» vendoient leurs héritages, en partageoient le prix avec leurs frètes ne vouloient rien posséder en propre, et pratiquoieot toute la pauvreté évangélique. Ils commnnioient souvent; mais» attirés à Dieu par Tefficace du sacrement qui les- embrasoU d'une ardenr toujours nouvelle, ils s'assembloient dans le temple , ils redoubloient lenrs prières, ils persévéroient dans Toraison , ils s'exerçoient dans toutes les pratiques du plus pur et du plus parfait christianisme. Ils oommunioieni souvent; mais, soutenus dé ce pain céleste qui les fortifioit, ils étoient à l'épreuve des plus violentes persécutions; de la table da Sauveur, ils alloient se présenter aux tyrans, affronter les tourments, répandre leur sang et sacrifier leur vie. Cependant, m m'emporte mon zèle, et ne vais-je pas trop loin? Arrêtons-nous là, et pour ne point décourager les âmes par de si grands exemples, convenons» i, que la communion, après tout, qudque fréquente qu'elle soit, ne nous rend point impeccables, et que ce n'est pas toujours une raison de s'en abstenir : que de légères fautes qui échappent aux plus vigilants! 2. que c'est même une conduite de Dieu assez ordinaire,4c permettre que des âmes , d'ailleurs très élevées et très agréables à ses yeux, soient encore sujettes à quelques fragilités qui les humilient, et les préservent ainsi d'un orgueil secret; 3. que les progrès d'une ame sont quelquefois insensibles, de même qu'une jeune plante croit sans qu'on le remarque d'un jour à un autre, et que ces progrès, qui tout d*un coup ne se font point apercevoir, n'en sont pas moins véritables ni moins réels ; 4. enfin, que sur les fruits qui suivent la communion^ comme sur les dispositions qui la précèdent, ce n'est point tant nousmêmes que nous devons croire, que le ministre qui nous connott et qui nous gouverne. Principes solides et certains , principes avec lesquels nous pourrons nous conduire prudemment dans une des pratiques où il nous faut plus de circonspection et de réflexion.

Second point. Usage de la communion trop rare dans les autres. Ou ce sont des pécheurs» j'entends des pécheurs pénitents; ou ce sont des Justes. Or ce que j'ai dit autrefois de la fréquente confession, je le dis ici de la fréquente communion : elle est utile aux nns et aux antres, et par conséquent ni les uns ni les autres ne doivent se tenir trop long-temps éloignés du sacrement.

JÊSOS^CHRIST NOUhMSSANT LES AMES » etc. (ttS

1. Fréquente comamoîdii utile aux pécheurs. Je parie de ces pécheurs qui se sont reconnus et sont retournés à Dieu. Ce sont dés Biorts ressuscites: car ib étoient morts selon Dieu , et Ja pénitence leur a rendu la We; mais, quoique vivants» ils se ressentent encore des blessures mortdles qu'ib avoiept reçues ; elles ne sont pas telle- BMnt guéries qu'il ne leur en reste une foiblesée extrême. Gep^dant, tout feîbles qu'Us sont, ils ont, pour ne pas retomber, bien des ennemis à eembattre et bien dfies efiiorts à faire ; ils ont, de leur part, des passions qui les dominent, des habitudes qui les tyrannisent, de mal* àeureuses eonciqiiiscenoes qui les attirent; as ont, de la part du monde, des railleries à essuyer, des respects humains à surmonter, des exem* plesà quoi résister. Combien ont-ils de tentations à repousser de la part de cet esprit de ténèbres qui les sollicite, qui les presise, qui tourne sans cesse autour d'eux, comme un lion rugissant, pour les dévorer ! Ah I Seigneur, au milieu de tout cela, que toront-ils? on iront-ils? que deviendront toutes leurs résolutions? et sans vn secours puissant et présent, que péutHm se promettre de leur persévérance? Or ce .secours, c'est vous-même. Seigneur, c'est votre sacrement. Ainsi l'Ëgl&e nous le déclare-t-elle formellement dans le concile de Trente : car ce sacrement de salut, dit le saint concile, est obmme.un antidote le plus excellent , par où nous spmmes tout à la fois, et purifiés des fautes journalières, et préservés des fautes grièves. C'est donc pour le pénitent un préservatif contre les rechutes. La grâce attachée au sa^ crement est pour lui une grâce de combat; et Peffot propre de cette grâce, disent saint Cyrille et saint Thomas, est de dessécher en nous b racine du péché; elle réprime les aiguiUons de la chair, elle amortit le fou de la cupidité, elle éteint les traits enflammés de l'ange de Sa* tan ; elle le met en foite, et, suivant h pensée de saint Chrysostome, elle nous rend terribles à toutes les puissances de l'enfor.

De là il est aisé de voir si c'est une bonne conduite à l'égard du pé* cheur nouvellement converti, de lui interdire l'usage de la communion jusqu'à ce qp'ilait rempli toute la mesure des œuvres satisfacloires qui lui sont imposées comme le juste châtiment de ses désordres. £st-il raisonnable, dit-on, et parott-il convenir qu'un homme, une femme, à peine sortis du péché, osent entrer dans la salle du festin , et qu'ils viennent prendre place à une table tonte suinte? Oik est la Ûenaéanoe chrétienne ? où est l'honneur dà au sacrement le plus vénérable ? Enfin, conclut-on, eetle séparation même du corps du Sei^ur est une pénitence. Mais je réponds, moi : Quelle pénîtetace, qm prive ce pé* cheur du moyetf le plus nécessaire pour se maintenir dans l'état de sa pénitence ! Hé qubi ! l'on veut qh'il demeure fernie et inébranlable dans son retour, qu'il détruise ses habitudes vicieuses, quil résiste 4 tontes les attaqués , qn^il pare à tous les coilps, qu'il remporte miNè victoires , tout cela par la grâce divine; et on l'éloigné de la source des graoesi et, au niiilei>4e^ plus rudes oonriMiU, onle'désdruèlt^t B. r>. 40

0» JÉSeSCHRlST NOURaifiSAIlT LB8 ASBB, ste.

•lorsqu'il est plt» à cvaîBdre que «es foroes ne vienoeat à lUMIiri m

lui soustrait le peiu qui doit les rifwrtr et le coofurler ( 11 oit wai»ot

je veu biei toi^ours m'eu eouveoir, o'est uu péohMr : aoîe ou Smr

teudit ftDtreCois que les phoritiens aarmuror ei se piiiudM que Je'

8ns42hriBt reçût les pécheur» et qu'il saugcAt utao eux. C'esl uu f^

eheor» nais ami de Dieu oonuue pèiiteDt',aiaiB rétabli daoe la uiaieoe

•pateraelle etremis au uorabie dea eufama» oodom le prodigue pour

^rou tua le veau ((raa, après ravoir revêtu d'une robe uonve. Qieu

•de oiBërieofde y c'est selou voa seutioMolsque je pwle, et vous up

iu*eu désavoueras poiat GardoBs-uous toulefoia do 09ttfoodpelea ^me;

•distittgiioos le pécheurmarchaot eueore dans la voie de bpéuiloues^

et le Juste depuis loug-team» confirmé daus les voies do Dieu ;oeque

iKMis donnons à l'un» ne l'acoordons pas indiKérenuneat à fuotre; niais

!aiiou$^n le disoeruenient, pour dislnbner i chacun sa portion, l^

fidèle éoottone do l'Évangile, que le mettre a ékàâ $ur ses dfloiMJ^

fuei» ne laisse manquer personne, mais il lenrdoouei tons ia mesups

4e, Ué f u'ti fûMi, et dont le tempe f u'îl foM (Matwb.. U).

2. Fréquente communion utile aux Justes, soit pour se aouWmir ut M pas rcHCttler, soit pour dire toujours de nouveaux progrèa el poiif «a'uvanoer : pour se soutenir et ne pas reculer en tombmt dans un éun de tiédeur; pour faire de nouveaux prognès et pour s'airanQar eu s'ébtant toujours, jusqu*à ee qu'ils parvienueut au point de perfeçiâenuè Dieu les appelle. Reprenons* UtÛe pour se soutenir et ni) pss luoaler^ Malheareuse condition de rheasose, que le poids do la nature oofMur pue assiqettit à tant de vicissitudes! L'ame aejojird'hsii k plus 1er* vepteeentîra demain son feu se ralentir, ▲près avoir aujousd'hui fenué les plus beaux desseins et s'étve déterminée è tout» êlk sera demain cbaueelanio, indécise, irrésohie : les moindres 4)ibsiades fétonueront» et peu à peu elle commencera à drichoir, si elle n'a quriqnes feaioor^ 4MK| pour se réveiller de sou assoupissement, ot pour Mllumor ea pre^ ffiièèe ardeur. Cest pour cela que saint Paul eotboiioit tant 4e fidèles âii renouvellement de l'iesprit, qui est un TonooveVessent^ sale dani le service de Dieu et pour Je service de Dieu. Ce grand l|pAtno savoît que sans cela il n'y a point de piété si bien affermie ea ^f^pWPfmoe ot li ooestaote, qui ne s'altère, qui ne se démente^ ^ ne dégéuère qpr fin dans un relAcbement où l'on se basse eetroiiner plus y'w qii*tHi ue a'-en relève.

•»..0r ociqui doit phis contribuer ^è ne irenouvellement inlériWj c'est sans cunWlit Ja.eoffusunîoo fréquente^ Pour peu qu'on aît quelque fends 4e crainte et d'amour de Dieu, ilestdiCftcilet quand o« wprocho «tilillièffenMnt de k table de Jésus^Cbrist, il n'e^t pqs m^e Bmulc^ iMnt|>ossibIe qu'au |Mod de l'autel, où tout inspire le.r^cy^^lVment tf taidévofion» on ne soit éclairé de oeriainos jimières., to^tAd A^ o^ IMS sentiments qui remuent une amci qif > ^^ lÂppcUeut èfcUihgièpM^ ^uilniifoftt v«'p Jes poiMiqn^lk peiNj «nNvililê^f itmiqu'iw ^ m

daçgerde faire; qui luidéoQttVFeQt les pi^esoùellepourroit s'eaga^er, eftlpot elle doit se préserver ; qui lui reprochent divers manquements» çiloigue l^erç, et diverses infidélités capables de la conduire par de* Çré à un aitiédissementender, et d<ala dérouter; qui lui suggèrent tes mesures qu'îl/aut preudrepour prévenir une telle dééadeuce, ^pour ne se point ^carter de son chemin ; qui la piquent» qui r<encoucs^Qnt« gui redoublent son activité ^i sa vigilance, l^eut-étre une oommonion n*opère-t-eIle pas tout cela; mais celle qui la suit achève Touvrjigeque l'autre a commencé. Elles s^aident mutuellement» et contribuent de I9 sorte à entretenir la santé de l'ame, de même que de bons aliments, pris à des temps refilés» entretiennent la santé du corps. Parceque q^ troupes qui marchoient à la suite de Jésus-Christ n*avoient pas en soin de pourvoir à leur nourriture» et que tout ce peuple avoit passjé trois jo^rs sans n;iapger» le Sauveur du monde craignit, ou parut craindre » que » dans Taffolblissement oii ils se trouvoient, ils ne vinssent tout-à-Cûi à loodMr» al qa'iis ne rastasseni en càûmin. Dès que les Juifo se dégoûtèrent de la m^nne que Dieu leur envoyoit du ciel, rÉcriture nous dit qu'ils furent sur le point de périr tous» et qu'ik allèrent jttsqiies aux portes de ki mort. Et quand ob néglige la oomniunion, qu'elle est trop rare et qu'on est trop loqg-temps privé ù» la vertu du sacrement, bientAt Je gpi^tdes ^hâiâir .de ftien s'émausae; on se ralentit, pu se dérange à Téçard de tous les autres exercices» et insensiblement l'esprit de piété s'éteint. Aussi est-ce par-là qu'on a vu bien des personnes se relâcher. La fréquentation des sacremems les génoit; c etoit un frein qui les eaplivoit et les retenoit. Elles ont peu •a peu secoué le joug, et, s'émancipant là-dessus» elles se sontémanci- ^ pées sur tout le reste.

* !!^is je dis plus» et j'ajoute : Fréquente communion utile aux Justes» non Seulement pour se soutenir et ne pas reculer» mais pour faire plus de progrès et pour s'avancer. Car, selon la maxime de tous les Père^ et de tous les maîtres de la vie spirituelle» dans les voies de i)ieu le Juste ne doit jamais s'arrêter, ni dire : C'est assez. La sainteté est un fonds pii l'on trouve toujours à puiser, c'est unei^aste carrière où il y a toujours à coprir pour emporter le prix ; et voilà pourquoi le docteur des Gentils» après les avoir convertis à la foj» leur recommandoitsi expressément» tantôt de rechercher tes dons les plus sublimes (1. Cor., i^2), tantôt de prendre une voieplus excellente encore^))') . que celle 0(1 ils avoient marehé, tantôt de craUre incessamment et dé ' toutes manières en Jésus-Cbrisi/jusquà ce qu'ils fussentnarveniu à CétcU ' fihommes faits {Éohes., 4). Or comment Tame just^^ut-elle mieux ' croître en Jésus-ébrist que par une union aussi étroite avec Jésus- .Cbrist que l'est la piirtjcipation de son corps et de son sang? Union en ' vertu de laquelle» selon Toracle de Jésus-Christ même» noqsdemeu* ' roQ^ en lui et il demeure en nous; et puisqu'il demeu;*e9 qu'il vit dans ' nous, conclut ^int Jérôibe» il s'ensuit que la sagesse, aua la force; ^ue • • • ' ' ' • 40.

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