PERFECTION DE NOS ACTIONS ORDINAIRES. GTS
qn'dies sont siDgalières et extraordiDaires « elles sont rares, et les oocasions n'en sont pas fréquentes : cependant notre perfection doit être en ce qui nous est pins habituel , en ce qui nous occupe plus souTent, ' en ce que nous avons continnellemait dans les mains « en ce qui remplit les journées et les années de notre rie.
D'où il s'ensuit que c'estde nos actions les plus ordinaires que dépend la perfection où Dieu nous appelle^ Car ce sont là les actions propres de notre profession et de notre état ; et par conséquent ce sont celles que Dieu veut spécialement de nous , puisqu'il ne nous a attirés par sa grâce dans cet état et cette profession , que pour y vivre et pour y agir selon l'ordre qui y est établi. Or il est certain d'ailleurs que ce qui feit notre sanctification , c'est la volonté de Dieu ; que c'est cette volonté de Dieu qui donne le prix à tout ce que nous feisons ; que sans cette volonté die Dieu, nos plus.grandes actions ne sont rien, et qu'avec cette volonté de Dieu nos moindres actions ont un mérite très relevé. Je dois donc conclure que je ne serai parfeit devant Dieu que. par l'accomplissement de mes devoirs les plus communs. Qu'a feit Jésus-Christ pendant trente ans? rien de remarquable dans Testime du monde, et rien même que de vil aux yeux des hoftmes : mais parcequ'il feisoit la volonté de son Père, parcequ'ett. toutes choses^ ainsi qu'il le disoit lui-même» tl aptstoil selm Ugrèdesim Père ( Jo an . , 8), ces actions, viles aux yeux d^hommes, étoient l'objet des complaisances de Dieu.
Quel fonds de oonsoIatÎMi pour nous I II n'est point nécessaire de chercher bien loin notre perfection : elle est auprès de nous et dans nous. Je trouverai la mienne dans mes obligations et dans mes exercioes de chaque jour. Une perfeciun hors de ces exercices, et qui n'iroit pas à m'acquitter de ces obligations, seroit pour moi une perfection mal entendue et mal réglée, que Dieu ne reconnoltroit point, que le monde même réprouveroit, qui pourroit m'inspirer de l'orgueil, et qui m'exposeroit à mille défiiuts. An lieu que cette perfection d'une vie commune est approuvée de Dieu et des hommes. Elle édifie, elle met la vertu en crédit, elle maintient la règle, elle n'enfle point, ni n'est point sujette à la vanité. On la croit aisée, et elle l'est dans la spéculation ; mais pour en soutenir long-temps et constamment la pratique , qu'il y a de difficultés à vaincre ! qu'il y a de violences à se feire, et parlà même aussi de récompenses à obtenir !
Sscoim POINT. Notre perfection n'en demeure pas là ; mais à ces actions ordinaires sur quoi elle est fondée , elle doit ajouter certaines circonstances et certaines conditions nécc^irement requises. C'està-dire qu'il ne suffit pas de faire ce qui est de notre état, de notre vocation, de notre emploi; mais qu'il le fent bien feire : tellement qu'on puisse dire de nous, par proportion , ce qu'on disoit du Fils de Dieu : Il a bienjoit toutes choiei ( IttARC.^ 7).
Or bien foire toutes ses actions, c*est les foire avec exacikiide, aiMd ferveur, avec persévérance. 1. Aveo exactitnde : de sorte qu^on n'en omette aucune volontairement et par sa foute , et qu'on ne retrandM pas même à une seule la moindre partie de ce qui lui est assigné* Cette exactitude regarde encore l'heure » le lieu » la, manière : car ne les pas foire au temps marqué, dans le lien qui convient, de la manière qui est prescrite, ce sont autant d'imperfectioDS qui en. diminoent la valeur, puisque ce sont autant de transgressions de la volonté de Dieu, qui est ordonnée en tont et qui s'étend à tout,"6ans oublier les plus petites particularités. 2. Avec ferveur : ce n'est pas à dire avec goût , avec plaisir, avec une ardeur sensible. Quoique la ferveur soit communément accompagnée de ve goût , de ce plaisir, de cette ardeur, elle n'en est pas toutefois inséparable. On peut être très fervent, et avoir un dé^ût naturel pour ce que l'on foit , y sentir de la repu* gnance, et n'y trouver que de la sécheresse et de la froideur. C'est même alors que la ferveur est beaucoup plus solide et plus méritoire, quand elle nous foit agir résolument et délibérément malgré ces rëpngoances etces dégoûts, malgré ces froideurs et ces sécheresses. 9. Avec persévérance: c'est par-dessus tout cette persévérance qui coûte, et c'est ce qoi foisoit dire à saint Bernard , parlant de la vie religieuse , qu'à n'en regarder que chaque exerdoe en particulier et en lui-même, die n'est pas à beaucoup près si rigoureuse que le martyre; mais qu'à les rassembler tous et à coDsidérer leur durée, il n'y a point, selon la nature, de martyre plus msoutenable. Aussi yoit«on assez de religieux dans les communautés, et même de chrétiens dans le monde, fidèles à leurs pratiques et à leurs obligations en certains temps ec à certains jours, où ils sont plus touchés de Qien : mais d'en trouver qui mardient toujours d'un pas égal , qui n'aient pas leurs vidssitodes et leurs changements , qui fossent avec la même attention et la même assiduité le Idndemain ce qu'ils ont foit le jour précédent, et qui sur cela ne se relâchent ni ne se démentent jamais jusques au dernier moment de leur vie , c'est une espèce de miracle.
Voilà donc les trois règles que je dois prendre pour me diriger dans la voie de ma perfection et dans la sanctification de mes actions : exactitude , ferveur, persévérance. Mais en même temps ne sont-œ pas pour moi trois grands sujets^de m'humi|ier et de déplorer toutes mes infidélités? Il ne foudroit pour me sanctifier que mes observances et ma règle ; nuiis de combien d'omissions y suis-je coupable? de combien de lâchetés, d'inconstances, de variations? Dois-je m'étonner qu'avec tant de moyens de m'avancer, j'aie foit si peu de progrès ; ou plutôt, ne dois-je pas trembler du pçu de progrès que j'ai foit avec des moyens si abondants et si présents de me perfectionner?
TaoïsiiMB ponrr. Ce n'est pas tout encore ; mais il y a un dernier degré de perfection que nous devons donner à nos actions , et qui en
PERFECTION ML M06 ACTIONS ORDINAIRES, «tê
Ml comme l^me et eomme la vie : c^est de les fiiire par un esprit in^ tërieur et par un principe de religion. Car tout le reste n'«st que le corps de la sainteté ; mais ce qui les vivifie , ce qui les anime et qui les consacre , c'est le motif qui nous conduit , et Tiatention que noua nous proposons. Faire ses actions par humeur, par caprice, par in« clinatîon, par coutume^ par respect bumain, par ostentation , par intérêt , ce n'est pas les faire pour Dieu ni en vue de Dieu ; etdès que Dieu n'y a point d^ part, qndonnpte nous en peut-il tenir, et comment peut-il les^ agvéei:? Tout U mérite 4e ia fiUe d^ rai bù vi^t»avec la grâce de Dieu, du dedans et du fonddenon eceur (Ps. 44). Q«>>Bd donc je ferois les actions les plus héroïques , si Dieu n'en est pas la fin , et si je ne les fois pas pour lui plaire , comme il n'en tire nulle gloire, il les regarde d'un œil au moins indifférent, et je n'en puis retirer moi-même aucun fruit.
Yérité terrible, si je la médite bien. Car si je repasse sur toutes mes actions, et que je les examine au poids de cette balance, combien en trouverai-je sur quoi j'ai quelque sujet de compter? 11 est vrai, J*agis à l'extérieur comme les autres ; je vais k la prière , au travail , à mes occupations; j'assiste à tout, et je satisfais en apparence à tout : mais du reste, sans vue de Dieu , sans retour vers Dieu ; souvent avec une légèreté d'esprit et une dissipation qui m'dte toute bonne pensée et tout bon sentiment ; souvent par une certaine habitude que j'ai contractée avec le temps , et qi^e je suis en aveugle ; tout au plus par une certaine bienséance et une raison purement naturelle,; quelquefois même par nécessité et par contrainte j d'autres fois , et peut-être en bien d^ rencontres, par une vaine complaisance et une envie sedrète de me distinguer. Or tout cela , qu'est-ce devant Dieu? et n'estce pas de tout cela néanmoins que ma vie est composée ? C'est-à-dire que j'^agis comme si je n'agissois pas, et que tout ce que je fais ne sert pas plus à ma perfection que si je ne fiaisois rien.
D'autant plus malheureux et plus condamnable, qu'il n'y a plua une si petite action que je ne pusse rapporter à Dieu, et qui , rapportée à Dieu , n'eût son mérite auprès de Dieu. Car ce que Dieu considère dans nos actions, ce n'est pas tant la substance que l'esprit ; «et en cela nous devons recoonoltre la sagesse et la douceur de sa providence. Il ne nous a pas donné à tous les mêmes talents, et il ne nous a pas tous mis en état de vaquer aux mêmes emplois : mais parcequ'il nous appelle tous à la perfection, il a voulu que de toutes nos actions' Il n'y en eût point de si obscure ni de si servile qui ne pût être relevée par la droiture et la pureté de notre intention , et qui delà sorte ne contribuât à nous élever nous-mêmes. De là jiedois bien gémir de ave voir si pauvre et si dénué des dons spirituels, après qu'il m'a été si facile de m*enrichir, et de croître sans cesse de vertus en vertus. Chaque action de ma vie me pouvoit profiter : mais que sais-je s*il y en a eu une seule que Dieu ait trouvée digne de lui, et qui m'ait été de quel-
e76 DU PÉCHÉ MORTEL.*
qne utilité ponr l'atanoement de mon âme? Qoélle perte que je dsm i^gretter , mais qui m'engage encore plus à redonblor mes aoia» , et à réveiller tout mon z^e pour la réparer I