‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 199 sur 225 · SUR L'OFFICE DIVIN · texte numérisé non relu

SUR L'OFFICE DIVIN

humaines. Malheur à moi si c'éioit celui qui me toacfaât le moins » ec doDt je fusse moins en peine de me bien acquitter !

Sainte obligation , qui m'engage à faire sur la terre oe que les hieiiheureux font dans le ciel, |et ce que j'y ferai éternellement moi-oiéaie, si je parviens jamais à ce royaume. Sainte obligation , qui me fiût entrer dans Tesprit de l'Église ; car l'office divin est spécialement la prière de l'Église ; et quand je le récite, je prie au nom de toute TÊglise. C'est rÈglise qui me fait prier, et qui m'approid à prier ; et il est vrai que cette seule prière, si je la fiiisois comme il faut, me snffiroit pour me rendre pariait selon Dieu , et pour m'entreteoir habituellement dans la présence de Dieu. Sainte obligation, qui me donne droit , quand j'y satisfais, de dire à Dieu, comme le Prophète royal : Je vomaï loué ^ Seigneur ^ sept fois le jour {Ps. 118). David, tout chargé qu'il étoit du gouvernement d'un empire , avoit, pour loner Dieu, ses heures réglées, et il se faisoitiineloi de s'y assujettir : serace une sujétion trop onéreuse pour moi de réciter l'office divin aux heures et aux temps prescrits par l'Église ; et si je n'ai suf ce point nulle régularité, si je n'y garde nul ordre, et que je ne suive que mon caprice, ou que je n'aie égard qu'à ma commodité, sois-je excusable devant Dieu, et n'est-ce pas un juste sujet de scrupule? L'Église a eu ses vues^dans la distribution de son office, et dans le partage des heures et des temps qu'elle y assigne. Dois-je compter pour rien d'aller contre les vues de l'Église, et de ne vouloir pas me faire qudqne violence pour m'y conformer ?

Second point. Une seconde obligation à l'égard de l'ofiBce divin est de le bien réciter ; c'est-à-dire de le réciter respectueusement , attentivement , dévotement : trois circonstances indispensablement requises.

Respectueusement : les plus hantes puissances du del tremblent devant Dieu en le louant ; de quelle frayeur et de quel tremblement ne dois-je pas être saisi, moi qui ne suis que cendre et que poussière? Si donc il m'arrive de réciter ces safntes prières de l'Église avec une précipitation que je ne voudrois pas avoir en tonte autre chose ; avec un air de négligence dont je me suis fait, sans y penser, une mauvaise habitude ; dans des postures indécentes, et peu convenables à un devoir de religion ; dès-là , bien loin d'honorer Dieu, je lui perds le respect, et je l'offense.

Attentivement : car l'Église , en me commandant l'office divin , me commande un culte raisonnable. Or ce n'est plus un culte raisonnable, quand ma raison n'y a plus de part ; et quelle part ma raison y peut-elle avoir, lorsqu'elle n'y fait nulle attention? Prier, c'est élever son esprit à Dieu : je cesse donc de prier ^ dès que l'élévation de mon esprit à Dieu vient de cesser; et, par une suite naturelle, le ménie précepte qui m'oblige à prononcer distinctement les louanges de Dieu

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m'oblige à m'y appliquer ; (Toù u faut enfin copcture que d'érre volontairement distrait pendant Toffioe divin, ou, ce qui revient au inéme, que de -né faire nul effort pour me dégager dés distractions qui m\ surviennent et que je remarque, c'e»t înie rendre coupable du même péché que si je Favois ton(-àr-1ait omis.

Dévotement : danà cet hommage et ce sacrifice que je présente à Dieu, le oœiir et l'esprit doivent agir dé concert ;' autremeut, mon attention même né seroit plus qu'une pure spéciilation. C'est dans- le cœur qtie consiste le mérite de la prière; et si mon cœur«*est touché, je deviens semblable à ces Juifs^ que Jésus-Christ , dans I Évangile) traitoit d'hypocrites, et dont il disoit : Ce peuple nChonore'à^Jevresl mais leur cœur est éloigné de moi (Hatth. , IS). Qu'une de ce$ trois conditions iné manque^ qtfai-je alors à craindre? ce que déplorpit saint Augustin, et ce qu'il se re{)rochoità lui*-méme. Hélai! s*écrioit-iI» je deviens plus criminel par Cela in^me qui devroil me rendre plus saint; et qui me justifiera devant Dieu, si mes prières métnes servent

à' me condamner ? '. -*

Troisième POINT. La troisième obligation ijui concerne Ppffioe diviû, est d'assister an ehœiir , où on le recite soIennelfemeiiL Puisque le chœur est un des engagements de l'état que fai embrassé ^ et delà communauté dont je suis membrp^ tou^ les sujets qui lecompo* senf y ;5C)nt également obligés, et je ne suis pû$ plus autorisé que les autres à m!en dispenser. Par conséquent , si je ni'àbsente du chœur sans )raisoh et sans nécessité; si je m'en absenté sans en avoir demaiElé ef en avoir obtenti la permission; si je m*en abseinte sans en faire aucune réparation : toutcela, ce sont autant dépêchés dont je charge ma conscience , et dont je répondrai à Dieii.

Rien dé plus pernicieux que cette' liberté de s'absenter dû chœur. S*en a9)sent'er sans nécessité et sans une nécessité absoliie,. c'est h marque visible d'une ame qui sç refroidit , et qtii perd sa première ferveur. S^en absenter de soi-même et sans permission, c'est la marque infaillible d'une ame qtli se licencié , et qui secoue je joug de l'o- Béissatice. S'^en absemer impunément;^ e^t sans être tenu à nulle réparation , c'est la marque évidente d'une communauté qui se dérègle, etqui dégénère de son ancieunedi&cipline.ïln combien de maisons religieuses ce qui étoit dans son origine , et ce qui paroît encore perfection et austérité, devient'fl l'occasien d'un véritable relâchement? Se [(iver , comme le Roi-prophète , au minèu de la nuit, pour louer en cônîmûii le Seigneur, rien dé plus saint pour le petit nombre de ceux et de ceUes qdi le pratiquent ;-mais j'ien en même temps de plus propre à favoriser la piaresse du grand nombre , qui s'en exempte sous des prétextés dé fmblesse, et de besoins-plus imaginaires que réels.

Paf une règle toute contraire, assi^êr exactement aii chœur, ne s'eil dfspeïiser jamais qu^ pour de solides raisons , et qu*aprés leis avoir B. 5. 45

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soumisea au jugement et h h déçisioa dee supétieurs; oe point éoonter de frivoles excuses que la nature suggère, et les rejetçr oonune des illusions; se faî,re. une pénirence et une p1ortificati0n.de son assiduité , et Voffrir dans cette vue à Dieu , c'est la marque indubitable d'une ame fidèle à ses devoirs , et qui aime sa profession. Et de même epfin, maintenir cexte régularité dans toute sa vigueur, ne point tolérer sur cela les licences et Iesabus«.en empêcher la prescription par le soin qu'on a de les punir, c'est la marque sensible et certaine d'une communauté fervente, et qui conserve l'esprit de Dieu.

Cette assisunce au chœur m'est plus avantageuse qu'elle ne me jdoît être pénible. X)utre les grâces particulières qui 7 sont attachéeS| selon la parole de Jésus^Christ, qui nous a dit expressément que M où plusieurs sont atsembléien $Qn nom, il e$tanm%l%eu dew (Itf atth*. 18}; en assistant au chœur, il me sera beaucoup plus facile d'éviter toutes

les fautes à quoi je^^is sujet, et qui.me sçintsi fréquentes, \ récite en particulier mon office. L'émulation, i'exeinple in^MPent pbs de retenue ; et la présence des autres, au lieu d'être une matière de distraction , contribue infiniment à recueillir Tame, et à la remplir des senCimentsMe piété les plus Vifs et les plus ardents. Les premiers chrétiens alloient tous les jours air temple ^ et s'y reunissoient pour célébrer ensemble les grandeurs dé.Dieu , et pour lui rendre m&animement des actions de grâces. Ce n'étoit pas en vain : le Saint-E^rit descendoit sur ces troupes dévotes , et c*éloit alors qu'il leqr communiquoit ses dons avec plus d*a)x>ndance.

Quatrième poimt/II 7 a une dernière obligation , qui est de chanter roffice divin. Car l'assistance au chœur qui m'est ordonnée n'est point une simple comparution , ni une vaine représentation tle ma personne. J'7 vais pour 7 faire mon devoir, et c'est un de mes devoirir que de soutenir lë chant qui a été établi, et qui fait une partie du culte de Dieu. J'y vais pour partager avec les autres le travail, aussi bien que le mérite de ce pieux exercice.^ Py vais pour former avec eux , par l'union de nos voix, cet harmonieux concert , ou PÉglise militante et rÉgHse triomphante joignent mutueUement et si saintem^t leurs célestes accords en l'honneur de la majesté divine*

Gomme David ne séparoit point le chant de |a ps^modie, je ne dois pomt non plus séparer l'un de l'autre, puisque l'obligation est égale pour l'un et pour l'autre. Sçigneur^ disoitàDieu ce saint roi, nou$sa^ lennistrons vos merveiltes, et en chantant f et en psalmçttumt (Piohn^ 20). Voilà à quoi m'engage la qualité de religieux cfU de religieuse du chœur. Si j'eif ai le titre, *c'est pour en faire les fonctions, quefaine Fatigantes qu*elles me paroissent et qu'elles puissent être en effet. Qo^nd donc je m'épargne au chœur, et que je me mépage; quand, par an excès de délicatesse , et pour ne pas intéresser une sanié dont j'ai trop de soin, je n'y chante que foiblement, ou je n'y diante point da

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