APRÈS PAQUES
SUR LA PRIERE
IHxit Jetus discipulis suis : Amen, amen dico vobit, H guid peUeritia Pairem in nomme meo, dabii vobis. Usquemodo non petisti* quidqttam in nomine meo; petite et aecipieti$.
Jésus parla de celte sorte à ses disciples : Je vous le dis en vérité, si tous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, U vous l'accordera. Vous n'avez encore rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez. Saint Jea5, cbap. 16.
n n'appartieot qu'à un Dieu aussi grand que le nôtre de faixe une promesse si magniOque et si étendue, parce qu*il n'apparUent qu*à lui de la pouvoir exécuter. Le Fils de Dieu ne nous dit pas seulement dans la personne de ses disciples, Si vous demandez telle ou telle chose, vous l'obtiendrez; mais. Si vous demandez quelque chose, quoi que ce soit , mon Père vous le donnera : Si qtdd petieriiiSy dabit vobis. 11 ne nous dit pas précisément, ]>emandez ceci ou cela, mais indéterminément et en général, Demandez et vous recevrez : Fetite et accipielis. Encore une fois, chrétiens , il fallait une puissance et une miséricorde infinie pour être en état de s'engager de la sorte, et pour le vouloir. CTest donc là qu'éclate la souveraine grandeur du Dieu que nous adorons; c'est là qu'il fait également parAttre, et ce pouvoir suprême qui le rend maître de tout, et cette bonté sans mesure qui le fait descendre et compatir à tous nos besoins; aussi est-ce de là même que les Pères ont pris occasion de tant exalter l'efiQcace de la prière; qu'ils Font regardée comme la mère de toutes les vertus, comme ia source de tous les biens, comme le trésor de rame chrétienne et comme un fonds de richesses Inépuisable, parce que c'est le moyen de parvenir h tout et d'avoir tout : Si quid pélieritis Patrem , dmbU vobis. Il est vrai qu'elle requiert certaines conditions. Dieu n'est pas le dissipateur, mais le
BOOKDiAUyOB. — T. H.
dispensateur de ses grâces ; et par conséquent il n'écoute pas sans distinction toute prière , mais une prière animée par la foi , une prière sanctifiée par l'humilité , une prière soutenue par la persévérance , une prière, non des lèvres et de la bouche seulement, mais de Pesprît et du cœur : tout cela est incontestable, et tout cela est bien raisonnable. Ce qui m'étonne, chrétiens, et ce qui est en effet bien surprenant , c'est le peu de soin que nous avons de mettre en oeuvre auprès de Dieu ce qui devrait nous servir en toutes rencontres. Car ne puis-je pas bien faire à la plupart de mes auditeurs le même reproche que faisait le Sauveur du monde à ses disciples : (Jsquemodo non pefistis guidguam : Vous n'avez rien demandé jusqu'à présent? Est-ce que rien ne vous manque? mais vous êtes tous les jours si éloquents à exposer aux hommes les nécessités ou temporelles ou spirituelles qui vous afQigent. Est-ce que vous n'avez point encore appris à demander ni à prier? Si cela est, comme je n'ai que trop lieu de le croire, appliquez- vous à ce discours, où je prétends vous entretenir de la prière , après avoir prié moi-même en m'adressant à Marie , et lui disant, Ave,
Exercer le ministère de l'Évangile, c'était , dans l'idée de saint Paul , faire profession d'être redevable à tous, aux ignorants et aux savants, aux charnels et aux spirituels , à ceux qui sont encore enfants en Jésus-Christ, et à ceux qui sont déjà des hommes formés «« parfaits , ou qui travaillent à le devenir ; aux ignorants pour les instruire, aux savants pour les persuader, aux charnels pour les convertir, aux spirituels pour les affermir; à ceux qui sont encore enfants pour les nourrir de lait , aux parfaits pour leur préparer des viandes solides, à tous pour leur prêcher la vérité, mais d'une manière proportionnée à leur état et à feurs dispositions : ainsi ce grand apôtre le pratiquait-il , ainsi en servait-il d'exemple aux ministres qui devaient être chargés après lui du même emploi; et voilà, mes chers auditeurs, l'engagement où je me trouve aujourd'hui. J'ai à vous entretenir de la matière la plus importante, savoir, de l'oraison ou de la prière; et , par un dessein particulier de Dieu , je me trouve
SUR LA PRIÈRE
obligé à en instruire tout à la fois deux sortesMe personnes; les chrétiens du siècle, qui marcheiit dans les routes de la religion ; et ceux fui aspirât et qui s'élèvent aux Toies les plus sublimes de la perfection. Il semble que, pour Futilité publique, j'aurais pu me contenter de Tinstruction des premiers; mais Dieu, par son adorable providence, a permis que dans notre siècle il ne fût pas moins nécessaire de s'appliquer à Tédification des seconds , et c'est pourquoi je me suis senti inspiré de parltr ici aux uns et aux autres; aux premiers, pour les convaincre de la nécessité de Toraison , et aux seconds , pour leur découvrir les abus de Foraison. Mais parce que le term« d'oraison, par rapport à ces deux sortes de chrétiens, est cooune un terme équivoque, qui signifie pour les premiers l'action commune de prier, et pour les sec<md9 quelque chose de plus relevé, que nous appellerons prafsoB extraordinaire, afin d'ôter toute ambiguïté, et de vous déclarer wgvuf ment ma pensée, mon dessein est de faire voir aux uns le besoin qu'ils ont de l'oraison commune, et de marquer aux autres comment ils peuvent abuser de l'oraison extraordinaire ; c'est-à-dire , d'engager les uns à prier et d'empêcher les autres de mal prier; d'attirer ceux-là au saint exercice de l'oraison, qui nous est commandé, et de retirer ceux-ci des fausses voies d'une oraison dangereuse et inutilement pratiquée. Voilà ce que j'entreprends. En deux mots, l'indispensable nécessité de l'oraison ordinaure, fondée sur les principes de la foi les plus évidents, c'est le premier point; l'abus de l'oraison extraordinaire , reconnu et découvert par les règles de la foi les plus solides , c'est le second point. Commençons.