‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 119 sur 225 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Cest le sentiment de toute l'Eglise , qui nous doit ici tenir lieu de règle , que Marie, après Jésus-Christ , a été la première des élus de Dieu; et il est d'aile leurs évident que le premier effet de son élection , ou de sa prédestination, a été la grâce singulière en quoi j'ai fait consister le' privilège de sa conception. Grâce souveraine, dont elle put bien diredèe lors : Tout ce que je suis, et tout ce que je serai jamais, je le suis en vertu de cette grâce dont Diea me prévient aujourd'hui : GraHa Det sum id quoà

sso

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êum. (1. Cor,, 16.) Grâce féconde, qui dès ce momenMà lui donna lieu de pouvoir ajouter avec l'apôtre , mais bien plus justement que Tapotre : Et grafia ejus in me vacua non fuU (Ibid.) : Et cette grâce de mon Dieu n'a point été stérile en moi. Car il est vrai, chrétiens, que cette grâce fut, à l'égard de Marie, comme une onction céleste dont Dieu la remplit dans l'instant même qu'elle fut conçue. Mais pourquoi? Pour sanctifier sa personne, et pour relever le mérite de toutes les actions de sa vie. Ne perdez rien de ces deux pensées. Pour sanctifier sa personne de la manière la plus parfaite et la plus avantageuse dont une pure créature peut être sanctifiée au-dessous de Dieu, et pour relever le mérite de toutes les actions de sa vie , c'est-à-dire , pour rendre toutes ses actions précieuses devant Dieu, et dignes de Dieu. Deux merveilleux effets que je distingue , et qui , par les deux conséquences que j'en tirerai , en comparant toujours la conception de Marie avec la nôtre, nous feront connaître à nous-mêmes l'heureux état où nous élève , par le baptême , la grâce de notre adoption. Grâce qui sanctifia la personne de Marie , et qui la sanctifia de la manière qui convenait à une créature que Dieu formait actuellement, et qu'il destinait pour être la mère de son Fils; car dans ce bienheureux moment, Marie , déjà pleine de grâce, et pleine de l'Esprit de Dieu , eut droit de dire bien mieux qu'Isaïe : Dominus ah utero vocavit nie (Is AI. , 49) ; Avant que je visse le jour, le Seigneur m'a appelée : De ventre matris mex recordalus est nominis met (Id.); Dès le sein de ma mère il m'a fait sentir l'impression de sa grâce , et s'est sou- Tenu de mon nom. Oui , dès cet instant le Verbe de Dieu se souvint de l'auguste nom , du sacré nom, du nom vénérable que Marie devait un jour porter; et parce que c'était d'elle qu'il voulait naître, au lieu qu'il dit à Isaïe, Servus meus es tu, quia in te gloriabor (Id.); Vous êtes mon serviteur, et c'est en vous que je me glorifierai ; il dit à Marie, quoiqu'ellefât son humble servante : Vous . êtes celle que j'ai choisie pour être ma mère, car c'est en cette qualité que vous êtes aujourd'hui conçue, et voilà pourquoi non-seulement je me , glorifierai , mais dès maintenant je me glorifie en \ vous. Dès cet instant-là , dis-je, le Verbe de Dieu, en vue de son incarnation prochaine , se fit comme ime gloire particulière, et crut se devoir à lui-même de sanctifier cette vierge, de l'enrichir de ses dons, et de la combler de ses £Biveurs les plus exquises. Le souvenir que c'était celle dont il devait être bientôt le fils , sa tendresse lui fit oublier les lois générales de sa justice rigoureuse , pour la séparer de la masse commune des enfants d'Adam ; pour la privilégier, pour la distinguer, pour l'honorar, en consacrant les prémices de son être par cette onc-

tion de sainteté dont elle fut remplie ; et comme son fils présomptif, rendant par avance , si je puis ainsi parler, cette espèce de respect à sa maternité future : De ventre matris mess recordatus e$t no* minis mei. Ce n'est pas tout.

J'ai dit que la grâce de la conception de Marie, au même temps qu'elle sanctifia sa personne , fut en eltc comme une sourco intarissable de mérites, pour consacrer et pour relever toutes les actions de sa vie. Ceci n'est pas moins digne de votre attention : car, selon les règles et les principes de la théologie , il est encore vrai que la mère de Dieu, durant tout le cours de sa vie, n'a pas fait une seule action qui n'ait tiré son mérite et sa valeur de cette première grâce. Autre abîme des trésors infinis de la miséricorde divine : OaltUudo divitiarum ! ( Rom. ^11.) Pour vous faire mieux entendre ce que je veux dire, je vais vous en donner une figure sensible; et la voici. Imaginez-vous, mes chers auditeurs, ce petit grain del'Évai^gile, qui, semé dans le champ, et y ayant germé, croît peu à peu jusqu'à devenir un grand arbre. Rien de plus juste pour exprimer ma pensée. Dès que ce grain a pris racine, il pousse son germe, il sort de la terre; à force de s'élever il jette des branches, il se couvre de feuilles, il se pare de fleurs , il porte des fruits; mais en sorte que tout cela n'a de subsistance et de ▼ie que par lui : car c'est de la racine et de ce grain que les plus hautes branches de l'arbre tirent la sève qui les nourrit; et cette sève ainsi répandue, entretient la fraîcheur des feuilles, fait la beauté des fleurs, donne aux fruits leur goût et leur saveur. Voilà le symbole de la grâce que reçut Marie dans sa conception. Ce fut comme un germe divin qui se forma dans son cœur, mais dont la vertu se répandit ensuite dans tout le corps de ses actions. Tout ce qu'a jamais /ait Marie a été saint, et d'un mérite inestimable devant Dieu : pourquoi ? parce que tout ce qu'elle a fait partait d'un principe de sanctification qui était en elle et qui donnait le prix à tout. Or, quel était ce principe de sanctification? La grâce de sa conception. Cette grâce, je l'avoue, n'était que la racine des dons sublimes dont le ciel ensuite la combla , et qui l'é evèrent à une perfection si éminente : mais parce que la racine était sainte, les branches le furent aussi : Si radix sanct-a, et ramL {Rom., 11. ) Qu'est-ce que j'entends par le branches? Ce sont les vertus que cette incomparable vierge pratiquait, les bonnes oeuvres qu'elle faisait, les devoirs qu'elle accomplissait, le culte qu'elle rendait à Dieu , les offices de charité dont elle s'acquittait envers le prochain , les exercices d'humilité qui la rendaient si attentive sur ellemême. Car ce n'est point une vaine conjecture, mais une vérité solide , que tout cela fut sanctifié par la même grâce qui sanctifia son âme au moment ^ de sa conception ; et que cette grâce qu'elle oo perdit

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Jamais , fut , pour me servir du terme de TE vangile , le leyaiù sacré dont la béoédictioa et Tefficace se communiqua à tous les temps de sa vie. ' Or, de là, chrétiens, Êûsant un retour sur nous* mêmes , il nous est aisé de conclure ce que nous sommes par la grâce et avec la grâce. Car le bap« téme , qui , selon les Pères , est , comme j'ai dit , le sacrement de notre conception spirituelle , et même la pénitence, qui est celui de notre justification, nous donnent une grâce qui , pour être d'un ordre bien inférieur à celle de Mane, ne laisse pas dV pérer en nous par proportion les mêmes effets. Je veux dire que nous recevons une grâce qui sanctifie nos personnes, en nous élevant jusqu'à la dignité d'enfants de Dieu, et qui répand sur toutes nos actions un mérite par où elles deviennent dignes de Dieu , et de la vie étemelle que nous devons posséder en Dieu. A quoi sommes-nous sensibles , si nous ne le sommes pas à ces deux avantages si précieux ? En vertu de la grâce qui nous sanctifie, nous sommes les enfants de Dieu. Cest ce que nous a expressément déclaré celui d'entre les apôtres qui pouvait mieux nous en instruire, et à qui ce secret fut révélé, quand il reposa , comme bien-aimé disciple, sur le sein de son mattre. C'est lui qui nous a mis en main ce titre authentique de notre adoption; et qui , nous apprenant ce que nous sommes , pose pour fondement de son Évangile, que le pouvoir d'être enfant de Dieu nous a été donné à tous : Quotqwift amUmrecepertmt eum^ dédit eis potestatemfilioi Deifierl. ( Joàn., 1. ) Or, il est de la foi que ce pouvoir est essentiellement attaché à la grâce habituelle dont je parle. Si nous savions priser le don de Dieu; si le pédié ne nous aveuglait pas , jusqu'à nous êter le sentiment de notre propre grandeur, c'est de cette grâce que nous ferions tonte notre gloire : l'unique pensée qui nous occuperait , et dont nous serions vivement touchés , ce serait de respecter dans nous cette qualité d'en* fants de Dieu, de la soutenir par notre conduite, de la préférer à tous les honneurs du siècle, et de rentrer souvent dans nous-mêmes, pour faire cette sainte réflexion : Qui suis-je devant Dieu et auprès de Dieu? tandis que je suis dans l'état de sa grâce , j'ai droit de l'appeler mon père , et il veut bien , tout Dieu qu'il est, me reconnaitre parmi ses en&nts. Voilà ce qu'il estime en moi, et sur quoi je dois faire fond pour me glorifier et pour me confier en lui. Tous les autres titres, ou de naissance ou de fortune, qui pourraient dans le monde me distinguer, sont titres vains, titres périssables, titres dangereux : titres vains, puisqu'ils ne sont pas capables par eux-mêmes de me rendre agréable à Dieu ; titres p^issables , puisque la mort les ^&ce si tôt et les âritévanouir ; titres dangereux pour le salut, pùisqn'il est si faoUe d'en abuser, et si difiicile de n'en

abuser pas , et qu'on n'en peut attendre autre chose que d'être jugé de Dieu plus exactement et plus ri* gourensement. Toute ma confiance doit donc être dans ce titre honorable d'enfant de Dieu : et malheur à vous, mes ohers auditeurs, si jamais il vous arrivait de faire consister la vôtre dans une grandeur seulement humainel Je ne prétends point pour cela diminuer les avantages, n^me extérieurs et temporels, que vous avez reçus de Dieu dans votre naissance. Ce que nous voyons dans la conception de Marie, je dis la grandeur du monde sanctifié par la grâce du Créateur, doit m'inspirer un autre sentiment. Car Dieu n*a point méprisé dans Marie cette grandeur de la naissance, dont PÉglise même semble aujourd'hui lui faire honneur. Au contraire, il a voulu que Marie fût d'un sang noble et royal : pourquoi? pour faire éclater, dit saint Chrysos* tome, la vertu de sa grâce, et pour donner aux grands du monde cette consolation dans leur état, non-seulement que la grandeur peut servir de fonds à la plus éminente sainteté, mais que la sainteté, pour être éminente, ne trouve point de fonds qui lui soit plus propre que la grandeur : pour leur marquer que, selon le dessein de la Providence, ils peuvent, sans rien confondre , être grands et être saints; mais qu'ils ne sont grands que pour être saints, et que plus ils sont grands, plus ils sont capables d'honorer Dieu, quand ils sont saints.

Divine leçon que leur fait aujourd'hui le Saint- Esprit , en leur proposant la généalogie de la mère de Dieu, comme la plus auguste de l'univers. Mais cette leçon , qui ne regarde que les grands , n'aurait pas assez d'étendue. Je parle donc à tous sans excq»tion, puisqu'il n'y a point de juste sur la terre, de quelque condition qu'il soit, qui n'ait droit de dire comme chrétien : Je suis né de Dieu, et cette grâce qui me sanctifie, n'est rien moins dans moi^ qu'une participation de la nature de Dieu. C'est l'idée que diacnn de nous, sans présomption, peut et doit avoir de soi-même, s'il est en grâce avec Dieu , puisque Dieu , en termes exprès , nous le témoigne par le premier de ses apôtres : Utper hœc effidamifd divinœ consortes naturœ. (3. Pstb., 1 .) Quelque languissante que soit notre foi , si nous raisonnions et si nous agissions suivant ce principe , en faudrait-il davantage pour la ranimer? Voyez, mes firères , disait saint Jean , exhortant les premier-s fidèles ( et pourquoi dans le même sens ne vous le dirais- je pas aujourd'hui? ), voyez quel amour le Père , qui est notre Dieu , nous a marqué en voulant qu'on nous appelât ses enfants , et que nous le fussions en effet : Fideie qualem charitatem dedU Pater nohis , utfilii Dei nominemur et simtu. ( 1. JOAN. , 8. ) Mais voyez aussi , ayoutait-il , et dois-je ajouter, quel retour de zèle, de ferveur, de reconnaissance , demande cette charité d'un Dieu ; voyei

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à quelle pureté de mœurs die tous engage; voyez Tobligation qu'elle vous impose de vous sanctifier en esprit et en vérité , pour n'être pas indignes de cette adoption , qui vous donne un Dieu pour père ; voyez si c'est trop exiger de vous , quand Dieu prétend que pour cela vous oeBiei d'être des hommes diamels,etqiie vous commenciez àvirreenhom* mes raisonnables; voyez si toute la perfection con* tenue dads la loi chrétienne est trop poar des enfants de Dieu ; Fidete. Ah i Seigneur^ s^écriait saint Léon , pape> méritons-nous de porter un si beau nom, si nous venons à le flétrir, oubliant la noblesse de notre origine, pour nous laisser dominer par des vices honteux ; et ne faut-il pas que nous renoncions pour jamais à rhonneur de vous appartenir, si nous marchons encore dans les voies corrompues du siècle? Être enfant de Dieu, et succomber à toutes les passions de l'homme, et ^e sujet à toutes les faiblesses de l'homme, et s'abandonner aux désirs déréglés de l'homme , ne serait-ce pas un monstre dans l'ordre de la grâce ? C'est néanmoins , mes chersauditeurs,cequi doit confondre tant d'âmes mondaines , etjsur quoi je veux bien me promettre que, dans l'esprit d'une sainte componction , chacun s'appliquera de bonne foi à reconnaître devant Dieu son injustice et à la pleurer. Poursuivons.

En vertu de la grâce qui nous sanctifie comme enfants de Dieu, nous sommes les héritiers de Dieu, et les cohéritiers de Jésus-Christ dans le royaume de Dieu : Si avtemfilH, ethœredes; hœredes qu(^ dem Del, cohmredes autem ChrisU. (Rom,, 8.) Héritiers de Dieu, parce que Dieu , dit saint Augustin^ ne nous a point promis d'autre héritage que la possession de lui-même. Or, c'est la grâce sanctifiante qui nous assure cet héritage céleste; et Dieu , le meilleur et le plus libéral de tous les pères , ne peut nous le refuser, tandis que sa grâce est en nous, et que nous sommes en grâce avec lui. Cohéritiers de Jésus-Christ; car nous devenons capables, non-seulement de posséder, mais de mériter le royaume de Dieu , et de le mériter par autant de titres que nous pratiquons de bonnes œuvres, et que nous faisons d'actions chrétîeno»! : puisqu'B est encore de la foi, que toutes nos œuvres élevées, sanctifiées , et comme divinisées par la grâce, nous servent de mérite pour la gloire; que chacune, en particulier, est pour nous comme un droit acquis à cette gloire ; que les plus viles et les plus basses en apparence ont une sainteté proportionnée à cette gloire; qu'à un verre d'eau donné pour Dieu, est dû, par justice et par récompense, un degré de cette gloire; et qu^ainsi la vie du juste sur la terre devient un mérite continuel, dont Dieu, selon saint Paul, veut bien être dès maintenant le dépositaire , ponr en ê^ éternellement le rémunérateur. Il est vrai : mais aussi , renversant la proposition , conduez

de là, quelle perte ait on pécheur qui Tient à déchoir de l'état de grâce, puisqu'il n'est pas moins de la foi , que hors de cet état toutes nos œuvres sont des ceuvres mortes , de nul prix devant Dieu , et incapables de nous obtenir la récompense des élus de Dieu. Ce n'est pas que, dans l'état du péché , quoique privés de la grâce habituelle , nous ne puissions faire des actions louables et vertueuses , des actions saintes et surnaturelles , des actions même utiles pour le sahit, puisqu'au moins elles peuvent nous servir de dispositions pour nous convertir à Dieu : mais je ne vous instruirais pas à fond de votre religion, si je ne vous avertissais que toutes ces actions , quoique saintes , quoique surnaturelles , quoique utiles, hors de l'état de la grâce ne méritent rien pour le ciel ; que Dieu ne nous en tiendra jamais oompte dans l'éternité, et qu'au lieu qu'étant consacrées par la grâce, elles nous auraient acquis des trésors de gloire; du moment qu'elles n'ont pas cet avantage, elles ne peuvent nous conduire à ce royaume, que Dieu, comme juge équitable, réserve à ses amis. Or, ma douleur est de voûr des chrétiens insensibles à de si importantes vérités, des chrétiens qui perdent la grâce tranquillement, qui la perdent sans diagrin et sans trouble, et qui par là ne montrent que trop leur peu de foi et même leur secrète irréJigion. O homme! concluait le grand saint Léon, indigné du scandale que je dé* plore, et touché d'un m prodigieux aveuglément, ù homme! qui que vous soyez, reconnaissez donc aujourd'hui votre dignité , et , sanctifié conmie vous l'êtes par la gréoe qui vous associe à la nature divine , ne retombez pas dans voU« première bassesse : jégmosce, o homo, dignitatem imm, et cUvinss coHsors foetus naiur», noU in veterem vilitattm degeneri conversatione redire. (Leo.) Mais il faut pour cela, mes chers auditeurs, que, nous appliquant l'exemple de Marie, nous apprenions ce que nous devons à la grâce : c'est la dernière partie.

Cest me vérité, du*étiens, qui ne peut être contestée, qu'après Jésus-Christ, l'exemple de Marie, sa mère, est l'idée la plus excellente que nous puissions nous proposer pour ta conduite de notre vie. A quoi j'ajoute , en particulier, que Pusage qu'a fait Marie de la grâce de sa conception , est le modèle le phis parfait que Dieu pdt nous mettre devant les yeux pour nous apprendre l'usage que nous devons faite de la grâce de notre sanctifies* tien. Cest, mes chers aod^eurs, ce qui va vohs paraître évident, par la comparaison de ces de« grâces, on phitêt par l'opposition que je remarcpi entre Marie et nous, touchant la correspondanc et la fidélité dues à ces deux grâces» -Op^siUo

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qoi d'âne part nous confondra, mais qui de l'autre nous itïstruira, et dont il ne tiendra qu'à nous de tirer les règles les plus solides ^t les plus sûres d*ane TÎe chrétienne.

Car, prenez garde, s'il vous plaît; Marie, quoique exempte de toute faiblesse, et confirmés eq grâce dans sa conception , n'a pas laissé de fuir le monde et la cocraption du monde. Marie, quoique conçue avec tous les privilèges de l'innocence, n'a pas laissé de vivre* dans l'austérité et dans les rigueurs de la pénitence. Marie, quoique remplie du Saint-Esprit dès l'instant de son origine, n'a pas laissé de travailler; et sans mettre jamais de bornes à sa sainteté, elle a toujours été croissant en vertus et en mérites. Quelles conséquences pour nous, qui gommes , il est vrai , soit dans le baptême, soit dans la pénitence, régénérés et justifiés par la grâce, mais par une grâce qui n'a ni la stabilité de celle de Marie, ni son intégrité, ni sa plénitude; ou plutôt, par une grâce dont les caractères sont tout différents de celle de Marie! je veux dire par une grâce qui , toute puissante qu'elle est , se trouve exposée à nos inconstances et à nos fragilités; qui, toute sanctifiante qu'elle est, n'étant pas une grâce d'innocence, ne nous dispense pas de l'obligation de pleurer et de nous mortifier; qui , toute abondante qu'elle est, n'empêche pas qu'il ne reste encore dans nous «n vide , je dis un vide de mérites que Dieu veut que nous remplissions par nos actions et par nos ceuvres! Cependant , malgré la différence de ces caractères , nous bous obstinons à n'en croire que notre propre sens ; et suivant des maximes et des voies contradictoirement opposées à celles de Marie, quoique fragile^ et sujets à tous les désordres d'une natulre corrompue , nous nous exposons témérairement aux piitfjdangereuses tentations du monde. Quoique conçus dans le péché et dans l'iniquité, nous prétendons vivre dans la mollesse et dans le plaisir; quoique dénués de mérités et de vertus , nous arrêtons le don de Dieu , et nous retenons sa grâce dans l'oisiveté d'une vie mondaine et inutile. N'apprendrons-nous Jamais à nous conduire selon les lois de. cette parfaite sagesse, qui, comme parle l'Évangile , doit nous rappeler, tout pécheurs que nous sommes, à la prudence desjustes? et Dieu pouvait-il nous y engager par des raisons plus fortes et plus pressantes que celles-ci , qui sont les suites naturelles du mystère que nous célébrons?

Marie , sanctifiée dès sa conception , n'a Jamais perdu la grâce qu'elle avait reçue de Dieu : je ne m'en étonne pas. Non^seulement elle ne l'a Jamais perdue, mais elle n'en a Jamais terni le lustre par le moindre péché. Ainsi , selon le témoignage et la décision d«i concile de Trente , l'a toujours cru toute l'Église : Quemadmoduni de beata Hrgine feneê

Ecclesia. {Concil. TVfe?.) Ce n'est point encore ce qui me surprend ; mais ce que j'admire et ce qui fait le sujet de mon étonnement, c'est de voir la circonspection, l'attention, la vigilance avec laquelle Marie a conservé cette grâce, qu'elle ne devait jamais perdre, et même qu'elle ne pouvait perdre, l'ayant ménagée avec autant de précaution que si elle eût couru tous les risques; s'étant pottr cela, dès sa plus tendre enfance , séparée du monde ayant renoncé pour cela à tout commerce et à tout engagement avec le monde; ayant consacré pour cela les prémices de sa vie par un divorce solennel et éternel avec le monde; ayant vécu pour cela daiis un si parfait éloignement du monde, que la vue même d'un ange la troubla , parce qu'il était transfiguré en homme : voilà , dis-je , ée qui me jette dans l'admiration. Car enfin , la grâce de la conception de Marie était à l'épreuve de la corruption du monde; c'était une grâce solide, que toute l'iniquité du monde ne pouvait altérer ni ébranler : et la même théologie qui nous enseigne que la mère de Dieu ne pécha jamais , nons apprend qu'elle était impeccable parla grâce, comme Jésus-Christ l'était par nature; parce qu'à l'instant même qu'elle fut conçife, Dieu la confirma et la fixa dans l'état de la sainteté. Le monde, tout perverti qu'il est, n'avait donc rien de dangereux pour elle. En quelque occasion qu'elle se fût trouvée, elle aurait donc pu marcher sûrement; et la grâce qu'elle portait dans son cœur n'aurall pas phiB été souillée de totls lès désordres et de tous les scanMefl du monde, que le rayon du m^ leil , de la boue quTtl éclaire et qu'il pénètre sans m contracter Timpurèté. Mais c'est en cela même que la eondm'te dé cette reine des vierges devient aujourd'hui notre exemple, et que son exemple, par l'énorme contrariété qui se rencontre entre elle et noua, est une conviction seule capable de noua confondre devant Dieu. Car voici, chrétiens, en quoi je la fais consister. Marie , en vertu de sa conception , possédait une grâce inaltérable , et , comme paHerft les théologiens, inamissSble ; cependant elle marcha toujours dans l'étroite voie de la crainte du Seigneur : et nous, tout faibles que nous sommes, nous nous exposons témérairement à tous les dangers. Nons portons , comme dit l'apôtre, le trésor de la grâce dans des vases dé terre, c'fest-à-dîre, dans des corps mortels et corruptibles : ffabemus thesattntm istum în tasis fictîlibus (2. Cor,, 4); et nous ne craignons rien. Nous le portons, ce riche et précieux trésor, dans un cbemin glissant , parmi des ténèbres épaisses, au milieu dès écueils et des précipices, potrrsulvis d'autant de démons qu'il y a d'ennemis de notre salut qui cherchent à nous l'enlever; et rien de tout cela ne nousr^sd plus attentifs et phis vigilants. Je ne sais si je m'expKuue assez , et je n^ puis trop Insister «jir ce

SUR LA aWCEPnON DE LA VIEBGE.

parallèle. Marie, qui , par la grâce de son origine , était exempte des faiblesses du péché, s'est néanmoins , par zèle et par amour de ses devoirs , éloignée des occasions du péché; et nous, à qui notre faiblesse fait souvent de ces occasions autant de péchés, nous nous y jetons présomptueusement, et nous y demeurons opiniâtrement. Marie, à qui Dieu, dans sa conception, avait donné un préservatif Infaillible contre le monde, se tint néanmoins dans une entière séparation du monde; et nous, qui savons par tant d'épreuves combien le monde est contagieux pour nous, bien loin de le fuir, nous Taimons, nous nous y plaisons, nous nous y intriguons, nous nous y poussons ; outre les engagements légitimes que nous y avons par la nécessité de notre état, nous nous en faisons tous les jours de volontaires et de criminels.

. Or, c'est en quoi paraît notre présomption , de vouloir que Dieu fasse continuellement pour nous des miracles. Il n'en a fait qu'un pour sanctifier Marie, et nous voudrions qu'il en fit sans cesse de nouveaux pour nous conserver. Comme ces trois jeunes hommes dans la fournaise de Babylone, au milieu des flammes qu'allume partout l'esprit impur, nous voudrions qu*il nous soutînt en mille occasions où la curiosité nous porte, où la vanité nous conduit, où la passion nous attache, ou nous nous trouvons contre l'ordre du ciel, et où la grâce même des anges ne serait pas en sûreté. Nous voudrions, avec une grâce aussi peu stable que la n6tre, être aussi forts et avoir les mêmes droits que Marie avec la grâce saine et entière de sa conception ; et ce que Marie n'a pas osé dans l'état de cette grâce privilégiée, nous l'osons dans le triste état où le péché nous a réduits. Mais abus, chrétiens; le prétendre ainsi, c'est nous aveugler et nous tromper nous-mêmes. Si cela était, les saints auraient pris, pour ne pas risquer la grâce de leur innocence, des mesures bien peu nécessaires. En vain l'Esprit de Dieu qui les gouvernait, leur aurait-il inspiré tant de haine pour le monde ; et en vain ce même Esprit nous proposerait-il la sainteté de Marie comme une sainteté exemplaire, puisque, sans nous séparer du monde, et sans le combattre, il nous serait aisé, au milieu du monde même, de nous maintenir dans la grâce. Non , Aon , il n'en va pas de la sorte. La grâce qui nous rend amis et enfants de Dieu , est une grâce que nous pouvons perdre, et par conséquent nous devons veiller avec soin sur cette grâce, prêts à exposer tout le reste pour elle , parce qu'elle est la vie de notre âme , et déterminés à ne l'exposer jamais, parce qu'en la perdant nous perdons tout. Elle nous est enviée par le démon , et c'est ce qui nous doit rendre plus circonspects : de puissants ennemis Tattaquent dans nous, et c'est à nous de nous en défendre s et puisqu'il a plu au Seigneur de nous

souoMttre à cette nécessité d'avoir toujours let armes à la main , il faut de cette nécessité , quelque gênante qu'elle puisse être, nous faire un mérite et une vertu : cela nous obligera à opérer notre salut avec crainte et avec tremblement; ainsi le prétendait saint Paul. Il faudra renoncer à un certain monde : heureux si par là^nous assurons le talent que Dieu nous a confié I Dû ne nous dit pas qu'il faille renoncer à tous les engagements du monde : car il y en a qui sont d'un devoir indispensable, el ceux-là n'ont rien d'incompatible avee la grâce; mais on nous dit qu'il faut renoncer à ceux qui n'ont point d'autre fondement que la passion, que le plaisir , que la sensualité, parce que la grâce, toute sanctifiante qu'elle est, ne peut subsister avec eux. On ne nous oblige pas à fuir le monde en général , mais on nous oblige à fuir un monde particulier qui nous pervertit et qui nous pervertira toujours, parce que c'est un monde où règne le péché, un monde d*où la charité est bannie, un monde dont la médisance fait presque tous les entretiens, un monde où le libertinage passe non-seulement pour agréable, mais pour honnête, un monde dont nous ne sortons jamais qu'avec des consciences ou troublées de remords , ou dargé^ de crimes ; un monde au torrent duquel nous sentons bien que nous ne pouvons résister.

Voilà l'essentielle et importante vérité que nous prêche Marie par son exemple, et c'est à vous, âmes fidèles, dont elle a hono^ le sexe, de vous l'appliquer personnellement! car l'exemple de Marie est fait pour vous ; et quand saint Ambroise parlait aux femmes chrétiennes de son siècle, c'était la règle qu'il leur proposait. Considérez Marie, leur disait-il ; il n'y a rien dans sa conduite qui ne vous instruise. Voyez avec quelle réserve et avec quelle modestie elle reçut la visite d'un ange; et vous apprendrez comment vous devez traiter avec des biwimes pécheurs 1 C'était un ange, mais sous une figure humaine; et voilà pourquoi elle prétendit avoir raison et même obligation de se troubler. C'était le ministre de Dieu , l'ambassadeur de Dieu ; mais elle savait qu'une épouse de Dieu doit se défier des serviteurs de Dieu même. Elle était confirmée en grâce, et le Seigneur était avec elle; mais il n'était avec elle, reprend saint Ambroise, que parce qu'elle ne pouvait être sans peine avec tout autre qu'avec lui; et elle n'était confirmée en grâce, que parce qu'elle était confirmée dans la défiance d'elle-méaie. Voilà le modèle et le grand modèle sur lequel Dieu vous jugera , mais sur lequel j'aime l»en mieux que vous vous jugiez dès aujourd'hui vous-mêmes. Par là , je dis par votre conformité à ce mod^, et par le soin que vous aurez d'imiter cet exemple, votre conduite sera telle que la veut sanH Paul , inépréhensible et sans tache ; par là votre tépotation, dont

SUR LA œNCEPTION DE LA VIERfiE.

TOUS êtes responsables à Dieu et aux hommes, se . trouvera à couvert de la médisance; par là vous se- ] rez au-dessus de la censure , et le monde même vous respectera ; par là cesseront tant d'imprudences malheureuses qui sont le scandale de votre vie; tant de libertés que le monde même, tout corrompu qu'il est, ne vous permet, ne vous pardonne pas; tant de conversations dont ta licence n'aboutit qu*à l'iniquité : par là les bienséances les plus exactes et les plus sévères vous deviendront dans la pratique aussi douces qu'elles vous semblaient importunes et fatigantes; par là votre régularité confondra le libertinage, et votre piété sera un ' piété solide : car qu'est-ce que votre piété sans cette régularité, sinon tm fantôme que Dieu réprouve, et dont les hommes font le sujet de leurs railleries ? En un root , vous réglant sur l'exemple de Marie, vous sanctifierez le diristf anisme dans vos personnes : car je vous l'ai déjà dit plus d'une fois, mesdames, et j'ose encore une fois vous le Yedire; c'est de vous, et presque uniquement de vous que dépend le bon ordre et la sanctification du christianisme; j'en appelle là-dessus à vos propres connaissances : et pour vous con- ▼ainore de cette vérité, je ne veux point d'autres témoins que vous-mêmes.

Cependant Marie n'ayant jamais perdu , ni même souillé par le moindre péché , la grâce de sa conception', selon les lois communes, ne devait-elle pas être exempte des rigueurs de la pénitence? Tel était sans doute le privilège de son état, mais prétenditelle en jouir? Non , mes chers auditeurs. Mère d'un fils qui, sans avoir connu le péché, venait au monde pour être la victime publique du péché, elle voulut avoir part à son sacrifice. Mère d'un Dieu qui , étant Finnocence même, venait par sa mort faire pénitence pour nous, elle se fit un devoir et un mérite d'entrer dans ses sentiments : elle ressentit comme lui les péchés des hommes , elle les pleura ; et la douleur qu'elleen conçut, selon l'oracle de Siméon, fut comme une épée qui perça son âme et qui déchira son cœur« Quoique sainte et remplie de grâce, elle passa ses jours dans la pénitence la plus austère : et c'est ce que nous avons de la peine à comprendre. Mais ce que je comprends encore moins , c'est que des pécheurs , et des pécheurs chargés de crimes , par une conduite directement opposée, veuillent goûter toutes les douceurs de la vie. Car voilà notre désordre : déchus de la grâce de l'innocence, nous en voulons avoir tous les avantages; conçus dans le péché, nous n'en voulons pas subir les châtiments, ni prendre les remèdes. Les avantages de l'innocence sont le repos, la tranquillité , le plaisir, la joie; je dis une joie pure, sans disgrâce et sans amertume. Or, n'estce pas là ce que nous cherchons avec tant d'empressement et tant de passion ; et à nous entendre

SOURDAUKIB. —TH.

parler, à nous voir agir, ne dirait-on pas que nous y avons droit? Au contraire, l'assujettissement, le travail, Thumiliation , la souffrance, les larmes , selon rapôtre, sont le juste payement et la solde du pédlÀtStipendiapecccUi {Rom., 6); mais qu'a vous-nous plus en horreur? de quoi cherchons-nous plus à nous préserver? et nous prêcher une telle morale, n'est-ce pas, à ce qu'il paratt, nous offenser? La pénitence, disent les conciles, est comme le supplément et comme le recouvrement de la grâce de l'innocence; et malgré la perte de notre innocence, nous ne voulons point de pénitence. Si Dieu nous la fait faire par lui-même nous en murmurons : si cette pénitence se trouve attachée à nos conditions, nous nous la rendons inutile; d*une pénitence salutaire qu'elle pouvait être, nous nous en faisons une pénitence forcée; et voilà, mes chers auditeurs, TOtre malheureux état. Car où voit-on plus de sujets et de matière de pénitence qu'à la cour; et en même temps où voi^on dans la pratique moins de pénitence chrétienne qu'à la cour ? Là où le péché abonde, c'est là, par un renversement bien déplorable, que je trouve moins la vraie pénitence, et que règne avec plus d'empire l'orgueil de l'esprit, la mollesse des sens , et l'amour de soi-même.

Enfin , par une dernière opposition entre Marie et nous , quoique la grâce de sa conception fdt une grâce surabondante et presque sans mesure , Marie néanmoins n'en est pas demeurée là; mais toute^ son application, tandis qu'elle vécut, fut d'augmenter cette grâce, croissant tous les jours de mérite en mérite, de sainteté en sainteté : et nous en qui la grâce même laisse un si grand vide, nous n'avons nul zèle pour le remplir; nous nous contentons de ce que nous sommes : pour un homme du monde , dit-on , pour un courtisan , il n'en faut pas davantage. Et qui sonunes-nous pour borner ainsi' la grâce de notre Dieu : Qui mtis vos? (Judith, 8.) Si Dira veut se servir de nous , et s'il demande do nous plus de perfection , pourquoi ne lui obéironsnous pas , et pourquoi faudra-t*ii que sa main et sa miséricorde soient raccourcies par notre infidélité? Ah! chrétiens, la consistance dans la grâce n'est que pour la gloire. Dans cette vie , ou il faut croître, ou il faut déchoir, Cest ce que saint Paul enseignait aux premiers fidèles. Croissez, mes frères, leur disait-il , dans la science de Dieu ; croissez dans son amour et dans sa grâce; croissez dans la foi et dans toutes les vertus; sans cela vous êtes dans la voie de perdition. Or, pour croître de la sorte , il faut agir; et c'est ce qu'a fait Marie. Sans laisser jamais la grâce oisive, die Ta rendue agissante, fervente, appliquée à de continuelles pratiques de piété et de charité. Mais quelles bonnes ceuvres pratiquez-vous, et à quels devoirs de charité

SUR LA CONCEPnON DE LA VIERGE.

rs les pauvres vous adonnez-vous? S'il y a jur vous un moyen sûr et infaillible de persévérer dans la grâce, aa milieu du monde où vous vivez, c'est celui-là. Car au lieu que saint Bernard vous déclare, et avec raison, que quoique vous fassiez, vous ne conserverez jamais Thumiltté dans le luxe , la chasteté dans les délices, la piété dans les intrigues et dans les vaines occupations du siècle Je vous dis, pour votre consolation, qu'en donnant vos soins aux pauvres de Jésus-Qirîst , et en vous employant pour eux, vous corrigerez votre délicatesse par la vue de leurs misères , votre vanité par les services que vous leur rendrez, votre froideur et votre indévotion par la sainteté de cet exercice, et qu'ainsi, malgré les périls mêmes de votre état, mettant cette grâce en œuvre et la faisant agir pour Dieu , vous la sauverez pour vous-mêmes. Et de quoi nous sert-il, mes chers auditeurs, de posséder cette grâce si précieuse, et de n'en faire aucun usage?

C'est done ainsi que Mane a honoré la grâce , et que nous devons l'honorer. Quand Tertullien parle de la défiance salutaire que nous devons avoir de nous-mêmes pour nous préserver du péché, il dit un beau mot, savoir : que la crainte de l'homme est alors un respect et un honneur que l'homme , en vue de sa faiblesse et par esprit de religion , rend humblement à Dieu : Timor hominis honorDei (Tebtull) ; parce qu'en effet rien n'est plus honorable à Dieu que cette circonspection de l'homme, et cette attention non-seulement à ne point offenser son Dieu, mais à ne courir pas même volontairement le moindre risque de perdre sa grâce. Et le même Tertullien expliquant davantage sa pensée, dans l'exemple de certains pécheurs qui , sortis de leurs désordres et des occasions malheureuses où ils s'étaient engagés , y renoncent pour Jamais et de bonne foi , semblables à ceux qui, s'étant sauvés d'un naufrage, disent un éternel adieu à la mer; il ajoute que ces pécheurs honorent le bienfait de Dieu et la grâce de leur conversion, par le souvenir efficace du danger qu'ils ont couru : Et bene/icium Dei, sa* lutem suam scilicet, memoria pericuU honorant, (Ibld.) Faisons encore plus : comme Marie, ne nous contentons pas d'honorer la grâce en la conservant, mais honorons-la en lui laissant toute son action; honorons-la en lui faisant prendre tous les jours de nouveaux accroissements, et en lui disposant pour cela nos cœurs.

C'est dans oette sainte résolution , ô glorieuse mère de mon Dieu ! que nous vous présentons nos vœux; et que, touché d'un zèle particulier comme prédicateur de l'Évangile, j'ose vous présenter les miens, non-seulement pour attirer sur tous mes auditeurs les effets de votre protection , mais tân

que Dieu, par votre intercession toute-puîssante, sanctifie l'auguste mariage qui fait maintenant le sujet de notre joie ». C'est votre ouvrage , sire; et par l'intérêt que l'Église et la religion, aussi bien que l'État, y doivent prendre, le devoir de mon ministère m'oblige Ici à vous eu féliciter. Le jeune prince que vous éleviez , et que la Providence a destiné pour être dans la suite des temps assis sur le trône, formé par vous, était déjà le prodige de son âge et l'admiration de la cour. Dans la première fleur de ses années, capable déjuger de tout, intelligent, savant, pénétrant, plein d'une solide raison, et, ce qui est encore plus, d'une solide religion , aimant le bien , ayant en horreur l'injustice et l'impiété , né avec des inclinations toutes royales, équitable, humain, généreux, ce prince était déjà parvenu à être, non plus l'espérance, mais la consolation de Votre Majesté. Il lui fallait une princesse digne de lui : Votre Majesté l'a trouvée. Nous la voyons, et j'ai l'honneur d'être le premier qui , dans le haut rang où elle nous paraît aujourd'hui, lui annonce les vérités du salut. Il me suffirait pour faire en deux mots l'éloge de cette princesse , de dire que Votre Majesté l'a préférée à toutes les princesses de l'Europe; et que, toute jeune qu'elle est, elle a su gagner votre estime. Mais il n'est pas ici question de faire Téloge de la princesse , il s'agit de rendre grâce à Dieu de nous l'avoir donnée, et de lui faire connaître à elle-même les desseins de Dieu sur elle. Elle nous a apporté la paix, et par là sa personne nous doit être chère ; mais nous nous promettons encore quelque chose de plus important. On admire en elle des qualités qui la rendent par* faite selon le monde; on est charmé de ses manières, de la vivacité de son esprit, de la maturité de son jugement , de cette science du monde si avancée, de ce talent qu'elle a de savoir plaire à qui elle doit plaire : mais pour moi qui ne dois avoir égard qu'à ce qui la rend parfaite selon Dieu , je bénis le ciel de nous avoir donné dans sa personne une princesse chrétienne', une princesse qui , instruite de la religion qu'elle professe , fera son capital de la pratiquer; qui, occupée de ses devoirs, n'aura rien, shre, plus à cœur que de seconder le zèle de Votre Majesté, que de se conformer en toutes choses à ses intentions , que de mériter les bonnes grâces de Monseigneur, que d'édifier le prince son époux, que de servir de modèle à toutes les princesses de la cour, que de leur inspirer, par sa conduite, l'amour de la vraie piété , que de leur en donner le goût; une princesse, qui, s'élevant au-dessus de la vanité, emploiera le discernement et les lumières dont Dieu Ta pourvue, à démêler la vérité d'avec

< Le père Boordaloue fit oe eoiApUment au roi deux joan après le mariage de toousdgoeur le doc de Boargogne.

SDR L'ANNONCIATION DE LA YIERGB;

k mensonge y à éloigner de soi la flatterie , à se préifenrer de renreor, à ne pas donner dans le pïége des passions d*aiitrui , à étire en garde contre Tintrigoe, à ne se pas hisser séduire par la médisance, à tannir le libertinage de sa maison, à en exterminer le Tioe, à y maintenir la probité, à y faire craindre et honorer Dieu; une princesse dont bientôt les exemples seront plus paissants <|ue toutes mes paroles , pour établir dans cette cour le règne des ferttiis, et qui , marchant sur les pas de ces grandes reines et de ces yertueuses princesses dont la mémoire toute récente est encore parmi nous en bénédiction , sera comme elles la protectrice déclarée des intérêts de Dieu , la mère des pauvres, le refuge et Tasile des malheureux. Voilà , plus que son rang, ce qui me la rend vénérable , et ce qui me fait dire comme le serviteur d* Abraham, lorsque, voyant pour la première fois réponse du fils de son maître, il s'écria , dans un transport d'admiration et d'action de grâces : Ipsa est mulier, quam prœparavit Domînus fiHo domini mei {Gènes., 24) ; Oui , la voici , celle que Dieu , par son aimable providence , a choisie pour être l'épouse du fils de mon seigneur : Pilid domini mei. Ces paroles d'Éliézer forent une espèce de prédiction , qui s'accomplit dans la suite par l'abondance des grâces que Dieu répandit sur la maison d'Abraham et sur le mariage dlsaac. Faites , 6 mon Dieu , que ces mêmes paroles , appliquées à notre invincible monarque et à son auguste famille, soient suivies des mêmes effets- et puisque vous êtes Fauteur de cette glorieuse alh'ance qui vient de mettre le comble à notre bonheur, versez sur les deux royales personnes qu'elle a unies d'un lien si sacré vos plus singulières faveurs, non-seulement par les prospérités temporelles dont ils méritent d'être comblés, mais encore plus abondamment par les grâces du salut qui feront pour l'un et pour l'autre le principe d'une éternité bienheureuse que je leur souhaite, au nom du Père, etc.

SERMON

L'ANNONCIATION DE LA VIERGE

Dlxit autem Maria ad Angelnm : Bece aneilla Domini; fiai mihi secundum perimm tmim.

Alors Marie dit à TAnge : le sais la serrante du Seigneur ; quil me aolt fattidoD votre parole. Sautt Uk: l. cbap. l.

SiBE ,

C'est de cette réponse de Marie que dépendait Tacconiplissement du glorieux mystère que nous célébrons. Ce consentement était, dans l'ordre des décrets éternels de Dieu , une des conditions re-

quises pouc l'incarnation du Terbe; et voilà , chers auditeurs, l'essentielle obligation que nom avons à cette reine des vierges, puisqu'il est de la foi que c'est par elle que Jésus^rist noua a été donné, et à elle que nous sommes redevables de ce Dieu sauveur. Car si le Fils même de Dieu descend de sa gloire; si dans les chastes entrailles de Mérie^ il vient , pour le salut des hommes, se fùre hommOf c'est au moment qu'elle a dit, et parce qu'elle a dit: Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fut selon votre parole : Ecce anciUa D0mini;<fia^ mihi secundum verbum iuum. Ne séparons donc point dans ce discours la mère du fils et le fils de la mère : ne séparons point l'éloge de Marie du mystère adorable et incompréhensible de l'Homme-Dieu; mais tâchons à tirer de l'un et de l'autre de quoi nous instruire et de quoi nous édifier. Saint Au* gustin disait que, pour parler dignement et utilement du Verbe incarné dans le sein de la Vierge, il fallait que la parole de Dieu s'inearnât en quelque sorte tout de nouveau dans la bouche des prédicateurs, et quele ministre de l'Évangile devaitavoir le même zèle que saint Paul , pour pouvoir dire à ses auditeurs comme cet apôtre : Filioli mei, quos iterum parturio, donec formetur in vobis Christus {Ga" iat.y 4); Mes chers enfants, pour qui je me sens pressé des mouvements les plus vifs d'une tendresse paternelle , jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en vous. C'est la grâce qui m'est aujourd'hui néces* saire. Il faut qu'à l'exemple du Docteur des nations, je travaille à former Jésus-Christ dans vos âmes^ et que vous conceviez spirituellemetit le Verbe de Dieu , tandis que je vais vous annoncer sa conception substantielle et véritable. Nous avons besoin pour cela des lumières du Saint-Esprit, qui survint dans Marie; et c'est par l'intercession de cette Vierge toute-puissante que noiis les devons deman* der : j4ve. Maria,

C'est le sentiment de tous les Pères de l'Église que Marie , sans avoir pu proprement mériter que le Verbe divin s'incarnât , a pu néanmoins , par sa correspondance aux desseins de Dieu , servir à l'accomplissement de ce mystère Ineffable. Car, an moment qu'il fut sur le point de s'accomplir, elte s'y trouva préparée par des sentiments intérieim et par des vertus qui la rendirent non-seulement digne, mais la plus digne et la seule digne d'étrt la mère du Rédempteur. C'est pour cela que Diea Favait comblée de tant de grâces; pour cela qtt'U Tavait préservée de tout péché; pour cela que* dès ses pins tendres années , elle s'était séparée dn monde; pour cela qu'en se présentant dans le temple, elle s'était elle-même consacrée à Dieu, parce qu'elle était dès lors destinée à être le temple vivent et le sanctuaire de Dieu. Le point est de savoir quelles furent en particulier ces dispositions de

SUR L'ANNONCIATION DE LA VIERGE

Marie, età quoi Dieo eutturtoot égard pour la faire entrer en partieipation de ce mystère, et pour Fékver à la maternité divine. Les ons prétendent que cefutpar son humilité profonde, par son obéissance héroïque, par sa parfaite soumission aui ordres de Dieu , qu'elle trouva grâce devant Dieu. Les autres attribuent cette grâce, ou, pour mieux dire, cette gloire qu'elle reçut de Dieu, à sa pureté angélique, par où elle était déjà, comme vierge, l'épouse de Dieu. Joignons, chrétiens, l'une et l'autre ensemble , et disons avec saint Bernard, que cette vierge Incomparable conçut le Verbe de Dieu , et par son humilité, et par sa virginité : FirginUate phcM ^ kumiUUUeconcepU, ^ebn.) Cest à cette pensée que je m'attache avec d'autnnt plus de raison, qu'elle me paraît fondée sur les paroles de mon texte, puisqu'il est constant que la disposition la plus prochaine qu'apporta Marie à l'incarnation de Jésus-Christ fut le consentement qu'elle donna à la parole de l'ange, tn lui disant : Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole. Or, ce consentement fut tout à la fois, et une protestation sincère de son humilité, et une solennelle profession de sa virginité. Car, en se reconnaissant la servante du Seigneur, elle s'humilia ; et , en ne voulant accepter l'honneur de la maternité divine qu'à condition que tout s'accomplirait selon la parole de l'Ange, c'est-à-dire par l'opération du Saint-Esprit, elle déclara non-seulement qu'elle était vierge, mais qu'elle voulait toujours Fétre. Ainsi, il est vrai de dire qu'elle conçut ce Dieu de gloire , et par rhumilité de son cœur, et par la pureté de son corps : par rhumilité de son cœur, qui , de la condition d'une simple fille , réleva jusqu'à la dignité de mère de Dieu ; ce sera la première partie : par la pureté de son corps, qui , comme parle saint Ambroise, eut le bonheur d'attirer sur la terre le Verbe de Dieu; ce sera la seconde partie. Donnez -moi, s'il vous platt, une favorable attention.

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