‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 133 sur 225 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

«Considérer dans Tassomption de Marie une vierge triomphante, une reine couronnée, une créature élevée au-dessus de tous les ordres des esprits bienheureux , et placée dans le rang de la gloire le plus éminent ; en un mot, une mère de Dieu béatifiée par le Dieu même qu'elle a conçu , et qu'elle a eu ITioàneur de porter dans ses chastes entrailles : je l'avoue, chrétiens, c'est quelque chose de grand, quelque chose qui surpasse toute expression humaine, et sur quoi l'on pourrait bien s'écrier : O altiludo eftri- Uarum! (Rom,, 11)0 abtme des trésors de Dieu! C'est ce que TÉglise semble nous proposer d'abord dans cette solennité, et c'est là que nos réflexions sur ce mystère se sont peut-être jusques à présent terminées; mais si cela est, et si nous en sommes demeurés là , quelque auguste que nous ait paru ce mystère, j'ose dire que ni vous ni moi ne l'avons jamais-bien pénétré : car, il est vrai , voilà , mes chers auditeurs , ce qu'il y a dans l'assomption de Marie d'éclatant et de magnifique; mais l'esprit de la foi qui perce, comme dit saint Paul, jusque dans les secrets les plus intimes , et , pour user du terme de cet apdtre , jusque dans les profondeurs de Dieu , Etiam projfunda Dei (1. Cor, y 2), nous y découvre bien d'autres sujets d'admiration. En voici un, chrétiens, qui vous surprendra , mais qui vous édifiera; et qui , détrompant vos désirs , excitera dans vos cœurs les sentiments les plus vifs de Tespérance des justes. Appliquez-vous, s'il vousplatt.

Qu'est-ce donc que je conçois, ou qu'est-ce que je dois concevoir dans le mystère que nous célébrons ? Une mère de Dieu glorifiée , non point absolument et précisément parce qu'elle a été mère de Dieu , mais parce qu'elle a été obéissante et fidèle à Dieu , mais parce qu'elle a été humble devant Dieu, mais parce que, en vertu de ces deux qualités , elle a été singulièrement et par excellence la servante de Dieu. Voilà ce que je considère, dans son assomption , comme l'essentiel et le capital à quoi nous devons nous attacher; et c'est le précis

et le fonds de toute cette première partie. La proposition vous étonne, et vous avez peine à vous persuader que ce qui a élevé Marie à cette gbire incompréhensible dont elle prend possession dans le del, ne soit pas Texcellente prérogative qu'elle a eue sur la terre d'être la mère d'un Dieu. Car quel titre en apparence plus légitime pouvait-elle avoir, pour être reçue en souveraine dans le royaume de son fils, que d'avoir été sa mère ; et si elle avait à se promettre devant Dieu quelque distinction , d'où devai^ elle plutôt l'attendre que de cette divine maternité ? Cependant, chrétiens, il est de la foi que cette maternité , toute divine qu'elle est, n'est point proprement et dans la rigueur ce qui fait aujourd'hui l'élévation de Marie : car c'est ainsi que le Sauveur lui-même s'en est expliqué dans TÉvangile; et la déclaration expresse qu'il nous en a faite, est une preuve sans réplique. Vous l'avez cent fois entendue , mais peut-être ne Tavez-vous jamais méditée autant qu'il était nécessaire : écoutez-la donc , et ne l'oubliez jamais. Vous savez en quels termes cette femme dont parle saint Luc se sentit un jour inspirée de féliciter Jésus-Christ j lorsqu'elle s'écria que bienheureux était le sein qui l'avait porté, et les mamelles qui l'avaient nourri : Beatus venter qui te portavit, et uheraquœ suxisti! (Luc, 11.) Elle crut, aussi bien que nous, que la béatitude de Marie consistait à être la mère de ce Dieu incarné et fait homme : Beatus venter. Mais vous savez aussi de quelle manière Jésus-Christ la détrompa , et l'étonnante réponse quMl lui fit. Non, non, reprit cet Homme-Dieu ; vous l'entendez mal, et il n'en est pas comme'vous le pensez : Quinimmo; celle que je reconnais pour mère, et dans le sein de laquelle j'ai été formé, n'est point heureuse pour cela. Ce n'est point là ni la mesure, ni la cause immédiate de son bonheur; mais les bénédictions abondantes dont Dieu l'a déjà prévenue , et dont il achèvera un jour de la combler , procèdent de tout une autre source. Or prenez garde, chrétiens, que ce qui faisait alors, dans le sens du Fils de Dieu, la béatitude de Marie , c'est ce qui a fait depuis et ce qui fait encore maintenant sa gloire dans le ciel : car la gloire d'une créature et sa béatitude devant Dieu ne sont qu'une même chose. Marie, dans la pensée de Jésus-Christ , n'était point heureuse précisément par la raison qu'elle était sa mère : ce n*est donc pas précisément en vue de sa maternité qu'elle a été glorifiée. La conséquence est évidente selon tous les principes de la théologie et même de la foi. Pourquoi donc Marie se trouve-t-elle si hautement et si honorablement placée dans le royaume céleste? apprenez-le de Jésus-Christ, qui seul a pu nous le révéler ; apprenez-le de Marie même qui en a senti l'effet et Taccomplissement dans sa personne : joignez ensemble ces deux témoignageSf et faites-vous-en deux leçons pour la conduite do

SUR UASSOMFTION DE LA VIEBGE.

Totre TÎe. Riea ne fera mieux goâter oe que j*appelle le don de Tespérance chrétienne et ne sera plus propre à yoos inspirer un zèle ardait pour votre sanctification.

Voîd le témoignage de Jésus-Christ. Il déclare, ai comprenant Marie dans la réponse générale que je riens de tous rapporter, et Fy comprenant d'autant plus qu'elle en était personnellement le sujet; il déclare , disje , que la béatitude de Marie rient uniquement de ce qu'elle a été fidèle à Dieu c^ obéissante à sa parole : Quirdmmo, beaHqvi awUunt verbum Dei, etciutodiutU iilud. (Luc, 11 .) Voilà Torade de la sagesse ineréée, trop clair pour n'être pas pris à la lettre , et trop avantageux à la Vierge que nous honorons pour n'en pas Cadre le fonds de son éloge. Avoir écouté et inriolablement pratiqué tout ee qui était pour elle parole de Dieu, ordre de Dieu, bon plaisir de Dieu : c*est-à-dire, avoir suivi tous les mouvements de la grâce qui agissait en elle , sans y apporter jamais la moindre résistance ; avoir répondu exactement et constamment à toutes les inspiradons qu'elle recevait de Dieu ; avoir accompli , avec la dernière fidélité, tous les desseins que Dieu avait formés sur elle ; n'être jamais sortie des voies de cette proridence supérieure qui la gouvernait ; s'être fidt une loi des volontés de Dieu les plus parifiadtes; s'être dévouée sans exception à Dieu , dans les phis rigoureux sacriGces qui devaient être, et qui ont été les épreuves de sa vertu; avoir sanctifié sa vie par un continuel exerdce de cette obéissance; avoir rendu toutes ses actions, jusqu'aux plus petites, précieuses devant Dieu par le mérite de cette soumission ; et ne s'être jamais ralentie un seul moment , jamais relâchée de sa première ferveur , toujours attentive à ce que Tesprit de Dieu lui suggérait, toujours agissante pour Dieu, toujours unie de cœur à Dieu, toujours dépendante de Dieu : voilà, dit saint Augustin , ce que Dieu a couronné et glorifié en elle : Hoc inea magn\ficavU Dominus, quia fecU volurUatem Patris, non qida caro camem genuU. ( Adodst.) Cest ainsi qu'en parlait ce saint docteur; comme s'il eût dit : Ne vous y trompez pas, mes frères, et ne confondez pas les dons de Dieu. Avoir engendré selon la chair le Verbe éternel, et par le plus inouï de tous les mirades être devenue la mère de son Créateur, c'est un honneur que Marie a reçu de Dieu; mais ce n'est point, à le bien prendre, un mérite que Dieu ait dû, ni qu'il ait pu même, selon les lois de sa justice, récompenser dans Marie. H n'a loué dans die que ce qu'die a feit pour lui. Or, ce qu'il a trouvé dans elle de louable, est uniquement ce qui a fait sa gloire devant lui : noc in ea magnificavU, quiafecit vohmtaUm Patris, non quia caro camem genuit.

Je me trompe, chréUens; la fidélité de Marie n'est pas le seul titre de la béatitude et de la gloire '

dont Dieu, comme juge cqm'table, la combla ^»^ son assomption. Une autre de ses vertus y eut ca core part, et la foi nous eosdgne que ee fut son humilité. Humilité de Marie, s'écrie saint Amfaroîse. qui, dans rincamaUon divine, ayant eu la force d'attirer un Dieu sur la terre, eut encore le pouvoir d'élever une pure créature au plus haut des deux. En effet, avoir été fidèle à Dieu, ^ obéissante à sa parole , autant que Taviit été Marie , c'était beaucoup; mais ee n'était rien si die n'eût été humble , et si , faisant pour Dieu tout ce qu'die disait, die n'y avait ajouté , pour surcroît de mérite, de n'avoir jamais eu la momdre vue de s*ea rien attribuer à dlennéme. Car voilà le fonds que Di«i , juste et suprême réoiunârateur, crut devoir enrichir dans la personne de cette vierge incomparable, non-seulement des dons de la grâce, mais da trésors immenses de la gloire dont il la mit en possession. Qui le dit? Marie elle-même, qui, pidne de l'esprit de Dieu , s'en rendit authentîquement le témoignage : Quia rupexU kumililalem ancUlx iux} ecceenim ex hoc heatam me dicent omnes generaHomes (Luc, 1) : Oui, dit-dle, dans ce sacré cantique, qui , selon saint Ambroise, fut comme Textase de son humilité, aussi bien que de sa reconnaissance, voilà pourquoi on m'appellera bienheureuse, et pourquoi, en efifi^, je le serai, parce que le Sdgneur a jeté les yeux sur ma bassesse. Or, die parlait ainsi, reprend saint Ambroise, ayant déjà été saluée par l'ange comme mère de Dieu, ayant déjà été dédarée reine du dd et de la terre, ayant déjà été remplie de la dirinité du Verbe qui habitait en die corpordiement ; et Faveu qu'die faisait de sa bassesse n'était qu'une expression ^le et affectueuse de Fhumilité de son coeur : Quia respexU humilitatem ancillx $uXj parce que le Seigneur a été touché de Phumilité de sa servante , c'est pour cela et pour cela spécialement, que je serai béatifiée : Ecce enim ex hoc beatam me dlceni; pour cela que le Tout-Puissant fera éclater en moi toute sa magnificence, que celui qui abûsse Torgudl des superbes prendra plaisir à m'exalter : et je veux bien le publier et le faire connaître, afin que toutes les âmes justes , profitant de cette confession, sachent qu'il n'y a que l'humilité qui puisse prétendre à la véritable gloire. Qu'est-ce donc, à proprement parler, que l'assomption de Marie ? Ne nous contentons plus de dire que c'est le jour de son couronnement et de son triomphe : disons que c'est le couronnement et le triomphe de son humilité ; par là nous exprimerons mieux Fintérieur du mystère que nous célébrons, et par là nous répondrons mieux à la question qu'auraient pu nous faire aujourd'hui, non-seulement les hommes grossiers et terrestres, mais les esprits même célestes, à qui Tassomption de Marie fut un sujet de surprise

SUR L'ASSOMPTION DE LA VIERGE

el d'admiration. Car les anges mêmes, disait saiot Bernard, forent dans une espèce de ravissement, en Toyant Marie monter au ciel avec tant de pompe; et charmés de la nouveauté de ce spectacle , ils enrent lien de s'écrier, aussi bien que les compagnes dt réponse : Qux est i$ia quœ ascendii de déserta deUeiis affluensf Qui est celle-d qui s'élève de la terre avec cette afiluence de délices et cet éclat de ^oire qui fenvironne? Mais on eût bien pu leur ré« pondre ce que saint Paul répondait dans un sujet pareil, en parlant de l'asoension du Fils de Dieu : Qmd autem aseendit, quid est, nisi quia etde» teendit primumf {Ephes., 4.) Vous êtes en pdne de savoir qui elle est, et pourquoi elle monte; mais souvenez-vous que c'est elle qui , étant la plus sainte et la plus parfaite de toutes les créatures, ne s'est jamais considérée que comme la dernière des servantes de Dieu; et sachez qu'elle ne s'élève au-dessus de tons les êtres, que parce qu'elle est descendue par son humilité profonde jusque dans le centre de son néant : Quod autem ascendit, quid est, nisi quia et descendit? I9'en cherdiez point d'autre raison que celle-là. Cette humilité héroïque, qui a été la vertu prédominante de Marie, ce détachement d'elle-même, sur lequel elle a fondé tout l'édifice de sa sainteté; ce renoncement à toutes les vanités du siècle, dont elle a fût, dès ses plus tendres an* nées , une si solennelle profession ; cette vie cachée , dans laquelle elle a su se renfermer ; cette horreur sincère qu'elle a eue des louanges même les plus véritables; ce trouble dont elle fut saisie, en entendant celle que lui donnait un ange de la part de Dieu : cette disposition si admirable qu'elle a témoignée à rechercher en toutes choses son propre abaissement; à vouloir bien paraître pécheresse, quoiqu'elle fiAt toute sainte ; à vivre dÀis les rigueurs de la pénitence, quoiqu'elle n'eût jamais perdu Tinnocence; à se purifier comme les antres femmes, quoiqu'elle fût la pureté màne; à se soumettre à la loi, quoiqu'elle fttt au-dessus de toute loi : cette vue de son néant, qui, dans les hautes communications qu'elle avait avec Dieu , était comme le contre-poids des faveurs qu'elle recevait de lui ; ce soin de glorifier le Seigneur à mesure que le Seigneur opérait en elle de plus grandes merveilles ; cette humilité enfin , qui n'avait jamais été vue sur la terre, et dont Marie était l'unique exemple, c'est-à-dire, cette humilité jointe à la plénitude de la grâce, Jointe à Ri plénitude du mérite, jointe à la plénitude des honneurs, voilà ce que Dieu a estimé, et ce qui Ta déterminé à placer Marie dans un rang sublime : Quiarespexithumilitatem anciilx eux y eece enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.

Mais encore, me direz- vous, le Sauveur du monde, qui, comme parle l'Évangile,. avait reçu de son Père le pouvoir de juger, et par conséquent

de récompenser, en béatifiant et en couronnant Marie, ne considéra- 1- il en aucune sorte qu'elle était sa mère ? ne donna-t-il rien à la tendresse qu'il avait eue, et qu'il conserva toujours pour elle ? Non, répondent les Pères; et la raison qu'ils en apportent est convaincante : parce qu'il est certain que le Sauveur du monde, en béatifiant et en couronnant Marie, n'agissait pas en fils et en homme, mais en Dieu et en juge souverain. Or en tout ce qui était immédiatement de la juridiction et du ressort de la Divinité, le grand principe de cet Homme- Dieu fut de n'avoir jamais d'égard à la chair et au sang. De là vient que quand Marie le pria de faire un miracle aux noces de Cana , bien loin de marquer quil eût en cela pour elle de la déférence , il parut la traiter avec une espèce de rigueur, en lui répondant que, pour ces sortes d'actions absolument et essentiellement divines, comme celle-là, il n'y avait rien de commun entre lui et elle : Quld mihietHbiest, ma/ter? (Joan., 2.) Delà vient qu'à l'âge de douze ans, s'étant séparé d'elle dans le temple oiï elle le retrouva, trois jours après, au milieu des docteurs, bien loin de se montrer sensible à la douleur qu'elle avait eue de cette séparation, il la reprit en quelque sorte du reproche qu'elle lui en disait, et sembla même s'en offenser, parce qu'elle devait savoir, lui dit-il, qu'il était alors occupé à ce qui était du'service de son Père : QM est quod me qumrebatis f nesciebatis quia in hisqwBP€drismeisunt,oportetmeesset(Lvc.ji.) De là vient que Marie ^e-même s'étant un jour présentée pour lui parler, pendant qu'il annonçait au peuple le royaume de Dieu , et un des assistants lui ayant dit, Voilà votre mère; il déclara qu'il ne reconnaissait pour mère et pour frère que ceux qui faisaient la volonté de son Père céleste : Quse est mater mea;et qui suntfratres meiî Quicumquefè' ceritvoluntatemPatrismeiquiinaBlisest, ipse meusfrateret matet est. (Matth., 13.) De là vient que sur la croix, où comme souverain pontife il offrait à Dieu le sacrifice de la rédemption des hommes, voulant recommander à Marie un de ses disciples , il ne l'honora pas du nom de mère ; mais il rappela simplement femme : MuOer, eceefitius tuus. (JoAN., 19.) Or s'il en usa de la sorte, même durant sa vie mortelle, et pendant qu'il était encore soumis à Marie, beaucoup plus, reprend saint ChrysostAme, en duMl ainsi user, lorsque, assis à la droite de son Père , Il rendit justice à Mane, et la mit en possession de la gloire qui lui était réservée. Car ce fut là, je le répète, qu'il décida en souverain et en Dieu^ et non pas en homme; et lui-même il s'était expliqué que comme homme 11 ne pouvait rien à ce tribunal en &veur des siens : Sedere autem ad dexteram meam vel sinistram, non est meumdarevobis. (Matth., 20.) Il eut donc

SUR L'ASSOMPTION DE L\ YIEBGE

TOtre »ie. Rien ne fera mieux goûler ce que j'appelle le don de l'espérance chrétienne et ne sera plus propre à *ou< inspirer itn zèle ardent pour votre UDCtificatian.

Toici le témoignage de Jésus-Christ. Q déclare, en comprenant Marie dans la réponse générale que je Tiens de tous rapporter, et Ty comprenant d'autant plus qu'elle en était personnel lement le sujet ; il déclare, dis-je, que la béatitude de Marie vient uniquement de ce qu'elle aété fidèle à Dieu et obéissante à sa parole: Quinlmmo,beatigttlajidiuiUverbum Dei, elaulodiunt Ulud. CLtc, 1 1 ■] VoiU l'oracle delà sagesse incréée, trop clair pour n'être pas pris i la lettre, et trop avantageux à la Vierge que BOUS honorons pour n'en pas faire le fonds de son éloge. Avoir écouté et inviolablement pratiqué tout ce qui était pour elle parole de Dieu, ordre de Dieu, bon plaisir de Dieu : c'est-à-dire, avoir suivi tous les mouvements de la gr Jce qui agissait en elle , sans y apporter Jamais la moindre résistance ; avoir répondu exactement et constamment à toutes les inspirations qu'elle recevait de Dieu ; avoir accompli , avec la dernière fidélité, tous les desseins que Dieu avait formés sur elle; n'être jamais sortie des voies de cette providence supérieure qui la gouvernail ; s'être ftit une loi des volontés de Dieu les plus parfaites ; s'être dévouée sans exception à Dieu , dans les plui rigoureux sacrifices qui devaient être, et qui ont été les épreuves de sa vertu; avoir sanctifié sa vie par un continuel exercice de cette obéissance; avoir rendu toutes ses actions, jusqu'aux plus petites, précieuses devant Dieu par le mérite de cette soumission ; et ne s'être jamais ralentie un sent moment , jamais relâchée de sa première ferveur , toujours attentiveà ce que l'esprit de Dieu lui suggérait, toujours agissante pour Dieu, toujours unie de cœur à Dieu, toujours dépendante de Dieu : voilà, dit saint Augustin , ce que Dieu a couronné et glorifié en elle : Hoc inea magnijîcavit Domimu, quia fecU volvnlatem Patrit, non quia caro camem genuU. (Adadst.) Cest ainsi qu'en parlait ce saint docteur; comme s'il eUt dit : Ne vous y trompez pas, mes frères, et ne confondez pas les dons de Dieu. Avoir engendré selon la chair le Verbe éternel, et par le plus inouï de tous les miracles être devenue la mère de son Créateur, c'est un honneur

n'est point, aie

(Sïïï'^^SS'ce, récompenser — j^J^Uie ce qu'elle a fait ^ivSB^tt elle de louable, li™&iy^loire devant lui :

trit, non qtUa caro camem t/envU.

Je me trompe, chrétiens; la fidélité de Marie D'est pas le seul titre de la béatitude et de la gloire

dont Dien, commejuge équitable, la combla dam son assomption. Une autre de ses vertus y eut en core part , et la foi nous ensdgne que ce fut sos humilité. Humilité de Marie, s'écrie saint Ambroise, qui, dans l'incarnation divine, ayant eu la force d'attirer un Dieu sur la terre, «it encore le pouvoir d'élever une pure créature au plus haut dei deux. En effet , avoir été fidèle i Dieu , et obtissanté il sa parole, autant que l'avxit été Marie, c'était beaucoup; mais ce n'était rien si elle n'eflt ét^ humble, et si, faisant pour Dieu tout ce qu'elle faisait , elle n'y avait ajouté , pour surcroît de mérite, de n'avoir jamais en la moindre vue de s'eo rien attribuer à elle-même. Car voilà le fonds que Dieu , juste et suprême rémunérateur, crut devoir enrichir dans la personne de cette vierge incomparable, non-seulement des dons de la grice, mais du trésors immenses de la gloire dont il la mit en possession. Qui le dit? Marie elle-même, qui, pleine de l'esprit de Dieu , s'en rendit authentique ment le témoignage : Qtda retpexU humUilalem aneUia tuxi ecce entât ex hoc beaiam me dicent omnet generatima (Luc, I) : Oui , dit-elle , dans ce sacré cantique, qui , selon saint Ambroîse, fut comme l'extase de son humilité, aussi bien que de sa reconnaissance, voiU pourquoi on m'appellera bienheureuse, et pourquoi, en effet, je le serai, parce que le Seigneur a jeté les yeux sur ma bassesse. Or, elle pariait ainsi, reprend saint Ambroise, ayant déjà été saluée par l'ange comme mère de Dieu, ayant déjà été déclarée reine du ciel et delà terre, ayant déjà été remplie de la divinité du Verbe qui habitait en elle corporellement ; et Taveu qu'elle faisait de sa bassesse n'était qu'une expression vive et affectueuse de l'humilité de son ca»ir : (^ia respexU humiUtatem a/iciUie tux, parce que le Seigneur a été touché de l'humilité de sa servante , c'est pour cela et pour cela spécialement, que je serai béatifiée : Ecce entm ex hoc beatam me dî' cenj; pour cela que le Tout-Puissant fera éclater en moi toute sa magnificence, que celui qui abaisM l'orgueil des superbes prendra plaisir à m'exalter : et je veux bien le publier et te faire connaître , afin que toutes les âmes justes, profitant de cette confession, sachent qu'il n'y a que Thumilité qui puisse prétendre à la vériuble gloire. Qu'est-ce donc, i proprement parler, que l'assomption de Marie ? Ne nous contentons plus de dire que c'est le jour de ■on couronnement et de son triomphe : disons que c'est le couronnement et le triomphe de son banulité ; par là nous exprimerons mieux l'intérieur du mystère que nous célébrons, et par là nous répondrons mieux à la question qu'auraient pu nous faire aujourd'hui, non-seulement les hommes grossiers et terrestres, mais les esprits même célestes, i qui l'assomption de Marie fut un sujet de tarpnie

SUR L'ASSOMPTION DE LA VIERGE

el d'admiration. Car les anges mêmes , disait saint Bernard, furent dans une espèce de raidissement, en voyant Marie monter an ciel avec tant de pompe ; et charmés de la nouveauté de ce spectacle , ils eurent lieu de s'écrier, aussi bien que les compagnes ùt réponse: QuœestistaqumascendUdedeserto deUeiis affluemf Qui est celle-ci qui s'élève de la terre avec cette afiluence de délices etcetédat de l^re qui Tenvironne ? Mais on eût bien pu leur répondre ce que saint Paul répondait dans un sujet pareil, en parlant de Fasoension du Fils de Dieu : Qmd autem atcendU, quid est, nisi quia etde» seendU primwnf {Ephes., 4.) Vous êtes en peine de savoir qui elle est, et pourquoi elle monte; mais souvenez-vous que c^est elle qui , étant la plus sainte et la plus parfaite de toutes les créatures, ne s'est jamais considérée que comme la dernière des servantes de Dieu; et sachez qu'elle ne s'élève au-dessus de tous les êtres, que parce qu'elle est descendue par son humilité profonde jusque dans le centre de son néant : Quod autem ascendit, quid est, nisi quia et descendu? I9'en cherchez point d'autre raison que celle-là. Cette humilité héroïque, qui a été la vertu prédominante de Marie, ce détachement d'elle-même, sur lequel elle a fondé tout l'édifice de sa sainteté; ce renoncement à toutes les vanités du siècle, dont elle a fut, dès ses plus tendres années , une si solennelle profession ; cette vie cachée , dans laquelle elle a su se renfermer ; cette horreur sincère quelle a eue des louanges même les plus véritables; ce trouble dont elle fut saisie, en entendant celle que lui donnait un ange de la part de Dieu : cette disposition si admirable qu'elle a témoignée à rechercher en toutes choses son propre abaissement; à vouloir bien paraître pécheresse, quoiqu'elle fût toute sainte; à vivre dahs les rigueurs de la pénitence, quoiqu'elle n'eût jamais perdu l'innocence; à se purifier comme les antres femmes, quoiqu'elle fût la pureté même; à se soumettre à la loi , quolqu>lle fût au-dessus de toute loi : cette vue de son néant, qui, dans les hautes communications qu'elle avait avec Dieu , était comme le contre-poids des faveurs qu'elle recevait de lui ; ce soin de glorifier le Seigneur à mesure que le Seigneur opérait en elle de plus grandes merveilles; cette humilité enfin , qui n'avait jamais été vue sur la terre, et dont Marie était l'unique exemple, c'est-à-dire, cette humilité jointe à la plénitude de la grâce, jointe à Ri plénitude du mérite, jointe à la plénitude des honneurs , voilà ce que Dieu a estimé , et ce qui Ta déterminé à placer Marie dans un rang sublime : Quia respexit humilUatem anciilx sux, ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.

Mais encore, me direz-voos, le Sauveur du monde, qui, comme parle l'Évangile,. avait reçu de son Père le pouvoir de juger, et par conséquent

de récompenser, en béatifiant et en couronnant Marie, ne considéra- 1- il en aucune sorte qu'elle était sa mère ? ne donna-t-il rieii à la tendresse qu'il avait eue, et qu'il conserva toujours pour elle ? Non^ répondent les Pères; et la raison qu'ils en apportent est convaincante : parce qu'il est certain que le Sauveur du monde, en béatifiant et en couronnant Marie, n'agissait pas en fils et en homme, mais en Dieu et en juge souverain. Or en tout ce qui était immédiatement de la juridiction et du ressort de la Divinité, le grand prindpe de cet Homme- Dieu fut de n'avoir jamais d'égard à la chair et au sang. De là vient que quand Marie le pria de faire un miracle aux noces de Cana , bien loin de marquer qu'il eût en cela pour elle de la déférence , il parut la traiter avec une espèce de rigueur, en lui répondant que, pour ces sortes d'actions absolument et essentiellement divines, comme celle-là, il n'y avait rien de commun entre lui et elle : Quid mihi et tibi est , ma/ter? (Joan., 2.) Delà vient qu'à l'âge de douze ans, s'étant séparé d'elle dans le temple oti elle le retrouva, trois jours après, an milieu des docteurs, bien loin de se montrer sensible à la douleur qu'elle avait eue de cette séparation , il la reprit en quelque sorte du reproche qu'elle hii en fiiisait , et sembla même s'en offenser, parée qu'elle devait savoir, lui dit-il, qu'il était alors oceupé à ce qui était du*service de son Père : QM est quod me quœrehatis f nesciebatis quia in hisqussP€drismeisunt,oportetmeessef (Lvc.^i.) De là vient que Marie elle-même s'étant un jour présentée pour lui parler, pendant qu'il annonçait au peuple le royaume de Dieu , et un des assistants lui ayant dit, Voilà votre mère; il déclara qu'il ne reconnaissait pour mère et pour frère que ceux qui faisaient la volonté de son Père céleste : Quss est mater mea;etquisuntJrairesmeiîQuicumquefe' ceritvoluntatemPatrismeiquiinccelisest, ipse meus frater et motet est. (Matth., 13.) De là vient que sur la croix, où comme souverain pontife il offrait à Dieu le sacrifice de la rédemption des hommes, voulant recommander à Marie un de ses disciples , il ne l'honora pas du nom de mère ; mais il rappela simplement femme : MuHer, ecceJUius tuus. (JoAN., 19.) Or s'il en usa de la sorte, même durant sa vie mortelle, et pendant qu'il était encore soumis à Marie, beaucoup plus, reprend saint Chrysostême, en duMI ainsi user, lorsque, assis à la droite de son Père , Il rendit justice à Mane, et la mit en possession de la gloire qui lui était réservée. Car ce fut là, je le répète, qu'il décida en souverain et en Dieu^ et non pas en homme; et lui-même il s'était expliqué que comme homme il ne pouvait rien à ce tribunal en &veur des siens : Sedere auiem ad dexteram meam vel sinistram, non est meumdarevobis. (Matth.. 20.) Il eut donc

sua L'ASSOMPnON DE LA VIERaiL

encore égard aux mérites que Marie avait acquis, et non pas aux titres d'honneur qu'elle avait possédés ; et jusque dans la sentence qu*il prononça à cette reine des vierges, au moment qu'il la couronna , il soutint le glorieux caractère que TËcriture lui attribue, de n'avoir fait acception de personne, mais de rendre à chacun selon ses œuvres : Non esipersonarum accepior Deut. {Act^y 10.) Tel est le raisonnement de saint Cbrysastdme, fondé sur les maximes éternelles de la prédestination de Dieu.

Mais voici du reste, mes chers auditeurs, ce qui l'adoucit , et ce qui servira en même temps à confirmer la vérité que je vous prêche. Car j'ajoute que, sans déroger aux lois de cette justice rigoureuse, le Fils de Dieu, agissant comme souverain et comme Dieu , a néanmoins , dans un autre sens, traité Marie avec toute la distinction qu'elle pouvait attendre de lui en qualité de mère; et je dis que, sans préjudice des divins décrets auxquels la prédestination de l'homme est attachée , l'avantage qu'a eu Marie d'être mère de cet Homme^Di^ n'a pas laissé de contribuer à sa béatitude. Je m'explique. £n quoi le Fils de Dieu , agissant comme souverain et comme Dieu , a-t-il considéré Marie , et l'a-t-il distinguée comme sa mère ? en ce qu'il lui a préparé dans cette vue des grâces spéciales, des grâces extraordinaires et fondantes, dont elle a rempli hi mesure par sa fidélité , et qui lui ont fait acquérir tant de mérites dont elle a reçu la récompense. Et en quoi l'avantage qu'a eu Marie d*étre la mère de Dieu a-t-il contribué à sa béatitude? en ce que sa maternité a rehaussé le prix de son humilité , et que son humilité devait être le fondement de son élévation « Cependant la proposition que j'ai avancée subsiste toujours , savoir, que la cause prochaine de la béatitude de Marie n'a point été précisément sa qualité de mère de Dieu , mais sa fidélité d'une part, et son humilité de l'autre. Vérité si constante (permettez-moi , Vierge sainte , de faire ici une supposition qui ne peut tourner qu'à votre gloire, puisqu'elle marquera encore mieux et la souveraine équité du jugement de Dieu , en vous plaçant sur le trône au moment de votre assomption , et le mérite inestimable de votre parfaite coopération à la grâce), vérité si constante, que si Marie, après avoir conçu le Verbe de Dieu , n'eût pas été obéissante à sa parole, et se fût oubliée jusqu'à se complaire en elle-iliéme et à présumer d'elle-même, quoique mère de Dieu, elle ne jouirait pas de la félicité et de la gloire où elle est parvenue : pourquoi? parce qu'avec cette auguste maternité, Dieu n'eût pas trouvé dans elle le caractère de ses élus, qui est la justice et la sainteté. Comme au contraire , si Marie, sans avoir conçu le Verbe de Dieu , eût été ou eût pu être aussi obéissante et aussi humble qu'elle le fut,

aussi sainte et aussi fidèle, aussi consonunée en vertu et aussi pleine de mérite , j'ose dire que , sans être mère de Dieu, elle serait aussi élevée qu'elle l'est dans la gloire, et aussi proche du trône de Dieu, Or voilà, chrétiens, ce que j'appelle le motif et l'attrait de notre espérance. Car, si Marie n'était dans la gloire que parce qu'elle a été la mère du Rédempteur, ce serait pour nous une raison de l'honorer, de la révérer, et de célébrer avec des sentiments de respect et de religion le jour solennel de son triomphe ; mais, en tout cela, il n'y aurait rien par où notre espérance pût être excitée. Quelque admiration que nous eussions pour cette Vierge, la voyant monter au ciel , il ne nous serait pas permis de prétendre y monter après elle; et les désirs même que nous en formerions seraient aussi chtmériqucs et aussi vains que téméraires et présomptueux. Mais quand je considère qu'elle n'y monte que par un chemin qui m'est ouvert aussi bien qu'à elle ; quand je fais réflexion que les mêmes voies qui l'ont conduite à ce souverain bonheur, sont celles que Dieu m'a marquées pour y arriver; quand je me représente que Marie n'est entrée dans la joie de son Seigneur qu'en vertu de cette parole, qui ne nM regarde pas moins qu'elle. Courage, bon et fidèle serviteur, Euge, serve bone et fidelis , infra in gaudiwn Dominitui (Màtth. , 25); quand je pense que la loi selon laquelle Dieu, faisant justice à Marie, a relevé les abaissements volontaires de son humilité, n'a point été une loi particulière pour cette vierge, mais une loi universelle pour tous les hommes. Quiconque s'humilie sera exalté, Omnis qui se humiliât, exatiabUur {Ijoc.^ 14); quand je me dis à moi-même que tous les droits qu'eut Marie à cette gloire dont elle est comblée, peuvent, par proportion , et doivent me convenir, si je veux profiter de son exemple : ah! chrétiens, je sens alors mon cœur s'élever au-dessus des choses terrestres, et je commence à découvrir, mais d'une manière sensible, non-seulement la vanité de toute la gloire du monde , non-seulement l'inutilité des vertus purement humaines , qui font le mérite et la perfection des sages du monde, mais ( ce qu'il m'importait bien plus de savoir) l'insuffisance même de certains dons, quoique d'un ordre surnaturel, dont je pourrais peut-être me flatter devant Dieu , et sur lesquels j'établirais une fausse confiance en Dieu. Or, en découvrant de la sorte mon aveuglement et mes erreurs, dans un mystère où toutes les lumières de la foi se présentent pour m'éclairer, je m'instruis moi-même, je me redresse moi-même, je m'encourage moi-même, je me reproche mes tiédeurs , je déplore mes relâchements, je renonce à mon orgueil, je m'attache à l'humilité, qui est la vertu des âmes prédestinées, tout cela par le mouvement de cette espérance chrétienne que m'inspire la solennité de

SUR UASSOMPnON DE LÀ YIEBGE.

ee jour ; et voilà les fruits de bénédiction et de sanctification que Fesprit de Dieu y a renfermés pour nous. Oui, mes ehers auditeurs, animé de cette espérance dont le juste ?it , et qui est la ressource du pécheur J*oubIîe, selon la maxime de Tapôtre, les choses de la terre, pour chercher uniquement les choses du ciel où la reine des vierges est assise non pas comme Jésus-Christ à la droite Dieu, mais immédiatement au-dessous de Dieu, et absolument audessus de tout ce qui n*est pas Dieu. Animé de cette espérance, je goâte les biens éternels, je les désire, je soupire après eux; et piqué d'une sainte émulation, je redouble mes efforts pour suivre les traces de Marie, et pour atteindre au même terme. Car voici les leçons que je me fais, en me la proposant comme le modèle sur lequel je me dois former : Je puis , selon la mesure des grâces que je reçois, être fidèle à mon ÎDleu comme Fa été Marie; je puis, selon retendue des desseins que Dieu a sur moi, accomplir ses ordres comme les a accomplis Marie; je puis écouter la parole de Dieu qui m'est annoncée , avec le même esprit et la même docilité que Ta écoutée Marie, je puis obéir à la voix intérieure qui me parle, avec la même promptitdde que Marie. Quoique je ne sois pas destiné à de si grandes choses que Marie , je puis, en rimitant, sanctifier mes occupations, mes affections, en sorte que j'aie droit comme elle de dire au moment de la mort : Bonum certamen certavi (2. Tïm., 4) , J'ai combattu, j'ai rempli ma course, j'ai gardé la foi, et il ne me reste plus que d'attendre la couronne de justice qui m'est . réservée : In reliquo repasita est mihi corona jus* stitUe. (Ibid.) Dieu ne m'a pas confié autant de talents qu'à Marie; mais il m'a assuré, dans son Évangile, qu'il me suffirait d'avoir été fidèle en peu de choses, pour recevoir beaucoup : Quia super pauca JvUtifideliSy super multaieconstituam, (Matth., 36.) Je ne puis égaler Marie, ni être aussi riche en nérite, mais je puis m'humilier comme elle; et même en me cooiparant à elle, mon indignité peut et doit être en moi le fonds d'une plus grande humilité. Je suis pécheur, mais je puis réparer, par la pénitence, les pertes que j'ai faites en perdant l'innocence. Si jenestttsrien dans le monde, je puis aimer, comme Marie, une vie obscure et cachée en Dieu ; et si j'ai dans le monde quelque avantage, je puis, à Pexemple de Marie, ne m'en servir que pour en filtre hommage à Dieu : voilà, dis-je, ce qui soutient mon espérance; mais ce n*est pas tout.

Car cette même gloire de Marie , fondée sur son hunrilité et sur sa fidélité à la grâce de Jésus-Christ, m'apprend, par une règle toute contraire, ce que je dois penser et espérer de tout le reste. Et en effet, (fest par laque je conçois un saint mépris pour tout ce qui s'appelle distinction, élévation selon le monde : fausse grandeur que Dieu réprouve etqu*il confond

tous les jours, parce qu'elle est presque toujours ou le fruit, ou la cause de l'iniquité, au lieu que celle de Marie a été purement et uniquement la récompense de la sainteté. C'est par là que je reconnais le faible, ou plutôt le néant de je ne sais combien de vertus mondaines dont les enfants du siècle se glorifient , qui font la matière de leurs éloges, mais qui ne seront jamais de nul prix pour le salut éternel. Cest par là même que je me détrompe de cette erreur si pernicieuse et si commune, de croire que Dieu, dans le discernement et le jugement qu'il fait de ses élus, ait égard à certaines grâces, qui semblent néanmoins d'ailleurs nous devoir être favorables ; par exemple , à l'honneur que j'ai d'être chrétien , et en qualité de chrétien , d'être enfant de Dieu. Car, comme raisonne saint Chrysost6me, si Dieu, pour glorifier Marie, n'a point considéré qu'elle était la mère de son Fils, quel fonds dois-je faire sur ce qu'il est mon Père par adoption , et que je suis du nombre de ses enfants ? Ce caractère d'enfant de Dieu que j'ai reçu dans le baptême, s'il n'est accompagné et soutenu d'une sainte vie, engagera-t-il Dieu à se relâcher en ma faveur des droits de sa justice , après même que le caractère vénérable de mère de Dieu n'a pas eu ce pouvoir: et le bonheur que j'ai, comme chrétien, de recevoir Jésu^Christ dans les sacrés mystères , sera-t-il un titre sdr pour lui demander qu'il me donne part à sa gloire, après que l'avantage singulier et le privilège qu'a eu Marie de le recevoir comme mère dans ses chastes entrailles, n'a pu suffire pour la mettre au rang des prédestinés?

Non, non, mes frères, dît saint Chrysostôme , Dieu n'aura nul égard à tout cela. Car tout cela , ce sont des faveurs divines dont il nous demandera compte; tout cela, ce sont des dons et des grâces dont il nous reprochera le mauvais usage ; tout cela , ce sont des fonds d'obligation que nous avons à remplir : mais toutcela précisément, ce nesont point devant Dieu des mérites dont nous devions nous promettre une récompense. La fidélité et l'humilité, voilà ce qui doit être mis dans la balance où nous serons un jour pesés : et il était juste, ô mon bien ! que cela fût ainsi ; il était juste que nous ne fussions heureux qu'à proportion que nous vous sommes fidèles , et que nous ne fussions grands devant vous qu'autant que nous sommes humbles. Depuis que vous avez établi deux trônes dans le ciel, l'un pour l'humilité d'un Homme-Dieu, l'autre pour l'humilité d'une vierge mère de Dieu , il était. de l'ordre que tous les autres trônes où doivent être assis vos prédestinés, eussent le même fondement, et qu'il n'y en eût aucun dont la base principale ne fût une solide, une profonde, une sincère humilité de cœur. Je suis chrétien, doit dire aujourd'hui un homme du monde, persuadé et touché de cette sainte morale :

SUR L'ASSOMPTION DE LA VIERGE

Je suis dirélicn, mais c'est pour cela même que Dieu méjugera plus exactement, qu'il me condamnera phis séyèremeut, qu'il me punira plus rigoureusement, sif déshonorant ma profession et le nom que je porte , je sms un indigne chrétien. Je suis répottse de Jésus-Christ, doit dire une Ame religieuse; mais je ne dois point compter pour cela de régner un jour avec celui que j'ai choisi pour mon époux , si je ne joins à cette qualité d'épouse celle d'humble et Odèle servante. Domine ^ çtrft AfiWabU in (abernaculo tuo, aut qtds requiescet in monte sanctotuof{Psalm. 14.) Seigneur, disait le prophète royal, quel est celui qui demeurera dans votre maison i et qui reposera dans votre sanctuaire ? Qui ingreditunine macula, etoperaturJustiUam (Ibid.): Ce sera le juste dont la vie est pure et sans tache; le juste qui, soumis à votre loi, est irréprâiensible dans sa conduite ; le juste qui , détaché du monde , marche dans la vole de vos commandements ; le juste qui, fidèle à votre grâce, s'acquitte consumment de ses devoirs et accomplit toute justice. Nulle exception à cette règle. Nous avons vu quel a été le principe de la béatitude de Marie; voyons maintenant quel est le pouvoir que Dieu lui a donné pour nous secourir : c'est le sujet de la seconde partie.

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