POUR LA GOMMÉHOBATION D£S MORTS
montrent bien que, au lien (Taimer la créature pour Dieu , Ton n*aime Dieu , ou plutôt Ton n*a recours à Dieu , que pour la créature. Ah ! mes frères , disait saint Paul aux Corinthiens, à Dieu ne plaise que je TOUS laisse ignorer ce qui concerne les morts , et la conduite que tous dcTez tenir à leur égard! Je veux que tous le sachiez, afin que tous ne tous attristiez pas, comme les nations infidèles, qui n*ont nulle espérance dans FaTenir : Nolumus vos ignorare de domderUibu», uinon corUristemini sictd tt e«teri, gid spem non habeni. (1. Thess,^ 4.) Prenez garde, reprend saint Chrysostôme, expliquant ce passage , il ne leur défendait pas de pleurer la mort de ceux qu'ils aTaient aimés et dû aimer pendant la Tie; mais il leur défendait de pleurer comme les païens , qui , n'étant pas éclairés des lumières de la Traie religion, confondent là-dessus la piété aTec la sensibilité , le dcToir aTec la tendresse , oe qui doit être de Dieu aTec ce qui est proprement de rhomme. La foi seule nous apprend à en faire le discernement; et réglant en nous Tun par l'autre , elle nous fait oonceToir pour les morts des sentiments chrétiens et raisonnables.
Mais enfin, ne peut-on pas aToir pour les morts une piété stérile et inutile, quoique chrétienne dans le fond? Je conclus, mes chers auditeurs, par ce dernier article; mais appliquez-Tous à cette instruction , et qu'elle demeure pour jamais profondément graTée dans tos esprits. Oui, l'on peut aToir pour les morts une telle piété, et c'est le désordre capital auquel je tous conjure, en finissant, d'apporter le remède nécessaire. Vous me demandez qui sont ceux que j'entends par là, et en qui je trouTC ces deux caractères si difiQciles en apparence à accorder, piété chrétienne dans le fond , et néanmoins inutile deTant Dieu ? Je réponds que ce sont ceux qui prient pour les morts, étant eux-mêmes dans un état de mort, je tcux dire dans la disgrâce et dans la haine de Dieu. Car dans ce funeste et malheureux état, pécheur qui m'écoutez, en Tainrendez-Tous aux âmes du purgatoire des deroùrs chrétiens, en Tain priez-TOus et intercédez-Tous pour elles, en Tain pour elles &ites-T0us des largesses aux pauTres, en Tain pratiquez-TOUs tout ce que le zèle d'une déTOtion particulière tous peut suggérer, ces âmes souffrantes ne tireront jamais de tous aucun secours. Tandis que Dieu tous regarde comme son ennemi , tous êtes incapable de les soulager; toutes TOS prières sont réprouTées , toutes tos aumônes, perdues; tous tos jeûnes, toutes tos pénitences, de nul effet : pourquoi? parce que le péché dont Totre conscience est chargée anéantit la Tertu de toutes tos œuTres; et comment serai^il possible que ce que tous foites fût de quelque Taleur pour ces saintes âmes, puisqu'il n'est de nul prix pour Toos-méme? le moyen que tous fussiez en état
de les acquitter auprès de la justice diTine, puisqu'il est certain que pour Tous-méme, Dieu, sans déroger à sa miséricorde, ne reçoit rien alors de TOUS en payement? Secourir une âme dans le purgatoire, c'est lui transporter le fruit des bonnes œuTres que tous pratiquez, et le lui céder. Si donc dans l'état de péché tous pouTiez la soulager, il faudrait que dans cet état tos bonnes œuTres eussent dcTant Dieu quelque mérite : or il est de la foi qu'elles n'en ont aucun , parce que sans la grâce et la charité, ce sont des œuTres mortes, et qui n'ont pas le principe de la Tie; et étant mortes pour tous qui les pratiquez, faut-il s'étonner qu^elles le soient encore plus pour les autres, à qui tous prétendez les appliquer?
J>xcepte toutefois, remarquez ced, j'excepte de cette règle le sacrifice de la messe , dont le mérite ne dépend point de la sainteté de celui qui Toffre , beaucoup moins de celui qui le finit ofifrir, mais est uniquement attaché à la personne de Jésus-Christ et au prix de son sang. D'où il s'ensuit qu'un pécheur, dans rétat même de son désordre , peut contribuer au repos des âmes du purgatoire, et comment? en faisant ofifrir pour elles ce sacrifice, dont une des principales qualités est d'être souTerainement propitiatoire pour les TÎTants et pour les morts. 11 le peut, dis-je, et il le doit stcc d'autant plus de raison , que ce sacrifice est le seul moyen que Dieu lui laisse pour suppléer à Timpuissance où il se trouTe de secourir autrement ces âmes prédestinées ; car Dieu alors regarde l'hostie qu'on lui présente, qui est Jésus-Christ, et non point celui par le ministère ou les soins duquel on la lui présente, qui est le pécheur. Mais du reste, il est toujours Trai que le pécheur, agissant par lui-même , ne peut rien faire qui soit profitable aux morts. Et Toilà , chrétiens, le fondement de cette déTOtion, aujourd'hui si autorisée et si solennelle dans VÉglise de Dieu, qui consiste à se purifier par le sacrement de la pénitence et par la participation du corps de Jésus-Christ , pour se mettre en disposition de secourir utilement et infailliblement les âmes du purgatoire. De tout temps , dans le christianisme , on a prié pour les morts ; mais Dieu résenrait à notre siècle cette excellente pratique de se sanctifier pour les morts. Autrefois, dans l'ancienne loi , l'on obserTsit quelque chose de semblable; et saint Paul, écriTant aux Corinthiens, fait mention d'une espèce de baptême dont les Juifs aTaient coutume d'user pour le soulagement des morts : Alioquin quid/acient qui bapttzanturpro morttdsf ( i. Cor. , 15.) Cest ainsi que de saTants interprètes ont expliqué ce passage, et c'est le sens qui m'a paru le plus Trai et le plus littéral. Mais ce que pratiquaient les Juifii n'était que la figure, et la Térité dcTait s'accomplir en nous : Sed hmc omnia in figura canHnge*
POUR L'OUVERTURE DU JURILE
batU iUU. (1. Cor., 10.) Voyez donc, mes cbers aa« diteurs, ce que Dieu voua demande aujourd'hui, et à quoi il tous exhorte lui-même par son prophète : Mtmdi estote, au/erle matwn cogiiationum vestra» rum, quiescUe agere perverse , disette benefacere, (IsAi., 1.) Lavez -TOUS, nous dit- il, et purifiezvous; lavez- vous dans les eaux de la pénitence, et purifiez-vous dans le sang de Tagneau. Appliquez* vous, par une véritable contrition , ce second baptême, aussi salutaire que le premier , savoir , le baptême du cœur, mais d*un cœur contrit et humilié. AvferU makon cogUaiUmum vestrarum : Otez de devant mes yeux tout ce quMI y a de corrompu , nonseulement dans vos actions , mais dans vos pensées; renoncez à vos commerces criminels, cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, et ne vous contentez pas de le faire , mais commencez à le bien faire : Et venite, et arguite me, dicit Dominas (Ib.) : Venez ensuite, et soutenez devant moi la cause de ces âmes pour qui vous vous intéressez; c*est alors que je vous écouterai , que j'accepterai vos oblations , que je me laisserai fléchir par vos prières. Profitons, dirétiens, de cet avertissement, et nous éprouverons la vérité des promesses du Seigneur ; par là nous le glorifierons , par là nous consolerons nos frères dans leur afiliction , par là nous attirerons sur nous les grâces du salut les plus abondantes : ist ces grâces nous conduiront à la vie éteraelle, que je vous souhaite , etc.
L'OUVERTURE DU JURlLÉ.
SxhortamurvoB, nêinvaeuum gratiam Dei recipiatiê. AU enim : Tempore accepio exaudM te, et i» die ealutU adjwi te, Ecce nunc temput aeceptabile , ecee nutw die* $ar tmue.
Nous Toos exhortons à ne pas recevoir en vain la grAœ de Diea; car Dieu nous dft luS-mtaie dans rfieritare : levons ai exaocé an temps favorable ; et Je vous al aidé au Jour du salut. Or voici maintenant ce temps favorable ; voici ces Jours de salut De la eeeonde tpttre aux Corinthiens, cbap, 5.
Cest ainsi que l'apdtre saint Paul parlait aux premiers chrétiens de la grâce générale de leur conversion, et je me sers aujourd'hui de ces paroles, pour vous exhorter vous-mêmes, mes frères, à recevoir efficacement et utilement la grâce particulière que l'Église tous présente, en vous accordant la plus authentique de toutes les indulgences, qui est celle du Jubilé. Car je puis bien vous dire, comme le Docteur des nations le disait aux Corinthiens, qucToici maintenapt le temps favorable, 4ue voici les jours de salut, où le Père des miséri-
cordes se dispose à répandre sur nous les bénédictions les plus abondantes, c'est pour cela qu'il ordonne à ses ministres de vous annoncer ce Jubilé, et de vous l'annoncer à tous, puisque tous, justes et pécheurs, y peuvent et y doivent participer. Cest pour cela que l'Église redouble ses prières, et qu'elle Tient d'offrir solennellement le sacrifice de l'agneau : heureux si nous connaissons le don de Dieu, et plus heureux encore, si, pour nos propres intérêts et pour la satisfaction de nos âmes, nous en ssTons faire l'usage que Dieu prétend! L'apâtre, après avoir représenté à ceux de Corinthe la sainteté du temps où ils vivaient et où la lumière de l'Évangile commençait à les éclairer, concluait par cette importante leçon : Ayons donc soin de nous comporter comme de dignes disciples de Jésus-Christ, et de nous rendre recommandables en toutes choses par les jeûnes, par les Teilles, par les travaux : Exhibeamus nosmetipsos sicut Dei ministtos, in laboribus, injejuniU, in vigUiis. (2. Cor., 2.) Voilà, mes chers auditeurs , ce que je vous dis moi-même : Prenons bien garde à consacrer ce saint temps où nous entrons, ce temps d'indulgence et de grâce, par les exercices de notre pénitence , par les exercices de nos oraisons, par toutes les pratiques de religion et d'une piété vraiment chrétienne; c'est à quoi je veux tous porter dans ce discours , qui sera moins une prédication qu'une instruction slm|le, mais solide. Or, pour tous proposer d'abord tout mon dessein, ilyadansleJubilé surtout trois choses dignes d'être considérée^ , et que j'entreprends de TOUS expliquer : premièrement, ce que c'est que ia grâce du Jubilé ; secondement, ce qui est nécessaire pour aToir part à la grâce du Jubilé, et en troisième lieu ce que doit opérer dans nous la grâce du Jubilé. C'est une Indulgence, et je Tais tous montrer en quoi consiste cette indulgence et quel en est l'esprit, ce sera la première partie; ce qu'il fiiut faire pour gagner cette indulgence , et quelles dispositions nous y dcTons apporter , ce sera la seconde partie ; enfin , quels effets salutaires doit produire en nous cette indulgence, et quels fruits nous en devons retirer, ce sera la conclusion. Daigne le ciel seconder le zèle qui m'anime, et puissiez-vous bien apprendre à ne pas perdre un avantage si précieux! Adressons-nous pour cela à Marie, et disons-lui, Ave, Maria.