‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 157 sur 225 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Pour établir solidement la vérité de ma première proposition , et pour vous en donner d'abord la juste idée que vous en devez avoir, j'appelle dans les principes de l'Écriture l'accomplissement de l'apostolat, prêcher un Dieu crucifié, et, malgré les contradictions de la prudence du siècle , proposer la croix aux hommes, comme la seule source de leur bonheur, comme le fondement unique de leur espérance , comme le mystère de leur rédemption, comme le moyen sûr et infaillible de leur salut : ainsi Fa entendu saint Paul quand il a dit : Nos aiUem prssdi^ camus Christum crucifixum. (1. Cof\, 2.) Voilà à quoi il a réduit toute la fonction du ministère évangélique; et telle est la fin pourquoi Dieu a suscité ces douze princes de l'Église , ces premiers fondateurs du christianisme, ces hommes envoyés au monde pour y annoncer Jésus-Christ, dont ils étaient les ambassadeurs, et pour y publier sa loi , dont ils ont été par office les interprètes ûdèles : Legatione pro Christo fungimur. (2. Ibid. 6.) Qu'ont-ils fait? Us ont prêché la croix; et au lieu que la croix n'avait été jusque-là qu'un sujet de malédiction et qu'un opprobre; au lieu que la croix de Jésus-Christ était le scandale des Juifs , et paraissait une folie aux Gentils, à force d'en exalter la vertu i Is l'ont rendue vénérable à toute la terre. Toi là , dis-je , à quoi s'est terminé leur vocation , et par où ils ont mérité le nom d'apôtres. Or , il est évident , chrétiens , que saint André s'est signalé entre tous les autres dans ce glorieux emploi , et qu'il a eu un droit particulier de prendre , si j'ose m'exprimer de la sorte, pour devise de son apostolat. Nos autem prasdicumus Christum cruc\/ixum. Et il est encore évident qu'il n'a jamais mieux accompli ce qui est marqué dans ces paroles, que quand il a été luin^me attaché à la croix : pourquoi cela?*parce que

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e*C8t sur la croix qall a prêché Jésus-Christ cruciûé , •o, si TOUS voulez, la loi de Jésus-Christ avec plus d*autorité et de grâce, avec plus d'efQcace et de conviction, avec plus de succès et de fruit : trois avantages que sa croix lui a procurés , et en quoi je &is consister la perfection d*un ap6tre et d'un prédicateur deFÉvangile. Reprenons, et suivez-moi . Non, mes chers auditeurs, jamais saint André n*a prêché le mystère de la croix, ou la loi de Jé- SttS<}hrist , avec tant d'autorité et tant de grâce , que quand il a été lui-même crucifié; et ma pensée •or ce point n'a presque pas même besoin d'éclaircissement; car pour vous la rendre en deux mots, non-seulement intelligible, mais sensible, il n'appartient pas à toutes sortes de personnes de prêcher la croix. Cest une vérité étemelle qu'il faut porter •a croix; et que, pour la porter en chrétien, il la faut porter volontairement jusqu'à l'aimer, et jusqu'à s'en glorifier : jë>sU glorioH, nisi in cruce DomUd nostri. {GalaL, 6.) Mais cette vérité , quoique éternelle, n'a pas la même grâce dans la bondie de tout le monde : les hommes, pour être sauvés, ont intérêt de la bien comprendre; mais en même temps ils ont une secrète opposition à en être instruits par ceux qui ne la pratiquent pas, et qui n'en font nulle épreuve; et si quelquefois un mondain s'ingère de leur en faire des leçons, bien loin de s'y rendre dociles, ils se révoltent, et ne peuvent souffrir qu'un homme à qui rien ne manque, et qui jouit tranquillement des douceurs de la vie , ose leur prêcher la pénitence et la mortification. Aussi , comme remarque saint Chrysostôme, Jésus- Christ, tout Dieu qu'il était, pour s'accommoder là-dessus à la disposition des hommes, ne vint annoncer au monde l'évangile de la croix qu'en se faisant lui-même un homme de douleurs, c'est-à-dire on homme dévoué à la souffrance et à la croix : P'ir dolorum. (IsAi., 53.) Indépendamment de cette qualité, il avait toute Fautorité d'un Dieu , j'en conviens; mais s'il n'avait été que le Fils de Dieu, ou s'il avait toujours été, comme fils de l'homme, dans la béatitude et dans la gloire, sans participer à nos peines, il lui eût manqué, par rapport à nous, une certaine autorité d'expérience et d'exemple , sur quoi est fondé le droit dont je parle, de prêcher aux autres la croix : et de là vient qu'il se détermina à aonfirir : car c'est ce que le grand apôtre a prétendu nous déclarer, quand il a dit que la sagesse de ce divin législateur avait paru en ce qu'étant Fils de Dieu, il avait appris par lui-même, et parce qu'il avait souffert comme homme, l'obéissance qu'il exigeait des hommes, et qu'il voulait les obliger de rendre à sa loi ; loi parfaite , mais sévère , dont toutes les maximes vont à nous Caire comprendre la sainteté, Futilité, la nécessité de la txm : Qui cum

esset Filius Dei, didicit ex Us qux passtts est, obe^ dientiam. {Hebr., 6.)

En effet, il est aisé d'exhorter les autres à la pratique d*une vie austère, au retranchement des plaisirs, au crucifiement de la chair, tandis qu'il n'en coûte rien. Un homme bien nourri, disait saint Jérôme, n'a point de peine à discourir de Tabstinence et du jeûne; un homme abondamment pourvu de tout, à qui rien ne manque, et qui est en possession de mener une vie agréable et commode, s^érige aisément en prédicateur de la plus exacte réforme. Mais quelque éloquent et quelque zélé qu'il puisse être, on croit toujours avoir droit d'en appeler à son exemple, et de lui répondre que ce zèle de réforme ne lui convient pas, que ce langage lui sied mal, et que, s'il veut porter les choses à cette rigueur, il devrait chercher des auditeurs dont il fût un peu moins connu. Non pas dans le fond que ce reproche soit absolument Intime, puisque Jésus- Christ ordonnait qu'on obéît aux pharisiens, du moment qu'ils étaient assis sur la chaire de Moïse, et qu'on respectât leur doctrine, quoique leur conduite y fût toute contraire; mais parce qu'il est vrai que cette contrariété entre la doctrine et la vie est au moins un spécieux prétexte dont notre malignité ne manque pas de se prévaloir contre les vérités dures qu'on nous prêche; et parce que naturellement nous nous élevons contre quiconque entreprend de nous assujettir à toute la rigueur de nos devoirs, et n'est pas pour cela bien autorisé. Or làdessus saint André a eu tout l'avantage que peut avoir un apôtre; car il a prêché la croix dans un état où les censeurs les plus critiques et les ennemis de la croix les plus déclarés n'avaient rien à lui reprocher. Il ne l'a pas prêchée comme ces docteurs hypocrites dont saint Matthieu parle, qui mettent sur les épaules des autres des fardeaux pesants, et qui ne voudraient pas eux-mêmes les remuer du doigt; il ne l'a pas prêchée comme ceux dont saint Paul disait à Timothée , qu'il viendrait dans les derniers jours des hommes qui auraient l'apparence de la plus éclatante piété, mais qui seraient remplis de l'amour d'eux-mêmes, enflés d'orgueil et pervertis dans la foi; c'est-à-dire, il ne l'a pas prêchée comme ont fait presque dans tous les siècles certains prétendus réformateurs de l'Église, qui connus d'ailleurs pour des hommes sensuels, n'en étaient pas moins hardis à invectiver contre la mollesse; déplorant les relâchements de la pénitence, tandis qu'ils en rejetaient les œuvres pénibles et laborieuses'; plus occupés peut-être de leurs personnes et du soin de leurs corps , que n'aurait été un mondain de profession. Non, chrétiens, ce n'est pas ainsi que saint André a prêché la croix ; mais pour la prê- 1 cher, il s'est mis lui-même sur la croix. La croix a

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été la chaire d*où il s'est fait entendre : c'est de là , comme nous lisons dans les actes de sa vie, qu*il exhortait le peuple à embrasser ce moyen salutaire -et nécessaire, dont dépend tout le bonheur des élus de Dieu ; et voilà non-seulement ce qui l'autorisait, mais ce qui donnait de la force à sa parole, pour annoncer le mystère de la croix avec plus d'efficace et de conviction.

C'est le second avantage de son apostolat, dît saint Chrysostôme, d*avoir montré par là jusqu'à quel point il était persuadé lui-même de la vérité qu'il prêchait , et d'avoir eu par là même le don d'en persuader si fortement les autres , que , tout infidèles qu'ils étaient, ils n'ont pu résister à la sagesse et à l'esprit de Dieu qui parlait en lui. Il faut , ajoutait saint Bernard (et permettez<moi d'appliquer sa pensée à mon sujet), il faut que le prédicateur de l'Évangile, pour convertir les cœurs, fortifie sa voix; et parce que sa voix n'est que faiblesse , il faut qu'elle soit accompagnée d'une autre voix puissante et pleine de force : DabU voei snm vocem virtutis. (Psalm, 67.) Mais quelle est cette voix puissante et pleine de force? La voix de l'action, cette voix infiniment plus éloquente, plus pénétrante, plus touchante que tous les discours : montrezHmm par vos exemples et par vos œuvres que vous êtes vousmême persuadé, et alors votre voix me persuadera et me convertira : Dabis voci iux vocem virtutis; si quod mihi suades, prius tibi videaris perstia- <$tsse, (BEBif .) Or, voilà par où saint André triompha , et de l'infidélité des païens , et de la dureté des Juifs. 11 veut que sa voix soit pour eux cette voix toute-puissante qui , selon le prophète , abat les cèdres et brise les rochers ; il veut que sa voix ait la vertu d'amollir lescœurs les plus endurcis, et de soumettre les esprits les pUis superbes : f^ox Domini cor^ingenlis ctdros, vox Domini concuiientis desertum, (Psahn. 28, ) Que fait-il? il commence par les convaincre qu'il est lui-même parfaitement et solidement convaincu de ce qu'il leur prêche; qu'il est, dis-je , [convaincu de la nécessité d'embrasser la croix de Jésus-Christ , de s'attaclier à elle par un esprit de foi , et de s'en appliquer les fruits par le long usage des souffrances de la vie.

Car quelle preuve plus authentique leur peut-il donner sur cela de la persuasion où il est , que l'empressement et l'ardeur qu'il témoigne pour souffrir ? On lui prononce son arrêt, et tout à coup il est saisi d'un mouvement de joie qui va jusqu'à l'extase et au ravissement ; le peuple veut s'opposer à l'exécution de cet arrêt, et André s'en tient offensé ; on le conduit au supplice , et d'aussi loin qu'il envisage la croix qui lui est préparée, il la salue dans des termes pleins d'amour et de tendresse ; il se fait une émotion populaire, pour le délivrer : Eh quoi! mes 1 frères , leur dit-il , étes-vous donc jaloux de mon '

bonheur ? faut-il qu'en vous intéressant pour moi 9 vous conspiriez contre moi , et que , par une fausse compassion , vous me fassiez peHre le mérite d'usé mort si précieuse ? Le juge intimidé s'offre à Pélargir, et André le rassure; le juge commande qu'on le détache de la croix, et André proteste que c'est en vain, parce qu'il y est attaché par des Neas Invisibles que l'enfer nôéme ne peut rompre, qui sont les liens de sa foi et de sa charité : s'il n'était en effet persuadé, penserait*il , parlerait-il, ag^rait^l, souffrirait-il de la sorte? et pour marquer que ses sentiments sont sincères, persisterait-ll deux jours .entiers dans le tourment le phis crue^, biduo joendens ( JcL mort, S. And,)\ publiant toiyours qœ Jésus-Christ est le seul Dieu qu'il ^aut adorar, et U]ue toute la sainteté, toute la prédesUnatkm dés hommes est renfermée dans la croix ? Mais supposé le témoignage que samt André rendit à cetteTârité, quelle conséquence les spectateurs de son martyre n'étaient-ils pas forcés de threr en faveur de Jésus- Christ et de sa religion? considérant cet homme, d'ailleurs vénérable par Fintégrité de sa vie, illustre par les miracles qu'il avait faits au milieu d'eux, et qui, par sa conduite pleine de sagesse, s'était attiré le respect des ennenais mêmes de son Dieu; le voyant, non pas mépriser m inraver ia mort par une vaine philosophie , mais la désirer par un pur zèle de se conformer à son Sauveur crucifié; aimer, par ce motif de christianisme, les deux choses que le monde abhorre le plus, savoir, rignoomiie et la douleur; et malgré les révoltes de la nature, faire de la croix l'objet de son ambition et ses phis chères délices. Tout païens, tout Juiâ qu'ils étaient, que pouVaient-ils conclure de là, sinon qu'il y avait dans cet apôtre quelque chose de surtiumaln, et que la chair et le sang n'ayant pu former en lui des sentiments si élevés au-dessus de l'homme, il fallait qu'ils lui vinssent de plus'haut? A moins qu'ils ne voulussent s'aveugler eux-mêmes et s'obstiner dans leur aveuglement, pouvaient-ils ne pas reconnaître qu'il n'y a que Dieu qui puisse inspirer à un homme mortel un amour de la croix si héroïque; ^ à moins qu'ils n'eussent des cœurs de pierre, quoique païens et infidèles, pouvaient-ils n'être pas toudiés, n'être pas ébranlés, n'être pas eliangés par la vue d'mi spectacle si surprenant et si nouveau?

De là même aussi , mes chers auditeurs, suivit le succès prodigieux de la prédication de saint André et la bénédiction que Dieu donna à son apos* tolat. Si nous en croyons les actes de son martyre, de tout le peuple attentif à l'écouter prêcbantcsinr la croix, à peine restà-t-il un païen qui) éclairé des lumières de la grâce et cédant à la force d'un tel exemple , ne renonçât à l'idolâtrie et ne confessât Jésus-Christ : au lieu que Jésus-Christ cruciié avait pu dire ce que Dieu, par la bouche d'un pro*

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phète, disait à Israël, Tota die eapandi manus measadpapulmn non crederUem. ( Isâi., 65.) Tai tendu mes bras à un peapie rebelle et inerédule; saint André eut au contraire la consolation de tendre les bras à un peuple docile, qui reçut sa parole avec respect, et qui s^ soumit avec joie, pour accomplir, ce semble, dès lors ce qu'avait dit le Fils de Dieu , que celui qui croirait en lui „ ferait non-seulement les mêmes œuvres, mais encore de plus grandes œuvres que lui : Qtd crédit in me, opéra quai ego fado, et ipsefadet, et majora hortimfaciet, ( JOÀN., 12«) Des milliers d*infidèles, que le supplice de cet apôtre ^vait rassemblés autour de sa croix, convertis par ce qu'ils ont vu et par ce qu'ils ont entendu, s'en retournent glorifiant Dieu. De la ville de Patras , où Dieu , par le ministère d'André , opère ces effets miraculeux, le bruit, disons mieux, le fruit s'en répand dans toutes les provinces voisines ; on voit avec étonnemeot les temples des idoles abandonnés; le culte des démons, aboli; le règne de la superstition, détruit; le nom de Jésus-Ghrist, partout révéré. Le frère même du proconsul , jusquelà zélé défenseur des fausses divinités, reind hommage à la vérité. Entre les Églises naissantes, celle d'Achaïê, où saint André a souffert, devient ep peu de jours k plus nombreuse et la plus ferven]te : qui fait tout cela? là foi d'un Dieu crucifié, précbé par un apôtre crucifié ; je veux dire , le zèle d'un apôtre , qui , à l'eoMmple de son maître , prêche la ocoix du haut de la croix , et qui , selon la belle expression de saint Jérôme, confirme, par son amour pour la croix, tout ce qu'il enseigne de l'obligation rigoureuse, mais indispensable, de porter la croix : Omnem doctrinam suam crucis disciplina roborans, (HiBBON.) En effet, donnez-moi un prédicateur de l'Évangile parfaitement mort àlui-m^e, sincère amateur de la croix, et qui dise de.bonfie.foi avec saint Paul , Mihi mundus crucifiai est, et eç^ mundo {Galat.y 6) : Le monde est cnidfîé pour moi, et je suis crucifié pour le mo&de; rien m lui résistera : avec cela, il triomphera de l'erreur, il confondra l'impiété , il externiiiera le vice, il con-. vertira les villes entières; avec cela,, les. pécheur^ les plus endurcis Técouteront et le croiront, les li* bertins et les impies se soumettront à lui , les sensuels et les voluptueux subiront le joug de la pénitence : pourquoi? parce que telle est, dit saint Jérôme, la vertu de la croix préchée par un homme souffrant loi-même et mourâut sur la croix : Omnem doctrinam suam cruds disdplina roborans.

Voilà donc, dirétiens, le prédicateur que Dieu a suscité pour votre instruction; et qui peut dire à la lettre , qu'il n'a point employé, en vous prêchant , les discours persuasifs de la sagesse humaine , mais les effets sensibles de l'esprit et de la vertu de Dieu : Et sermo meus et prssdicatio mea, non^ in per* *

suasibilibua httmanm sapientim verb{$, 9edinos* tensione spiritus et virtutis. (1. Cor., 2.) Voilà celui que Dieu veut que vous écoutiez; c'est saint André sur la croix. Ne me considérez point , n'ayez nul égard ni à mes paroles ni à mon zèle, oubliez la sainteté de mon ministère ; je ne suis aujourd'hui, si vous voulez, qu'un airain sonnant et qu'une cymbale retentissante , et ce n'est point à gioi .de vous prêcher un Dieu crucifié, c'est à oet apôtre, c'est à cet homme crucifié, dont la prédicatîqi), plus pathétique et plus efficace que la mienne, se fait encore entendre dans toutes les Églises du monde chrétien. Le voilà, dis-je, ce ministre irrépréhensible, ce prédicateur contre lequel vous n'avez rien à répliquer; mais que n'a-t-il pas à vous reprocher? U vous prêche encore maintenant le même Dieu qu'il a prêché aux Juifs et aux païens, un Dieu qui vous a sauvés par la ci:oix. Le croyezvous? la vie que vous menez le fait-elle voir? cet amour-propre qui vous domine, ces recherches de vous-mêmes , cet attachement servile à votre corps, cette attention à le ménager, à le flatter, à ne lui rien refuser, ces commodités étudiées et affectées, cette horreur des souffrances et de la vraie pénitenpe; en un mot, cette vie des sens, si opposée à Tesprit chrétien , ^tte vie molle et voluptueuse dont vous vous êtes fait une habitude : tout cela marquet-il que vous êtes biea conyaincus de la prédication de saint André?

Ah ! mes chers auditeurs , si saint André nous avait prêché un autre Jésus-Christ et un autre San* veur; si dans le conseil de la sagesse éternelle, il avait plu à notre Dieu de nous sauver par la joie, aussi bien qu'il lui a plu de nous sauver par la peine, et que saint André nous eût annoncé cet Évangile, ce nouvel Évangile ne s'accorderait-il pas parfaitement avec notre conduite? Figurons-nous que cet apôtre vient aujourd'hui nous déclarer que ce n'est plus- par la croix , njiaîs par les plaisirs, que nous devons opérer notre saUit; figuro^s-nous que ce que je dis cesse d'être une, supposition, et de? vient une vérité, y aurait-il en vous quelque, choisi à corriger et à réformer? Répondez, mqndaiUt répondez ; c'est à vous que je parle : interroges votre cœur, et reconnaissez jusqu'où l'esprit du monde corrompu vous a porté; ce système de chrisv tianisme ne vous serait-il pas avantageux, et ne se rapporterait-il pas entièrement à votre goût et à vos idées? Il faut donc de deux choses l'une, ou qim votre vie soit un monstre dans l'ordre deJa grâce, ou que saint André, avec toute la vertu et toute la force de son apostolat, ne vous ait pas encore per* suadé ; que votre vie soit un monstre dans l'ordre de la grâce, si, croyant d'une façon, vous vivez de l'autre; si, chrétien de profession, vous êtes juif d'esprit el de cœur ; si reconnaissant que votre salut

POUR LA FÉTfi DE SAINT ANDRÉ.

est attaché à la croix, vous ne laissez pas de fiiir et d'abhorrer la croix : car, qu*y a-t-il de plus monstrueux que cette contradiction? Cependant, mes frères , disait saint Bernard , tel est le caractère de mille chrétiens, disciples.de la croix de Jésus-Girist, et tout ensemble ennemis de la croix de Jésus- Christ. Ou bien, mon cher auditeur, si vous tous piques d'être de ces génies prétendus sages, qui agissent conséquemment, il faut que saint André, ni 'par Tautorité de son exemple, ni parrefiOcace de sa parole, ne vous ait pas encore touché, puisque vous êtes toujours sensuel et idolâtre de votre corps. Ainsi je pourrais vous appliquer, au sujet de la croix de saint André, ce que saint Paul , en gémissant, disait aux Calâtes de celle du Sauveur : Ergoevdicuatumesiscandalum crucU. {GalaL, 5.) Malheur à vous! mon frère, qui, par votre infldé- Uté , vous êtes rendu inutile l'exemple de ce glorieux apôtre, et pour qui le scandale, c'est-à-dire le mystère de la croix , est anéanti : Ergo evacuatum estscandalum crucis. On vous a dit cent fois, et il est vrai , qu'au jugement de Dieu la croix de Jésus- Christ paraîtra pour vous être confrontée ; TÉvangile même nous l'apprend , Et tune parebit signum FUUhominis (Màtth., 24) : mais outre la croix de Jésus-Christ, on vous en confrontera une autre, c'est celle de saint André. Oui, la croix de cet homme apostolique, après lui avoir servi de chaire pour nous instruire, lui servira de tribunal pour nous condamner. Voyez-vous ces infidèles? nous éira-t-il : la vue de ma croix les a convertis; de païens qu'ils étaient , j'en ai fait des chrétiens, et de parfaits chrétiens. Voilà ce qui nous confondra ; et ne vaut-il pas mieux dès aujourd'hui commencer à BOUS confondre nous-mêmes , et par cette confusion salutaire et volontaire prévenir une confusion forcée, qui ne nous sera pas seulement inutile, mais très-funeste? Il faut, chrétiens, qu'à l'exemple de saint André , nous soyons et les sectateurs et les prédicateurs même de la croix. Je dis les prédicateurs; et comment? en portant sur nos corps la mortification de Jésus-Christ : Semper mùrUficationem Jesu Christiincorporeno$trocircum/erente$.{^. Cor,, 4.) Car en la portant sur nos corps, nous en ferons eonnattre aux hommes le mérite et la vertu : Ut et vUaJesumanifesteturin corporibus nostris, (Ibid. ) Ke concevez point ceci comme impossible, ni même comme difficile : je vous l'ai dit; le saint usage des afflictions et des croix de cette vie, Tacceptation humble et soumise de celles que Dieu nous envoie , la résignation à celles que le monde nous suscite, notre patience dans les calamités publiques ou particulières, dans les pertes de biens, dans les maladies , tout cela prêchera pour nous et nous prêcherons par tout cela. C'est ainsi que saint André a trouvé sur la croix l'accomplissement de son apos-

tolat; et voici encorecomment il y a trouvé la cousommation de son sacerdoce. Donnez, s'il vous platt, une attention toute nouvelle à cette seconde partie.

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