DEUXIÈME PARTIE
Je r M dit d'abord , ehfétiens , et je dois ici le redHre : d'est le propre de Diea, de se servir d'instruments fiittbies, et sowrent même des phis fsdbles, pour les plos grands ouvrages de sa puissance; et quand Cassiodore veut faîte l'éloge de cette vertu sonveraine et sans bornes que nous reconnaissons en Dieu, et qui est un de ses premiers attributs, il ne croit pas en pouvoir donnor une plus haute Idée , que de décrier, en s'adressent à Jésos-Christ : O Seigneur! qm peut douter que vous ne soyez un Dieu , et un Dieu tout-puissant , puisque dans votre sainte humanité , et ensuite dans la personne de vos serviteurs , vous avez rendu les faiblesses et les misères mêmes toutes-puissantes! Overeomm^potens, qui iptoê miierias fieUU poienies! (Câssiod.) Aussi est-ce pour cela que Dieu tant de fois a fait des coups extraordinaires, a opéré des miracles, a triomphé de ses ennemis , non par sa main , mais par la main d'une femme. Est-il question de dompter rorgudl d'un Holopheme, il susdte une Judith. Faut-il défeire des armées nombreuses et les mettre en fuite, il y emploie une Dehors. Veut-il sauver tout son peuple, dont on a conjuré la ruine, il ne lui faut qu'une Esther. Mais voici, chrétiens, quelque chose de plus surprenant et qui marque mieux laforcedenotre Dieu; ear,après tout, ces femmes dont parle l'Écriture, et dont les faits héroïques ont été si hautement loués par le Sain^£sprit , c'étaient des femmes distinguées , des princesses même et des reines, des sujets recommandables selon le monde : Judith possédait de grands lûens ; Débora jugeait le peuple avec une autorité suprême ; Esther se trouvait assise sur le trdne. Or, dans ces conditions éminentes, une femme, toute faible qu'elle est, ne laisse pas, sans miracle, de pouvoir beaucoup, et d'être capable d'entreprendre des cho-
ses importantes. Mais qu'une bergère, telle qu'était Geneviève, pauvre, dénuée de tout, sans nom, sans crédit, sans appui, demeurant dans son état vil et méprisable, remplisse le monde du bruit de ses mervetlies, exerce un empire absolusurles corps et sur les esprits, dispose, pour ainsi dire , à aon gré des puissances du ciel, commande aux puis* sanœs de la terre, fasse trembler les puissances de l'enfer, devienne la protectrice des villes et deg royaumes, ah! chrétiens, c'est un des mystères que saint Paul a voulu nous faire connaître, lorsqu'il a dit : Infirma mundi eiegU Deus, ut cofrfimcUU. fortia. Et jamais cette parole de l'apôtre s'est^e accomplie si visiblement et si authentiquemeot, que dans la personne de cette bienheureuse fille dont nous honorons ai^ourd'hui la mémoire?
Car qu'est-ce que la vie de Geneviève , sinon une suite de prodiges et d'opérations surnaturelles , que l'infidélité même est obligée de reconnaître ? T a-t-il maladie si opiniitre et si incurable , qui n'ai t cédé à l'efficacité de sa prière ; et ce don des guérisona que le mattre des Gentils assure avoir été une des grâces communes et ordinaires dans la primitive Église* quand et en quia-t-U paru avecplus d'éciat ? je ne parle pas de ces guérisoos sectes, particulières, faites è la vue d'un petit nombre de témoin^ , et contre lesquelles un esprit incrédule croit toujours avoir droit de s'inserire en faux ; mais je p^|e de ces guérisons publiques, conuMes, avérées, et que les ennemis même de la foi n'ont pu contester. Ce miracle des ardents, dont l'Église de Paris conserve des monuments si certains; cent autres aussi incontestables que celui-là, jqu'il me serait aisé de produire , mais dont je n'ai garde de remplir un discours <piî doit servir à votre édification, ne nous marquent-ils pas de lamanSire la plus sensible quel pouvoir Geneviève avait reçu de Dieu pour tous ces effets de grâce et de bonté qui sont au-dessus de lÉ nature? Si son corps après sa mort n'a pas prophétisé comme celui d'Élie, ne semble-t-il pas qu'il ait encore fsit plus? n'en est-il pas sorti mille fois une vertu semblable à celle qui sortait de Jésus-Christ même, ainsi que nous l'apprend l'Évangile? n'estil pas jusque dans le tombeau une source de via pour tous ceux qui ont recours à cette précieuse relique , et les esprits les moins disposés à en convenir , convaincus par leur propre expérience, ne loi ont-ils pas rendu des hommages? témoin cette action de grâces, en forme d'éloge, qu'Érasme composa, et où il déclftra si hautement que notre sainte était après Dieu sa libératrice , et qu'il ne vivait que par le bienfsiit de son intercession.
Il n'y a que pour elle-même, chrétiens, que Ge* neviève n'usa jamais de ce don des miracles, qui fut un de ses plus beaux privilèges, ayant passé toute sa vie dans des infirmités continuelles, et voulant en
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eda se conformer au Sauveur des hommes, à qui Ton reprochait d'avoir sauvé les autres et de ne s'être pas sauvé lui-même. Mais la patience invincible qu'elle fit paraître dans tous les maux dont elle fût accablée, la Joie dont elle se sentait comblée en souffrant, cette vigueur de l'esprit qui, dans un corps infirme, la mettait en état de tout entreprendre et de tout exécuter, n*était>ce pas à F^ard d'elle-même un plus grand miracle que tout ce qu'elle opérait de plus merveilleux en faveur des autres? Et cette vertu de Dieu dont elle était revêtue, ne trouvaitelle pas de quoi éclater, ou, selon le terme de saint Paul , de quoi se perfectionner davantage dans une santé languissante, que dans un corps robuste ? Nom virtus in i${firmiiate perficUur. (2. Cor,, 12.)
A ce don de guérir les corps , ajoutez un autre don mille fois plus excellent, c'est celui de guérir les âmes. Ainsi l'avait prédit le grand évéqued'Auxerre, saint Germain , en disant de Geneviève qu'elle serait un jour la cause du salut de plusieurs ; prédiction vérifiée par l'événement. Combien de pécheurs a-telle retirés de leurs voies corrompues, et remis dans les voies de Dieu ? Combien de païens et d'idolâtres a-t-elle éclairés dans un temps où les ténèbres de l'infidélité étaient répandues sur la terre ; et quels fruits ne produisit point son zèle dans ce royaume maintenant très-chrétien, mais où l'erreur dominait alors, et était placée jusque sur le trône? Qui sait combien d'afQigés elle consolait , combien de misérables elle soutenait , combien d'ignorants elle instruisait dans ces saintes et fréquentes visites, où tour à tour elle parcourait les prisons, les hôpitaux, les cabanes des pauvres , faisant partout sentir les salutaires effets de sa charité ? Et , sans m'engager dans un détail infini, qui peut dire combien de coeurs, depuis tant de siècles , ont été touchés , pénétrés , gagnés à Dieu , et le sont tousies jours par la puissante vertu de ses cendres que nous avons conservées , et que nous conserverons comme un des plus riches dépôts? Vous le savez. Seigneur, vous en avez été témoin , et vous Fêtes sans cesse ; vous le savez , dis-je , de quelle onction on est rempli à la vue de ce tombeau , dont vous avez fait notre espérance et notre asile ; vous savez quelles lumières on y reçoit , et quels sentiments on en remporte. Daignez , ô mon Dieul ne tarir jamais cette source féconde de toutes les bénédictions célestes.
Voilà donc, chrétiens, le miracle que nous ne pouvons assez admirer, et que je vous ai d'abord proposé, Geneviève, assez forte dans sa faiblesse pour fléchir les puissances même du ciel, pour humilier les plus fières puissances de la terre, pour confondre toutes les puissances de l'enfer. Prenez garde : je dis, pour fléchir les puissances même du ciel ; apaisant en faveur des hommes la colère de Dieu, détournant ses fléaux, et l'engageant à^
suspendre ses foudres prêts à tomber sur nos têtes ; nous obtenant, après tant de désordres^ un pardon que nous n'eussions par osé demander par nous« mêmes, et dont l'énormité de nos crimes nous ren* dait indigues; nous ouvrant tous les trésors de la divine miséricorde , et la forçant , en quelque sorte , à nous combler de ses richesses. Je dis, pour hu« milier les plus fières puissances de la terre : le fameux et barbare Attila en fut un exemple mémo* rable. Ce prince, accoutumé au sang et au carnage, marchait à la tête delà plus nombreuse armée; déjà l'Allemagne avait éprouvé les tristes effets de sa fureur; déjà notre France était inondée de ce tor« rent impétueux, qui répandait partout devant soi la terreur , et portait le ravage et la désolation. Que lui opposer, et par où conjurer cette affreuse tem* pête dont tant de provinces étaient menacées? Serace par les supplications et les remontrances des plus grands hommes qui, tour à tour, font sans cesse de nouvelles tentatives auprès de ce redoutable conquérant pour le gagner? Mais, enflé de ses succès, il n'en devient que plus audacieux et plus intraitable. Sera-ce par les menaces et par les promesses? Mais ses forces, jusque-là invincibles, le mettent en état de ne rien craindre ; et les plus belles promesses ne répondent point encore à son attente', et ne peuvent contenter son insatiable ambition. Sera-ce par la multitude et la valeur des combattants? Mais tout plie en sa présence, et sur son passage il ne trouve nul obstacle qui l'arrête. Ah ! chrétiens, l'heure néanmoins approche où ce cruel tyran doit être abattu , et toutes ses forces détruites I ce tison fumant, pour user de cette expression disale, sera éteint : et comment? Cest assez pour cela de quelques larmes qui couleront des yeux de Geneviève, et qu'elle versera au pied de l'autel. Oui, ces larmes suffisent : l'ennemi se trouble , une subite frayeur le saisit, cette formidable armée est en déroute, et l'orage, comme une fumée, se dissipe. Eàfin, je dis, pour confondre toutes les puissauces de l'enfer : avec quel empire a-t-elle commandé aux démons mêmes? avec quel respect ces esprits de ténèbres ont-ils écouté sa voix, et lui onMls obéi? avec quelle honte ont-ils vu leur domination renversée, et sont-ils sortis des eorps, au premier ordre qu'ils en ont reçu? Cest de quoi nous avons les preuves certaines , et ce qui me fait reprendre avec le Docteur des nations : If^firmamundielegUDetiS ut cof^vndaiforUa.
Cest pour cela même aussi, mes chers auditeurs, vous le savez, que la sage piété de nos pères n'a pas cru pouvoir mieux défendre et conserver cette ville capitale où nous vivons, qu'en la confiant aux soins , et la mettant sous la protection de là toutepuissante et glorieuse Geneviève : ceci vous regarde, et demande une réflexion particulière. Dès le tempf
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POUR LA FÊTE DE SAINTE GENEVIÈVE
qae la monarchie française prit naissance , Dieu lui désigna cette protectrice. Paris devint dans la suite des sièdes une des plus nobles et des plus superbes tilles du monde , et s'il s'est maintenu jusqu'à présent dans cette splendeur, si, malgré les vicissitudes continuelles des dioses humaines, il a subsisté et «Dbsiste encore, si mille fois il n'a pas péri ou par le feu', ou par le fer, ou par la famine, ou par la contagion , ou par la sécheresse , ou par Tinondation des eaux, ignorez-vous que c'est à sa bienheureuse patronne qu'il en est redevable? Après les secours qu'il en a reçus dans les plus pressantes nécessités ; aprè? qu'elle l'a si souvent préservé et des fureurs de la guerre , et de l'ardeur des flammes, et des injures de l'air, et de la stérilité des campagnes, et du débordement des fleuves, les païens auraient érigé Geneviève en divinité : mais vous, mes frères, mieux instruits , vous vous contentez, et devez en effet TOUS contenter de la reconnaître pour votre Menfaitrice, de l'honorer et de l'invoquer comme ▼otre avocate auprès d'un seul Dieu que vous adoirez. Protection visible dont nous avons eu et dont nous avons tous les jours les plus éclatants témoignages ; protection invisible, et non moins efficace en mille rencontres sur la personne de nos rois, et mnrtoutle corps de l'État; protection (le diral-je, mes chers auditeurs, mais n'est-il pas vrai? ), protection d'autant plus nécessaire, que l'iniquité du siècle est plus abondante, et doit plus irriter le ciel contre nous.
Cai' qu'est-ce que cette ville si nombreuse, et quel spectacle présenterais-je à vos yeux , si je vous en faisais voir toutes les abominations? Qu'est-ce, dis-je, que Paris? un monstrueux assemblage de tous les vices, qui croissent, qui se multiplient, qui infectent et les petits et les grands, et les pauvres et les riches, qui profanent même ce qu'il y a de plus sacré, et qui s'établissent jusque dans la maison de Dieu. Ne tirons point le voile qui couvre en partie ces horreurs, nous n'en connaissons déjà que trop : or, que serait-ce donc si nous n'avions pas une médiatrice pour prendre nos intérêts auï»rès de Dieu , et pour arrêter ses coups? Mais après tout, mes frères. Dieu ne se lassera-t-il point, la mesure de nos crimes ne se remplira-t-elle point, et ne pourra-t-il pas arriver que ce secours de Geneviève cesse enfin pour nous? Quand les Israélites eurent oublié le Seigneur, jusques à faire des sacrifices à un veau d'or, pendant que Moïse était sur la montagne et priait pour eux, l'Écriture nous apprend que Dieu en fit un reproche à ce législateur. Va , Moïse, lui dit-il, descends de la montagne, et tu verras le désordre de ton peuple ; car c'est ton peuple et non plus le mien : Fade, descende,p€ccavUpopulus tUus. (Exod,, 32 ). Ce n'est plus mon peuple , puisqu'il a choisi on autre dieu que moi, et que dans Tétat de ,
corruption où il est réduit, je ne le connais plus; mais c'est encore le tien , puisque , tout corrompu qu'il est, tu viens intercéder et me solliciter pour lui. Va donc et tu seras toi-même témoin de ses dérèglements et de ses excès ! Tu te promettais quelque chose de sa piété et de sa religion ; mais tu connaîtras en quelle idolâtrie il est tombé depuis qu'il t'a perdu de vue : après s'être abandonné à l'intempérance, aux jeux, aux festins, à la bonne chère; après s'être plongé dans les débauches les plus impures et les plus abominables , tu verras avec quelle insolence il s'est fdlt une idole qu'il adore comme le dieu d'Israël , protestant qu'il n'y a point d'autre divinité que celle-là qui l'ait pu tirer de la servitude : voilà oà en est ce peuple qui t'est si cher : P^ade, descende, peccavit popuhts ttms. ( Exod. , 8S.] Mais laisse-moi, Moïse, ajoute le Seigneur; car je vois bien que c'est un peuple indocile et endurci dans son péché , Cemo quodpoptdus iste dwrx cervicie ^; ne me parle donc plus en sa faveur, ne t'oppose plus au dessein que j'ai de Texterminer et de le perdre; tes prières me font violence : donnemoi lirêvepour quelques moments, afin que ma co« 1ère éclate : DimUte me, utirascatur fûror meus. (fbid^OJfiLsais , chrétiens , ce que fit Moïse ; qu'il ne désista pas p9&f4<^de demander grâce; qu'il conjura Dieu de retenirekiittjon bras, lui remontrant qu'il y allait de sa gloire, l'inh^ressant par la consîdération d'Abraham, d'Isaac e^^tel^ob ; consentant plutôt à être effacé lui-même duï?Pf ^® ^» que de voir périr ce peuple , et , par des^^^^"^ si fortes , faisant enfin changer l'arrêt que IaJU^^ divine avait prononcé ; mais vous savez qu^^ ^^ fut pas sans des suites bien funestes et bien 9^^^" blés, puisque outre les vingt- trois mille hom que Moïse, pour punir ce scandale, fit passer le fil de rép69, de tous les autres qui se trouvère; coupables, il n'y en eut pas un qui entrât dans terre de Ghanaan.
Faut-il, mes chers auditeurs, que je vous ex* plique cette figure, ou pour mieux dire, cette vérité qui ne vous convient que trop? n'en âu'tesvous pas vous-mêmes l'application, et n'en décou* vrez-vous pas déjà tout le mystère? Tandis que Geneviève vivait sur la terre, et qu'elle animait le peuple par sa présence et par son exemple , Paris était dans la ferveur , et l'on admirait l'innocence et la sainteté de ce petit nombre de chrétiens qui l'habitaient. Maintenant que la mort nous a ravi ce grand modèle , et que Geneviève est sur la montagne > où elle représente à Dieu nos besoin» , nous nous licencions, nous nous faisons des idoles à qui nous présentons notre encens , des idoles d'or , des idoles de chair , et, comme les Israélites, nous nous disons les uns aux autres : Voilà les jieux que nous devons servir : Hi sunt dii tui. (Ibid.x
fOUR tk rÈTÊ Ï)Ë SAINÏE GE^Él^ÈrE.
Or, sur 'celfl , tués ch«râ auditeurs, le Seigneur s! Mignement traité, et si joâtement eourroucé eoiim bou», nVt^il pM le drôit de dire à la sainte patnniiie dont vous Imptorei auprès de lui Tassistaftce, eeqo'îF disait à Moise r ^ade, detcende , peccaeU populustuus;X\\ez , et voyez quel est ce peuple pour qui vous employeiS avec tant de zèle votre crédit. Qtte ce soit votre peuple , j'y consens ; nuds ce n^est plus le mien, car c'est un peuple Idolâtre : idolâtre du monde , qif il adore comme son dieu , idolâtre des fauxbiensdu monde, dontil ne cherohe.qu'à se rem*plir par tous les moyens que lui suggère son Insatia-: ble convoitise ; idolâtre des grandeurs du monde , où ses ambltletuc désirs le font sam cesse aspii^r ; idolâtte des plaisirs idu monde «I des plus infâmes volop^ tés', oà il dememre honteuseaient plongé, l^ourquoi d6nc vous tenez-vous entre lut et moi? pourquoi entreprenez^vous de toucher ma miséricorde, et que ne laissez-vous agir sAa justice? DimSUe me, td troicatur/uror meus. Qui doute encore une ^, ctirétiens, que Dieu ne pai4e, ou ne puisse parler de la sorte à Geneviève , et qui sait si C^eviève dieméme, indignée que nous secondions si mal ses soins, ne se retirera pas? si peut^tre elle ne se tournera pas contre nous ? car les saints n'ont pas moins de zèle pour la gloire de Dieu , que pour dotre satut : qui sait, dis^je, je le répète, qui sait si Geneviève, de sa part, ne répondra point à Dieu : Seigneur, vous êtes juste, M tous vos jugements sont équitables; j'ai veiHé sur ce peuple que vous aviez confié à ma garde, je vous ai mille fois offert pour lui mes voeux; et vous les avez écoutés; niais c'est toujours un peuple infidèle, un peuple endurci ; j'en ai pris soin, et rien ne le touche, rien ne le guérit : je le remets entre vos mains , et je le livre à vos vengeances?
A Die^ ne plaise, mes diers auditeurs, que nous attirions sur nous une telle malédiction. Il y a, j'en conviens , une providence de Dieu toute spéciale sur cette ville ; mais aussi cette providence de faveur a ses bornes, qu'elle ne passe point, et hors desquelles elle ne nous suivra point. Geneviève, il est vrai, fait des miracles ; mais ces miracles ne doivent point servir à fomenter vos désordres , et à vous autoriser dans votre impénitence. Dès que vous en profiterez pour vous convertir, tout ira bien, et jamais ils ne cesseront ; mais quand vous en abuserez pour pé^ cher avec plus d'impunité, avec plus d'obstination et plus d'audace, ce serait alors des miracles contre Dieu même ; et qui peut croire que Dieu voulût communiquer à ses saints sa toute-puissanoe , ou qu'ils voulussent la recevoir, pour en user contre ses propres intérêts? Que faut-il donc faire? Imiter la foi de sainte Geneviève, la ranimer dans nos coeurs, Ja réveiller, cette foi divine; avec cela, si nous ne faisons pas les mêmes miracles que Geneviève a fiiits,
BOVRDALOUE. — T. H.
nous en ferons d'autres, c'est-à^ré, nous nous convertirons, et nous rentrerons en grâce avec Dieu; nous guérirons les maladies, non pas celles de nos corps, mais celles de nos âmes, dont les suites sont encore bien plus dangereuses et plusfunestes pour nous; nous confondrons Tenfer, et nous le surmonterons, en nous dégageant de ses piégés et de la honteuse captivité où il nous tient as^ servis; nous chasserons de notre coeur les démonr qui nous possèdent, le démon de l'avarice, lèdémoff de Tambition, le démon de fimpureté; nous trîom^ pherons du monde et de tous ses charmes: car voîîà les mnracles que Dieu exige de nous , et pour les-^ quels Jésus-dirist nous a promis sa grâce : Signa dttOem eos qut crediderinty hœc sequentur : in no^ mine meo dxmorda ^ieient; super segros manus imponenêy H bene habebumt. { Matth. , 15. ) Aux premiers temps de l'Église, toutcda s'accomplissait â la lettre dans Tordre de la nature ; maintenant que TÉglise n'a plus besoin de ces témoignages sensh< blés, tout cela peut s'accomplhr en esprit, et dès aujourd'hui s'accomplira, si nous le voulons, dans l'ordre surnaturel. Sans ces miracles, ne comptons point sur la protection de Geneviève : car elle n'est point la protectrice de nos vanités et de notre luxe^ de notre mollesse et de nos sensualités, de notre amour-propre et de nos passions. .
Ah ! grande sainte , rq>renez en ce jour tout votre zèle pour notre sanctification et notre salut, et ûh& oe même jour nous reprendrons les voies de notre Dieu , et nous embrasserons une vie toute nouvelle* Comme prédicateur de rÉvangile , je ne viens point ici vous demanda, pour mes auditeurs, des pros<^ pérîtes temporelles ; c'est ce qui les a perdus en miUe rencontres, et ce qui achèverait de les perdre : je ne vous prie point de détourner de nous les fléaux salutaires qui peuvent nous rappeler de nos égare* ments et nous convertir : l'effet de cette prière nous serait trop préjudiciable et trop funeste. Mais ce que je vous demande , et ce que doit vous demander tout chrétien éclairé des lumières de la foi , ce sont les grâces de Dieu , ces grâces purement spirituelles^ ces grâces fortes et victorieuses , ces grâces propres à nous toucher, à nous avancera nous perfectionner. Si les afflictions et les adversités humaines nous sont pour cela nécessaires, j'ose, en mon nom et au nom de toutes les âmes vraiment fidèles , vous supplier de nous les obtenir. Agissez contre nous, afin de mieux agir pour nous. Vous connaissez dan& Dieu nos véritables intérêts, et nos intérêts sont bien mieux entre vos mains que dans les nôtres. Cependant, chrétiens, il nous reste à voir comment enfin la bassesse de Geneviève , pour user toujours de cette expression , a été plus honorée que toute la grandeur du monde : c'est le siyet de ma troisième partie^
POUR LA FÊTE DE
n est de rhonneor de Dieu que ses serriteors soient honorés, et qu'après les avoir employés à procurer ga gloire, il prenne soin lui-même de les glorifier. Cest sur quoi le prophète royal lui disait : Seigneur , vous savez bien rendre à vos amis ce que vous en avezreçu;ets'ilsonteule bonheur de vous feîre connattre parmi les hommes , ils en sont bien payés par le haut degré d'élévation où vous les faites monter dans le ciel , et même par la profonde vénération où leurs noms sont sur la terre : Nlmis honorificati iutU arnidUd, D€U8.(Psalm. 138.) Or, entre les gaints, il semble que Dieu s'attache spécialement à élever ceux qui dans le monde se sont trouvés aux plus bas et aux derniers rangs. Les saints rois , tout rois qu'ils ont été, sont moins connus et moins révérés que mille autres saints qui sont sortis des plus viles conditions , et qui ont vécu dans l'obscurité et dans l'oubli. Gomme si Dieu, jusque dans Tordre de la sainteté , se plaisait encore à humilier la grandeur du siède, et à faire voir une prédilection particulière pour les petits : i?< exo/tot^i^ ^tonl^^. (Luc ., 1 .) Ainsi , pour ne me point éloigner de mon sujet , Geneviève, quoique bergère, et rien de plus, a-t-elle été jusqu'à présent honorée, et l'est-ellede nos jours par tout ce qu'il y a de plus auguste et de plus grand ; je veux dire, honorée par les princes et les rois , honorée par les évéques et les prélats de l'Église, honorée par les saints , enfin honorée par tous les peuples. Je ne prétends pas m'engager dans un long lédt des fadts que les écrivains ont recueillis ; en voici quelques-uns des plus marqués, et qui pourront me suffire : éooutez-les.
Honorée par les princes et les rois. L'histoire nous apprend combien Chilpéric, l'un des premiers rois de notre France , et encore païen , la respecta ; jusqu'à lui donner un accès libre dans son palais et au milieu de sa cour ; jusqu'à l'entretenir, à la consulter et à suivre ses conseils ; jusqu'à révoquer un anét porté contre des criminels qu'il voulait punir sans rémission , et dont il ne put néanmoins se défÎBndre d'accorder la grflce aux sollicitations de Geneviève. Nous savons quel fiit son crédit auprès de CSovis , combien elle contribua à la conversion de ce prinoe infidèle et de tout son royaume, quelles conférences elle eut sur cette importante affiaire avec riUostre Clotilde , quels moyens elle lui fournit pour l'accomplissement de ce grand dessein, et quel succès répondit à ses vœux et consomma heureusement nne si sainte entreprise. On a vu dans le cours de tous les âges suivants, nos rois eux-mêmes venir à son tombeau , et là déposer toute la majesté royale pour fléchir les genoux en sa présence, pour lui présenter leurs hommages , pour lui adresser leurs prières, pour reconnaître son pouvoir , et pour lui sou-
SADHTE GENEVIÈVE.
mettre en quelque sorte leur couronne et leurs États. O triomphe de notre religion! les tombeaux des rois sont foulés aux pieds , et le tombeau d'une bergère est révéré comme un sanctuaire : pourquoi f parce que Dieu veut couronner son humilité : Et exaUavU humiies.
Honorée par les évéques et les prélats de l'Église* Quelle idée en conçut saint Germain, évêque d'Auxerre, et en quels termes s'en expliqua-t-il? Poussé par l'esprit de Dieu , il passait en Angleterre pour y combattre l'hérésie victorieuse et triomphante, et pour y établir la grâce de Jésus-Christ contre les erreurs de Pelage; mais sur sa route, combien s'estima-t-il heureux d'avoir trouvé Geneviève encore enfant? Avec quelle admiration vit-il dans un âge si tendre une raison si avancée , des lu* mières si pures, des connaissances si justes, des inclinations si saintes , et une piété si solide et si chrétienne? De quels éloges et de quelles bénédictions la combla-t-il ? Sans égard ni à l'obscurité de sa naissance, ni à la pauvreté de sa ÊimiUe, de quoi félicita-t-il les parents, et qu'annonça-t-il de la fille pour l'avenir? U la considéra et la recommanda comme un des plus précieux trésors que possédât la France , et un des plus riches dons que le ciel edt Mis à la terre. Quels témoignages lui rendit le généreux et glorieux évéque de Troyes, saint Loup? Quels sentiments en eut le vénérable et zélé archevêque de Reims, saint Rémi , et que ne puîs-je parler de tant d'autres qui , tout pasteurs des âmes qu'ils étaient , ne crurent point avûir leur ministère ni se dégrader, en lui communiquant leurs desseins , en recevant ses avis, en écoutant ses humbles et respectueuses remontrances , en entrant dans ses vues , et profitant , si j'ose le dire, de ses instructions ?
Honorée des saints. Je n'en veux qu'un exemple ; il est mémorable, et c'est celui du fameux Slméon Stylite. Cet homme tout céleste, cet homme, miracle de son siècle par l'austérité de sa pém'tence , du fond de l'Orient et du haut de cette colonne où il n'était occupé que des choses divines , aperçut l'éclatante lumière qui brillait dans FOccident, connut tout le mérite et toute la sainteté de Geneviève , porta vers elle ses regards , la s^lm en esprit et l'invoqua.
Enfin, honorée de tous les peuples, où son nom ne s'est-il pas répandu, et dans qud endroit du monde chrétien n'a-t-il pas été parlé d'elle ? Elle n'était pas encore en possession de cette gloire immortelle dont elle jouit dans le séjour bienheureux, que la voix publique la mit au rang des saints, la béatifia et la canonisa. Le jugement des Sdèks prévint le jugement de l'Église; et l'événement nous a bien appris que la voix du peuple était dès lors la voix
de Dieu même.
Ce n'est pas qu'elle n'dt pas eu des persécutions
POUR LA FÊTE DE SAINTE GENEYIÈVE
I sontenir. Dieu, qn\ Fayait prédestinée pour la couronner dans le ciel, loi fit éprouver sur la terre le sort de ses élus; et plus il voulut rehausser Téclat de son triomphe, plus il exerça sa patience et lui laissa essuyer de violents combats. Nous savons qu'il 7 eut un temps orageux, où ce soleil parut obscurci, où cette âme si innocente et si nette se ^quya chargée des plus atroces accusations et des plus noires calomnies ; où tous les ordres ecclésiastiques et séculiers se tournèrent contre elle, où sa vertu fut traitée d'hypocrisie et dMUusion; où; les merveilleux effets de son pouvoir auprès de Dieu furent attribués aux sortilèges et à la magie. Nous le savons; mais aussi n'ignorons-nous pas que le soleil sortant du nuage qui le couvrait , n'en est que )>lus lumineux ; et que toutes les suppositions de Fenvle , toutes ses inventions contre Geneviève ne servirent qu'à la relever, qu'à la mettre dans un plus grand jour, et à lui donner une splendeur toute nouvelle. Les évéques se firent ses apologistes ; bientôt les esprits furent détrompés ; le mensonge fut confondu , la vérité tirée des ténèbres qui Fenveloppaient, Finnocence hautement confimée, et Fincomparable vierge, dont l'enfer avait entrepris de flétrir la mémoire , remise dans son premier lustre , et rétablie dans sa première réputation. Depuis cette victoire que remporta Geneviève, quels honneurs lui ont rendus le ciel et la terre f le ciel, dls-je, qui nous Fa enlevée, mais afin qu'elle nous devînt pour ainsi parler, encore plus présente par une protection continuelle; la terre, où eHe répand les saintes richesses qu'elle va puiser dans le sein de la divinité , et qu'elle nous communique si abondamment.
C'est de cette tem d'exil que nous faisons monter vers elle, et que doqi lui ofïrons notre encens. Culte le plus solennel : nous voyons pour cela toutes les sociétés de FÉglise se réunir , les plus augustes compagnies s'assembler, tout le peuple , grands et petits , paraître en foule , et dncun se fattt un devoir de contribuer par sa présence à la pompe de ces cérémonies et de ces lites, où, comme l'arche du Seigneur, sont portées avee tant d'appareil les précieuses reliques dont nous avons prouvé mille fois , et dont tous les jours nous éprouvons la vertu. Culte le plus universel : il y a des dévotions particulières et propres de certaines flmes, de certains états; celle-ci est la dévotion commune, dt tout sexe , de tout Age , de toute condition. Culte le plus ancien et le plus constant : tout s'altère et tout se ralentit par le nombre des années. Des pieux exercices que nos pères pratiquaient , combien se sont abolis, ou par la négligence de ceux qui leur on succédé , ou par une prétendue force d*#sprit dont on s'est piqué, ou par le dangereux pendiant que nous avons à la nouveauté? mais depuis tant de siècles on a toujours conservé, surtout dans cette
ville capitale, les mêmes sentiments à Fégard de Geneviève ; ceux qui nous ont précédés nous les ont transmis; nous les avons, et nous en ferons part à ceux qui viendront après nous , afin qu'ils les fassent eux-mêmes passer aux autres qui les suivront , jusqu'à la dernière consommation des temps. La face des choses a changé bien des fois; mais dans les différentes situations des afibires et au milieu de toutes les révolutions , le culte dont je parle a toujours subsisté. La face des choses changera encore ^ car dans la vie humaine y a-t-il rien qui ne soit sujet aux vicisdtudes et aux variations ? mais malgré les variations et les vicissitudes, jugeant de l'avenir par le passé , ce culte, si solidement établi et si pro^ fondement gravé dans les cœurs, subsistera. L'hérésie Fa combattu, le libertinage en a raillé; mais tous les efiforts de l'hérésie, toutes les impiétés du libertinage ne lui ont pu donner la moindre atteinte, il s'est maintenu contre toutes les attaques, et ja. mais les plus violentes attaques ne l'afbibliront. Culte le plus religieux : il y a certains temps de Fannée, certaines fêtes et certains jours où la piété des peuples se réveille, et oà ils donnent des marques phis sensibles de leur religion : telle est la fête que nous cé)â>rons aujourd'hui. Il semble qu'à ce grand Jour tous les coeurs se raniment; on voit le tombeau de Geneviève entouré etcomme investi de troupes innond>iable8 de supptiants , qui se relèvent sans cesse et #e succèdent. Le temple qui les reçoit, cet auguste et vâiérable monument de la pieuse an tiquité , les peut à peine contenir. A l'entrée de cette sainte maison , il n'est point â'âmes si indifiérentes, çui ne se trouvent ou saisies d'une'crainte respectueuse, ou remplies d'une confiance tout» filiale. Que de sacnlices offerts au Dieu vivant! que ae voeux présentés à Geneviève! que de cantiques ré* cités en son honneur! que de larmes répandues à ses pieds ! Ah ! dirétiens, que ces sentiments de religion si ardents et si vifs, ne sont-ila d'ailleurs aussi efflcaces et aussi parfaiits qu'ils le devraient être I Bfais nous en abusons , et nous les corrompons ; nous allons à Geneviève avec des coeurs tendres pour elle, et durs pour .Dieu; nous demandons à Geneviève qu'elle nous conduise au port du salut où Dieu nous appelle, et nous n'en voulons pas prendre la voie que Dieu nous a murquée ; nous apportons auprès des cendres de Geneviève nos pédiés pour en obtenir la rémission , et nous ne voulons ni les expier par la pénitence , ni même en interrompre le cours par la réformation de nos moeurs ; nous prétendons honorer Geneviève, sans cesser de déshonorer Dieu et de l'outrager. Comment Fentendons-nous, et par où avons-nous i;ru jusqu'à présent pouvw &ire une si monstrueuse alliance ?
Quoi qu'il en soit , vous voyez dans notre sainte l'accomplissement de cette parole du Saint-Esprit,
POUR LA FÊTE M SAINT FRANÇOIS DE SALES
qae ]a mémoire du juste sera étemelle. In memoria I mtema erit justus i Psalm. 111); au lieu que celle des pécheurs périra , et périt eu effet tous les jours , Periit memoria eorum. (Fsalm. 9.) Tant de grands, idolâtres de leur grandeur et enflés de leur fortune, étaient recherchés , respectés , redoutés sur la terre, tandis que l'humble Geneviève ne pensait qu'à y servir Dieu; ils n'étaient attentifs qu'à leur propre gloire, et elle n'était attentive qu'à la gloire de Dieu; ils ne travaillaient qu'à éterniser leur nom dans le inonde , et elle ne travaillait qu'à y rendre le nom de Dieu plus célèbre. Qu'est-il arrivé ? Toute la grandeur des uns s'est évanouie, leur fortune dans un moment a été détruite , ils ont disparu ; et la mort, en tes faisant disparaître aux yeux des hommes , les a effacés de notre souvenir. Où parle-t-on d'eux ; et si l'on parle de quelques-uns , est-ce pour solenniser leurs fêtes? est-ce pour chanter publiquement leurs louanges? est-ce pour implorer auprès de Dieu leur secours? est-ce pour se prosterner devant leurs tombeaux ? je dis , devant ces tombeaux abandonnés et déserts , ces tombeaux d'où nous ne remportons qu'une triste et lugubre idée de la fragilité humaine , ces tombeaux, où souvent, sans nulle réflexion à celui qu'ils couvrent de leur ombre et qu'ils tiennent enseveli dans les ténèbres, nous allons seulement vanter les ornements qui frappent notre vue , et admirer les inventions de l'art dans la matière qui les compose : voilà, grands du siècle, à ^oi se termine cette fausse gloire dont vous êtes si jaloux. Mais la gloire des saints, et en particulier la gloire de Geneviève , est une gloire solide et durable; sans avoir jamais dierché à briller dans le monde 4 elle y est plus connue et plus révét^ que tous les monarques et tous les conquérants du monde. Ce n'est pas que , par rapport au monde , Dieu n'ait laissé et ne laisse encore bien des saints , après leur mort , daus l'état obscur où ils ont voulu vivre; mais que leur importe que leurs noms soient inconnus aux hommes , lorsqu'ils sont marqués avec les caractères les pins glorieux dans le livre de vie ? leur humilité n'est-elle pas lèondamment técompensée par ce poids immense d'une gloire immortelle dont ils sont comblés dans le séjour même de la gloire? C'est à cette gloire, chrétiens, que noua devons aspirer sans cesse; c'est à l'égard de cette gloire qu'il nous est permis de penser à nous élever, à nous pousser, à nous avancer. Travaillons-y selon les exemples et sous les auspices de l'iUustre Geneviève : selon ses exemples , puisque Dieu nous la propose atyourdli ui comme notre modèle : sons ses auq^kes, puisque nous l'aTons choisie , et que Dieu lui-même nous l'a donnée pour notre avocate anpràs de lui, et notre patronne. Imitons ses vertus, pour nous rendre dignes de sa protection , et servons-nous de sa protection , pour nous mettre en état de bien înûter ses
vertus. Cest ainsi que noua aurons part à ses favemy en cette vie , et à son bonheur dana l'autre y oà conduise, etc.
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LA FÊTE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES
Diea Pa fatt tâtnt par Tefficaee de là fol et de sa doacedr.
Cest la conclusion de l'éloge querÉcrIture-Sainte a fait de Moïse; mais il semble qu'en faisant cet éloge , elle ait eu au même temps en vue le glorieux saint François de Sales , dont nous célébrons la fête; et je n'aurais^qii'à suivre dans le texte sacré le parallèle de ces deux grands hommes, pour satisfaire pleinement à ce que vous attendez de moi , et pour vous donner une haute estime de celui que vous honorez en cette Église. Car prenez garde, s'il vous plaît : le Saint-Esprit , entreprenant lui-même de canoniser Moïse , dit que ce saint législateur eut une grâce spéciale pour être chéri dé Dieu et des honimes, DUecùus Deo et hominibus ( Eccles,, 45 ); que sa mémoire est en bénédiction , Cujus memoria in benediciione est; que Dieu l'a égalé dans sa gloire aux plus grands saints , Similem Ulum/ecU m gloria sanctorwn; que par la vertu de ses paroles; il a apaisé les monstres , Et in verhis suis monstraplacavit; que le Seigneur l'a glorifié en présence des rois, Glorificacit illum In conspeciu regum; qu'il lui a confié la conduite et le gouvernement de sou peuple, Etjussit ilU coram poptUo sito; qu'il Fa établi pour enseigner à Israël et à Jacob une loi dont la pratique doit être une source de vie , Et dédit illi legem vUx et disciplina; mais surtout qu'il Fa fait saint en considération de sa foi et de sa douceur, Infide et lenUaie ipsius sanctumfecit iUum. Je voua demande , chrétiens, si vous ne reconnaissez pas à tous ces traits le grand évêque de Genève, et si, dans le dessdn que j'ai de lui en faire l'application, vous ne m'avez pas déjà prévenu? Un saint chéri de Dieu et des hommes , un saint dont la mémoire est partout en bénédiction, un saint qui a dompté les monstres de l'hérésie et du schisme, un saint respecté et honoré des monarques de la terre, un saint qui n'est entré dans le gouvernement de l'Église que par l'ordre exprès de Dieu, un saint qui a instruit tout le monde chrétien des devoirs de la véritable piété , un «aint instituteur et auteur de cette admirable règle qui a sanctifié tant d'épouses de Jésus- Christ, mais particulièrement un saint canonisé pour l'excellent mérite de sa douceur : In lenilate îpstus
POUR LA FÊTE DE SAINT f^APlÇOIS DE SALES.
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mmctum fecUiUum : ea»ùH use fois, mes ciierft anfôeura, n'est-ce pas rincomparable François de Sales ? Anétons-nous là : c'est ta pkis juste et la fins parfiûte idée qae nous piûssîons concevoir de ûtt homme de IMeu. Il a été Tapôtre de la Savoie, rorade et le prédicateur de la France , le modèle des prélats, le protecteur des îotéréts de Dieu dans les cours des princes , le fléan de l'hérésie , le défenseur de là yraie religion , le père d'un ordre florissant , en m mot, Fomement de notre siècle : mais nous comprendrons tout cela, en disant que ce fut , comme Moïse, mi homme doux , et par sa douceur capable , aiissi bien que Moïse, de fîEdre des prodiges. Douceur évangéliqne, aimable caractère de notre saint, qui fera le sujet, non-seulement de son panégyrique, mais de votre instruction et de la mienne : car à Dieu ne plaise que je sépare Fun de l'antre , ni que je prétende aujourd'hui louer ce saint évéque, nni« qnement pour le loner et pour l'élever; son éloge doit être notre édification et tout ensemble notre confusion : l'édification de notre foi , et la confusion de notre lâcheté. C'est ici un saint de nos jours, et par là même plus propre à faire impression sur nos coeurs; un saint dont les exemples encore récents ont je ne sais quoi de vif, qui nous anime et qui noustoudie. il ne s'agit donc pas de lui rendre un shnple cuite; il s'agit de nous former sur lui, comme il s'est luî-mémé formé sur le Saint des saints, qtif est Jésus'Christ, et Toilà pourquoi nous avons besoin du secours du ciel. Demandons-le par l'intercession de la reine des vierges. Ave, Maria.
Quand je parle de la douceur^ et que je fonde toute la gloire du saint évéque de Genève sur le mérite de celte vertu , ne croyez pas que je veuille parler d'une vertu commune qui se trouve en de mé* diocres siy ets , et qui n'ait rien de grand et de relevé. La douceur , dit excellemment saint Ambroîse , appelée dans rhomme humanité, est en Dîeo l'un des plus spécifiques et des plus beaux attributs de la divinité. Car, ajoute ce saint docteur, de roir un Dieu aussi puissant et aussi indépendant que le n^tre, souffrir néanmoins ce qu'il souffre des impies ; et malgré leur impiété , conserver pour eux un cœur de père, faire luire sur eux son soldl , les prévenir de ses bienfaits, et les comWer de ses grâces, n'est-ce pas ce qu'il y a dans ce souverain maître de plus admirable? Tout le reste, sî je l'ose dire, ne m'étonne point : qu'étant Dieu, il soit étemel, cW une conséquence de son être , qui ne surprend point ma raison ; maïs qu'étant Dieu , il soit patient jusqu'à l'excès, et comme insensible aux injures qu'il reqoW, que même il en aime les auteurs, et qu'il les recherche, c'est ce que fai peine à comprendre. Demandez à saint Paul ce que è'est que Tincamation du Yerbe , cet ineffable et auguste mys-
tère? rien aufk« diose que Isf bénignité d'un Dieu Sauveur qui a pdra avec éclat , et qui s'est révélée aiatiMïideiCHtmmUembenignUasHhiimanUttê^ paruU Sahataris no$m DO. (Epist ad TU., 8. ) Ansfti qce n'a pas fait le Fils de Dieu pour exalter cette vertu dans le christianisme, puisqu'il Fa canonisée si hautement, BeaH fnitet (Matth., 4); puisqu'il Fa proposée comme Fabrégé de toute -sa doctrine, Dis^te a me, quia mitis stan (!d., 11); puisqu'il en a fait l'apanage de sa royauté , Ecce Rex tuas venit Ubi mansvetus (Id., 21); puisque son précurseur s'en est servi comme d'une preuve sen^ sible que cet agneau de Dieu était le Messie, Ecce Agnu$ Dei (Je Ait., 1); puisque Fapôtre exhortant les fidèles, et voulant les engager, par ce que Jésus -Christ avait eu de plus cher, à pratiquer leurs devoirs, les en conjurait par la douceur de cet Homme-Dieu, Obsecro vos per maruueiucUnem ChriHi (2. Cor.^ 11); puisque, au rapport du sixième condle, on ne représentait Jésus-Christ, dans les premiers siècles de FÊglise, que sous la figure du pasteur, si toutefois on peut appeler figurece qui était une solide et incontestable vérité ? En voilà trop, chrétiens , pour ne pas connaître tout le prix et toute l'excellence de la douceur; laquelle, après tout, n'est pas tant une vertu particulière, qu'un tempérament général de toutes les. vortus. Car la grâ^ a son tempérament aussi bien que la nature; et la douceur chrétienne, au sentiment même de l'illustre François de Sales, n'est qu'une certaine constitution de l'homme intérieur, qui le rend soumis à Dieu , tranquille en lui-même, et bienfaisant à l'égard des autres» Or elle ne peut avoir ces trois effets, qu'elle ne se répande en quelque sorte sur toutes les vertus ; réglant les entreprises de la force, modérant Fextrême sévérité de la justice, inspirant du courage à Fhumilité, corrigeant les excès du zèle , dépouillant la éï^sM de toute affection propre, pour loi en donner d'universelles. Un homme, avec de telles dispositions, est sans doute un homme dâionnaire et doux. Vertu sublinae, mais surtout vertu la plus ^ficace et la plus puissante, comme je vais vous le iidre voir dans l'exemple de saint François de Sales;
Je ti^uve que ce saint prélat a été choisi de Dieu pour deux fins importantes, qui ont également partagé sa vie et ses glorieux travaux : premièrement , pour condiatlre et détruire l'hérésie ; secondement, pour rétablir la piété chrétienne presque entièrement ruinée. Il a faitpour Fun et pour Fautre tout ce qu'on pouvait attendre d'un homme apostolique ; et il a eu des succès que nous aurions peine à; croire, si les témoignages encore vivants, avec le consentement public, n'en étaient une double conviction. Mais je prétends que c'est à sa douceur que ces bénédictions du ciel doivent être singulièrement attribuées.
POUR LA FETE DE SAINTE GENEYIËyE.
relies; Il ne sera point nécessaire que vous soyez de ces grands génies que le monde admire, et à qui le monde donne un si yain encens. Sans c^te doctrine qui enfle; sans être caj[»bles, par la supériorité de vos Tues ou la profondeur de yos raisonnements, de pénétrer les secrets de la nature les pltts cachés, d'éolairdr les questions de Técole les plus épineuses et les plus obscures, de former de hautes entreprises et de gouverner les États, vous serez capahlcB, dans la ferveur de la prière, de recevoir k dons de Dieu, et d'avoir avec lui le commerce le plus sacré , le phis étroit , le plus sensible , le plus touchant. Vous Tavez vu dans Texemple de votre illustre patronne. Mais si la simplicité de Geneviève a été pktt éclairée que toute la sagesse du monde, je puis dire encore ^pie sa faiblesse a été plus fùtX» que toute la puissance du monde : c'est la seconde partie.